mercredi, février 14, 2007

Décalée

On lui reproche souvent de lui avoir donné de faux espoirs. En s’intéressant à lui, souvent solitaire, en lui proposant sa compagnie, elle l’aurait induit en erreur et il aurait cru à tort voir en ses yeux l’amour qu’il éprouvait à son égard. On lui reproche surtout le fait qu’il soit le seul à aimer. Car souvent, on est tenté de se mettre du coté de celui qui aime. Toutefois, la personne aimée n’a pas toujours cherché à l’être et ne devrait être considérée responsable du malheur de l’autre. L’amour n’est pas toujours un sentiment pur et altruiste. L’amour est souvent jaloux, destructeur, possessif et égoïste. Et c’est de cet amour qu’elle souffrait. Un amour… nul.
Une autre femme doit subir les conséquences de sa beauté. Du fait qu’elle soit belle, blonde et élégante, elle doit sans cesse prouver intelligence et bonté. Elle cherche à montrer des imperfections qui ouvriraient la voie à l’amitié. Car son harmonie apparente plait peu (ou beaucoup) à son entourage et diminue sa crédibilité.
Une jeune femme a le regard naïf et le sourire innocent. Tous les hommes qu’elle fréquente lui avouent avoir été attirés par ce coté pur qui est le sien. Ils lui parlent du monde pour le lui faire découvrir. Elle, qui le connaît du bout des doigts.
Un homme semble heureux de son mariage et fier de ses enfants. En parallèle, c’est une autre vie qu’il mène, une vie d’adolescent qu’il aurait dû avoir dépassée il y a longtemps.
Il y a la façade. Et il y a surtout une réalité… décalée.

dimanche, février 04, 2007

Le couple et la societe

Au Liban comme ailleurs, peut-être un peu plus au Liban et dans les cultures orientales, en choisissant le compagnon d’une vie, nous choisissons sa famille et ses amis. En effet, il est impossible d’exclure indéfiniment une personne de son environnement naturel, de son entourage, de son quotidien, de ses habitudes ; bref, de sa vie. Car s’il est possible de faire des concessions réciproques, celles-ci durent souvent le temps d’une nuit, d’un mois, d’une année… Et puis la vie d’avant recommence avec la seule différence d’une personne en plus dans la bande, une personne isolée, déçue et désintégrée.
Certains diraient que pour faire réussir une vie de couple et a fortiori un mariage, il faut être bien à deux. Mais l’individu, social par nature, peut-il prétendre entretenir une relation autonome et renfermée au monde extérieur, qui le lierait indéfiniment et solidement à son autre? Pour réussir son couple, ne faut-il pas réussir sa vie de couple ‘avec’ les autres ?
Certes, toute relation exige des efforts permanents et réciproques, des sourires forcés, de la politesse nécessaire à la socialisation du couple… Mais encore faut-il la volonté de le faire. Pourquoi choisir un monde différent voire opposé dans lequel l’intégration serait quasi-impossible ou du moins très dure à réaliser quand il est possible de choisir un monde compatible ? Pourquoi faire subir à notre compagnon des amis insupportables et un environnement étranger qu’il accueillerait à contre cœur quand ce dernier voudrait mais pourrait difficilement se considérer ouvert d’esprit ?
Il faut d’abord être bien à deux. Mais il faut aussi se sentir bien dans le monde de cet autre que nous avons choisi. Et pour cela il faut vouloir faire tous les efforts nécessaires. Poussés par l’amour du premier jour, on se croit souvent prêt à supporter les contraintes de la vie sociale. On est aveuglé par un amour nouveau qui se montre solide et fort. A deux, tout est possible, croit-on… Mais la société s’avère vite incontournable. Les amis réapparaissent petit à petit quand la magie du couple commence à disparaître. Et on regrette ce sentiment de force peu assumé. Cependant, la sagesse fait souvent défaut quand on est noyé dans l’illusion…

vendredi, février 02, 2007

Paris, cliche?

Nous essayons souvent d’éviter les clichés : sorties diner-ciné, roses rouges, vin blanc, baiser échangé sur une plage romantique au coucher du soleil, promenade près d’un lac… Nous disons souvent, sous forme de reproche, suite à une scène émouvante d’un film à succès : c’est trop cliché ! Car pour qu’une chose soit parfaite il faut qu’elle soit personnalisée. En effet, il faut qu’elle corresponde au caractère de son auteur, aux goûts de son destinataire, au cadre spatio-temporel… Mais avouons le ; nous adorons les clichés !
Nous nous soucions souvent de la fin de notre histoire. Il faut que la conclusion soit touchante, choquante, impudique, inattendue. Nous préférons les fins insignifiantes aux fins heureuses. Nous craignons les cliches. Alors nous choisissons des extraits d’une vie moderne qui souffre d’insignifiance, nous optons pour des solutions tragiques et irréalistes, nous adoptons le terrain de l’imaginaire… En essayant sans cesse de détourner les cliches, nous déformons la réalité et nous plongeons dans le désolant. Car la vie, croyez-moi, est souvent belle car cliché.
Paris… C’est à Paris que se déroulent les scènes les plus classiques de romantisme : les baisers au bord de la seine, les ‘je t’aime’ au pied de la tour Eiffel, les promesses devant l’église de Notre Dame, les coups de foudres insensés, les sourires secrets… Paris : ville idéale pour les clichés.Si le mot « cliché » rappelle les banalités, les choses utilisées et abusées, les mots répétés, les gestes dépassés, les amoureux démodés… Et bien moi, j’adore les clichés ! Alors je marche émerveillée dans des rues que je connais par cœur maintenant pour ressentir des sensations inchangées… Et dans la constance de la scène je découvre dans Paris toute son originalité.

mardi, janvier 30, 2007

Beyrouth/Londres

Je marche dans la ville et j’essaie de trouver mon histoire. Mais dans la grandeur de l’espace mes idees nombreuses se bousculent et aucune n’arrive a se distinguer. Je ne trouve pas quoi raconter dans le chaos d’une ville qui ressemble si peu a la mienne. J’adore le froid mais je ne sais le decrire. Je suis anonyme dans ses rues et je ne reconnais aucun visage. Ce sentiment de liberte me donne des ailes. Je marche sans peur de me perdre. Et puis je me perds. Parce que je le veux. Je ne cherche pas de repere. Un cafe au coin d’une rue m’a lair accueillant. Je m’installe seule, cette fois sans pretendre etre accompagnee. A beyrouth, j’aurais plonge mon nez dans un livre, pretendu avoir une conversation profonde au telephone ou fait mine d’attendre quelqu’un. A Londres, anonyme, je savoure le plaisir honnete d’une bon latte fiere d’independance. Je continue ma ballade solitaire. J’observe les regards, les pas presses, les trottoirs experimentes... Je suis seule dans la ville. Seule dans une grande ville. Si petite dans un monde tres grand. Si petite... quand on vient du liban.

samedi, janvier 20, 2007

Excès

Excès. Le mot « excès » résume bien ses derniers mois. Collée sur la vitre d’un restau au huitième étage, elle regarde la vue sur Beyrouth. Elle observe quelques voitures rouler doucement. Les voitures qui se trouvent sur la route un vendredi soir ne sont pas pressées. Elle regarde des chambres s’allumer et d’autres s’éteindre. Elle imagine des histoires, des ruptures, des réconciliations, des soirées solitaires devant la télé, des yeux fermés, des soucis accumulés, des coups de foudres, des histoires normales, des pleurs, des gens faire l’amour et d’autres se détruire. De haut, elle sent qu’elle peut observer, interpréter mais surtout créer. Elle adore ça.
Derrière elle, l’excès. Excès de musique, d’alcool, de fumées, de sourires pathétiques, de regards pervers, de manières, de maquillage, de vulgarité, de mouvements, de bruit, de conversations inutiles, de mensonges réciproques, de mots oisifs, de vies vides, d’autres mal remplies, d’hommes vicieux, de filles hypocrites, de libanais superficiels… Elle regarde dehors. Elle préfère la vie. La vraie. Et se demande ce qu’elle fait, enfermée au huitième. Elle pose son nez contre la vitre. Ridicule ? Peut-être… Mais surtout vraie. Vraie, elle veut être.
Une main se pose sur son épaule. Elle frémit. Plongée dans son conte, plongée dans Beyrouth, plongée dans ses toits, ses chambres, ses lumières, ses histoires, ses secrets, elle avait oublié l’excès autour. Elle se retourne. Derrière elle le mec qu’elle accompagne. Un mec comme les autres ; au comportement excessif. Elle lui sourie d’un sourire qu’elle emprunte aux autres. Elle essaie d’imiter l’hypocrisie. Elle trouve le jeu facile. Et s’y plait. Continue. Ajoute. Améliore. Et adopte un rôle qui doit ressembler à ceux des autres. Il parle. De tout. De rien. Quand tout est rien pour elle. Il parle de lui. Elle s’en fout. Elle essaie un regard qui se veut compréhensif alors qu’il n’est en réalité qu’évasif. Elle pense à son projet. Un projet qui la dévore et qui lui donne une raison de vivre.
Elle fait le tour de la pièce des yeux. Elle espère le retrouver. Mais il n’est pas là. Elle se demande pourquoi il n’est pas venu. Elle décide de s’en aller. Elle tend la main. Prend son sac. Oublie sa veste. Il lui demande des explications. Elle court. Elle ressent le besoin de fuir. Le besoin de respirer. Elle descend dans le froid. Elle est seule sur la route. Le froid lui déchire le visage. Sa robe s’envole dans le vent. Elle pleure en attendant sa voiture. Elle pleure comme un enfant. Elle pleure comme l'enfant qu'elle est parfois. Elle se souvient de sa veste mais décide de la laisser tomber. Ce serait trop dur de remonter. Elle quitte. Elle ne sait pas où aller. Elle fait des tours inutiles dans sa voiture. Des tours excessifs. Elle replonge dans l’excès.

vendredi, janvier 19, 2007

L'amour dans ses substituts

L’amour, le Grand amour, l’amour fou, l’amour destructeur, l’amour épanouissant, l’amour menteur, l’amour normal, l’amour convenable, l'amour egoiste, l’amour maladif, l’amour instable, l’amour tardif, l’amour tout court… Qui n’en rêve pas ? Certains l’ont connu. D’autres l’ont inventé. D’autres encore se sont contentés de l’imaginer… Mais à défaut d’amour, on en puise dans ses substituts.

L’amour dans un regard posé sur son dos… Un regard qu’elle sent. Un regard qui suit ses mouvements. Un regard qui l’a réconforte, qui indique sûrement la fin tragique d’une belle histoire, mais un regard qu’elle aime quand même. Elle danse. Elle sent le regard s’intensifier. Elle bouge. Elle est un peu intimidée. Elle est sûre qu’il la regarde encore. Elle se retourne brusquement. Elle le surprend. Il lui sourie. Lève son verre… En souvenir des beaux moments.
L’amour dans un cheese burger qu’elle dévore en cachette en fin de soirée. L’amour dans ce plaisir primaire qu’il lui procure. Un amour de 500 calories. Un amour qu’elle regrettera aussitôt. Un amour quand même.
L’amour dans un sourire échangé. L’amour dans des yeux noirs… Etaient-ils verts ? En tout cas des couleurs incertaines du noir et de l’alcool. De belles couleurs sans doute. Profondes aussi. L’amour dans un sourire altruiste, dans un regard arrogant, dans des yeux noirs ou verts. L’amour d’une soirée solitaire…
L’amour dans une chanson pathétique qui rappelle une vie sans musique. L’amour dans des paroles trop nulles mais trop vraies, dans des mots simples et détachés qu’elle crie, répète, retient et qui la font rêver…
L’amour dans une très belle robe. Une robe qui souligne la sensualité du corps d’une femme. Une robe ridicule de beauté. Une robe qu’elle n’osera jamais porter. Une robe qui s’impose et qui se fait acheter… Pour passer sa vie –peut-être- enfermée.
L’amour dans un beau texte inachevé. Dans une lettre qu’elle choisit d’écrire plutôt que de sortir. Dans un poème qui devance son imagination, qui se précipite avant ses idées, qui surpasse sa faculté de penser… L’amour dans la création. Quand les sorties se font vides et monotones.
L’amour dans un appel tardif mais sincère. Dans une discussion longue et directe. Dans cet échange fou et impudique. Dans des vérités que l’on jette et qu’on fera mine d’oublier le lendemain… Car même en amitié, certaines choses sont à cacher…

L’amour dans la réussite. Et l’amour dans la défaite. L’amour dans les petites choses de la vie, dans chaque baiser, chaque danse, chaque sourire, chaque projet. L’amour dans ses substituts. Quand il est difficile d’aimer. Dans les substituts de l’amour, un amour, un vrai. Un amour gratuit et sans arrières pensées. Un amour qui remplace… une vie sans amour.

mardi, janvier 16, 2007

Ceux qui partent...

