J’ai choisi les mots pour remercier la vie, pour la sentir, pour la décrire, pour la comprendre. Des mots pour lutter contre le temps et contre les maladresses de la mémoire. Des mots pour mieux avancer. J’écrirai pour avouer un amour, pour décrire un sourire, pour dépasser un sentiment amer, pour partager un moment fort. J’écrirai pour le plaisir.
mercredi, juillet 19, 2006
Le temps...
Même les minutes avaient leur importance. Je me souviens des matins d’école. Ma mère me réveillait, brusquement, allumait la lumière (quelle cruauté !!), retirait le drap et murmurait quelques mots que je n’arrivais, encore, à comprendre. Et je criai, suppliante, vulnérable, paresseuse, malheureuse, les larmes aux yeux : « Cinq minutes ! S’il te plait !! ». Et ces cinq minutes, quand – rarement- accordées, faisait naître en moi un bonheur indescriptible et je replongeai, ne serait-ce que pour quelques minutes (cinq), dans le plus profond des sommeils.
Le temps, pour moi, étant limité, était le contraire de la liberté. Donne moi du temps, pensai-je, et je ferais des merveilles.
J'ai meme remarque sa predominance en Droit. En effet, une fois le delai depasse, le recours est irrecevable. Le terme servait a etablir l'ordre. Des situations, meme irregulieres et pas tout a fait justes, deviennent irreversibles et intouchables du fait du depassement du delai, un jour ou une heure fixee a l'avance. Cette condition, quoique injuste, assurait la stabilite des transactions.
Je compris, bien plus tard, que c’est lui, en effet, lui le monstre, lui l’homme avare, lui la calculatrice, le sablier, qui fait la différence. Celui qui arrive à finir – et bien faire- son devoir, dans les limites du temps prévu, réussira. L’épreuve consistait donc à se plier aux consignes… dans les limites du temps prévu. Parce que tout le monde peut faire – presque- la même chose. Mais c’est le temps qui départage les candidats. On distinguera alors le plus productif, au rendement supérieur, de celui au travail inachevé. Qu’il ait pu le finir s’il avait eu le temps… peu importe.
Mais le temps à lui seul ne suffit pas. Il y a une semaine d’aujourd’hui, le 12 juillet, le Liban fut attaqué. Une surprise, un choc, un cauchemar. Parce que le 11 juillet encore, le Liban était si beau. L’été avait commencé et l’Italie avait gagné. Il y a une semaine, 7 jours, les jeunes parlaient de Beyrouth, de leurs projets au Liban. On voyait dans leurs yeux de l’espoir, l’envie de rester. Les libanais avaient regagné confiance en leur pays. Mais tout a changé si vite. Et depuis ce jour-là, c’est le sentiment d’impuissance qui a pris place. Parce qu’on ne peut rien faire. Ceux qui ont assez de chance d’habiter loin des zones en danger sont cloîtrés devant leur télé. Et ce n’est pas le temps qui manque. La vie est en suspens, l’avenir est incertain, le temps trop long cette fois. Le temps ne passe pas. Et demain est imprévisible.
Je croyais que c’est le temps qui me manquait, et qui m’empêchait de mieux et de plus écrire. J’ai tout le temps maintenant… Mais je n’ai rien à dire.
lundi, juillet 17, 2006
Ce qu'en pense Gaelle.
dimanche, juillet 16, 2006
Inchallah.
Mais moi, je suis jeune. Et comme la majorite des personnes de mon age, je croyais qu'il suffisait de rever, de decider, de planifier et de determiner une date pour que l'evenement prevu ou voulu se realise. Dieu pouvait bien sur aider, et ecouter nos prieres, mais je croyais que l'avenir n'appartenait qu'a nous, nous les humains, nous les hommes, nous les femmes, nous les jeunes. Nous les libanais.
Fixe une date et voyage. Vas-y. Parcours le monde. Fixe un endroit et j'y serai. Fixe un programme et il se realisera. Decide. Reve. Ecris. Planifie. Emmene-moi. Et c'est ce qu'elle a fait. Et lui aussi. Et moi d'ailleurs. Parce que nous y croyions vraiment. Nous voulions y croire.
Elle par exemple, voulait partir. Elle voulait aller la-bas, tres loin, travailler, decouvrir, et y habiter. Son voyage me faisait de la peine, je redoutais son depart. Elle devait aller en avion.
Lui est venu passer les vacances ici. Parce qu'ici c'est son pays, ses amis, sa famille. Lui est aujourd'hui coince ici. Et la-bas c'etait son avenir, son travail et sa vie.
Eux, ont 3 et 4 ans. Ils sont seuls au Liban. Leurs parents sont ailleurs. Ils pleurent. Ils auraient voulu les voir, les serrer, les reconforter.
Mais elle est partie. Non, pas en avion. Et je n'ai pas pleure parce qu'elle s'en allait. J'ai pleure parce qu'elle est partie comme ca, fragile, fatiguee, inquiete. Inquiete pour elle, puisqu'elle devait traverser le pays en voiture. Inquiete pour nous. Inquiete pour son pays.
Lui est devant la tele. Il regarde les nouvelles et son pays s'effondrer. Il ne pense pas trop a lui, pas trop a son travail et pas trop a sa vie. Ou bien reussit-il a bien le cacher.
Eux, ils essayent d'appeler. C'est tout ce qu'ils peuvent faire pour le moment.
Inchallah, avait dit ma grand-mere. Oui, je veux bien te croire. Parce que je ne sais quoi faire d'autre. Et je ne peux rien decider. Fixe une date, un endroit, un programme. Et j'y penserai. Parce que demain ne nous appartient vraiment pas. Parce que l'avenir nous echappe. Parce qu'hier je ne savais pas qu'aujourd'hui serait ainsi.
Inchallah qu'elle arrive en paix, que le voyage ne l'ait pas trop fatiguee. Inchallah qu'il puisse revenir chez lui, je n'aime pas le voir si triste et si perdu. Inchallah qu'ils puissent les revoir, leurs enfants. Inchallah que le pays renaisse, une fois de plus.
Quoi faire? Attendre... peut-etre. Et demander que Sa Volonte soit faite.
mardi, juillet 11, 2006
Que la vie est belle...
Il me dit qu'il est heureux, alors qu'on passe tous les deux par une periode un peu triste.
Il sourit puis repete, tout bas, qu'il est heureux, que la vie est vraiment tres belle. Alors qu'on venait de se quitter et qu'on avait encore les larmes aux yeux.
Non... Je n'avais pas tres bien compris comment il pouvait la trouver ainsi aujourd'hui en particulier. Aujourd'hui qui n'est pas un jour comme les autres.
Puis il a ajoute, afin que je comprenne: "La vie est belle. Parce que tu ecris bien".
Et j'ai trouve ma vie... tres belle!
lundi, juillet 10, 2006
Un choix.
J’écris pour parler d’une autre catégorie de choix, ceux qui peuvent aller jusqu’à bouleverser tout un mode de vie. Je me suis souvent arrêtée longtemps à la même station : je mange toujours la même glace, je ne lis qu’Amelie nothomb, Coelho, Levy, Weber et quelques autres auteurs. Mais j’ai envie d’en découvrir d’autres pour une fois, qui seront peut-être – et probablement- moins bons a mon gout, mais que je devrais lire rien que pour mieux apprécier les premiers. Ca ne veut pas dire que ma vie ne me plait pas ou plus. C’est juste qu’elle a été ainsi depuis quelque temps, des mois ou même une année ou deux. Alors je décide de la bousculer. C’est une décision impulsive et irréfléchie, immature et spontanée, téméraire mais qui manque un peu d’expérience. C’est une décision qui vient tout remuer. Je ne sais pas si l’on sera plus heureux. Peut-être plus triste. Mais c’est un changement nécessaire. Un besoin pressant et pressé qui ne peut plus attendre.
Tu me demandes ce que je cherche, où je vais et ce que je vais devenir. Mais je ne sais pas quoi te répondre. Parce que j’ai décidé trop vite, j’ai oublié les motifs de mon choix. Mais pour une fois j’ai su le faire. Et comme la salade grecque qui n’en est plus une, il reste valable. C’est une envie d’aller vers l’aventure, d’être seule et mal protégée, d’être fragile certes mais plus indépendante, une bêtise des filles de mon age, une incertitude, une impulsion, un caprice.
Vais-je revenir ? Suis-je vraiment partie ? Peut-on tout changer par simple choix ? Je ne sais pas… Et si je change d’avis, peut-être qu’à ton tour t’auras fais un choix. C’est ton droit.
Ca se termine exactement comme ça a commencé, dans le respect du « parallélisme des formes ». Parce que ça se termine vite, et que ça a commencé en quelques secondes, le temps que nos mains se touchent… Parce que ça se termine par des promesses, parce que ça se termine avec des larmes mais surtout des sourires, parce que ça se termine sur un escalier, parce que ça se termine par des confidences, des secrets et des souvenirs. Beaucoup trop de souvenirs.
On peut changer, dit Paolo Coelho, mais on ne peut pas oublier. Je ne vais rien oublier, rien du tout, je te le jure. Je n’aimerais pas le contredire. A lui je serai fidèle. Et à toi aussi. D’une certaine manière.
samedi, juillet 08, 2006
Elle s'en va.

Je me suis souvent imaginée le jour des adieux. Je l’ai souvent entendue dire, avec un sourire malin qui est le sien « dans quelques semaines, je m’en vais ». Quelques semaines, ça me paraissait long, assez long. Et même éternel. Pour moi, elle ne pouvait pas quitter, et ce projet, cette date sure et certaine, ne pouvaient facilement arriver. Je l’ai souvent entendue demander, de cet air hautain qu’elle emprunte « je vais vous manquer ? ». Et je répondais, bien sur, ironiquement, avec un large sourire « Non !!! ».
Je l’ai vue préparer ses affaires, ranger sa valise, faire une liste afin de ne rien oublier. Je suis allée avec elle acheter ces choses dont elle aurait besoin, à l’autre bout de la terre. Je l’ai aidée. J’ai participé au crime. Autant qu’elle. Parce que je ne veux pas qu’elle s’en aille. Et je ne pense pas qu’elle ait le droit de s’en aller.
Je l’ai vue un peu triste mais surtout très heureuse de commencer sa vie. Je l’ai vue souriante et enthousiaste, je l’ai écoutée raconter ses prochaines semaines. Mais j’ai si peur pour elle. Je veux qu’elle m’emmène, je suis déjà jalouse de ceux qu’elle va rencontrer, je me demande si elle parlera de moi, j’ai peur qu’elle marche seule dans la rue, je me fais du souci pour elle, et je déteste déjà ceux qui oseront lui faire du mal. Il est trop dur de la quitter. Puisqu’il est déjà dur d’y penser.