Il y a ceux qui partent pour partir. Ils s’en vont sans savoir ce qui les attend. Ils partent le pas déterminé, le regard sûr, l’esprit prêt à rencontrer, essayer, courir, tomber, pleurer, sourire… Ils partent là-bas s’épanouir. C’est cette destination lointaine et incertaine qu’ils recherchent.

Il y a ceux qui partent pour le voyage. Peu importe le terminus, c’est le chemin qui compte. Ils marcheraient si possible, pourvu qu’ils fassent des rencontres. Tout les intéresse mais rien en même temps, car aucun objet et aucune personne ne saurait les retenir longtemps. Ailleurs, il y a mieux, pensent-ils. Mais à force de rechercher ils ne trouvent rien vraiment. Car ils trouvent tout mais pour un trop court instant. Ils possèdent tout et rien à la fois. Car ils sont attirés par la prochaine station. Une station qui restera prochaine. Voici le profil type du voyageur, qui ressemble beaucoup à celui du dragueur. Quelque part d’autre, ailleurs, là-bas, au loin, à l’étranger, quelqu’un l’attend. On voudrait tant être ce paysage lointain. Mais c’est impossible. Alors on se contente de ses souvenirs, et de ses rêves surtout. Il décrit choses et saveurs une lumière aux yeux. Et il dit ensuite Adieu…

Il y a ceux qui ne partent qu’à moitié. Ils aiment le nouveau décor mais sont envahis par le passé. Ils pensent à leur chambre, à leur lit, à leur belle voisine inaccessible, ils pensent à la rue de la fac, au resto du coin, à l’odeur des crêpes qui se dégage de la cuisine pour envahir la chambre et les réveiller un sourire aux lèvres, ils pensent au bruit de la mer, à ses vagues douces et timides, ils pensent aux discussions tardives sur un balcon discret… Ils pensent à tout. Et ne sont jamais vraiment partis. Ils sont entre un là et un là-bas et vivent difficilement un beau voyage. Il faut les pousser, les regarder sévèrement, les obliger a bien vivre l’aventure. Mais ce sont de mauvais voyageurs.

Ci-dessus une description brève des voyageurs que j’ai connus. J’admire les premiers, j’évite les seconds et je plains les derniers. Qui suis-je vraiment ? Je l’ignore… Ici, le monde que j’aimais. Celui que j’aimerai à nouveau peut-être, une fois guéri. Ailleurs, le monde qui m’attire un peu, celui que j’ignore, qui me tente, me sourit, me séduit.
Partir pour la route ? Partir pour l’arrivée ? Ou partir pour rester ?
Est-ce que nous partons vraiment ? Je ne le pense pas… Car pour partir, il faut d’abord se déplacer, changer d’endroit et de mode de vie, changer d’amis et d’habitudes, d’idées et de visions peut-être. Il faut ensuite que le passé s’éloigne aussi. Mais quand on a un si beau passé, une si belle maison et tellement de souvenirs, ils décident de nous suivre et de partir eux aussi. Alors on part tous ensemble… Oui, là-bas. Pour rester un peu ici.
C’est pour cela qu’on a le regard de l’orient, les gestes de la méditerranée, le sourire libanais, la générosité arabe et l’accent qui chante. C’est pour cela que l’on marche lentement, en balançant les hanches, et en souriant bêtement… C’est au Liban que l’on pense.

Texte publie le 8 aout sur ce site.
Publie dans l'Orient Le Jour le samedi 13 janvier 2007

dimanche, janvier 14, 2007

Le risque

J’hésite. Et si je disais encore une fois une connerie ? Réfléchir, méditer, murmurer quelques mots maladroits et incompréhensibles, prevoir les conséquences, imaginer des réactions moqueuses, rougir… et puis choisir de se taire. Tout un processus qui s’étale dans la durée faisant écouler le délai et perdre la chance de briller. Remarquer trop tard mais trop fort qu’il aurait fallu réagir… Encore une fois cette lucidité tardive qui ne sert à rien à part à alourdir la conscience, haïr la raison, regretter l’opportunité de l’instant et prendre la résolution d’oser qui sera sans doute violée !
Le risque. Plus grand est le risque et plus grand est le profit. N’est-ce pas là une des plus populaires règles de la loi économique ? Je ne sais pas… J’ai pris un risque et j’ai lancé ça au hasard… une règle qui me semble assez logique mais qui pourrait tellement ne pas l’être ! Peu importe… Seul compte le risque.
Que vaut la vie sans risque ? Que vaut la vie sans ce sentiment délicieux d’un danger éventuel ? Que vaut la vie sans ces infinies situations d’incertitude tranchées par un pas courageux vers l’avant qui accepte le défi et accueille par conséquent l’éventualité d’une défaite ? Que vaut-elle sans cet espoir fou de gagner que comporte chaque prise de risque ? Que vaut-elle sans cette attente qui fait mal mais qui promet peut-être une belle récompense ?
L'évaluation des risques est le facteur déterminant de toute prise de décision, dit-on. Mais l’impossibilité de cette évaluation n’empêche pas la prise de la décision. Et c’est là que réside le risque. Il consiste en effet en la perception de la possibilité de la survenance d’un dommage futur et dans l’acceptation de cette probabilité. Le risque est pris par une personne apte a supporter l'attente et en mesure de faire face à des conséquences incertaines mais bien probables.
« Le risque c'est la vie même. On ne peut risquer que sa vie. Et si on ne la risque pas, on ne vit pas » avait ecrit Amélie Nothomb dans un de ses livres (Cosmetique de l'ennemi). Ne rien risquer serait donc un risque plus grand.
Prenons donc le risque de vivre. Risquons la vie. Risquons l’amour. Acceptons l’éventualité d’une déception pour la possibilité du bonheur, aussi minime soit-elle. Acceptons le risque d’échouer en contrepartie de l’espoir de gagner. Risquons une confiance qui pourrait être trahie rien que pour l’envie de l’offrir.
Osons. Risquons. Vivons.
J’hésite. Et puis je me lâche. Et si je disais une connerie ? Peut-être. Mais cette fois, j’accepte le risque. Et désinvolte, je choisis un terrain dangereux, des mots impudiques, des phrases directes, des mots puissants. Je prends le risque. Car s’il est evident de ne pas se tromper en choisissant le chemin le plus sûr, il est certain de ne pas gagner grand-chose non plus. Et c’est la grande victoire que je recherche.
Alors je vais vers lui. Lui que j’évite. Je lui dis ces mots insensés. Des mots d’une personne à risque; les mots d'une personne a risque que je ne suis tellement pas. J’abandonne les mots à double sens que je m’étais appropriés dans le passé, ces mots qui assurent le chemin du retour. Je laisse de coté les sourires incertains d'hypocrisie et j’opte pour un sourire franc et un regard indiscret. Je laisse tomber les phrases longues et imprécises qui nécessitent l’interprétation d’un expert. Je lui dis ces phrases courtes et légères qui ont le pouvoir de plaire. Je jette les mots gentils et passe-partout qui servent aussi bien en amour qu’en amitié. J’oublie d’être formelle. J’oublie de faire semblant d’être heureuse. Et il me raconte sa vie. Ses histoires. Ses défaites. Ses amours. Il risque sa confiance. Il risque son temps. Il risque une fois de plus son cœur… Il choisit le risque. Comme moi, il choisit la vie. La vie… parce qu’elle vaut tellement le coup d’être vécue. La vie pour le goût du risque. Mais surtout le risque… pour le délicieux goût de la vie.

jeudi, janvier 11, 2007

Ma derniere lettre, peut-etre

Ce fut une des plus belles périodes. Une période qui nous rendait heureux je crois… Enfin, surtout moi.
Une période presque parfaite. Je dis presque, car la peur de la voir s’achever me nouait la gorge. Je planais dans un bonheur simple atténué légèrement par une raison préventive qui se veut protectrice. Je croyais en tes plans impossibles. Et j’adorais l’impossible… Y croyais-je vraiment ? Peu importe. Le cri d’y croire était tellement strident que la vérité ne pouvait que paraître ridicule. Je ne sais pas si j’y croyais. C’est un moment fou dans lequel on se permet de se mentir. Se mentir, oui… Se mentir pour s’offrir un amour possible et illimité, un amour qui pourrait s’étaler dans l’avenir. Mais quel avenir ? Dis-moi quel avenir…
Ce fut une période naïve. Une période ensoleillée de fous rires et de promesses fragiles. Une période dans laquelle je fuyais l’amour. Un amour qui s’imposait à tout prix malgré la distance que j’installais et les bons conseils que j’acceptais volontiers.
Oui, ce fut une période qui me vola un bout de vie, un bout d’innocence, un bout de jeunesse, un bout d’été. Pour me faire grandir, souffrir, mûrir et surtout mourir un petit peu. Mourir un peu, pour ensuite revivre une vie sans toi. Une vie sans toi mais tellement différente de celle qui a précédé ton entrée. Une vie que tu as tellement changée…
Ce fut une période pressée et bien remplie, une période volatile et instable, alcoolique et déséquilibrée, interdite et… délicieuse. Une période folle sans doute. Mais surtout très… voulue.
Une période dont je me souviens. Une période que j’essaie parfois de reconstruire poussée par le goût du souvenir. Alors je te donne rendez-vous à la même heure au même endroit. Je prétends pouvoir ressusciter des mois tellement passés et surtout dépassés. Je réinvente le décor, l’ambiance et les mots qu’il faut. Et puis je réalise que l’impossible ne vient qu’à l’improviste. Il s’impose une seule fois quand il n’est point désiré. Le rappeler serait inutile. C’est un jeu soumis à des règles injustes et illogiques.
Une belle période certes. Mais belle et puis c’est tout… Un moment qui s’écoule et qui ne revient plus. Un moment insusceptible de reconstruction. Un moment qui s’envole. Comme se sont envolés tes mots et tes baisers. Un moment que j’ai aimé sans doute, peut-être… mais peut-être pas. Je ne sais plus distinguer réel et imaginaire, rêve et mémoire. Peu importe. Puisque tout appartient à hier désormais.
Une belle période. Une belle période que je salue. Une belle période qui m’est étrangère aujourd’hui. Une belle période superficielle de beauté, détruite par l’hiver et délaissée par l’été. Une période qui réapparaît sans cesse par le biais de nos regards perdus qui se croisent parfois comme pour mieux se séparer, des regards tristes qui se ressemblent tellement mais qui ne peuvent plus jamais coexister.

mardi, janvier 09, 2007

Réciprocité imaginaire

Je le vois en boite. Ce mec dont elle a longtemps été amoureuse. Je le vois heureux et en forme, avec une blonde qui le dépasse d’une tête. Il dit qu’il l’aime et la présente à ses amis. Il quitte tôt. Lui qui ne quittait qu’au lever du jour. Il quitte tôt pour elle… Elle travaille le lendemain.

Je vois en boite le mec qui a fait pleurer mon amie. Je vois celui qui l’a fait souffrir et qu’elle a aimé malgré les critiques et les conseils de ses proches. Je vois celui qui ne l’a jamais aimée.

Je vois en boite celui qui l’appelle toujours. Celui qui lui dit qu’il l’aime et que d’elle il devient fou. Je vois celui qui lui fait croire qu’elle lui manque, qu’il est seul sans elle et qu’il a perdu le goût de vivre. Je vois celui qui lui dit « je t’attends ». Je vois celui qui l’invite à revenir dans sa vie…

Elle me demande de lui : avec qui est-il, que fait-il, est-elle plus belle que moi ? Elle me questionne mais semble ne pas vouloir de réponses. Elle a le cœur qui bat mais ne peut pas affronter la réalité. Elle le croit. Elle veut croire ses mensonges. Elle se protège. Il la rappellera ce soir aussi. Et elle ira le voir. Elle ira le voir malgré maintes résolutions prises, promesses faites à elle-même, décisions de l’oublier. Elle lui trouvera des excuses. Elle lui pardonnera. Elle l’aime. Et elle fait d’un amour unilatéral une réciprocité imaginaire qu’elle construit et préserve rien que pour pouvoir sourire…

La plus grande des distinctions

Elle sourie. C’est un sourire angélique qui la rend… magnifique. Elle danse seule. Elle est sensuelle. Elle bouge ses hanches au rythme de la musique. Elle le fixe. Il la fixe aussi. Il joue. Elle le regarde dans les yeux. Elle n’arrête pas de sourire. Il danse avec une autre. Ils se regardent. Adorent l’interdit. Ils se plaisent dans le vice. Continuent. Intensifient le regard. Augmentent le contact. Transmettent davantage. Elle parait heureuse. On aurait dit qu’elle est aux anges. Mais elle, ne joue pas. Non. Contrairement à lui, elle a des sentiments. Elle rentrera toute seule ce soir. Seule. Seule dans le noir. Et lui, continuera sa vie mensongère, une vie qu’il déteste mais qu’il alimente quand même. Une vie dans laquelle il se perd.

Une autre femme parle de son mari. Elle dit que c’est un homme parfait que toute femme désire. Un homme qui a réussi sa carrière ainsi que sa vie familiale. Elle parle de leurs dernières vacances, de mots qui lui a chuchotés hier soir, du dernier bijou qui lui a offert… Elle en parle pour masquer sa tristesse. Elle en parle pour faire mine d’être heureuse. Elle croit qu’en faisant semblant elle le serait vraiment…

Des pouvoirs bien établis, une loi égalitaire, une administration active, des élections démocratiques, des libertés civiles bien protégées, une constitution moderne, une coexistence pacifique de divergences diverses… Que de choses louables quant à la forme. Un chaos simple quant au fond. Désordre, injustice, retards, usage de la force, haine, mépris, violence… C’est par ces mots que se résume le vrai visage de la société.

La plus grande des distinctions est celle qui sépare l’officiel de l’officieux. En apparence, l’harmonie. En profondeur, le déséquilibre. Cette distinction s’efface et perd sa raison d’être. Elle disparaît en perdant l’une de ses deux catégories. Elle disparaît au profit de la seconde… Aujourd’hui, tout n’est qu’officieux.

jeudi, janvier 04, 2007

Les aéroports

Les adieux, les retrouvailles, l’espoir de changer de vie, la possibilité de vivre autre chose ailleurs, l’imagination d’un là-bas plus accueillant, la peur de s’en aller, l’obligation de partir, l’excitation d’enfin vivre une aventure, la décision de s’éloigner, les projets réalisables à l’étranger, les ruptures douloureuses, les amours à distance, les éternels voyageurs, les pilotes, les familles décomposées, les vacances, le travail en Europe, le désir de découvrir d’autres océans, la poursuite d’un rêve… tant de choses commencent et se terminent dans les aéroports.
Des gens qui pleurent, d’autres qui sourient. Une famille de douze qui pleure un adolescent impatient de partir, un homme solitaire qui les regarde d’un tendre sourire. Des valises, des cernes sous les yeux, des passeports, du bruit, des odeurs, des gens qui se bousculent, des langues différentes, des attentes, des retards, des regards perdus, des regards impatients, des regards tristes, des regards heureux, des regards inquiets… des regards indifférents. En aéroport.
4h du matin… Je l’accompagne. Elle est déjà en retard. Elle se précipite. Elle ne doit pas manquer l’avion. Dans quelques heures, elle devra déjà être au bureau. Je la regarde partir de la fenêtre de ma voiture. Elle court. Elle se retourne une seule fois. Une fois pour faire un signe timide de la main. Je lui sourie. De loin, elle ne verra pas les larmes dans mes yeux. Je me décide à lui faire des gestes ridicules en guise d’au revoir. Mais elle est déjà partie.
Je reste quelques minutes. J’observe le chaos de cet endroit plein d’émotion. Je regarde ceux qui se séparent. Puis ceux qui se retrouvent. Préfère les premiers…
Les aéroports rassemblent et séparent ceux qui s’aiment.

dimanche, décembre 31, 2006

Si je m'en vais

J’ai décidé de t’offrir mon présent. Pour qu’on partage un jour, peut-être, notre avenir. Je t’ai donné mon présent, pour le plaisir d’un moment libre. J’ai accepté le tien, pour la richesse qu’il comporte. Je l’ai surtout accueilli, pour le bonheur qu’il m’apporte. Je me suis créée une toute petite place dans le désordre de nos vies respectives pour mieux affronter les autres moments de la vie, d’autres moments que j’aime moins, des moments que j’aime moins puisque je suis seule. Seule, sans toi.
Dans cette vision des choses, pas de place ou si peu au passé. Le passé… On en parle pour mieux comprendre le présent. On en parle pour mieux s’aimer. On en parle pour se surpasser. On en parle pour faire de la confiance un très beau cadeau. Et surtout pour plus de complicité. Mais il serait excessif d’en faire un présent. Il serait ridicule d’en faire un débat permanent.
Quand le passé déborde sur le présent, que le présent se transforme en une analyse minutieuse et trop injuste d’une adolescence bien vécue et que l’instant glisse de nos mains, le bonheur que fait naître la possibilité d’un éventuel futur disparaît. Et le passé vante sa résurrection. Une renaissance peu méritée.
Si je m’en vais ce soir ce n’est pas de ta faute. Si je m’en vais déjà c’est que je dois continuer à chercher. Parce que mon passé je l’aime. Et c’est un présent similaire que je cherche. Un présent autonome dirigé vers l’avenir. Un présent ambitieux qui tourne la page du passé. Un présent curieux mais point rancunier. Un présent lucide qui comprend….
Si je m’en vais ce soir c’est que je n’ai pas encore trouvé la personne que je cherche, celle que j’ai cru voir en toi, celle qui lira mon passé rien qu’en me regardant dans les yeux, celle qui posera un doigt sur ma bouche quand je jugerais nécessaire de raconter fautes et bêtises, celle qui me dira que du passé elle s’en fout et qu’elle ferait tout pour envahir mon présent et chaque seconde future de ma vie, une personne qui me dira que seule compte la seconde présente… et surtout celle qui suit.

mercredi, décembre 27, 2006

Les plus beaux discours

Les plus beaux discours, je les connais. Ils m’on souvent été dits la nuit. Les plus beaux discours, je les connais par cœur. Ils ont souvent été accompagnés de grands gestes majestueux, de quelques larmes dans les yeux, d’un air doux et innocent et d'une musique de fond tout aussi hypocrite.
Les plus beaux discours, je les ai souvent rédigés à des amis qui voulaient faire semblant d’aimer. Nous avons pris la précaution de les rendre spontanés et naturels, d’y intégrer quelques hésitations et fautes de vocabulaires, quelques pauses et quelques balbutiements, quelques moments de réflexion et d’autres faussement timides, pour qu’ils sonnent improvisés et dictés par la beauté des yeux d’une destinataire naïve.
Les plus beaux discours sont souvent des discours-type, passe partout et uniformes, qui sont dits et répétés à des filles trahies volontairement…Classiques d’originalité, ils touchent et font mal même quand on sait leur auteur eloquent et beau parleur.
Les plus beaux discours m’ont tout aussi attirée. Bien que très bien avisée, je finissais par croire à chaque fois les mots d’un garçon menteur. Peut-être pour le plaisir d’y croire. Peut-être parce qu’on a, nous les filles, toujours la prétention d’avoir changé le mec en question.
Les plus beaux discours sont ceux d’hier soir, d’avant-hier et du soir d’avant. Les plus beaux discours je les connais tres bien. Je pourrais les répéter si tu veux. Les plus beaux discours t’offrent le moment. Les plus beaux discours t’offrent seulement le moment.
Les plus beaux discours, mon amour, sont les miens désormais. Et en attendant, tu pourrais peut-être passer à l’action. C’est un domaine que je ne connais pas assez. Un domaine dans lequel tu pourrais, peut-être, briller.

Et toi mon coeur?

« Et toi mon cœur pourquoi bats-tu ? » avait dit Jean D’Ormesson. Son cœur battait. Pour qui ? Pourquoi ? Peu importe. Un cœur qui bat, c’est l’essentiel. Un cœur qui bat est en vie. Un cœur qui bat tend vers un autre qui bat… peut-être. Un cœur qui bat est un cœur véritable. Son cœur existait donc. Son cœur pouvait aimer.
Le problème de D’Ormesson était un problème de compréhension. Il ne comprenait pas la raison qui provoquait un tel phénomène. Mais l’existence de ce sentiment merveilleux était incontestable.

L’amour est souvent douloureux dit-on. Parce que les plus belles histoires d’amour sont souvent soit impossibles soit à sens unique. Je ne sais pas si l’on peut parler d’amour quand on est seul à aimer. Mais c’est ainsi que j’aime appeler tout ce que je vis : de l’Amour. Peut-être pour embellir des histoires complètement tordues… Peut-être pour faire d’un commencement fragile une merveilleuse histoire. Peut-être parce qu’à force de faire semblant... on tombe vraiment amoureux.

Pourquoi le cœur bat-il? Il bat pour un sourire, une caresse, une chanson triste, une photo jaunie trouvée dans un tiroir, une histoire qui rappelle une vie sans histoire, un mec trop bien mais trop pris, un amour d’enfance, un homme parfait. Le cœur bat sans arrêt. Parce que nous cherchons et trouvons toujours quelqu’un à aimer.

J’ai un souvenir vague et agréable de l’accélération du cœur. J’ai en tête une image floue de ce que je croyais à chaque fois et sans cesse être l’amour. Et puis j’ai perdu le goût de ces choses si belles. J’ai perdu l’émerveillement du premier jour, la curiosité du second, la complicité du troisième. J’ai crée une ambiance monotone qui me tue. J’ai apprivoisé le sentiment du non sentiment. Je me suis fait méfiante à l’égard de celui qui me rongeait doucement dans le passé. Et je me demande : « Et toi mon cœur… où es-tu ? ».

mardi, décembre 26, 2006

Un moment ordinaire

Les histoires qui intéressent sont celles qui constituent l’exception. Nous cherchons tous une fin surprenante, un dénouement tragique, une solution choquante, un résultat hors du commun. Nous oublions que les plus belles histoires sont celles qui sont tout simplement… ordinaires. Nous sommes tous tentés, un jour ou l’autre, de modifier légèrement une scène que l’on décrit rien que pour la rendre plus bizarre et de ce fait plus attirante. Nous penchons tous pour l’exceptionnel. Les fins doivent être tristes ou heureuses. Qu’elles soient anodines nous décevrait tellement… Pourtant, les aventures banales et sans lendemain remplissent nos vies. Nous vivons tous pour un moment insignifiant sans véritable fin, un moment bref d’une vie tout à fait normale, un moment qui fait notre joie, mais un moment sans vrai début, sans vraie suite. C’est un moment tout court, volé au temps, un moment qui rend, sinon heureux, du moins vivant. J’ai une histoire à raconter. C’est une histoire désintéressée. Une histoire qui n’en est pas une en réalité. Je marchais d’un pas pressé. J’avais juste envie – ou plutôt besoin – de rentrer. Il me fit un magnifique sourire. Il me souhaita un joyeux noël tout en me fixant d’un regard généreux. Il n’essaya pas de me retenir. Il me dit au revoir d’un signe de la main. Mon histoire aurait été bien plus intéressante si elle comportait une fin, un obstacle, des peripeties. Mais il n’en est rien. Nous n’avons pas échangé nos numéros de téléphone. Je ne sais même pas comment il s’appelle. Je ne sais pas si je vais le revoir. Et je m’en fous. Je vis pour des moments sans importance. Je vis pour ces instants de bonheur. Je vis pour ce mec qui me sourit juste pour le plaisir de le faire. Je vis pour un échange altruiste qui se veut innocent. Je vis pour une solidarité implicite qui se transmet par le regard. Je vis pour un pas de danse avec un inconnu charmeur. Je vis pour une soirée unique et solitaire qui ne sera pas nécessairement le point de départ d’une relation sérieuse et qui sera oubliee aussitot. Je vis pour une seconde égoïste qui songe à sa réussite sans penser à celles qui vont suivre. Je vis pour un moment ordinaire… qui se fout de l’exceptionnel.

lundi, décembre 18, 2006

Mon ex-traordinaire

L’ex. E et X. Deux lettres qui prétendent tout résumer. Comme si les relations pouvaient être balayées par une notion temporelle qui déclare comme appartenant au passé une personne, un jour, aimée ou du moins… appréciée.
L’ex. Un mot bref qui se veut réduit pour passer rapidement sur cette page poussiéreuse d’hier qui n’appartient plus au présent.
L’ex. Un préfixe transformé en mot, préfixe qu’on utilise abusivement.