Je lai vue s’éloigner un peu de ses amis. Je pense qu’elle redoute, comme moi, les adieux. Je l’ai vue occupée, heureuse, triste, confuse, déterminée. Dans quelques jours, elle s’en va. Je n’ai pas vu le temps passer. Mais le temps s’en fout. Il passe quand même. Plus on s’approche de samedi, le jour du voyage, et plus je suis perdue. Je sais ce que je vais perdre, mais je ne sais pas comment ça va être sans elle. Ou même si ça peut « être » sans elle. Je n’ai jamais été sans elle. Et je ne veux pas être sans elle. Je ne veux pas qu’elle s’en aille. Mais que je veuille ou ne veuille pas…
Quelqu’un qu’on aime s’en va… Et on repense, le sourire au visage et les larmes aux yeux, aux beaux moments passés ensemble. On repense aux fous rires, aux disputes, aux conseils… On regrette n’avoir pas passé plus de temps avec cette personne qu’on adore et qui s’en va aujourd’hui. On regrette ne pas lui avoir dit tous les jours « je t’aime ». On se demande si on peut l’arrêter, l’interdire, la retenir. Mais c’est impossible. Demain, ma sœur s’en va.
Une seule chose me console. Je sais qu’elle va à la recherche de son bonheur. Qu’elle soit heureuse me réconforte. Et pour cette raison, je peux – peut-être- la laisser partir.
Alors si tu ne veux pas me voir pleurer, si tu veux que je te dise, avec un très grand sourire, comme hier, le mois passé, et l’année dernière « Non, tu ne vas pas me manquer », sois heureuse. Sois heureuse, combattante, forte, souriante… Parce que c’est comme ça que je t’aime. Et puis tu reviendras, belle, jeune, fraîche et encore plus forte, me raconter qu’une fois de plus tu as réussi. Je te demanderai, surprise et émerveillée, comment tu t’y prends. Tu répondras, comme tu as l’habitude de le faire « c’est moi… je suis lion ! ».
jeudi, juillet 06, 2006
Ce qu'on voit dans le ciel.

Ce soir, il a fait très beau… Pas trop froid, ni trop chaud : la température parfaite. Ce soir-la, même le ciel avait des choses à dire. Et la lune avait une couleur bizarre, mais vraiment très belle. Une couleur qui n’est pas la sienne normalement, mais qu’elle a choisi, ce soir-là, d’emprunter. Une couleur entre l’orange et le rouge. Je n’ai pas pu distinguer sa forme, elle ne formait ni un rond, ni un croissant. Rien qu’une tâche de couleur sur un drap noir.
Je t’ai attendu pour te la montrer… Tu étais quelque part dans la maison. Je t’ai attendu pour te montrer une très belle image, l’image de ce soir-la, tout en fixant la lune des yeux. Comme s’il suffisait de la fixer pour qu’elle reste. Comme s’il suffisait de la vouloir afin qu’elle ne disparaisse. Je t’ai attendu, pour mieux la regarder. J’ai pensé qu’à deux, elle serait encore plus belle. Puis tu es arrivé. Je me suis retournée un instant, le temps de t’appeler. Je me suis retournée une seconde, le temps de te la raconter. On se dirigea tous les deux, moi enthousiaste et toi ennuyé, vers la vitre. Mais elle avait déjà disparu.
Je suppose qu’elle voulait que tu sois un peu plus intéressé. La lune a raison. Il faut l’aimer assez pour qu’elle se laisse admirer. Il faut la respecter. Sinon, elle s’en va. Elle est orgueilleuse. Aime-la. Ou au moins, fait mine d’être ébloui. La lune est une femme. Et toi, les yeux endormis et la démarche nonchalante, tu n’aurais su l’apprécier.
Je ne sais si j’ai vraiment vu la lune ce soir-là. Mais j’ai surtout compris que ce qu’on voit dans le ciel est éphémère. Il faut savoir profiter du moment, parce qu’il suffit qu’on se retourne un instant pour que le ciel change de décor.
Ce qu’on voit dans le ciel ne dure qu’un moment. Il faut savoir en profiter, bien contempler la vue de la fenêtre, ne penser à rien… Car il suffit de se retourner… Et la lune est déjà partie.
On m’a souvent dit de profiter de la vie, de profiter du présent, sans trop me soucier de l’avenir, et sans laisser le passé me retenir. Avant ce soir, je n’avais pas vraiment compris. Profiter de la vie, c’est sans doute en faire une éternelle vue donnant sur le ciel.
mercredi, juillet 05, 2006
A perfect timing.

Certaines choses se passent au bon moment. C'est un Tres bon moment, tellement bon que ca fait peur. On se demande si l'on doit ceci au hasard, a une simple coincidence ou a une force surnaturelle. On se pose, certes, la question. Mais on la laisse tomber aussitot. Elle fait partie de celles auxquelles il est difficile de trouver une reponse satisfaisante et definitive.
L'ete dernier, j'eus des doutes sur l'existence de l'amour. Je n'y croyais plus. J'etais persuadee que l'Amour, en tant que sentiment superieur depassant obstacles et faiblesses, l'Amour des livres et des films, des reves et des histoires, n'existait pas dans la "vraie vie". Je me fis a cette idee, sans tristesse et sans grande deception, et j'acceptai persque ma constatation, determinee a vivre avec.
Dans une des bibliotheques de Paris, je choisissais des livres pour passer les vacances. Et une couverture attira mon attention. J'achetai le livre sans meme le feuilleter. Je lus, bien plus tard, "l'amour dans la vie des gens". J'avais trouve le livre au " tres bon moment".
Ce livre parlait - il est clair- de l'AAAmour. Et il reussit a me convaincre que l'amour est partout. On a tous besoin du support que procure l'autre. C'est peut-etre quand on s'attend a un conte de fees, a une passion continue et a la perfection qu'on passe a cote. Sinon, quand on comprend et accepte la realite de l'amour, on peut tous, et facilement, vivre une assez belle histoire. Parce qu'on cherche tous la meme chose. Certains le disent, d'autres pas, certains pretendent pouvoir vivre seul, d'autres enchainent des aventures vides.
Je n'ai pas voulu ecrire un texte enfantin et naif, meme pas un texte "spirituel" qui vanterait les bienfaits de l'amour... Juste une verite generale. Tout le monde s'aime. Ou plutot... peut s'aimer.
L'amour, quant a sa forme, peut varier. Et ses consequences, elles, peuvent etre negatives. Quant a son existence, je n'ai plus de doutes...
mardi, juillet 04, 2006
Le menage

Un jour ou l'autre, ce jour qu'on bouscule, ignore et retarde, il faut faire le menage: le menage dans sa tete, sa chambre, le menage dans sa voiture et le menage dans sa vie. Il faut trier les elements qui la constituent, jeter les saletes, garder le neuf ou simplement ce qui nous tient a coeur, il faut mettre de l'ordre afin de comprendre. Le desordre cache souvent ce qu'il y a de mieux. Et parmi des tonnes d'objets inutiles, on ne voit plus ce qui nous est vraiment necessaire.
J'ai donc decide de faire le menage. Et de commencer par la plus grande boite de tous, l'espace le plus vaste, la chambre la plus libre: la vie. Ma demarche peut sember illogique, maladroite et inversee. Il faut commencer par la boite la plus petite de toute me dit-on, comme un tiroir par exemple. Mais bon, je fais ce que je veux. Et c'est ma vie en generale qui, apres avoir ete ignoree pendant des mois, souffre d'un chaos total. Aujourd'hui j'ai le temps, je peux bien l'observer, la juger, la critiquer... meme si elle m'appartient.
Oui, aujourd'hui j'ai tout pose d'un cote. C'est une phase temporaire ou tout est en suspens, je refuse son ensemble pour n'accepter que les choses necessaires ou simplement jolies. Parce qu'il est difficile de gerer un "tout".
Mais la vraie raison de tout menage est que toute personne change ses gouts. Ou bien elle les decouvre pour la premiere fois. Elle se reveille un matin et decouvre que tout ce qui l'entoure ne lui ressemble plus. Alors elle deprime... ou elle se met au travail. C'est la seconde des deux solutions que j'ai choisi. Et vous?
lundi, juillet 03, 2006
Il suffit qu'elle soit unique.
Peu importe… Un oubli d’histoire remplaça mon histoire qui devait être sans doute aussi banale que la vie de tous.
Une vie banale… J’ai souvent effacé, en appuyant avec insistance sur la flèche « delete » du clavier, un épisode qui racontait une journée sur la plage, un après-midi avec toi, une conversation nocturne au téléphone. J’ai souvent effacé des « bouts de vie » qui me semblaient tout à coup banals. J’ai souvent eu la peur, le manque de confiance, de partager des moments précieux qui semblaient ordinaires une fois écrits. Puis je t’envoie par texto qu’une vie ordinaire, c’est extraordinaire… Et je la retrouve, mon histoire… Ou bien une autre. Peu importe. J’ai retrouvé une histoire quelconque, une histoire banale, une histoire qui appartient à tous, j’ai compris pourquoi il la trouvait belle, cette fille que je n’avais pas remarquée avant de le connaître, j’ai compris pourquoi le petit Michel adorait les fraises que je pourrais bien remplacer par des cerises, j’ai compris –un peu- ce que mon père ressent à chaque fois que son avion décolle, ce qu’un footballeur peut ressentir quand il marque un but et tout le reste qui, pour moi, n’avait aucune importance… ou si peu.
Ce n’est pas grave si j’ai oublié mon histoire. Elle devait sans doute raconter un sourire, un regard, une promesse ou une glace. Toutes les histoires se ressemblent. Elles n’ont de sens qu’une fois vécues. Alors tu comprends maintenant pourquoi parfois j’ai envie d’être seule, sous le soleil, un livre entre les mains (même s’il ne sera jamais lu) ? Je repense à ces bouts de vie qui font ma vie, à des épisodes que je ne saurais raconter, à un bonheur qui se manifeste sans cesse, tantôt discret et tantôt imposant.
Et puis je raconte une histoire qui est la somme de toutes et qui englobe celle que j’ai oubliée, qui la dépasse, la transcende et la snobe pour devenir l’histoire des histoires, la somme de sentiments légers qui hantent nos vies.
Ce que je viens d’écrire est l’Histoire de moments anodins absolument hors du commun. Aucune vie n’est banale. Il suffit qu’elle soit unique. Et elle l’est toujours…
samedi, juin 24, 2006
En deux mots...
L'ambiance est plutot tendue en ce moment. Fatigue, ennui et une tonne de feuilles a lire pour lundi. Une mission impossible qui sera achevee a moitie. Meme pas. Peu importe. Ca passera. "Y a des jours comme ca", non? Et jeudi prochain tout ira mieux....
Alors je vous donne rendez-vous dans une semaine pour de vraies vacances. Et de nouvelles histoires a raconter. Contrairement a ce que je pensais, ce n'est pas dans les livres qu'on les puise. Et dehors, toute une vie a ecrire. Dehors, une vraie vie.
Alors j'attends cette date, cette "resurrection", cette "metamorphose" (c bien ca mane non?). Dehors y a vous, et c'est sur vous - comme dirait Anthony- que j'ecrivais (JADIS). Mais j'ecrirai pour vous aussi....
Alors a tres bientot...
Karen.
mardi, juin 20, 2006
Une conversation avec toi.
A G…
C’est fini… Je te l’avais bien dit. On regarde un peu en arrière, pas pour regretter, ni s’arrêter… Juste pour faire le point. On se retourne un moment, pour avoir cette vue d’ensemble qu’on n’a pas pu saisir au moment même. On en reparle, toi et moi, avec cet air nostalgique et philosophique qui nous rend, je crois, très ridicules. On en reparle juste pour pouvoir mieux avancer. On en reparle juste pour le plaisir. Les souvenirs ne sont jamais tristes, même quand la chose vécue n’est pas très gaie.
Alors on se pose un moment, dans cet endroit que tu connais si bien, on se pose au carrefour de nos chemins, du tien et du mien, on se pose fatiguées mais heureuses de pouvoir continuer la route, peut-être à deux, peut-être pas, vers cet ailleurs qui me fait déjà très peur.
C’est fini déjà. Oui, tu peux respirer. C’est fini maintenant. Tu as bien fait, je le sais. On reparle de chaque jour, chaque semaine, chaque mois. On parle des messages anonymes que je recevais sur mon blog, ces messages qui nous amusaient, on reparle d’un prof, d’un élève, des escaliers… On parle de tout, surtout de rien, juste pour parler et pour faire durer la conversation. On reparle des vacances et des examens. Ce fut long, ce fut pénible. Et dire que plongées dedans on ne s’en était même pas rendues compte. Je te reparle de cette année qui s’achève et qui fut peut-être la plus dure mais la plus riche de toutes. Je te reparle de ce que j’ai appris, du droit, de ces nouveaux amis déjà partis et je te parle de l’amour de ma vie…
Ce que j’ai appris ? Sans doute les mêmes choses que toi. Un peu moins quand même. Tu apprends plus et mieux… J’ai du fermer les yeux quelquefois pendant les cours, les ouvrir trop tard ou trop tôt. Et puis on n’apprend que ce qui nous plait. Alors on a retenu sans doute des notions différentes. On se complète. Sauf que toi tu saisis tout…
Ce que j’ai appris ? On apprend autre chose que les études à la fac. On apprend l’amitié, l’amour et la vie.
J’ai surtout beaucoup gagné. Surtout ton amitié.
Oui c’est fini. Ok, dans une semaine, ne me regarde pas comme ça ! Ce ne fut pas si difficile après tout… Pas si dur… Et ceci grâce à toi.
dimanche, juin 18, 2006
Qui a le droit d'etre triste?
Mais la tristesse est aussi un droit dont certains usent… et abusent.
Qui a le droit d’être triste ?
Ce garçon qui refuse d’étudier et qui découvre surpris qu’il a échoué ? Cette fille qui pleure parce qu’elle a un kilo de trop ? Cet enfant égoïste qui n’aimerait pas partager son jouet ? Qui a le droit de pleurer ?
Qui a le droit de se plaindre ?
J’ai encore cette image de toi devant l’ascenseur de la fac… Cette image de toi qui pleurait. Je me souviens de toi. De ton petit chagrin. Et des soucis que tu te faisais. Et puis tu m’as dit que tu n’avais pas le droit d’être triste parce que la vie t’avait tant donné. Qu’il ne t’appartenait pas de pleurer parce que ton père avait tant supporté. Je me souviens de ces larmes que tu essayais de retenir, je me souviens de cet effort que tu faisais pour les cacher. Toi tu avais compris, que nous, on n’avait pas le droit de pleurer… Toi, tu sais être reconnaissante et la gratitude est l’une de tes plus belles qualités, une qualité que tu essaies de garder, même quand tu es vraiment fatiguée. On n’a pas le droit d’être triste. Mais peut-être, seulement, de respirer…
Qui a le droit d’être triste ? Cette fille superficielle furieuse de ne pas être sortie un samedi soir ? Le premier de classe jaloux que pour une fois on l’ait devancé ? Une petite fille qui n’a pas eu, comme toujours, par la force, les cris et les griffes, ce qu’elle voulait ?
La tristesse n’appartient pas à tout le monde… La tristesse est un droit qu’il faut respecter. Et beaucoup d’entre nous n’en sont pas titulaires. La tristesse n’appartient pas aux personnes que j’ai citées. La tristesse appartient à ce soldat trop loin de chez lui, à un prof consciencieux et fatigué que personne n’écoute, à un enfant laissé tout seul dans la rue…
La tristesse n’appartient pas à tout le monde. Alors réfléchissons avant d’être triste. Parce que la tristesse, il est vrai, est un vice.
Et souvent, le bonheur passe juste à coté.
mercredi, juin 14, 2006
Supporter la reussite.
Pour certains, il n’est jamais question de réussite. Ce sont les éternels insatisfaits. Ceux qui réussiront toujours plus et mieux, parce qu’ils demandent toujours d’avantage. Tout le monde autour remarque leurs exploits. Et ils semblent être les seuls à ne pas s’en rendre compte. On admire leurs ambitions, leur force, leur courage. Mais on se demande parfois s’ils sont heureux.
Il y a ceux qui sont satisfaits. Ils savent évaluer leurs prestations sans se sous estimer ni se vanter. Ils représentent la catégorie intermédiaire. Les personnes « ordinaires » qui constituent la minorité et attirent le moins l’attention. On pourrait croire que tout le monde est ainsi. Mais tout le monde, souvent, n’existe pas.
Le troisième groupe est le plus intéressant. Parce que le plus pathétique. Les personnes qui en font partie croient toujours, de façon choquante et naïve, être les premières à avoir accompli tel ou tel acte. Elles ne savent pas, ou ne veulent pas admettre, qu’avant elles, et bien avant, d’autres personnes ont aussi bien – et même mieux- réussi. Elles ne comprennent pas que réussir de la sorte n’a rien d’exceptionnel et oublient que la vie est une éternelle évolution. Ces personnes-là ne supportent pas la réussite. Celle-ci dépasse leurs aptitudes et leur équilibre interne.
Je parle de cette fille qui croyait avoir impressionné le jury lors d’une interview parce qu’elle se trouvait belle, bien habillée et très cultivée. Elle en parla à tout le monde avant de recevoir les résultats… Cette même fille apprit, une semaine plus tard, qu’elle ne fut pas admise.
Je parle de cette personne trop fière d’avoir eu une bonne note et qui se laisse aller ne ressentant pas le besoin d’étudier pour les autres examens. Cette personne en parle partout, parfois trop fort, alors que tout le monde avait, comme elle, réussi.
Je parle de cet homme politique qui a toujours eu la soif du pouvoir et dont le savoir est très limité, cet homme qui est aujourd’hui bien plus sur de lui, arrogant et mal élevé car bien trop petit dans un très grand poste.
La réussite est une responsabilité. Elle est parfois difficile à supporter. Elle nécessite un minimum de modestie et une intelligence normale qui saurait la transformer en une énergie positive qui lui permettrait de résister aux atteintes diverses.
La réussite accidentelle ou passagère est un test qui a pour but d’évaluer une personne et de savoir si celle-ci mérite – ou supporte – la réussite à long terme.
La réussite appartient à tout le monde et diffère selon les objectifs de chacun.
Mais elle ne peut vivre que quand on est assez grand pour savoir la gérer. Sinon, elle nous gère. Et c’est à ce moment là qu’on échoue. Et cette fois-ci, à très long terme.
La meilleure ennemie de la réussite.
Ceci s’applique aussi bien sur les choses que sur les personnes. J’ai souvent mieux réussi à l’école les matières que je redoutais, celles que je trouvais difficiles que celles que je croyais simples. Car ces dernières finissaient par me trahir. Elles cachaient derrière un air innocent et naïf des subtilités complexes très bien dissimulees. Elles se moquaient de moi qui croyais bien les connaître.
Pour réussir dans la vie, il faut donc lutter sans cesse, être toujours en état de combattre, prêt à attaquer, à dévorer l’adversaire. Pour réussir, il ne faut jamais se sentir en sécurité. Et ne jamais se sentir trop proche, ou trop confiant.
La réussite aurait-elle pour ennemie l’intimité ?
Et en amour ?
lundi, juin 12, 2006
Parleras-tu de moi?
Tu décides de garder un souvenir de toi qui expliquera sans doute pourquoi tu étais là et pourquoi tu décides enfin de partir. Tu expliqueras les incertitudes de ton enfance, ces chagrins que j’ai su lire alors que tu essayais de les dissimuler, tu expliqueras tes peurs, ton envie d’évasion. Tu expliqueras surtout tes silences.
Tu as décidé de partir. Tu as décidé d’écrire pour qu’ils comprennent. Eux qui t’aiment tant mais qui n’ont jamais remarqué que tu pleurais. Tu leur dévoileras ta vraie personnalité et ce que tu avais dans le cœur pendant de longues années.
Tu leur raconteras tes dernières expériences. Tu leurs parleras peut-être de ce qu’on a vécu ensemble, du jour où l’on s’est rencontré, du zinc, du gallery, du 37… Tu leur parleras peut-être de samedi dernier…
Tu t’en vas. Tu écris. Tu racontes. Tu es enfin inspiré. Tu romps le silence. Tu respires. Tu cries. Tu pleures. Tu vis.
Parleras-tu de moi ?
vendredi, juin 09, 2006
Un musicien.
Je souriais presque malgré moi, pensant à des examens qui s’approchaient de plus en plus, d’un air hautain et vaniteux, tout en me mettant de plus en plus mal à l’aise. Je souriais malgré moi… Je devais être heureuse. Et je décidai de tout oublier le temps d’une soirée. Ils étaient tous là… Tous là pour moi.
Puis surgit de loin une douce mélodie, une chanson venue d’ailleurs, bercer mes peurs et mes soucis. Surgit de loin une voix à la fois douce et profonde, forte et fragile. Une musique surgit. Et ce refrain me fit délicieusement tout oublier.
Un musicien était venu chanter la vie des gens. Il jouait comme on vit. Il rythmait nos pensées, nos regards, nos sourires crispés, nos soupirs et des sentiments qu’on essayait de dissimuler.
Cet homme-là chantait et jouait. Cet homme là, avec des notes, tout dévoilait. Mais personne ne ressentait sa présence, comme si sa musique venait de je ne sais où, comme si c’était la voix naturelle d’une vie sans musique.
Le musicien jouait pour nous. Il nous rendait la vie belle, ne serait-ce que le temps d’une soirée. Mais on ne le regardait pas. On ignorait sa présence. Et on se demandait d’où venait cet air joyeux et vrai.
Un musicien, ce soir-là, nous avait tout donné. Un musicien m’avait donné ce qu’il savait faire le mieux. Sans que je ne puisse lui rendre ce merveilleux cadeau.
Alors je me contentai d’un pauvre regard, sachant avec orgueil que moi seule l’avais remarqué, je me contentai de l’apprécier.
Sa musique ne s’arrêta que très tard dans la nuit. Et il quitta doucement, aussi doucement que quand il est arrivé. Il quitta et la musique s’arrêta. Mais bien sur, personne ne le remarqua.
Sa musique ne s’arrêta que très tard dans la nuit. Mais j’ai parfois cette impression bizarre et incertaine de pouvoir encore l’écouter.