L’ex du p’tit ami est une fille qu’on déteste. Une fille qu’on imagine souvent cruelle, possessive et folle de jalousie. Mais il se trouve que « l’ex » est une fille comme les autres, une fille comme nous, qui laisse couler ses larmes quand elle regarde pour la centième fois Titanic, et qui prétend, comme nous, avoir du sable dans les yeux quand on la surprend en train de pleurer.

Un mec a été blessé par une fille. Il a passé de longues nuits à penser à elle. Il est avec quelqu'un d'autre aujourd’hui. Il sort avec sa nouvelle copine. Il voit celle qui l’a tant marqué dans le passé. Celle avec qui il a passé toute son adolescence, des jours et des nuits à discuter. Celle qui lui a appris le sens de l’amour pour le lui reprendre après. Il la voit, toujours aussi belle, toujours aussi fraîche. Il la salue par un hochement de tête. Un hochement discret qui veut tout dire. Sa compagne lui demande des explications. Il répond d’un ton faussement détaché : « ce n’est personne mon amour, rien qu’une ex, un caprice de jeunesse ». L’ « ex » n’est donc personne. L’ « ex » n’est rien. Alors qu’il aurait pu tout simplement dire que cette jolie fille est l'une de ses amis.

Il y a l’ex du p’tit ami, notre ex à nous, notre futur ex (le mec que nous fréquentons), l’ex de notre meilleure amie qu’on déteste parce qu’il est, selon elle, salaud, l’ex de notre futur ex, la future ex de notre ex (la fille qu’il fréquente) et l’ami de l’ex qui devient ex-ami du même coup.

Ex. Deux lettres qui résument si faussement un passé. Deux lettres très injustes à l’égard du temps consacré. Un mot vulnérable qui traduit si peu nos souvenirs et qui ne souligne que la notion « temps ». Car quand une relation se termine, certains de ses éléments survivent à sa fin. On les emporte avec nous. Ces éléments sont les souvenirs gardés, les leçons tirées, les blessures, les séquelles et les moments les plus intenses de la vie.

L’ex n’est pas un ex. L’ex est d’abord un ami même dans les pires situations qui se clorent par des injures et des cœurs brisés. L’ex est… ex-traordinaire. Qu’il soit mémorable ou au contraire pathétique, le fait d’avoir posé, un jour, un regard insistant sur lui, le fait de lui avoir un jour offert le temps d’une minute d’une journée toujours trop courte le rend exceptionnel. Mon ex est ex-traordinaire. Parce que ma vie l'est. Mon ex est ex-traordinaire car il a un jour constitué une de mes priorités.

Pour le temps donné, les efforts faits, les promesses échangées, les mains croisées, les secrets livrés, les mots chuchotés, les obstacles surmontés et surtout la bonne idée de se quitter, j’ajouterais, à ces deux lettres surestimées, quelques unes en plus… volontiers!

dimanche, décembre 17, 2006

L'autre bout de ma vie

L’autre bout de ma vie se moque du premier. Il se souvient d’une conversation touchante un jour échangée mais en a oublié le moment et la durée. L’autre bout de ma vie est aujourd’hui très bien planifié. Il garde des souvenirs mais a fermé la page du passé. Il se contente d’un présent agréable, raisonnable. Un présent choisi, planifié, travaillé, convenable. Un bout de vie complémentaire au premier mais tellement différent. Un bout de vie qui se sert du premier, pour le dépasser, le détruire, l’ignorer, l’oublier, s’en servir et n’en garder qu’une leçon vulnérable difficile à avaler.
Mon présent aujourd’hui n’est qu’un bout timide comme le premier. Un bout qui s’ajoutera à tous les autres pour les assombrir ou les illuminer. Mon présent aujourd’hui est un bout que j’aime bien. Un bout dans lequel on danse aussi bien en boite que dans les rues de Beyrouth au petit matin.
Le premier bout a longtemps duré. Il a provoqué des paroles, des écrits, des larmes et des baisers. Il a été critiqué, détruit, construit puis déchiré. Il a rempli ma vie puis l’a un jour complètement vidée.
Ce premier bout dont j’ai parlé est aujourd’hui loin dans un endroit caché de mon passé. J’y pense quelques fois, un sourire aux lèvres, la tête plein de belles histoires. Des pensées qui se font floues et contestables, des pensées que je modifie comme le veut la mémoire.
Quant a l'autre, il est tellement beau pour tout te dire. Je pourrais t’en parler et je ne voudrais le voir partir. Il remplit ma vie peut-être pour la détruire. Mais il l’a remplit peut-être pour la construire. Et toute chance est à saisir.
Un premier bout de ma vie que je ne pourrais cacher. C'est un bout que je raconte. Que j’aime. Que je défie. Un bout que je considère, grâce à toi, avec certitude et conviction, fini.
Et puis il y a l’autre bout… Le nouveau. Un bout qui se forme. Un bout qui m’offre le temps et surtout… la possibilité.
Les choses impossibles sont provocantes. Elles nous attirent. Mais elles nous rejettent quand il est devenu difficile de partir.
Les choses possibles sont certes plus paisibles. Mais elles réalisent, par une hypothèse tout à fait possible, des choses des plus… impossibles.

vendredi, décembre 15, 2006

Un bout de vie

- Allo ?
- Bonjour petite. Ca va ?
- Pas vraiment. Et toi ?
- Non plus… Tu m’as beaucoup manquée tu sais…
- Pas toi.
- J’adore quand tu mens.
- …
- Comment tu passes tes journées ?
- A la fac. J’avais un examen aujourd’hui.
- Comment t’as fait ?
- Pas mal. Sauf que ma copie va ressembler à toutes les autres. J’aurais dû y mettre une touche personnelle.
- Je suis sûr que tu as très bien fait. Tu doutes de toi. Comme tu as douté, un jour, de moi.
- Encore faut-il que le prof, lui, en soit sûr. Quant à toi, c’est une vieille histoire…
- Tu sors avec quelqu’un ?
- Oui…
- Je suis sûr qu’il est fou de toi.
- Pas moi…
- Parle-moi de lui.
- J’écoutais le cd que tu m’as offert.
- Pourquoi tu changes toujours de sujet ? laisse-toi faire…
- C’est bizarre… Tu avais choisi des chansons tristes. Comme si tu savais déjà que...
- Arrête. N’en parlons plus. Tu l’as dit. C’est une vieille histoire.
- Il y a « Adieu », « ne me parlez plus d’elle », « l’encre de tes yeux », « je viens pas te parler d’amour »…
- Oui. je savais…
- …
- Tu es où ?
- En voiture… Je rentre chez moi.
- Passe par moi. C’est sur ta route. Passe par moi.
- Non. Je ne passe plus par là-bas. C’est une route triste. Une route qui parle de nous. Une route qui nous a connus. Une route qui sait trop. Une route que j’évite. Une route qui mène vers toi. Une route qui nous a vus mourir. Elle me provoque souvent. Elle m’appelle. Je vais vers elle. Presque sans le vouloir. J’y vais à chaque fois que je pense à toi. Quand je réalise où je suis, il est trop tard. Je reste quelques instants. Mais je finis toujours par faire demi-tour. C’est dur d’affronter le passé. C’est dur d’admettre le présent. Dur d’imaginer un avenir. Notre passé, quant à lui, je l’aime.
- Fais-en un présent.
- Tu sais que c’est impossible…
- Oui, je sais.
- Je regarde parfois la mer. Je sens que tu y habites. Je pose ma main sur la vitre pour la caresser. Mais elle joue l’inaccessible. Je regarde. Pas pour longtemps. J’ai peur de m’y perdre. Je regarde du coin de l’œil la route qui s’étale devant moi. Je sais que c’est celle qui me convient. Je lui en veux d’être parfaite. Je lui en veux d’être raisonnable. Je regarde de côté. De côté, la tentation. De côté l’interdit. Mais je me retiens. Faut pas que je succombe. Je déteste les vagues, ces couleurs sauvages qui se veulent si douces, je déteste la perfection du paysage, son harmonie avec une musique que je n’arrive pas à chasser de ma tête, je déteste la force, celle qu'il me faut repousser…
- Décidément, tu ne changeras jamais…
- …
- …
- Bon, je te laisse. On s’appelle ?
- Oui on s’appelle. On s’appelle peut-être.
- Peut-être ?
- Je vais te laisser vivre ta vie.
- Et toi, tu vas vivre la tienne ?
- Je fais de mon mieux.
- J’aurais voulu que tu me retiennes.
- Tu dis toujours ça. Mais tu finis par fermer les yeux.
- C’est vrai. J’ai toujours eu peur. Peur de toi. Des autres. De la vie. De l’amour.
- On sera ensemble. Un jour.
- Tu crois ?
- J’en suis sûr. Tu es à moi.
- Ne dis pas ça. Je ne veux pas d’un amour possessif.
- Tu le préfères fugitif ?
- Non. Différent. C’est tout.
- Fais attention à toi.
- Toi aussi. Est-ce encore un adieu ?
- Plutôt un au revoir.
- Tu deviens tellement prévisible…
- C’est possible.
- ...
- Allo ?

jeudi, décembre 14, 2006

Au petit dernier

Je te vois grandir si vite, je te vois grandir de cette façon arrogante qui est la tienne. Tu te moques de la vie, des études et de ces paroles que tu entends vaguement et que nous sommes obligés – à cause de toi – d’écouter. Je te vois grandir et devenir très beau. Je te vois refuser, te plaindre, murmurer tout bas des injures et des insultes, je te vois rebelle et dégoûté. Tu grandis… Comme tu es beau aujourd’hui !
Je te vois discret, je te vois fatigué, je te vois courir… puis t’allonger sur le canapé. J’aimerais tant que tu travailles, que tu réussisses, j’aimerais tant que tu prennes les choses au sérieux mais tu refuses. La vie pour toi est un jeu. Et le sérieux est à moi me dis-tu. Peut-être que tu as raison, que la vie est trop belle pour étudier. Mais ça, je ne te le dirai jamais. Et je sais que de ton coté, tu ne le liras pas. Tu es trop paresseux pour le faire...
Je te vois grandir. Tu as le regard inquiet quelque fois. Mais tu préfères l’incertitude à un effort quelconque. Tu préfères l’oisiveté. Et tu me fais souffrir. Mais tu ne m’écoutes pas. Je suis trop jeune pour savoir, me dis-tu. Et toi tu crois tout savoir…
Je te vois grandir entre tes amis. Ces garçons qui t’aiment et avec qui tu passes des nuits blanches à rigoler. Vous m’empêchez souvent de dormir. Mais je ne dis rien… Ca fait tellement de bien de vous savoir si heureux, si dynamiques, si sincères.
Je te vois grandir dans la salle de sport. Je te vois grand, jeune et honnête. Je te vois malheureux quand il faut que tu travailles. J’aimerais le faire pour toi mais c’est impossible. Aujourd’hui c’est à toi de passer l’épreuve. Et puis je suis sure que si tu essayais, tu le ferais tellement mieux que moi.
Je te vois amoureux et pensif. J’essaie de tout savoir, de tout entendre, de tout observer. Mais on m’a dit de te laisser tranquille. La vie est à toi désormais.
Je te vois gentil et serviable, je te vois fort et révolutionnaire, je te vois endormi et rarement réveillé, je te vois drôle et plein de surprises. Je te vois des yeux d’une grande sœur.
Je te vois plein de rêves, plein d’ambitions. Je te vois orgueilleux et fier. Je te vois si pur, si profond…
Je te vois ami fidèle, je te vois copain sincère, je te vois gentil frère, je te vois insouciant et plein de vie, je te vois responsable quand il le faut, je te vois adulte et enfant, je te vois calme et mystérieux… Je te regarde. Je t’observe grandir et changer.
Tu grandis ? Peut-être. Sûrement. Mais tu restes mon p’tit frère.