Peut-être qu’avec la musique il m’avait donné… la plus belle version de la vie.
jeudi, juin 08, 2006
C'etait il y a quinze ans.
J’ai toujours dit que l’amour était partout. Je fais partie de ceux qui aiment. Parce que tout le monde aime, tout simplement. Mais c’est de l’amour que l’on éprouve envers sa famille et ses amis que je parle, ce que j’appelle « l’amour simple ». L’amour compliqué qui unit deux personnes et qui résiste au temps et aux difficultés diverses est, par définition, très compliqué. Et je ne saurais, en ces quelques lignes, en parler.
Il y a un moment, un instant, un jour, une nuit où l’on remet en cause sa vie. On se demande ce qu’on a fait jusqu’à ce jour, ce qu’on aurait voulu faire, ce qu’on a eu peur de dire, on repense à des endroits visités, des personnes rencontrées, des amis disparus, on repense à une plage où l’on a passé son enfance, à une cour de récré. Et c’est sur cette dernière image je me suis attardé. Une image de toi. En rose. Une image de nous. On avait cinq ans. C’était il y a quinze ans.
Je n’aime pas ces moments où l’on repense son existence. Trop de choses nous bouleversent. Il faut alors trier, rejeter, accepter, admettre et essayer de ne pas regretter. Certaines stations attirent notre mémoire en particulier. On en refoule d'autres. Le passé est parfois le pire ennemi du présent. Mais ces stations d’hier ont quelque chose en commun. Ces stations d’hier portent toutes le même nom, le tien. J’ai quelquefois oublié que tu as toujours été là. J’ai quelquefois cru à tort grandir et me détacher des liens de la vie. J’ai cru à tort que la force que l’on acquiert à travers les années nous dispensait de l’intensité de l’amitié. J’ai cru à tort, quelques minutes lâches et fragiles face aux années, pouvoir vivre sans toi.
Aujourd’hui est un de ces jours où je repense mon enfance. Et je te vois partout. Tu as traversé avec moi mes quinze dernières années. Tu as supporté mes erreurs, calmé mes peurs et ensemble on a tout partagé. Je me souviens d’un serpent à sept ans, d’une chanson à dix, d’une loi à douze, je me souviens de tes premières amours, de tes anniversaires successifs... Je me souviens de tout. Je me souviens de ta voix qui me rassurait alors que je défilais, incertaine, sur un podium glissant et pathétique. Je me souviens de tes conseils.
C’est vrai qu’on a grandi. C’est vrai qu’aujourd’hui on a beaucoup changé. Et que je n’ai pas vraiment envie de grandir. Mais je réalise combien tu as été là. Je réalise à quel point l’amitié est importante dans la vie d’une personne. Si tout est éphémère, l’amitié, elle, est la plus grande source de stabilité et de bonheur.
Alors on grandit, volontairement pour certains ou comme moi, avec ennui. Tout change. Presque. Parce que certaines choses dans la vie sont, heureusement, inchangeables. Comme toi… Et pour toi j’essayerai de ne plus changer.
lundi, juin 05, 2006
Et si c’était simplement… impossible ?
Il suffit, dit-on, de patienter quelques quatre semaines pour que la vie recommence. Comme s’il était facile de tout suspendre quand on a tellement de vie dans les veines. Comme s’il était facile de mettre « on hold » notre envie de vivre. De vivre vraiment. « On » ne comprend simplement pas que c’est dur de jouer le rôle de la mort. « On » ne comprend pas que ces quatre semaines font vraiment mal. Et qu’il y a des moments où l’on a besoin d’abandonner.
Il suffit, dit encore « on », de s’organiser. Mais comment organiser la discorde qui est par définition le chaos total. Comment organiser des cours entremêlés que l’on fait mine de comprendre, juste pour être bon joueur ? Et combien de temps dure la comédie ? Et si elle reprenait son sérieux et décidait de reprendre sa forme initiale (l’incompréhension) juste avant le « grand moment », le jour des exams ?
Il suffit, dit-on, de bien vouloir étudier. Il suffit de saisir « la logique des choses » (la logique ?!). Parce qu’il est facile de donner des conseils, mais bien plus dur de refuser le soleil.
Et si c’était simplement… impossible ?
samedi, juin 03, 2006
Quand on perd ses valeurs.
Je ne me souviens pas quand elles sont nées en moi. Le jour de ma naissance ? Juste après ? Bien après ? Quand naissent les valeurs ? Y a-t-il un moment où l’on se dit : « A partir de ce matin je serai généreux, heureux, poli, aimable, serviable et honnête ? » Je me souviens d’avoir décidé il y a quelques années d’être gentille avec tout le monde, même avec ceux que je n’aimais pas. Pour respecter mes « valeurs », je reformule ma phrase : Je me souviens d’avoir décidé il y a quelques années d’être gentille avec tout le monde, y compris ceux dont les intérêts ne rencontrent pas les miens. Je me souviens aussi d’avoir oublié ma nouvelle valeur-résolution aussitôt décidée. On ne décide donc pas ses valeurs.
Les vraies valeurs sont donc attachées et confondues avec la personne. Elles constituent l’être, le forment. Elles SONT la personne. Les valeurs sont celles qui sont tellement naturelles qu’on ne remarque pas leur existence. On croit que c’est la seule façon de vivre, et que tout le monde, comme nous, agit de la sorte. Les valeurs naissent alors au même moment que naît la personnalité de l’individu. Ce même jour où il se socialise, où il choisit, refuse, adopte, rejette, accepte, grandit.
Moi aussi j’ai une personnalité. Moi aussi j’ai des valeurs que j’ai vues grandir en moi. J’ai idéalisé certaines personnes au point de vouloir grandir et leur ressembler. J’ai tellement embelli les choses que tout défaut me perturbe désormais. J’ai pris inconsciemment leurs valeurs. J’ai volé machinalement leurs principes, je les ai appropriés, et j’en ai fait des règles sacrées à respecter. Elles n’étaient pas nécessairement les meilleures qui soient, mais celles qui correspondaient à mon évolution. Et j’ai vraiment cru que c’est ainsi que tout le monde était.
Puis un jour, par hasard, je découvre la disparition de ces qualités qu’elles avaient. Ou que je croyais voir en elles. Je ne sais pas si j’avais tout inventé dès le départ ou si effectivement, leurs valeurs n’existent plus aujourd’hui. Dans les deux cas, que deviennent les miennes ? A quel sort sont-elles vouées si je ne reconnais plus leur source ou si leur raison d’être n’existe plus ? Perd-t-on ses valeurs ?
Que faire quand on n’a plus de valeurs ? Envier ceux qui n’en avaient pas dès l’origine puisqu’ils ne souffrent pas d’un changement quelconque qui puisse les affecter ? Envier ceux dont les valeurs sont immuables et qu’un vent violent ne saurait faire frissonner ? Comment faire pour les rattraper alors qu’elles courent si vite, comment faire pour en adopter d’autres alors même que l’envie d’en avoir nous manque ? Que faire quand on a besoin de vivre désormais sans valeurs ? Je n’oserais dire que, comme eux, j’ai besoin de perdre tout ce qui rend l’homme supérieur, ou du moins, spécial. Je n’oserais dire que comme tous ceux que je connais, j’ai besoin de me « déshumaniser ». En n’osant pas, je l’ai peut-être dit. En n’osant plus, j’ai prouvé qu’elles sont vraiment parties.
Je croyais que l’évolution, à travers l’âge, la connaissance, le savoir, l’expérience et l’échange, faisait naître en l’homme des tendances idéales. Je remarque déçue que plus on grandit, plus on perd l’envie de grandir et cette si belle vision des choses qui nous paraissait si vraie, si douce, si belle mais qui s’avère aujourd’hui si erronée ! Plus on grandit, et plus on n’arrive plus à toucher cette « presque perfection » de la jeunesse. Plus on grandit et plus on remarque que nous les jeunes on sait bien plus, bien mieux, que les « grands ».
Je regrette ces moments où je croyais que les autres savaient plus ou mieux. Je regrette ces moments où je n’ai su profiter de l’amour, la fidélité, l’amitié. Je croyais que les valeurs pouvaient, comme moi, s’épanouir et se transformer en quelque chose de splendide et d’éternel. Je n’ai pas compris que tout était là. Et que plus le temps passe, plus on perd ses valeurs.
Les valeurs n’appartiennent qu’à nous, les jeunes. Alors profitons du peu qui nous reste. J’ai perdu la grande majorité des miennes. Il m’en reste une ou deux. Et je sais qu’elles disparaîtront aussi. J’ai voulu écrire un texte heureux. Mais j’ai perdu cette valeur qui me chuchotait qu’il faut propager le bonheur et oublier le malheur. J’ai voulu écrire un texte vrai. Et je l’ai fait. Les valeurs, elles aussi, sont mortelles. Elles naissent magnifiques et s’éloignent doucement au fur et à mesure que nous découvrons la vie. Elles sont peut-être incompatibles. La vie… Et les valeurs.
mercredi, mai 31, 2006
Qui etais-je?
Ecrire tous les jours étaient donc devenu une habitude. Plus, une nécessité. Un besoin de communiquer avec ces gens qui me lisaient. Ca m’a surpris d’abord d’être lue. Je ne trouvais pas ma vie plus intéressante que celle de « mes lecteurs ». Je n’avais pas encore compris que j’écrivais la vie de tous. Je n’avais pas encore compris qu’il ne fallait pas nécessairement parler du rêve, du paradis ou de l’enfer pour être lu. La vie normale était suffisamment intéressante. Et c’est la vie normale qui intéresse. Savoir que quelqu’un quelque part partage nos craintes, ambitions, rêves et idées est une chose rassurante. Et c’est ainsi qu’en parlant un peu de ces gens qui m’entourent, que je rencontre et un peu de moi, c’est de tous les autres que je parlais.
Je relis les textes écrits souvent la nuit, entre la conscience et le profond sommeil, ces idées venues par hasard et écrites juste avant qu’elles ne s’en aillent. Je relis ces mots un jour chuchotés, ces promesses jamais tenues, ces confidences qu’on aurait du garder et je me demande… qui étais-je ?
Je relis mes histoires comme si je lisais la vie d’une autre. Cette autre que j’étais. Cette autre que je redeviendrai bientôt – je l’espère-, cette autre dont la vie me manque aujourd’hui. Je ne pense pas que l’on puisse changer si vite. Et j’attends avec impatience ma re-métamorphose.
Qui étais-je ? Que suis-je aujourd’hui ? Comment change-t-on si vite et pourquoi perd-t-on l’envie d’écrire et de partager ? Ou n’est-ce qu’une histoire encore inventée afin de ne jamais s’arrêter ?
lundi, mai 29, 2006
Le parfum d'aujourd'hui.