mercredi, décembre 13, 2006

Sensations

On vous a sûrement dit, un jour, qu’il faut voir le coté positif des choses. Mais entre nous, ce côté positif est parfois si bien caché que l’on se demande s’il faudrait vraiment le chercher et s’il existe en réalité. Etre optimiste quand tout va mal serait être totalement naïf ou absurde. Car il existe des situations catastrophiques qui ne procurent ni intérêt ni plaisir.
Le côté positif des choses… Et s’il suffisait de trouver un moyen de tirer profit de tout malheur ? La leçon, me diriez-vous ? Personnellement, je préfère apprendre des autres sans avoir à souffrir. La force, l’expérience, la patience, le sang froid ? Ce sont certes des qualités respectables. Mais elles restent des notions abstraites difficiles à mesurer. Elles restent subjectives et leur acquisition est incertaine.
Personnellement j’ai décidé d’écrire. Ecrire pour créer. Ecrire comme on chante, écrire comme on pleure, écrire pour continuer. Ecrire serait une façon de profiter de la tristesse. Ecrire serait une façon de sublimer les sentiments pénibles.
Je me suis mise à raconter pourquoi il m’a quitté, comment elle est partie, la fin de l’été, le froid de l’hiver, une séparation, des retrouvailles précaires, une dispute injustifiée, un amour impossible, un matin médiocre, une nuit belle mais dépassée, un film émouvant… J’ai écrit pour partager.
Créer est un acte de générosité. L’œuvre artistique est une réflexion de son créateur, un objet unique, une vision personnelle, un message. Sa valeur réside dans le temps qui lui a été consacré, dans l’idée unique qui a été à son origine, dans le talent de l’artiste, dans son unicité, dans le plaisir qu’elle procure à son destinataire, dans les sensations qu’elle fait naître.
Le côté positif de toute mauvaise expérience est l’état de transe qui lui succède. Réalité et imagination se mélangent, prennent pour point de départ la vie pour offrir aux autres les secrets d’un instant insolent de vérité.
Nous créons tous, chacun à sa manière. Nous partageons en images, en musique, en mouvement, en mots ce que nous ne saurions avouer. Elle cree quand elle marche, par le mouvement sensuel de ses hanches, une tres belle danse. Il cree quand il me regarde, de son regard a la fois insistant et arrogant, un instant que je retiens. Nous creons en discutant, souvent tard dans la nuit, une de ces belles conversations spontanees, sinceres et improvisees caracterisees par leur verite.
Nous créons tous. Nous créons pour les sensations.

mercredi, décembre 06, 2006

Politically (in)correct

La politique, c’est l’art de gouverner. Gouverner, c’est organiser la vie d’une société en recherchant l’intérêt général. Tout homme politique devrait avoir la vision, le juste sens des proportions, l’esprit de synthèse et ce qu’on appelle couramment le « leadership ». La fonction première de tout homme politique est la représentation du citoyen. Ce dernier ne pouvant s’occuper directement de la chose publique, il la confie à un homme qui représenterait ses intérêts et travaillerait dans l’intérêt de tous.
L’homme politique doit donc remplir certaines caractéristiques qu’on ne trouve pas nécessairement chez « l’homme moyen », notion empruntée au vocabulaire juridique. Il doit être digne de confiance et apte à contrôler ses tendances et ses impulsions, il doit être en mesure de choisir des mots adéquats afin de transmettre un message déterminé en veillant aux sentiments de la nation. Il doit constituer le modèle à suivre puisque l’administré lui a accordé toute sa confiance et puisqu’il parle au nom de ce dernier. D’ailleurs, de là est née l’expression « politically correct » qui signifie le fait de se comporter d’une façon irréprochable dans le souci de concilier le fond à la forme. La chose sera dite, mais surtout, bien dite.
L’homme politique se place à la tête d’une population pour la guider, la soutenir, l’encourager, la protéger, l’encadrer et défendre ses intérêts. Il est responsable envers ceux qu’il représente puisque ceux-ci lui ont accordé le pouvoir.

Sur notre scène politique aujourd’hui, nous voyons des hommes politiques qui ont perdu les qualités de la représentation. Ils utilisent un vocabulaire familier pour exprimer leurs opinions. Ils emploient un langage vulgaire pour se défier mutuellement. Ils prennent un ton arrogant pour préserver leur autorité. L’homme politique libanais a perdu son élégance. Il a perdu la noblesse qui faisait de lui un modèle. Il a perdu la subtilité qui caractérisait ses discours. Il a perdu la sensibilité dans le choix des mots. Il a perdu la perspicacité qui lui permettait de comprendre le peuple à qui il s’adresse. Il est difficile de l’écouter, impossible de le croire. La légitimité de son pouvoir est contestée. Ses agissements sont discutables. Il ressemble de plus en plus à l’homme moyen. Alors comment fonder son pouvoir désormais ? Et un pouvoir non fondé devrait être remis en cause.
Je finis à peine mon texte et je remarque la grossièreté de l’erreur commise. J'ai failli oublier que si les actes des puissances publiques sont partout dans le monde « politically correct », les nôtres sont de nature et par hypothese politically... (in)correct!

Publie dans L'Orient Le Jour le 16 decembre 2006

mardi, décembre 05, 2006

Que faire de ma vie?

Il parait que les décisions que l’on prend à vingt ans sont celles qui détermineront tout notre avenir. Il parait que c’est vrai même si certains disent que ce n’est qu’un gros mensonge que racontent les parents et les profs afin de pousser les jeunes à étudier et à travailler. Mensonge ou vérité, ces décisions sont difficiles à prendre. Car au bout de chaque route paisible, il y a un carrefour. Tout carrefour suppose un choix. Et tout choix suppose renonciation. Les choix font souvent peur. Car si l’on opte pour une chose, on en délaisse une autre. Et il n’est pas souvent facile de se détacher d’une chose, banale soit-elle.
La vie est donc faite d’une succession de choix. Et entre un choix et un autre, un intervalle qui permet à toute personne de se ressaisir et de se reposer de la tension que provoque tout choix important. Cet intervalle est supposé être reposant, si l’on exclut bien sur la possibilité d’un regret ou d’un doute quant à l’opportunité de la décision prise.
Mais l’intervalle ne fait en réalité que préparer le grand moment. Le grand moment naît d’une longue méditation, d’une recherche, d’une réflexion et surtout d’un sentiment positif qui penche pour une direction déterminée.
Plus je me rapproche de la fin de mes études, et plus je suis confuse. Car c’est à ce moment-là que je devrai choisir la prochaine station. Une station prochaine qui déterminera, dit-on, toutes celles qui vont suivre. Plus j’y pense, et plus je plonge dans ma confusion. Car s’il est difficile de choisir quand on aime peu de choses, il est encore plus dur de faire une décision quand on en apprécie plusieurs. Il faut choisir l’université, la ville, la spécialisation. Il faut choisir ce qu’on aime mais aussi ce qui pourrait constituer la base d’une carrière réussie.
Je me réveille perdue et confuse : « je ne sais pas ce que je vais faire de ma vie ». Cette phrase, je l’ai répétée à plusieurs reprises ces derniers jours. Elle a tantôt provoqué des rires, et tantôt laissé imperturbable. Où aller ? Quel chemin prendre ? A qui demander conseil ? Vais-je réussir ? Que choisir ? Penser à demain ? Me suffire d’aujourd’hui ? Me contenter de ce soir ? Prévoir une carrière au Liban ? Faire confiance au pays ? Opter pour Paris ? Pour Londres ? Changer de plan pour une personne spéciale ? Se fixer un plan rigide et surpasser tous les obstacles ?
Beaucoup de questions qui fatiguent… Cet intervalle supposé être relaxant n’est en réalité que confusion.
Mais Paul m’appelle. Paul m’appelle de Pékin. Il est parti pour la chine il y a deux ans. Il était en première année de Droit. Il est parti pour quelques mois. Mais il n’est pas revenu. Il a bien aimé la chine… Il s’y est installé. Sa vie d’ici, même s’il l’aimait bien, ne l’a pas empêché de vivre l’aventure. Il s’est adapté à un environnement étranger, à une culture qui lui était inconnue. Il l’a apprivoisée. Il pense à aujourd’hui. Il va peut-être aller aux Etats-Unis l’année prochaine. Ou pas. C’est un éternel voyageur. Un voyageur qui ne se laisse pas intimider par les choix. Car il décidera à la dernière minute. Il fait des choix d’impulsion. Il est heureux. Et il construit bien sa vie.
Réfléchir ? Se lancer ? Hésiter ? Laisser la vie faire les choses ?
Je vais faire comme Paul. Je vais faire confiance à la vie. Elle m’emmènera où elle voudra. Pour l’instant, pas de choix…

vendredi, décembre 01, 2006

Le droit a la vie

Un besoin étrange m’envahit depuis quelques jours. Celui de parler. Je ressens l’urgence de manifester mon point de vue dans un chaos qui ne l’apprécierait pas forcément. J’ai quelque chose à dire, un message important à partager. J’ai en moi la conviction de devoir tenter, à ma manière, par mes modestes moyens, de sauver une société qui souffre ou du moins les jeunes qui, comme moi, ne sont plus heureux en cette période politiquement instable.
Je suis entourée de personnes compétentes, d’élèves qui ont la soif de comprendre et celle de réussir, qui veulent aller au bout de leurs études, qui fondent leurs opinions et tendances sur des arguments logiques et convaincants, qui possèdent l’éloquence de la parole et l’élégance du geste, qui dépassent les différences de religions et d’appartenances pour former une véritable société pacifique de qualité. Je suis entourée de jeunes qui constitueront un jour, sans doute, l’élite du savoir. La nouvelle génération n’est plus passive et réceptrice mais actrice et sélective. Les jeunes aujourd’hui ne subissent plus. Ils agissent.
Notre jeune société est fondée sur le dialogue et le partage. Les conflits ne sont pas inexistants, mais ils sont canalisés par des valeurs qui nous sont propres comme le respect de l’autre, le droit à la différence, la liberté de l’expression …
Nous sommes, nous les jeunes, à la recherche du savoir et du bien-être social. Nous sommes avides de justice, de connaissance, de sécurité, d’espoir, d’égalité, de prospérité, d’expansion. Nous voulons vivre dans un pays conforme aux modèles que nous étudions, un pays démocratique où seraient protégés les droits de l’Homme, où l’individu aurait le droit de vivre comme il l’entend toujours dans le respect des libertés des autres, où l’Etat serait l’autorité supérieure qui veillerait au maintien de l’ordre et à la sécurité de tous les citoyens, où les individus seraient sans discrimination égaux devant la loi, dans lequel le pouvoir aurait pour seule et unique fonction la représentation de tous les citoyens et la réalisation d’un but d’intérêt général. Nous connaissons les principes et nous savons les appliquer.
Nous sommes jeunes. Mais nous sommes conscients de nos droits et de nos obligations. Nous sommes dégoûtés d’assister sans cesse à un conflit d’intérêts. Nous sommes révoltés de voir que les hommes au pouvoir favorisent leurs intérêts privés. Nous sommes attristés de réaliser que le duel qui s’installe entraîne une paralysie du pouvoir et que l’absence d’une autorité véritable fait naître le désordre, la peur, la panique et le retard dans le travail. Nous ne voulons pas imaginer un avenir ailleurs. Ce pays est le nôtre.
Ce que nous vous demandons, vous qui luttez sans cesse pour le pouvoir sous le signe de la liberté ? Ce que nous vous demandons, vous qui prétendez sauver la patrie pour justifier vos actes impardonnables ?
Nous vous demandons du silence. Nous ne voulons rien d’autre que la sécurité et la tranquillité qui nous manquent depuis quelque temps. Nos besoins sont modestes. Nos demandes sont légitimes. Nos revendications sont minimes. Nous voulons que vous nous accordiez la possibilité de mener une vie normale, nous réclamons le droit d’étudier et de travailler sans interruption imposée, nous exigeons que nos libertés soient protégées. Nous nous dirigeons vers vous qui êtes au pouvoir pour que vous exécutiez vos obligations les plus élémentaires, à savoir maintenir l’ordre et la cohésion sociale.
Nos avenirs sont incertains. Nos projets restent flous. Nous ne pouvons avoir la prétention de programmer à l’avance les années qui suivent. Nos vies sont en suspens.
Nous avons, nous les jeunes, appris des péripéties constantes. Nous ne pouvons désormais suivre un parti quelconque ou un Homme qui prétend une énième fois travailler pour le bien de tous. Nous avons perdu confiance en vous. Nous voulons simplement une société instruite et cultivée à l’image de celle que nous construisons spontanément et naturellement dans nos écoles et nos universités. Nous voulons un environnement sain et une ambiance épanouissante qui ferait sortir de chacun de nous ce qu’il a de mieux à offrir à ce pays. Nous avons le potentiel et la volonté de réussir pour faire resplendir l’image de notre pays.
Mais nous restons impuissants et vulnérables face à des fous au pouvoir qui perdent la raison et le contrôle. Nous sommes quelques fois entraînés dans des courants de masse qui banalisent nos pensées et abolissent nos qualités. Nous sommes malheureusement quelques fois contaminés.
Je connais bien mes amis. Je connais bien les membres de cette petite société que nous formons. Je sais de quoi elle est capable. Je sais qui nous sommes, nous les jeunes d’aujourd’hui. Nous sommes ce que vous ne serez jamais. N’essayez pas de nous entraîner. Nous sommes désormais très bien informés. Nous formons, dans nos différences et nos divergences culturelles, religieuses, politiques, le meilleur exemple de la liberté.
Nous existons. Et nous exigeons aujourd’hui la reconnaissance de notre existence et le respect de celle-ci. Nous exigeons le droit à la vie.