Il suffit parfois d’un regard, d’une image, d’une parole, d’un son, d’un paysage pour nous emporter loin dans le passé. Il suffit d’un parfum pour que surgisse au présent un de nos plus beaux souvenirs. Ce que Sartre appelle un ‘analogon’. Proust avait lui aussi rattrapé son passé rien qu’en mangeant une madeleine, odeur qui réveilla son enfance. Il suffit qu’un élément anodin attire notre attention distraite pour que nos pensées s’évadent dans cet endroit aimé et redouté à la fois, lieu de rencontre d’images du passé et d’histoires belles quoique douloureuses que l’on croyait oubliées. Il a suffi d’un parfum… Et loin ce parfum m’a emportée. Je marchais distraite comme d’habitude, pensant à la fois au travail accumulé à peine commencé et à une inspiration qui m’a récemment abandonnée. Je pensais à ce temps qui s’écoulait trop vite et duquel je n’arrivais plus à profiter. Je pensais à ces nuits trop longues qui me volaient mes journées. Et c’est alors que surgit un parfum, je ne sais d’où, reste précieux d’une époque lointaine, un parfum qui me rappela une odeur que j’ai un jour adorée.
Mon corps demeurait, certes, au même endroit. Mais c’est mon esprit que je n’arrivais plus à retrouver. Un esprit errant dans les pages du passé. Mes pensées se baladaient entre Rome et Paris. Mes souvenirs étaient bien plus vivants que la réalité. Même mes sens y participaient. Autour de moi, le décor avait changé, comme pour mieux se marier avec la mémoire. Une simple odeur avait réussi à reconstituer la chaleur d’un été. Un parfum avait reconstruit les restes misérables des plus belles vacances un jour vécues. J’ignorais qu’un voyage dans le temps fût réellement possible. J’ignorais avant ce moment l’intensité du souvenir.
J’espérai au plus profond de moi que ce parfum ne s’épuise guère. J’espérai en secret que la source de cette si belle odeur soit impérissable. J’essayai de chercher des yeux la personne ou la chose à la si belle senteur. Mais vite ressurgit le présent. Et vite disparut cette même odeur. J’en voulus à mes sens, j’en voulus à cet inconnu qui sentait si bon et qui s’était vite éloigné. Mais c’est alors que je découvris les plus belles senteurs. Je découvris le parfum que je préfère aujourd’hui : le parfum du présent.
Le passé sent très bon. Son parfum est attirant. Mais il ne fait que nous arrêter inutilement au chemin. Et son odeur est éphémère. Je préfère celle du présent. Elle existe vraiment. C’est celle du futur que je n’ai pu sentir. C’est celle du futur qui demeure insaisissable. Trop la vouloir ne ferait que brûler le présent. Et le passé l’a déjà trop fait souffrir. Il n’est donc possible d’humer l’instant qu’en étant insensible face aux tentations d’un passé vieux qui tente en vain d’exister et d’un futur orgueilleux qui vante sa face cachée. Le présent me convient. Je le respire pleinement entre deux temps aux odeurs désespérées.
La place aux honnetes hommes.
Pendant leurs éternels combats, certains citoyens, très intelligents bien qu’anodins, s’enrichissaient en connaissance et en savoir. Ils avaient prédit cette chute à leurs yeux inévitable. Ils savaient que leur tour allait venir, eux, l’élite du savoir. Ils savaient très bien que l’élite du pouvoir existait, certes, mais n’avait qu’une existence éphémère. Et ce fut effectivement à eux de régner.
Les grands hommes de la cité se croyaient éternels. Ils ne s’étaient jamais préoccupés des pauvres habitants du pays. La concurrence n’existait qu’entre les grands leaders des familles les plus puissantes. Mais c’était une concurrence archaïque. Une concurrence destructrice. Et c’est ainsi qu’ils trouvèrent la mort. Leur indifférence envers les plus intellectuels était très bénéfique. Elle permit leur ascension rapide et sereine.
Ce texte est bien plus qu’une légende. Cette dynastie a existé, un jour, dans un pays du moyen orient. Mais un autre temps est arrivé, le temps de ceux qui ignorent la politique. Et au lieu de l’apprendre, ils créèrent la leur. Un autre temps, aujourd’hui, est arrivé : celui des hommes honnêtes.
On pourrait croire que mon histoire est une déformation de la réalité, une vision trop optimiste de la société, une fiction très loin de la vérité. On pourrait croire que c’est la plainte de ceux qui travaillent beaucoup tout en observant d’un œil critique ceux qui ne font rien et qui détiennent paradoxalement le pouvoir. Non.
Ceci n’est que l’ordre revenu après une très longue absence régner sur une ville qui a longtemps souffert. La justice, le savoir, l’équilibre et le progrès viennent remplacer la « politique » de ceux qui croyaient gouverner. L’économie, le Droit, les sciences, les maths, la pharmacie, la médecine, les arts gagnent enfin le combat. Et leur politique inculte admet difficilement sa plus grande défaite.
jeudi, mai 25, 2006
Une decision lunatique.
J’ai commencé à écrire quand j’ai décidé de ne plus parler. J’ai écrit pour ne plus embêter ceux qui m’entourent. C’était un très bon compromis entre le bavardage et la nécessité de vider sentiments et pensées parfois trop agités. J’ai enfermé le tout dans une boite qui s’appelle « ma vraie vie ». La boite de ma vie certes, réservée à ceux qui sauront la déchiffrer entre les lignes. Réservée à ceux avec qui j’ai pu et aimé tout partager.
Ma vraie vie s’étalait donc sans censure, sans complexe et sans détours sur des pages entières, habillées seulement – quand j’étais raisonnable – de la pudeur des figures de style et des images un peu floues mais pas moins directes pour autant. J’ai dévoilé mon existence sans raconter mes secrets. Peut-être parce que je n’en ai jamais eus.
J’ai pris le soin de garder à ma vie sa part d’intimité. Ces choses que l’on ne dit à personne. Ses instants de bonheur, de faiblesse, et ses très beaux souvenirs. Je les ai racontés, certes, tout en me réservant une partie de façon très égoïste. Les raconter aurait rendu mes écrits plus ou moins profonds. Mais ne pas les raconter était un de mes plus grands caprices. Et j’étais fière – je vous l’avoue- de pouvoir tout raconter… sans rien raconter.
Aujourd’hui j’écris pour ne rien dire, presque. Parce que mes écrits ont toujours été le reflet de ma vie. Et ma vie en ce moment est en suspens. Ma vie en ce moment ne mérite pas d’être racontée. Je ne voudrais pas vous ennuyer. Alors j’écris pour raconter une décision de ne plus écrire, un sentiment de dégoût envers ces moments de fatigue et de stress où l’on vous conseille gentiment de tout supporter sous prétexte que « ce n’est pas le moment » d’abandonner. Comme si être heureux, triste ou stressé relevait d’une simple décision déterminée d’une raison trop orgueilleuse. Comme s’il y avait « un moment » pour tout… Non, il n’y a pas un moment pour tout. C’est comme ça, c’est tout…
Puis je me dis ce que j’aurais très bien dit aux autres. Dire aux autres, ça, je sais très bien le faire : ce n’est qu’une étape, ça passera, tu vas très bien réussir, ne baisse pas les bras, ferme les yeux et ça sera déjà l’été, la plage, les mecs et le soleil, etc.… Mais vous savez quoi ? Non, ça ne passe pas. Et puis c’est déjà l’été et le soleil. Mais pas pour nous. Même l’été, même le soleil nous snobent ces jours-ci. Ils choisissent leurs clients. Et ils nous donnent rendez-vous dans un mois. Dans une éternité.
Ce n’est pas une simple décision de ne plus écrire. C’est beaucoup plus : une incapacité, une impuissance, un abandon. Plus du rejet que de la détermination. Beaucoup plus la peur que la raison. Mais je le répète, mes décisions sont lunatiques. Elles naissent d’émotions passagères elles-mêmes changeantes. Alors peut-être que demain l’été m’appellera. Peut-être que demain le soleil sera pour moi. Et je donnerai aux examens le rendez-vous que m’avait donné mon été très occupé cette année. Entre temps, en suspens ma vie, mes décisions fragiles… et votre soleil.
lundi, mai 22, 2006
Je me suis demandee.
Je me suis demandée ce qu’il fallait faire pour être lue. Je me suis demandée où je devais écrire et quoi raconter. Il fallait que je sache si j’écrivais ce qu’on lit, si on lisait ce que j’écris, si je pensais ce qu’on approuve et si je parle comme on voudrait penser. Je me suis demandée si je pouvais dire que j’aimais le petit prince puis j’ai fini par dire que c’est un livre pour enfants. Je me suis demandée qui étaient mes amis depuis que je ne les voyais plus autant qu’avant. Je me suis demandée qui j’étais et pourquoi j’existais, je me suis demandée pourquoi j’écrivais et pourquoi j’étudiais. Et j’ai tout compris quand j’ai arrêté d’y penser.
Je me suis demandée si pour être lu il fallait être rebelle. Si on pouvait être respecté si on aimait la vie. Je me suis demandée s’il fallait être différent pour plaire et si la conformité sincère repoussait. Je me suis demandée si être heureux était ennuyant et s’il fallait opter pour la révolution puisqu’elle fait plus de bruit. Je me suis demandée si la déviance était le prix à payer pour bien paraître en société. Je me suis posée plein de questions, je vous les confie aujourd’hui puisque j’ai trouvé des réponses.
J’ai compris qu’on avait le droit d’apprécier la vie, les gens et le soleil. Qu’on avait le droit d’être chanceux, talentueux et de réussir quelquefois. Qu’il ne fallait pas se sentir mal quand c’est bien mérité. J’ai compris qu’on pouvait le dire même si rebelle on nous préfère. J’ai compris qu’il ne faut pas essayer de se faire aimer, ni même de plaire. Et que si ça ne marche pas, tant pis. J’ai compris que je n’allais écrire que ce qui m’intéresse sans même faire l’effort de trouver des rimes ou des mots jolis. Que la seule option qui m’est ouverte est d’écrire mes sentiments et pensées même si ceux-ci n’intéressent personne. Et là je parle de ma satisfaction personnelle. J’ai compris que je pouvais parler de la chaleur du café ou de l’insignifiance d’une couleur sans avoir à parler de mon pays ou de la guerre quand je n’ai rien à dire à ce sujet. J’ai compris que ce n’est pas toujours par ma faute s’ils sont partis. Et que peut-être ils ont trouvé mieux ailleurs. J’ai compris que je ne devais plus me poser des questions. Que pendant ce temps il serait plus utile d’agir.
Je me suis demandée ce qu’on pensait de moi, ce qu’on disait quand j’avais le dos tourné et quelles étaient les critiques qu’on m’adressait. Je souris aujourd’hui au souvenir de ces moments d’incertitude. Je ris aujourd’hui des jours où je croyais que les autres, eux, savaient. Alors j’écris ce soir, pour parler du temps et du soleil, pour raconter ma vie ou son regard. J’écris pour raconter une chanson ou une caresse. Peu importe si ça intéresse. Mais c’est alors que je me pose de nouvelles questions. Et je me demande…
jeudi, mai 18, 2006
Le papier est mort.