Publie dans L'Orient le 25 decembre 2006

jeudi, novembre 30, 2006

Je n'aime pas l'hiver

Ci-dessous l'extrait d'un dialogue disproportionne.

- J’ai toujours cru pouvoir maîtriser mes relations. Au début de chaque histoire, j’éprouvais un réel plaisir et une sorte de satisfaction personnelle en essayant de deviner son déroulement ou du moins sa durée de survie. Cette prétention à pouvoir prédire à l’avance les sentiments futurs ainsi que leur développement constitue en quelque sorte ma protection. Je croyais ne pouvoir être déçue ou blessée si je savais préalablement le moment approximatif de la fin d’une aventure, comme si la simple connaissance constituait une véritable force. Je croyais que le fait de la délimiter dans le temps me mettrait en position de contrôle. Une histoire folle et immorale serait tout à coup contrôlable et réfléchie si limitée par une date certaine. Je décidai donc de m’offrir le luxe d’une aventure ‘dangereuse’ qui le serait moins si sa fin serait la conséquence normale de la fin de l’été. Comme si toute décision raisonnable pourrait convaincre un cœur tetu et rebelle qui s’accommode… de plus en plus. La condition s’est réalisée. A savoir, la fin de l’été. Et notre histoire qui se voulait si faussement réelle, réalisable et éternelle disparut avec le temps aussi agréable que superficiel de l’été. L’hiver est venu. Je me suis sentie perdue, seule, nostalgique… Je voulais ma vie aussi remplie que possible pour combler un vide qui ne cessait de se creuser. Enchaînant aventure sur aventure et histoire sur histoire pour tenter inlassablement de me retrouver je ne faisais que me perdre davantage. M’empêchant toute tentative de te revoir et toute pensée de trop, refoulant idées, rêves et souvenirs de toi, je ne savais quoi penser et surtout si j’étais la seule à le faire. Je croyais que le temps ferait, comme d’habitude, l’affaire. Et il la fit. Le temps ne faisait qu’affirmer sentiments et envies avec l’aide d’une imagination qui me proposait ironiquement des suites surprenantes et qui m'exposait des projections provocatrices de ce que nous aurions pu, peut-être, vivre. Mais l’hiver est là. On est toujours là aussi. Chacun de son coté, puisque la condition s’est réalisée. Chacun de son coté, puisque le terme est arrivé. Chacun de son coté, puisque la folie et l’aventure sont tellement inconciliables avec les couleurs sérieuses de l’hiver. Que trouver comme prétexte ? Que dire quand le soleil n’est plus à mon secours, quand il a repris à ma peau ses couleurs d’or et la bonne humeur de ceux qui nous jugent ? Que faire quand le temps ne nous appartient plus désormais ?Enfouis dans des habits trop larges qui cachent les formes et les rondeurs, on vit comme il faut. On vit comme on s’était décidé à le faire. Alors on sourit à la beauté de notre histoire. On sourit à la tristesse de sa fin. On sourit à l’idée de se revoir. On se sourit du sourire coupable d’un enfant malicieux quand on se revoit. On sourit quand on se requitte ne sachant s’il y aurait un prochain rendez-vous. On sourit quand on se dit que la vie est nulle quand on n’est pas ensemble. Mais on s’éloigne quand même. Toi dans ton monde. Moi dans le notre. Parfois on s’appelle. Souvent, on se retient. Je t’écris des choses que j’efface aussitôt. Je me trouve trop romantique et je me voudrais forte et insouciante. Car je l’étais. Avant toi. Et il faut que je me protège. Et puis…l’hiver est là. Mais tu sais, je n’aime pas l’hiver.

- Moi non plus.

lundi, novembre 27, 2006

Te revoir

Te revoir. Eviter ton regard. Regretter les mois passés. Te détester. Presque. Prétendre ne t’avoir pas vu. Etre ensuite obligée de te saluer. Sourire de façon artificielle. Prendre un air surpris. Dire que tu me manques presque naturellement. Le regretter aussitôt. Te toucher. Demander de tes nouvelles. Faire mine de ne rien savoir. Dévoiler un secret. Dire un mensonge. Redouter que tu t’en ailles. Supporter que tu le fasses. Te regarder partir. Encore une fois. Respirer. Te suivre une seconde. M’arrêter. Eviter d’être ridicule. Retenir mes larmes. Les laisser couler. Me détester. Penser à tes défauts. Mais aussi à tes qualités. Me souvenir. Partir de mon coté. Entendre ta voix qui me rappelle. Continuer le chemin. Ne pas me retourner. Une façon de gagner. Marcher seule. Te perdre. Encore une fois. Penser à toi. Et à tous les autres. Douter de mes sentiments. Douter de la faculté de ressentir. Sourire à la pensée d’être immunisé… de la vie. Etre sûre de changer, un jour, d’avis.

samedi, novembre 25, 2006

Une fille dans la ville

Une fille dans la ville… Je suis tombée sur ce livre par hasard comme je tombe sur la plupart des bouquins que je lis. Il a suffi d’un regard trop bref pour que je sache qu’il a été écrit pour moi. Je l’achète, je le cache au fond de mon sac comme un de ces objets interdits et je le ramène chez moi. Je caresse d’abord du bout des doigts la couverture glissante. Je sens ensuite l’odeur de ses pages. Et je commence enfin la lecture.
Plus je lis, et plus je me rends compte combien ce livre parle d’elle. Oui, je sais, je ne fais que parler d’elle. Je ne fais que raconter ses histoires, ses aventures et ses exploits. Mais sachez que si je parle d’elle, c’est parce qu’elle ressemble à la majorité des filles aujourd’hui. Et ce livre parle d’elles toutes. Et meme de moi.
Une fille dans la ville… Toutes les filles dans toutes les villes, les filles à Beyrouth (ma ville), à Paris, à Londres, à New York, à Pékin et dans les capitales du monde veulent de plus en plus réussir. Elles veulent réussir leurs vies familiales, sociales, professionnelles. Elles veulent être belles, elles veulent fonder une famille réussie, elles veulent se surpasser, transcender leurs peurs, leurs craintes et les obstacles que jadis leur imposait la société, elles veulent prouver qu’elles sont dignes de confiance et capables de gérer le stress du travail et les ennuis du quotidien.
Elles se perdent dans le bruit des villes, dans des foules toujours pressées, dans des listes de choses à faire, dans des appels incessants… Elles veulent s’approprier la ville, elles veulent s’approprier le pays, elles veulent s’approprier le monde.
Les filles dans les villes ont le courage, la volonté, l’ambition, la détermination et surtout la certitude de réussir.
On parle de filles dans les villes… Je vois les villes dans ces filles. Je vois des lumières dans leurs yeux, des projets dans leurs regards, de l’indépendance dans leurs démarches, de l’assurance dans leurs sourires. Je ne vois pas pour longtemps. Les filles des villes ne font que courir. Mais il ne faut surtout pas qu’elles oublient de vivre.
Des filles des villes, j’en connais de plus en plus. Quand j’y pense vraiment, je réalise que je ne connais que des filles de la ville… Je les admire, je les aime, je les imite. J’ai peur pour elles. J’écris pour leur dire de continuer. J’écris pour leur dire que je les soutiens. J’écris pour leur dire qu’elles font bien (voire mieux) les choses. J’écris pour leur dire que le monde leur appartient. Mais j’écris surtout pour leur rappeler que le bonheur se trouve quelquefois dans des choses très simples. Dans votre course infinie, cherchez la tendresse, le rire, l’amitié, le repos, l’amour. Ces choses-là sont essentielles. On les retrouve partout… même dans vos villes.

Texte dédié une fois de plus à elle. De peur qu’elle ne soit trop occupée pour etre heureuse. Parce que je veux qu'elle le soit… Texte dedie a elles toutes en definitive...

mercredi, novembre 22, 2006

Nos yeux avaient mieux a dire

Une rumeur est une chose racontée à propos de quelqu’un, une histoire qui se répand et se propage en s’intensifiant par un effet « boule de neige ». Elle est normalement négative car les gens trouvent un curieux plaisir à dire du mal d’autrui. Vous entendrez souvent dire « X divorce » et rarement « X se marie » alors qu’il est fort probable qu’il n’est ni question de mariage, ni de divorce et qu’X a juste eu un petit malentendu sans importance avec son mari.
La rumeur a donc pour origine une parole infondée qui se consolide par répétition. A force d’être répétée et transmise, elle acquiert la force de vérité générale. Elle est absorbée par les esprits naïfs, exagérée par les esprits bavards et seulement rejetée par les plus avisés qui soumettent sa crédibilité à une preuve.
Ainsi présentée, la rumeur parait nuisible. Cependant, elle vise souvent les personnes qui intéressent, qui sont le centre d’attention, qui réussissent. Car nul ne jugerait utile de nuire par des paroles menteuses à un anonyme.
La rumeur peut donc être vue d’un angle différent : si l’on parle de toi, c’est que tu es important. D’ailleurs « bad publicity is publicity ». La rumeur est donc la preuve du succès. Elle naît de la volonté de nuire. Mais elle produit l’effet radicalement opposé : elle attire.
On t’avait raconté toutes sortes de sottises à mon sujet. On t’avait raconté ces histoires qui m’amusent. Tu n’as pas voulu les croire. Tu m’as avoué plus tard avoir tout compris au moment où nos yeux se sont croisés. Il a suffi d’un regard. Ce regard fut suivi par un sourire par lequel on s’est tout raconté. Leurs paroles ont tout à coup paru fragiles et pathétiques. Car nos yeux avaient mieux à dire.

samedi, novembre 18, 2006

L’indécis


Nous sommes souvent confrontés à une impossibilité de fait, celle de ne pouvoir saisir, des mains, du cœur et des pensées, la chose désirée. Par chose j’englobe les objets et les personnes. Cette impossibilité rend triste. Cette impossibilité rend fou. La « chose » objet du désir ne peut être enfermée. Elle ne peut être saisie pour des raisons diverses : elle glisse de nos mains, elle est immatérielle comme l’air, elle est hors portée.
Le cas ci-dessus suppose la connaissance du désir. Mais il y a pire encore : la non connaissance du désir. Il n’y a pas plus malheureux que celui qui ne sait pas ce qu’il veut. Ses goûts et ses penchants changent toutes les secondes. Il hésite, il ne sait pas ce qui lui plait vraiment, il doute de ses sentiments, il se demande s’il aime, s’il n’aime pas, s’il veut, s’il ne veut pas, s’il devrait ou s’il ne devrait pas… Le problème de l’indécis est celui de ne pouvoir déterminer avec exactitude la nature de son problème. Il traîne alors, un pas vers l’avant, deux vers l’arrière, il est là mais pas exactement là, il pense à quelqu’un d’autre, à un endroit différent, à un pays lointain, au jour qui suit… Mais il aurait été aussi perdu là-bas. Il a toujours le sentiment d’être en train de rater un évènement extraordinaire qui se déroule toujours « ailleurs ». Dans un ailleurs qu’il n’a pas encore localiser mais qu’il juge localisable.
L’homme indécis gaspille par son indécision sa vie. Il perd les heures et les minutes en pensant au temps passé et à celui qui va suivre. Le présent lui échappe et son avenir n’est jamais planifié. A force de tendre vers une chose nouvelle, future, éventuelle ou imaginaire, il n’existe jamais entièrement.
La vie ne lui offre jamais assez. Il demande plus. Il demande moins. Il demande différent. Alors il cherche. Il se montre indifférent face à l’accessible. Intéressé face à l’inaccessible. Pour lui plaire, il faut le fuir. Pour lui déplaire, il faut le suivre. Ses relations sont toujours déséquilibrées puisqu’elles sont l’application de l'un des deux modèles suivants : « je l’aime, elle ne m’aime pas », « elle m’aime, je ne l’aime pas ».
Evitez l’indécis. Il reviendra quand vous éprouverez de l’indifférence à son égard. Mais le délai se sera déjà écoulé. Il ne sera plus hésitant désormais. Mais il baignera dans ses remords et regrets.
Ne soyons pas indécis. Soyons plutôt fidèles à nos humeurs et envies. Poursuivons nos goûts et nos rêves. Considérons toute hésitation comme une réponse négative et optons pour les projets catégoriquement positifs.
Tu étais indécis. Tu es aujourd’hui catégorique. Mais il se trouve que je le suis aussi.

jeudi, novembre 16, 2006

Les derives de l'experience

Une personne qualifiée possède, dit-on, assez de connaissances, du talent et de l’expérience. La connaissance est une chose acquise à travers les livres et les études. Le talent est inné ; il existe toujours mais à nous de l’identifier, le maintenir et l’épanouir. L’expérience, quant à elle, est une notion floue difficile à cerner. Quand sa définition se dessine, ses bienfaits restent contestables.L’expérience, pour certains, est connaissance. Elle serait issue d’une pratique réitérée retenue par la mémoire. Un individu expérimenté sait certes beaucoup mieux manier les situations auxquelles il est exposé dans son travail quotidien qu’un débutant qui ne connaît que la théorie et qui a du mal à la confronter à une réalité bien plus complexe que les lois et modèles abstraits que proposent les livres. L’expérience procure le sentiment de déjà-vu qui rend son titulaire plus à l’aise et plus apte à régler des problèmes divers d’une société compliquée par l’imagination des Hommes. Enfin, l’expérience départage les personnes puisque la vie est par excellence la meilleure des écoles. Les moins jeunes sauraient donc plus et leur savoir serait un cadeau des jours et des années.

Faire l’éloge de l’expérience, quoi de plus classique. Mais n’oublions surtout pas ses conséquences négatives : Elle banalise les situations les plus exceptionnelles. Normalise ce qui devrait pas nature choquer ou révolter. Pousse à la nonchalance quand on devrait prendre maintes précautions. L’individu expérimenté est immunisé de la vie et de ses surprises. Rien ne l’impressionne, rien ne l’émerveille, rien ne le fait sourire. Il ressemble à un spectateur passif qui croit connaître à l’avance le déroulement de l’histoire. Il refuse tout apprentissage car il croit –à tort- assez savoir. L’individu expérimenté souffre d’ennui car ses yeux se sont habitués à un décor qu’ils jugent inchangé. Ses yeux ne remarquent pas que tout est en perpétuel changement, que le monde ne cesse d’évoluer, que le rythme du changement est bien plus rapide que celui de sa faculté d’adaptation.

Un homme expérimenté s’est habitué à la beauté des femmes. Il ne sait plus apprécier un sourire timide, un ‘je t’aime’ hâtif, une main fragile. Il a lui-même trop utilisé les mots d’amour qu’il en a perdu le sens avec l’habitude. Il est tombé dans le piège de sa propre expérience, louable en apparence mais tellement hypocrite. Il parle de ses aventures, de son passé, d’une femme qu’il a un jour aimé, de ses premières amours, des pays qu’il a visités, de ses années d’université… Il semble avoir eu une vie auparavant, une vie remplie, chargée, mouvementée. Plus rien ne l’intéresse. La vie ressemble à un jeu dont il a le total contrôle désormais. Il a perdu le goût de l’aventure, de la découverte, du nouveau. Il ne peut plus offrir sa première fois. Il croit avoir tout essayé.

Mais peut-on réellement atteindre le stade d’une expérience optimale ? Existe-il vraiment un moment où l’on peut affirmer tout savoir ou savoir assez ? Ne faut-il pas toujours aborder la vie d’un œil nouveau ? Se réveiller tous les matins avec la certitude que la journée qui s’annonce a un secret à livrer, est la garantie du bonheur. Car on ne sait jamais assez et l’expérience est une des choses les plus floues car il est impossible de la mesurer ni de déterminer avec exactitude ce qu’elle nous a procuré.

Pour garder l’envie de vivre, il faut garder une âme d’enfant. Il faut se comporter en amnésique qui réapprend tous les jours la vie et les gens. Il faut faire en sorte d’être encore ébahi devant tout beau paysage, toute belle musique, tout beau spectacle. Pour profiter de la vie, il faut la vivre comme un débutant qui découvre sans cesse ses splendeurs. Il faut la vivre comme un enfant qui la dévore des yeux, de la bouche, des mains. Au lieu de prétendre l’avoir apprivoisée, laissons-la nous apprivoiser. Ne parlons pas de notre passé. Ne le fétichisons pas. Il risque de gâcher un avenir bien plus riche. En étant bien attentifs, nous pouvons trouver tous les jours et à chaque coin de rue une chose nouvelle susceptible de constituer « notre première fois ».

Publie dans L'Orient Le Jour le vendredi 5 janvier 2007.

mercredi, novembre 15, 2006

Je veux que tu restes


Au fur et à mesure que l’on grandit, on se retrouve un jour ou l’autre un peu seul. Les personnes qui constituaient notre bande d’amis fidèles se dispersent à la recherche de leurs intérêts respectifs. Certains se perdent sur la route, d’autres choisissent un chemin très différent du notre et d’autres encore, tout en ayant choisi le même parcours et la même destination, optent pour une façon très personnelle de vivre le voyage, une façon très peu compatible avec notre conception des choses et de la vie. Alors qu’on décide à un moment donné de se poser un instant pour respirer et faire le point sur sa vie, on réalise que les promesses d’amitié éternelle faites un jour de soleil sur une plage d’été ne furent jamais tenues. On réalise que notre premier amour s’est évaporé avec le temps et que les souvenirs se sont eux-mêmes perdus dans le passé. On se demande ce qui reste d’hier et on craint d’oublier demain le présent fragile du temps et de la mémoire. Le sentiment qui nous hante est lui-même incertain. Il balance entre un regret et une indifférence, préfère tantôt le regret qui constitue un sentiment véritable dur soit-il et tantôt l’indifférence qui est la pire des souffrances. On se demande où sont partis nos amis, s’il y avait un moyen de les retenir, s’il faut assumer la vie ou au contraire lui en vouloir, si l’on était plus heureux avant, si l’on peut être aussi solitaire aujourd’hui….
On grandit. Et ainsi s’en vont nos amis. Ils s’en vont sans préavis, doucement, progressivement. Ils s’en vont certainement. Il est impossible de désigner exactement la date de leur départ car celui-ci fut le fruit d’un long processus : la transition de la vie simple à la vie d’adulte. Nos amis s’en vont et seuls restent quelques personnes qui ont compris qu’il était possible de vivre de façon très indépendante tout en gardant un lien avec les gens qu’on aime. Seuls restent ceux qui ont appris avec le temps qu’il est nécessaire et même vital de garder dans un présent agité une petite place au passé. Les gens passent dans nos vies. D’autres y entrent, marchent un moment à nos cotés puis ressortent aussi. Nous sommes tous très seuls en définitive. Nous somme tous seuls même si l’on parait quelquefois très entourés. La solitude est une condition humaine incontournable. Ce n’est pas une déception ; rien qu’une constatation. Les gens passent… Mais toi, je veux que tu restes.

samedi, novembre 11, 2006

Pour l’amour fou d’une orchidée


Il suffit de faire un petit sondage et de demander à quelques personnes quelle est leur fleur préférée pour remarquer que celle qui reçoit l’unanimité est l’orchidée. L’orchidée, fleur rare, avare et chère est aimée par la majorité des personnes. Même ceux qui prétendent rester insensibles aux fleurs, à leurs couleurs et à leurs senteurs avouent être attirés par sa beauté. Les orchidées rencontrent un grand succès en ce moment au point de parler d’une fleur « à la mode ».

Pour faire plaisir à sa copine, un garçon décide de lui offrir des fleurs. Il trouve les marguerites trop simples, trop jaunes, trop banales. Il trouve les roses classiques. Il a peur de se tromper. Le choix reflète le caractère pense-t-il. Il opte pour des orchidées.
Une fille maniérée prétend aimer les fleurs et ââââdorer les orchidées.
Une mère a reçu une plante d’orchidées pour son anniversaire. Ses enfants ont pensé que ça lui ferait plaisir. Elle ne sait pas s’en occuper. Elle a peur d’y verser trop d’eau ou de la priver de soleil. Elle déplace la plante avec le déplacement de l’astre. Mais la plante meurt quelques jours après, malgré les efforts remarquables des mains douces de la femme et tout l’amour qu’elle avait l’intention d’offrir à ce cadeau précieux.

Pourquoi toutes ces personnes aiment-elles les orchidées ? Pourquoi aimer une plante snobe à l’entretien quasi-impossible ? Pourquoi préférer une plante tropicale quand on a des plantes locales tout aussi belles ?
Aime-t-on l’orchidée parce qu’il est impossible de la préserver ? L’aime-t-on parce qu’elle menace à chaque instant de s’en aller ? L’aime-t-on parce qu’elle offre assez de fleurs pour séduire mais jamais assez pour satisfaire nos yeux avides de beauté ? Aime-t-on l’orchidée parce qu’elle nous demande des efforts d’entretien constants ? L’aime-t-on pour sa culture exigeante qui nécessite diverses conditions réunies et un soin digne d’un professionnel ? Pourquoi n’aime-t-on pas les marguerites qui sont, elles, généreuses, souriantes, fraîches et faciles à cultiver ?
Et si les gens ressemblaient aux fleurs ? Faut-il sans cesse faire preuve de snobisme, d’exigence, de prétention pour être aimé ? La simplicité, la fraîcheur et la beauté paysanne ne sont-elles pas assez ? Existe-t-il des personnes marguerite-orchidée belles de l’extérieur tout en étant généreuses et naturelles ?
S’il est nécessaire d’être orchidée pour se plaire mutuellement, alors adoptons ce caractère difficile qui fatigue autant qu’il attire et exigeons des autres ce qu’une orchidée digne de son nom aurait exigé : de l’attention. Toujours de l’attention. Mais est-ce réellement un amour réciproque qui lie l’orchidée à son propriétaire ? N’est-ce pas plutôt une relation déséquilibrée que régit un ensemble de lois dictées unilatéralement par une fleur vaniteuse ? Faut-il s’attendre à une application de ces normes injustes au nom de la beauté ?

Si les orchidées sont aimées, c’est qu’elles savent manier leur charme et apprivoiser tout regard indiscret. Les orchidées ont conscience de l’impact qu’elle produisent et en font un usage constant et abusif. Il faut donc se méfier de l’amour cher des orchidées. Parce qu’en décidant de les aimer, nous décidons de supporter les conséquences d’un engagement qui ne sera jamais tenu. Toutefois, un tel amour, croyez-moi, mérite toutes les souffrances du monde.

Publie dans L'orient Le Jour le mercredi 15 octobre.

jeudi, novembre 09, 2006

Le carrefour de nos vies



On se demande souvent pourquoi telle chose est arrivée tel jour, trop tôt, trop tard ou simplement au meilleur moment possible. On remercie souvent le ciel d’être sorti car la soirée s’avère délicieuse. Parfois aussi, on regrette une si mauvaise idée et on se dit qu’on aurait mieux fait de rester au lit… Mais quand on reste chez soi, on ignore ce qu’on aurait perdu ou gagné si l’on avait décidé de sortir. Car nous n’avons pas le pouvoir de prédire à l’avance le bon (ou mauvais) déroulement des choses. Alors on décide de multiplier les sorties pour que se multiplient également les possibilités de rencontres et du même coup les risques d’accident, contrepoids inévitable, prix à payer pour passer du bon temps. L’équilibre est dominant dans la vie. Mais je me demande parfois s’il existe un équilibre véritable puisque si l’on prenait en considération la moitié d’un équilibre, cette moitié serait tellement déséquilibrée !

Le moment est donc le cadre temporel dans lequel s’inscrit un acte, un accident, une rencontre, un regard, une parole, une caresse, une découverte, un élément qui vient changer une vie ou du moins la perturber positivement ou négativement pour une durée déterminée. Un mauvais moment n’a rien de surprenant. Rien de surprenant car normal. Normal car il est bien plus fréquent et usuel de constater une défaillance temporelle. Le bon moment, quand à lui, est exceptionnel. Il arrive si rarement qu’il fait plaisir mais peur à la fois. La seule question qui nous vient à l’esprit est la suivante : Pourquoi maintenant ?