Je regarde ces lettres un jour reçues avant meme la naissance du ridicule. Je relis ces mots que tu m’as envoyés avant que tu n’aies pris l’habitude de m’envoyer un « où tu es » rapide sur mon portable. Je comprends ton écriture et je sens ta présence. Sur la feuille, des mots. Mais aussi des secrets, des confidences et des promesses. Je relis celles que je ne t’ai jamais envoyées. J’y aperçois des larmes un jour versées ayant effacé une partie de ce que je n’ai jamais su dire. Et je regrette ces jours où il était si beau d’écrire.
Mais aujourd’hui le papier est mort. Des moyens plus rapides ont pris sa place. Ils sont rapides, certes, mais nous éloignent. Depuis que c’est facile, on ne se parle plus. La difficulté nous a toujours attirés. Aussi bien que l’aventure, le secret, le mystère et la passion. Et rien n’est plus impersonnel que ce courrier électronique à travers lequel je ne te retrouve plus.
Il parait que loin est l’époque du papier. Il parait que les lettres appartiennent à un autre temps, une autre vie, un autre monde. Il parait aussi que notre amour y était attaché. Il est donc parti aussi. Et j’ai perdu mes mots en même temps que j’ai perdu les tiens. Je regrette les jours où je croyais te tenir rien qu’en lisant tes histoires. Je regrette ces jours où je croyais te caresser en touchant cette feuille qui t’appartenait. Je regrette ces jours où je n’ai pas assez connu le papier. Mais le papier est effectivement mort. Et toi aussi.
Et la tristesse vient bien apres...
J’ai découvert que le plus grand vice de tous les vices était la gentillesse. Oui, la gentillesse. Certaines personnes ne peuvent qu’être gentilles. Elles ne savent pas agir autrement. Elles pensent –à raison d’ailleurs- qu’il n’y a rien de plus facile qu’un sourire au visage, elles disent merci, bonjour, de rien et à bientôt sans aucun complexe. Elles ont un fort caractère qui leur permet d’être proches des gens qu’elles rencontrent. Convaincues qu’elles agissent de la bonne manière, évitant constamment les problèmes quelconques même avant leur naissance, elles se croient à l’abri du danger. J’ai cherché à savoir d’où venait cette force que détiennent certains chanceux. J’ai compris qu’elle venait de l’amour, du bonheur, de la paix, de la compréhension, de la confiance en soi et de la douceur. On ne peut être gentil que si on est assez fort pour se passer de l’agressivité. Ce sont les plus forts qui sont les plus gentils. Ils n’ont pas besoin de se protéger. Les gentils sont souvent des personnes ayant très bien réussi. Elles n’ont pas à combattre et ne se sentent pas menacées par autrui. Elles se laissent apprivoiser, elles approchent les autres, sachant que le monde extérieur ne présente aucun danger, aucune concurrence. Elles sont en quelque sorte placées à un niveau intellectuel supérieur qui leur permet d’aimer. Leur gentillesse est improvisée. Jamais préparée. Elle brille de sincérité. Elle fait bien plus de bruit que ceux qui essayent de gagner par la force. Tout leur pouvoir réside dans l’éclat de leurs yeux. Et ils réussissent en douceur, alors que les autres sont occupés par le bruit et ne remarquent pas leur succès continu. Ils le remarqueront plus tard. Mais la gentillesse aura déjà emporté la partie. Doucement. Lentement. Sûrement. Et leurs adversaires diront un à un, déçus et surpris : “je ne savais pas qu’il était bien plus difficile de combattre la gentillesse que la méchanceté”.
La gentillesse, souvent, si excessive, est un vice. Et quand la gentillesse est un vice, elle est le plus grand vice des vices. La personne atteinte de la gentillesse excessive laisse passer certaines choses auxquelles elle devrait s’opposer énergétiquement, elle se fait même marcher sur les pieds. C’est alors que naît la confusion entre la bêtise, la gentillesse et l’indifférence démesurée. Croyant être insaisissable, elle se moque de ceux qui tentent de la blesser, les laisse faire et continue son chemin avec le même sourire qu’elle adresse aussi bien à ses amis qu’à ceux qui se considèrent fièrement ses ennemis. Des ennemis, elle n'en a pas. Pour en avoir, elle devait trouver des personnes dignes de l'etre: des personnes qui lui ressemblent. Hormis ses amis, tout le monde est à un même pied d’égalité, et personne ne saurait –ou même ne pourrait- perturber sa vie. Bien sur, elle est heureuse. Elle pense avoir trouve tout le bonheur possible en étant imperméable, mais elle oublie que ceux qui la côtoient ne sont pas comme elle honnêtes, ils n’ont pas comme elle une existence propre et c’est la sienne qu’ils tenteront de voler, alors qu’elle plonge naïvement dans une de ses illusions trop idéalistes. Elle fait confiance à la mer, ferme les yeux pour se faire bercer par ses vagues. Mais celles-ci la rejettent sur une île déserte, après s’être assurées que ses yeux étaient bien clos et son corps bien reposé sous le soleil. Elle a cru le blanc de la neige. Elle s’est dit qu’on ne peut rien cacher quand on est si beau, si grand. Elle s’est promenée sur les pages vides de la tranquillité. Elle n’a pas senti le besoin d’y marquer ses mots. Mais dans la neige elle s’est enfoncée. Et tout le monde, bien sur appréciait sa gentillesse. Tout le monde l’appréciait parce que tout le monde en profitait.
Elle a tiré la leçon qu’elle ne pouvait apprendre que de sa propre bêtise. Elle a compris que pour mériter la gentillesse il faut être à la hauteur. Que les faibles ne peuvent la supporter. Que les personnes fragiles ne savent l’affronter. Qu’elle est difficile à gérer quand on est habitué à se battre. Et elle ne savait pas grand-chose à la vie. Elle les comprenait si bien aujourd'hui. Elle comprenait ses autres qui n’étaient pas habitués à la douceur et qui y voient un appel à la défense. Mais elle a oublié, elle, de se protéger. Heureusement qu’il y a certains de ses amis qui le font pour elle. Ceux qui ont découvert, bien plus tôt, une vérité qui lui est difficile à admettre.
La gentillesse est certes une qualité. Et ne cesse de l'etre qu’après un certain seuil dépassé. Excuse-moi Flaubert, mais j’ai découvert un vice que tu n’as su remarquer. Et la tristesse, crois-moi, vient bien après.
lundi, mai 15, 2006
Une nouvelle ELLE, un peu pas ELLE.
Elle avait de belles idées un peu révolutionnaires, de l’ambition, de la force, de la détermination. Mais elle a choisi les qualités des autres. Elle a cru qu’en répétant leurs paroles, on l’apprécierait plus. Elle n’avait pas compris que ces autres sont parfois aussi fragiles qu’elle.
Et voilà qu’une nouvelle Elle apparaît, très différente et très pathétique. La copie n’est jamais aussi réussie que l’originale. Et elle étale des mots qui ne sont pas les siens, des idées qu’elle a rassemblé de partout d’une façon très maladroite, pour finir par une signature, reste misérable d’une personne ayant jadis existé. On lit les textes qu’elle s’est appropriés, ces textes qui ne correspondent nullement à sa vie, à son histoire, à son passé. Elle écrit la vie des autres. Elle ne la raconte pas, elle la recopie. Alors que la sienne aurait été beaucoup plus intéressante. Elle cherche désespérément des vers éparpillés ici et là, les emprisonne dans le mensonge, parle de la nuit alors qu’elle aime le jour, parle d’une légende qui n’a rien de personnelle, et pleure ce soir ses faux pas si mal cachés. Cette tentative aurait pu si bien réussir. Mais il faut être doué pour ça. Et elle avait raté sur ce plan, aussi bien que sur celui de l’écriture.
Cette histoire est triste. Une nouvelle Elle apparaît. Un peu pas Elle. Une Elle qui me déçoit, que j’appréciais beaucoup plus, une Elle pour qui j’écrivais, une personne qui m’avait fait croire qu’elle me lisait, tout simplement. Cet article peut très bien être recopié. Celui-là raconte, pour une fois, son histoire.
Au cours d’un chapitre de biologie, en classe de première ES, le prof, je ne sais pour qu’elle raison, nous affirma que chaque être était unique, et qu’aucune personne dans ce monde ne pouvait ressembler totalement à une autre. Ceci avait bien sur une raison scientifique que je ne saurais répéter maintenant. Je n’ai même pas su le faire PENDANT le cours. Je n’ai retenu de l’explication que l’idée inutile en biologie. Je n’ai retenu que l’idée qui serait complètement superflue à l’examen : la singularité de chacun. Je savais que ce cours de bio, pour une fois, allait me servir dans la vie. J’avais appris quelque chose ce jour-là. J’avais appris beaucoup plus que ce qu’il avait l’intention de nous faire passer. J’avais l’air trop rêveuse, alors il me demanda de répéter l’explication. Toute fière, croyant avoir la bonne réponse, je me levai, tête haute, expliquer à toute la classe l’essentiel du cours de bio. Je te l’explique ce soir.
Nous sommes nés différents, et nos différences constituent la richesse du monde. Nous trouvons dans le regard de l’autre la confiance qui nous manque, dans son sourire une assurance nécessaire, dans ses critiques une façon de s’améliorer. Au fur et à mesure que nous grandissons, notre personnalité propre s’affirme de plus en plus. Et un Nous apparaît, très beau parce que spécial, très intéressant parce que différent, très mystérieux parce que divergent. Un nous qu’on imposera, qu’on épanouira, qu’on aimera. J’ai mal compris le cours de bio, parce que je n’ai assimilé que l’idée qui faisait de moi une personne unique, non pas meilleure – jamais- mais unique. Je n’ai compris que le coté philosophique seul essentiel pour la compréhension de la vie. Et je crois que c’était plus que suffisant. Parce que depuis ce jour, je n’ai plus jamais essayé d’imiter quiconque. A toi : être soi, partager, s’aimer, aimer, et apprendre.
Etre naturel ou faire des jeux?
Je vais prendre un exemple dans lequel il est possible mais exceptionnel d’être très naturel comme possible et fréquent de faire des jeux : l’amour.
En amour, on s’habitue. D’abord, on est pris par la magie, on y pense tout le temps, on oublie parfois de manger, on sourit seul comme des imbéciles en pensant aux moments partagés, on se remémore des scènes en y ajoutant à chaque fois un peu de notre imagination (après quelque temps ça devient loin, mais TRES loin de la réalité), on sursaute à chaque fois que le téléphone sonne… Puis ça commence à faire partie du quotidien. Et on devient, après un certain moment, très naturel. Alors l’amour disparaît, quand notre nature déçoit cet autre qui s’imaginait un peu autre chose. Ou bien notre nature plait. Mais un autre problème remplace l’absence d’amour : l’habitude de l’amour. Et c’est la conséquence de notre gentillesse qui refuse les « jeux » proposés dans les magazines pour adolescents, qu’on trouve trop bêtes, trop stupides et non dignes de constituer, ne serait-ce qu’un instant, ne serait-ce qu’une fraction de seconde, notre façon d’agir.
Parmi ces « jeux » classiques, je cite par exemple cette fameuse règle pathétique « suis-le il te fuit, fuis-le il suit ». Ca y est, je l’ai dit. Je ne voulais pas le faire, j’avais honte d’en parler. C’est ridicule. Mais si ça sert à convaincre, j’utilise tous mes moyens. On est convaincu que cet autre nous convient. Il n’est pas parfait, certes, mais est le plus proche possible de cet être idéal dont on avait tant rêvé. Il n’est pas parfait. Mais on hésite aujourd’hui de changer notre image de la perfection. On l’aime. Et il devient le modèle type de la beauté. Ses défauts nous plaisent, et deviennent désormais, par l’effet de l’amour, nos qualités préférées. On était des personnes « mauvaises » dans le passé. Mais sous le charme, on est transformé en être doux, gentil, attentionné… Bref, amoureux. Seulement, cette si belle scène représente un seul des deux points de vue. Il ne faut jamais prendre en considération une seule version de l’histoire. Il y a toujours une autre, parfois plus fausse, parfois plus vraie. Toujours écouter les 2 versions. On écoute par exemple la chanson de Johnny Hallyday « Que je t’aime ! ». On se dit « Que c’est beau l’amour ! ». On oublie de se demander : « Et elle ?! Elle l’aime ?! ». La réponse, « souvent », et « parfois » pour les optimistes, est Non. Elle ne l’aime pas. Et lui, il lui chante « que je t’aime ». Pas nécessairement parce qu’il l’aime. Mais on aime bien entendre parler d’amour. Ca donne de l’espoir. Ca fait rêver. Et ça fait surtout vendre des Cds. Alors il lui chante « que je t’aime ». Et il lui en chantera tant d’autres. Que importe ? On ne sait même pas de qui il parle. Et elle n’existe probablement pas. Aimer de cette façon, c’est soit être bête, soit chanter à ce parfait inconnu qu’on ne connaîtra jamais. Pourquoi ? Parce qu’il n’EXISTE PAS.
Je reviens à mon analyse. Alors on est amoureux. Que l’autre le soit ou pas, peu importe. Il peut l’être c’est possible. Je n’ai pas dit le contraire. Mais on lui montre tellement qu’on l’aime, on est « naturel », on refuse les jeux de tout genre, et lui il sait que c’est dans la poche. On n’a jamais été comme ça, on le dit, on le répète, on l’adore. Il le sait. Alors il ne fait plus aucun effort. Il est gentil, bien sur. Très gentil même. Mais il devient lui aussi tellement naturel que le charme disparaît. Ca devient presque de l’amitié. Il ne sent même pas le danger de nous perdre. Il sait qu’on l’aime trop. Ca se voit de notre façon de le regarder, de lui tenir la main, de lui parler tout bas , ça se voit quand on est triste, ça se voit quand on est heureux, ça se voit quand on annule tous nos programmes pour le voir…
J’ai changé ma réponse. Il faut, quelques fois, faire des jeux. Ne jamais le laisser sentir que tout est acquis. Ne jamais laisser la flamme s’éteindre. Ne jamais le laisser savoir que notre vie tourne autour de lui. C’est la façon dont il faut agir. Mais moi je ne pourrai jamais. Je l’aime trop pour mentir.
Voici ma réponse « théorie pratique », une réponse « scientifique » peut-être, rien que pour te convaincre. En poème, ça aurait été faible. Mais je me serais mieux exprimée. J’ai parlé de l’amour, mais ceci peut s’appliquer dans tous les autres domaines. J’ai parlé de l’amour. Parce que quand c’est un vrai amour, il est tellement difficile de jouer la comédie. Je t’entends déjà dire « il FAUT être fort, il FAUT être dur, il FAUT être rationnel »… Et tu as raison. Mais en amour on ne fait jamais – je crois- ce qu’il faut. Et une application pratique serait trop difficile. Alors « soyons fou » ! hehe. C’est ce que tu dis non ? Voici donc ma réponse. Et la tienne ?
vendredi, mai 12, 2006
Ce que j'aurais voulu te dire.
Et ceux qui se contentent de vivre,
Il y a ceux dont la vie est un reve,
Il y a nous.
Le croisement des reves et de la realite,
Puisque notre vraie vie est un reve,
Puisque notre reve a toujours ete notre vie d'aujourd'hui.
Il y a toi,
Et moi...
Et peut-etre de nouveaux reves...
Am I a peaceful person?
Suis-je une personne pacifique ? C’est là la grande question. Comment définit-on une personne paisible, comment peut-on savoir si nous sommes, ou pas, en harmonie avec les choses et les personnes qui nous entourent ? Cherchons nous vraiment à l’être ? Faisons nous des efforts en ce sens ? A y penser vraiment, je ne crois pas avoir même essayé d’éviter les embrouilles. Je me suis souvent comportée – peut-être même tout le temps- selon mes envies, mes humeurs et mes réactions. Ces dernières n’ont jamais été réfléchies, maîtrisées ou contrôlées. Et voilà qu’aujourd’hui, ce soir même, je remets en cause ces comportements « fous » du moment, ces mots pressés et ces pas maladroits. Je les remets en question dans ma tête, sans encore les appliquer, la diplomatie n’ayant jamais été l’une de mes qualités. Et je me demande s’il y avait un comportement idéal propre à chaque situation, une façon de faire les choses de manière à sortir gagnant, n’ayant pas tout dit, ou n’ayant dévoilé que le juste nécessaire. Cette part de mystère qui fait le charme de certaines personnes, qui ont le pouvoir de garder pour elles-mêmes une grande partie de leurs pensées, de censurer leurs propos. Ces personnes ne sont pas nécessairement hypocrites, mais ont la faculté de ne pas tout dire. On les appelle les « personnes pacifiques » par opposition à celles qu’on qualifie de « spontanées » et qui sont en réalité celles qui causent le plus de problèmes.
Etre pacifique… A peaceful person. Ce n’est pas très facile. Et je sais que je ne le suis pas tout à fait. J’apprendrai à l’être. J’ai franchi le premier pas de ma métamorphose. Je me suis rapprochée, après un court voyage, des personnes que j’aimais bien, et j’ai décidé d’être plus optimiste. Rien ne sert d’aggraver les choses. Tout finira par s’arranger. Je suis convaincue de la nécessité des rapports sociaux dans la vie de toute personne, de la sincérité et de la confiance essentielles dans les liens qui nous unissent aux autres et d’une joie de vivre qu’il faut essayer de garder malgré les difficultés éventuelles rencontrées sur notre route. Faire confiance, et accepter le risque d’être déçu. Croire en l’autre, essayer de régler ses problèmes avec la plus grande simplicité, ou même les éviter avant leur naissance est la clé du bonheur. Rendre l’autre heureux c’est inviter la paix chez soi. Laisser passer certaines choses parfois, juste pour le repos de l’esprit. Et ensemble, vivre calmement. Le calme, aujourd’hui, j’en ai vraiment besoin.
mercredi, mai 10, 2006
Mais c'est un film.
Ce week-end, je suis allée au cinéma. Depuis que j’ai commencé mes études de droit, aller au cinéma est un programme « fou » comme aller en boite ou même – pour exagérer- voyager… Et j’ai vu un film qu’on m’a déconseillé, ce qui m’a poussée à le voir, comme mes goûts pour les films sont un peu bizarres : « Shop Girl ». Et une scène m’a marquée. Une image. Une idée. La fille qui joue le rôle principal de ce film discutait avec un homme, son ex-copain, alors que son petit ami actuel l’attendait de coté. Elle finit sa conversation avec le premier, et se dirigeai calmement vers l’homme qui l’attendait. Il avait les bras ouverts pour l’accueillir, il l’attendait impatiemment, alors qu’elle ne s’était absentée que pour quelques minutes. Il l’attendait. Et sans poser aucune question, il la serra fort contre lui, comme pour lui promettre le monde, la vie, le bonheur, les jours heureux et les jours sombres, il la serra comme pour lui dire que tout irait bien désormais, il la serra pour lui faire savoir qu’il lui faisait confiance, qu’il serait là pour elle, il la serra comme s’il avait tout compris, il la serra comme pour lui crier qu’avec lui elle n’avait pas à avoir peur.
Mais c’est un film. Et c’est la nuit. Et tout le reste n’est que jour et réalité.
dimanche, mai 07, 2006
A quatre, on a grandi.

C’est à quatre qu’on a grandi. C’est à quatre qu’on a un jour adoré notre enfance, à quatre on a pleuré comme pleurent les enfants, on a ri tellement fort dans les nuits, on s’est aimé, on s’est fait du mal, à quatre on a rêvé, à quatre on a eu peur, on s’est encouragé, on s’est disputé à la maison mais on s’est défendu dans la vie, on a marché à coté, on a rigolé de nos différences, on a appris de nos expériences… Et à quatre on a grandi. A quatre aujourd’hui on fait face à la vie. On la voit d'une facon si differente. Mais on l’aime, je crois, autant. Vous trois, je dois vous le dire, vous serez mes compagnons de toujours.
D’abord il y a Carl. Il a aujourd’hui 26 ans. Les filles, il est beau comme un dieu. Il aime la vie, beaucoup trop je crois, ce qui l’a souvent distrait des « choses sérieuses ». Il a aimé les nuits, il a aimé la musique, les boites, la télé, les jeux, la famille, ses amis et surtout… les filles. Carl est notre grand frère. Il nous a appris à grandir. Il nous a accompagnés à l’école, nous a achetés en cachette des bonbons. Carl a su nous faire rire, il nous a appris les leçons qu’il a tirées de ses propres fautes et nous a consolés quand on avait des soucis. Il a supporté le poids de la responsabilité alors que nous étions trop jeunes pour comprendre que parfois les choses pouvaient aller mal. Il a essayé de nous cacher tout ce qui aurait pu nous rendre triste. Il gardait ces choses-là pour lui et nous a offert les plus beaux moments de notre enfance. Il nous a proteges dans les rues de Paris, et a 10 ans, il avait deja aide ma mere a demenager d'un pays a un autre plusieurs fois, alors que mon pere le regardait fierement du haut de son avion. Il refaisait sa vie a chaque fois, sans jamais se plaindre, se faisait de nouveaux amis, s'adaptait aux changements et n'oubliait jamais son role de grand frere. Carl, tu trouveras un jour la femme qu'il te faut, celle que tu pourras aimer comme tu aimes le faire, celle avec qui tu seras toi, souriant, dynamique, nerveux et reveur. Tu l'as feras danser et ensemble vous ferez votre vie. Carl est le plus rebelle de nous 4. Il n’a jamais su se conformer aux règles posées par la société. Il a toujours été différent. Aimé par tous, il garde toujours son cœur d’enfant. Il a grandi aujourd’hui. Il a 26 ans. Il travaille à Dubaï et réussit bien ce qu’il fait. J’ai grandi aussi. Peut-être. Mais il restera à jamais mon grand frère.
Ensuite il y a Carol. Carol, 22 ans, fait partie de ceux que je décris parfois : ceux qui ont l’habitude de réussir. Elle a toujours été excellente, aussi bien dans les études qu’en sport, en amour ou en amitié. Carol a un très fort caractère, elle est belle, brille à sa façon et a toujours des projets. Quand moi je rêve, elle planifie. Elle partira bientôt, une fois son centième diplôme achevé. Elle partira dans deux mois, à Londres et à New York, elle partira parce qu’elle a besoin de continuer son chemin si brillant, elle partira parce que la vie l’appelle, le monde est grand, elle partira parce que ses ambitions dépassent les limites géographiques et les horizons qu’on lui propose. Elle me laissera ici, et me privera de son amitié et de son support. Elle partira en emportant avec elle une part de mon cœur. J’aurai besoin d’elle, j’aurai besoin de sa force dans les moments où je serais fragile, j’aurai besoin de ses idées, de sa logique, de sa tendresse… Mais elle ne sera jamais vraiment partie, je le sais. On ne peut pas séparer deux sœurs. Et ensemble, on restera. Entre les sœurs, une amitié qui défie le temps et l’espace. Nos cœurs seront à jamais unis, mes pensées pour elle, et mes prières pour la protéger. Carol, je t’aime. Je sais que tu dois partir. Je te retrouverai très bientôt. Attends-moi. Réfléchis pour moi. Reste ma force, mon espoir… mon bonheur.
Et puis Ralph… L’ange de la maison. Ralph l’ange et le diable. Le plus petit de tous. Ralph a 17 ans, et ressemble aux deux premiers à la fois. Il aime la vie et partage son temps entre les filles, le sport et les études. Il réussira, je le sais, parce qu’il est honnête, fort et sensible à la fois. Il réussira parce qu’il le veut, parce qu’il sera à jamais notre petit frère et on essayera de le protéger. Ralph grandit. Il est presque un homme aujourd’hui et commence à avoir sa vie privée. On a du mal à rester à l’écart. Mais il a son histoire personnelle à écrire. Il a sa vie à construire. Et il ne nous ressemble pas. Ralph nous fait sourire, Ralph me remplit le cœur. Ralph est le dernier de la liste, mais sans doute le plus mature. Le plus petit qui joue parfois – et si bien- le rôle du plus grand.
Et enfin… il y a moi. Un enfant parmi les quatre, attaché aux trois autres, qui déteste devoir grandir et se séparer d’eux. Il y a moi, maladroite et fragile, ayant survécu grâce à nos forces réunies et nos énergies concentrées. Il y a moi, qui vous aime énormément. Une seule chose me console, une phrase tirée encore une fois d’une chanson : « On ne changera pas le monde, mais il ne nous changera pas. »
On partira alors, chacun de son coté, chacun vers ce qui l’attire. Et au carrefour de nos routes, on parlera de notre enfance, on puisera de notre passé la force nécessaire pour l’avenir et on continuera nos chemins respectifs pour se retrouver un autre jour, une autre année, avec tellement de choses à se raconter. Carl, Carol et Ralph, vous savez, à quatre, le monde est si beau.
vendredi, mai 05, 2006
Ce n'est pas du snobisme, juste de l'indifference necessaire.
Nous aimerions oublier, et profiter du moment. Nous aimerions ressembler à cet enfant insouciant, qui rit de tout sans jamais rien comprendre, nous aimerions ressembler à cet homme libre comme le vent, qui n’a pas vraiment réussi dans la vie mais qui s’en fout carrément, nous aimerions ressembler aux papillons qui ne vivent pas assez longtemps pour avoir des soucis ou encore à la cigale tellement heureuse, qui se fait des jaloux parmi les fourmis. Mais notre mémoire nous fait souffrir. Elle fait ressurgir au présent ces choses de notre passé qui rendent la vie dure, le temps paresseux et les nuits blanches. On nous dit que nous aggravons les choses. Et c’est probablement vrai. Rien ne vaut tellement de tristesse et tout finira par s’arranger. Nous donnons des conseils mais nous ne savons pas les appliquer en ce qui nous concerne. Puis le temps finit par nous apprendre. Et vient succéder l’indifférence involontaire aux soucis destructeurs.
L’indifférence devient une condition nécessaire à la survie. Elle pénètre doucement la vie d’une personne, et lui donne cet air léger et froid qui fait sa présence. Elle apparaît quand elle juge la personne capable de vivre détachée de la prison que constitue la société quand celle-ci comprend que cet autre ne doit faire partie de sa vie que dans la mesure où il est épanouissant, qu'il doit sortir de notre sphère individuelle dès qu'il dépasse les limites qui lui ont été initialement tracées. Rien ni personne ne peut désormais la déranger. Elle ne retiendra des paroles des autres qu’une partie minime qui correspond à ce qu’elle aimerait entendre. Elle ne serait pas naive pour autant. Mais elle aurait construit sa censure personnelle sans laquelle elle ne pourrait vivre en paix. Et elle marche insouciante et heureuse, dort bien la nuit, et se réveille la mine parfaite. Le cerveau n'a plus qu'à s'occuper des choses essentielles de la vie. Et tout le reste s'évapore en même temps que nous progressons.
mercredi, mai 03, 2006
Et un jour, on lui raconta le monde.
On pourrait croire qu’elle a beaucoup moins de problèmes que les autres. Parce que les gens, au lieu de se concentrer sur leur propre vie, ne font que la comparer à celle des autres, et de dehors elle paraît bien entourée, protégée, gâtée, souriante et heureuse. Ces gens-là oublient qu’en société, tout le monde parait heureux. Et que c’est ceux qui sont les plus souriants qui ont en réalité le plus de tristesse dans le cœur. Que c’est ceux qui avancent le plus vite qui ont le plus peur. Que c’est ceux qui parlent le plus haut qui sont les plus timides. Que c’est ceux qui prennent un air de supériorité qui ressentent un manque de confiance. Que c’est ceux qui évitent les autres et qui les regardent d’un air agressif qui ont peur de s’engager en amitié ou en amour. Vue de l’extérieur, on lui reprochait de tout avoir. Et c’est cette même fille qui jouait, quelques années plus tôt, dans son coin dans la cour de récréation, parce qu’elle n’avait pas le courage de courir avec les autres. On lui avait dessiné une belle image de la vie, où les enfants du monde se tenaient la main, où l’on ne disait que la vérité et où il y avait assez d’eau et de lumière pour tout le monde. Mais elle fut surprise quand elle découvrit que l’image qu’elle détenait ne correspondait en rien à celle des autres. Elle fut révoltée. Elle cria haut et fort que c’est elle qui avait raison. Que c’est elle seule qui connaissait la vérité. Mais ce fut la loi de la majorité. Elle tourna le dos et repartit triste en silence.
Ce sont ces enfants-là qui sont les plus fragiles. Ils ne savent pas agir en société. Ils ne savent pas se protéger. Ils croient toute personne qui leur parle d’un air honnête et vulnérable. On se moque d’eux. On profite. Mais petit à petit, coup après coup, ils deviennent méfiants, et plus agressifs que ceux qui sont nés dès l’origine dans le vrai monde. Ils savent même faire face aux plus difficiles situations. Elle a su le faire elle, alors que tout le monde s’attendait à ses larmes et ses caprices. Elle a su se montrer froide et recourir à sa raison. Elle sait aujourd’hui qu’il ne faut retenir des paroles des autres que celles qui sont prouvées, justifiées et utiles. Que les critiques sont constructives. Que leur jalousie est pathétique. Ce qu’ils avaient à dire attirait d’abord son attention. Mais elle est devenue aujourd’hui capable de vivre entre les gens. Et même d’accepter leurs défauts, faiblesses et regards. On se fie aux apparences pour raconter des histoires et même les certifier. Comme si les histoires des autres concernaient la notre. On oublie qu’à force de regarder vers l’arrière, on arrive en retard. Et parfois le délai s’est déjà écoulé.
Elle se promène toujours avec un air heureux et naïf. Elle ne pourra jamais s’en débarrasser. Parce qu’elle garde dans le cœur l’image ancienne du monde qui s’est avérée être la plus fausse de toutes. Mais elle la garde quand même et c’est sur celle-ci qu’elle pose son regard quand elle partage des moments avec des personnes qu’elle aime. C’est cette carte qui lui indique la direction à suivre quand il s’agit de retrouver ses vrais amis. Et ensemble, suivant de faux chemins qui ne mèneront nulle part, ils partagent leur vision personnelle de la vie, cette vision aussi optimiste qu’erronée. Ils le savent. Mais ils s’en foutent. Ils se disent que ce n’est que le chemin qui compte, même si celui-ci n’aboutira pas. Ils se disent qu’ensemble ils partiront. Ils verront où plus tard. Pour le moment, la route suffit. Et après tout, s’ils y arrivaient, ils n’auraient plus rien à faire. Et la vie n’est peut-être qu’un chemin vers quelqu’un ou quelque chose qui constitue notre raison de vivre mais qui ne constituera jamais, jamais, notre réussite. Ce but est à l’origine de tous nos succès, ils nous guide, nous pousse vers l’avant, nous donne de la force et de l’espoir. Mais il restera à jamais une lumière lointaine et incertaine, très belle certes mais heureusement inaccessible.
Elle se rappelle alors les paroles d’une chanson qui lui ressemble. Elle sait qu’elle a été écrite et chantée pour elle. Elle l’écoute, elle ferme les yeux et fait des rêves qui eux ont l’avantage d’être libres. Elle regrette qu’il n’y ait pas une si belle musique pour accompagner ses mots. Puis elle se dit qu’ils n’en valent peut-être pas la peine. Elle sourit. Et allongée sur son lit, elle savoure les mots et la musique et se fait des histoires qui n’ont pas à correspondre à la réalité.
« On partira de nuit, l'heure où l'on doute
Que demain revienne encore
Loin des villes soumises, on suivra l'autoroute
Ensuite on perdra tous les nord
On laissera nos clés, nos cartes et nos codes
Prisons pour nous retenir
Tous ces gens que l'on voie vivre comme s'ils ignoraient
Qu'un jour il faudra mourir
Et qui se font surprendre au soir
Oh belle, on ira
On partira toi et moi, où?, je sais pas
Y a que les routes qui sont belles
Et peu importe où elles mènent
Oh belle, on ira, on suivra les étoiles et les chercheurs d'or
Si on en trouve, on cherchera encore
On n'échappe à rien pas même à ses fuites
Quand on se pose on est mort
Oh j'ai tant obéi, si peu choisi petite
Et le temps perdu me dévore
On prendre les froids, les brûlures en face
On interdira les tiédeurs
Des fumées, des alcools et des calmants cuirasses
Qui nous a volé nos douleurs
La vérité nous fera plus peur
Oh belle, on ira
On partira toi et moi, où?, je sais pas
Y a que des routes qui tremblent
Les destinations se ressemblent
Oh belle, tu verras
On suivra les étoiles et les chercheurs d'or
On s'arrêtera jamais dans les ports
Belle, on ira
Et l'ombre de nous rattrapera peut-être pas
On ne changera pas le monde
Mais il nous changera pas
Ma belle, tiens mon bras
On sera des milliers dans ce cas, tu verras
Et même si tout est joué d'avance, on ira, on ira ».