On opte classiquement pour plusieurs mots afin d’expliquer ces choses que l’on ne comprend absolument pas. On opte pour des mots vagues afin de jouer le rôle de ceux qui trouvent une justification à tout énigme quand en réalité, dans notre tête, tout est confusion. On opte pour des mots flous, compliqués, pour normaliser un phénomène qui est par hypothèse anormal et tenter d’établir le calme quand tout est chaos. On opte pour des mots difficiles à définir pour en définir d’autres : le hasard, la providence, la coïncidence, le destin, etc.

Ces mots ne font que satisfaire ce besoin insatiable d’ordre, mais pas le besoin de compréhension. Ils ne font que transférer le problème: on passe à un domaine encore plus complexe. Car ces idées imprécises ne justifient point cette force surnaturelle qui fait que deux individus totalement opposés, qui vivent dans deux mondes si différents, qui décident de sortir à la dernière minute quand plusieurs choses militaient dans le sens inverse, qui ne se connaissent que de vue, qui vont pour la première fois dans un endroit déterminé, se rencontrent au même endroit et au même moment. Pourquoi ? Cette question restera à jamais sans réponse. Il ne reste plus qu’à profiter de ce moment unique sans essayer en vain de tout expliquer. Les plus belles choses sont les plus mystérieuses. Elles transcendent notre aptitude mentale à comprendre, fatiguent notre esprit, représentent un défi alors qu’elles reposent l’âme, font battre le cœur et vagabonder les idées. Je ne veux pas comprendre pourquoi je t’ai vu ce jour-là. Je veux juste te dire que c’était un de ces bons moments qui arrivent quand on s’y attend le moins. Que ce soit le destin, le hasard, la providence ou rien que le fruit de mon imagination… J’en suis ravie. Ce moment représente pour moi le carrefour de nos vies.

mercredi, novembre 08, 2006

A vous les hommes...


J’avoue que nous sommes souvent, nous les femmes, indécises. Nous changeons d’avis, nous changeons d’habits, nous changeons de mecs, nous changeons de coiffure… Et quand nous ne trouvons plus rien à changer, nous sombrons dans la dépression. Mais surtout, nous ne savons pas exactement ce que veulent les hommes. Nous disons souvent, le regard fier, le sourire arrogant, qu’après tout, peu importe ce qu’ils veulent, pensent, aiment… Nous prétendons être libérées de leurs regards, attentes, critiques, compliments… Ce n’est pas tout à fait faux ; mais pas tout à fait vrai non plus. Si vous les hommes, vous nous disiez ce que vous attendez de nous, les choses seraient beaucoup plus simples ; mais beaucoup moins belles et mystérieuses du même coup. Car il n’y aurait plus de jeux, plus de séduction et plus de découvertes.
Je ne vous dirai donc pas, dans le même souci de garder les choses intéressantes entre nous, ce que nous attendons de vous. Mais je vous donnerai quelques secrets qui nous rendraient la vie plus facile.


Comme vous, nous sommes fatiguées quelques fois. Et comme vous nous pouvons avoir les cernes aux yeux, les jambes qui traînent et les paupières lourdes. Nous savons que nous sommes fatiguées puisque nous en connaissons la cause. Nous le dire serait aussi inutile que cruel. Nous le faire remarquer n’est pas une chose gentille à faire. Alors épargnez-nous de vos commentaires ! Dites plutot que nous avons bonne mine. Nous saurons que ce n'est pas vrai. Mais nous apprecierons sans doute la delicatesse de l'intention. Ca nous fera peut-etre rire aussi. Ainsi, vous etes sur de gagner.

Les femmes sont sensibles mais fortes. Elles prétendent avoir vite tourné la page quand un homme les déçoit. Elles font mine d’avoir tout oublié, du premier rendez-vous à la dernière dispute, mais ce comportement est souvent dicté par la raison. Alors n’essayez surtout pas de revenir. Restez l’homme qui les a blessées. Car vous serez rejetés après les avoir fait pleurer. Choisissez le salaud au vulnérable. Choisissez le sans-coeur au pathetique. Car nos vies ne sont pas à votre disposition. C’est quand vous rappelez que nous tournons réellement la page. Et ça nous fait tellement plaisir ! Vous revenez toujours... C'est triste quand on y pense vraiment. C'est vraiment triste que vous ne puissiez apprecier votre chance qu'apres l'avoir perdue.

Les femmes prétendent être dérangées quand on les regarde. Mais elles veulent qu’on les fixe, qu’on regarde leurs cheveux, leurs yeux, leurs mains, leur bouche, leurs jambes, leur démarche. Elles ont besoin d’un regard insistant, intimidant, violent. Car ça reste un regard. Et ça reste incertain. Elles continueront leur chemin, heureuses et confiantes, mais elles ne sauront jamais si l’on les regardait vraiment.… Alors regardez-les. Regardez-les jusqu'a ce qu'elles rougissent. Regardez-les jusqu'a ce qu'elles se sentent obligees de detourner le regard. Regardez-les afin de creer par vos regards reciproques une profonde conversation.

Les femmes n’aiment pas entendre cette phrase que vous utilisez trop, qui a perdu de sa valeur à force d’être répétée : « je vais tout te donner". « Tout » équivaut désormais à rien. Car le contenu de « tout » est incertain et tout ce qui est à déterminer dans le futur est sans valeur immédiate. Car « tout » peut se limiter à une soirée. Car « tout » est un mot tellement subjectif. Car « tout » n’inclut souvent pas les choses essentielles : l’amour, la tendresse, l’attention, le respect, la fidélité, la passion… Nous preferons une enumeration, limitee soit-elle, des choses que vous pouvez offrir. Nous preferons un homme qui avoue ne vouloir qu'un ete au bord de la mer a celui qui balance classiquement cette phrase pathetique et trop utilisee: "je vais tout te donner". Non, nous ne voulons pas "tout". Nous voulons juste assez. Pourvu qu'"assez" soit une chose sincere et realisable. "Tout" est hors portee.

Les femmes n’aiment pas les hommes qui parlent sans cesse de leurs derniers exploits, de leurs looks et de leurs beautés. Les femmes aiment être admirées. Elles aiment qu’on leur dise qu’elles sont belles, douces et attirantes. Elles ont besoin d'etre valorisees. Et elles ne sont pas prêtes à partager ce privilège. Surtout pas avec vous, les hommes.


Vous remarquez donc que, comme vous, nous sommes des créatures complexes. Et que comme vous, nous sommes souvent difficiles et imprévisibles. J’ai essayé de résumer en quelques phrases des principes essentiels et quasi-universels. Mais je ne pourrais pretendre, sans me faire trop d'illusions, leur veracite absolue. Car chaque femme reste différente des autres. Chaque femme garde en elle ses qualités propres, son charme unique, sa beauté intérieure, sa façon de séduire, ses peurs, ses gouts, ses craintes, son passé, ses ambitions, ses rêves et sa façon à elle de vous ensorceler. Chacune a un secret qu’elle ne saurait transmettre. Et il n’y a que deux choses communes à toutes : toutes les femmes sont belles et elles veulent toutes être… aimées.

dimanche, novembre 05, 2006

Celui qui te fait danser...



J’ai toujours été entourée de voyageurs. Le premier des voyageurs que j’ai connus avait fait du voyage son métier. D’autres ne voyageaient que pour la neige ou le soleil, et ceux-ci revenaient toujours, évidemment. Les derniers pensaient trouver « là-bas » de meilleures opportunités. Et ils ne sont toujours pas revenus.
Quand on est entouré de voyageurs, on déteste les adieux. Mais sans adieux, pas de retrouvailles. Et sans retrouvailles, quelle triste existence…
Les voyageurs les plus dangereux sont donc ceux qui ne sont pas satisfaits dans leur pays d’origine. Leurs ambitions rendent leurs proches trop tristes. Mais celles-ci se basent sur des raisons bien réfléchies et – je l’avoue – convaincantes. Les retenir serait trop égoïste. Les laisser partir est bien sûr la solution la plus sage. Car là-bas, ils trouvent toujours leur bonheur. Et il faut toujours privilégier le bonheur de ceux qu’on aime au nôtre.
Elle est partie il y a quelques mois à la recherche de son bonheur. Elle est partie pour l’arrivée. Je pense qu’elle a trouvé son bonheur. Car dans le cas contraire, elle l’aurait créé.
Tu me parles de cet ailleurs que tu aimes si bien. D’un endroit étrange que tu as rendu familier. D’un là-bas qui apprécie mieux tes qualités. Tu te fais de nouveaux amis, tu restes en contact avec une personne ou deux restées dans ton pays. Tu réalises qui sont tes vrais amis. Tu penses à nous. Tu nous appelles. Tu nous rends si heureux, souvent sans le savoir. Tu fais partie de toutes les conversations, tous les sourires et tous les projets. Puis tu me parles d’un beau garçon qui te fait danser. Il parait que vous dansez partout, en boite, dans les rues de Londres et sur le toit d’un ancien immeuble. Il parait que peu importe s’il y a de la musique, s’il fait beau et s’il y a des gens autour. Il parait qu’avec lui, tu danses bien. Tu crois que c’est grâce à lui. Tu n’as toujours pas compris que quiconque, avec toi, saurait danser…

Ce texte est dedie a ma soeur. Je t'aime Carol.

Pourquoi ecrire?


Je me suis souvent précipitée pour rentrer chez moi. J’ai souvent dit, le croyant vraiment, que j’étais trop occupée, que le temps pressait et que je n’avais pas une minute à perdre. Je devais rentrer chez moi tout de suite, sur le champ. Je devais raconter une histoire, un rendez-vous trop nul, une réplique choquante, une voix troublante ou une simple idée qui menaçait de s’envoler. Bien sur, à m’entendre parler, ce « travail » pouvait être remis à plus tard, au lendemain ou même à la semaine d’après. Mais j’éprouvais un besoin inexplicable de traduire mes sentiments en mots et surtout de les partager.
Quand j’y pense aujourd’hui, je me demande pourquoi j’écris et je me demande surtout si je ne serais pas en train de perdre mon temps, ce temps si précieux, alors que j’écris des choses qui me concernent et que je suppose – à tort peut-être- communes à tous.
Et si je n’écrivais que des banalités ? Et si le monde s’en foutait ? Et si je devrais utiliser ces heures que je gaspille devant l’écran à faire du sport, à étudier ou à sortir ? Quel est le critère d’un texte réussi, d’un livre bien écrit ou d’un roman passionnant ?
Je pense à tous ces livres que j’ai cachés dans mes tiroirs, aux plus belles lettres que j’ai un jour reçues, aux paroles de chansons qui m’ont fait rêvée, à un film qui dure 3 heures connu et adoré grâce à un dialogue qui ne dure que quelques secondes… J’aime des paroles pour les sentiments qu’elles font naître en moi. J’aime un texte parce que je comprends exactement ce que l’auteur a ressenti. J’apprécie un article parce que je peux m’identifier aux idées exposées.
Bien écrire c’est, pour moi, bien s’expliquer. Ecrire ne suppose pas utiliser des phrases compliquées, des mots trop recherchés et un style que personne ne comprend. La simplicité rapproche l’écrivain du lecteur. Ce dernier cherche à trouver dans les histoires qu’il lit un bout de sa vie.
Quand je rentre trop vite, que je laisse tout tomber, que je m’installe confortablement pour relater une déception ou un peu d’espoir, c’est que j’ai envie, par un vocabulaire qui m’est propre, souvent simple et familier, de tout vous raconter.
Je n’utiliserai pas de formules codées. Parce que je n’ai jamais pu comprendre les livres compliqués et les phrases longues qui s’étalent sur trois ou quatre pages. Les plus belles idées sont celles qui sont faciles à transmettre. D’ailleurs, les phrases les plus courtes provoquent souvent le plus d’émotions : « Viens », « Je t’aime », « Ne quitte pas », « Je ne t’ai toujours pas oublié ».

vendredi, novembre 03, 2006

Les contraires, s'attirent-ils?



C’est une vérité générale dit-on, que les contraires s’attirent. Il parait que c’est une règle connue tirée de la chimie, de la logique ou de la simple observation. Elle trouve sa justification dans le fait que l’Homme soit attiré par le nouveau, l’inconnu, l’étrange, le mystère. Il serait en quête de la complémentarité puisque les différences de l’autre ajoutées aux siennes feraient de deux personnes totalement opposées un très beau mélange. Le garçon aime l’automne et l’hiver. La fille, elle, aime le printemps et l’été. Ensemble, ils aiment les quatre saisons. En effet, leurs différences les enrichissent mutuellement.
Les contraires s’attirent, comme si la personnalité de chacun des deux pôles était incomplète et n’atteindrait son apogée que lors de la fusion. Car si « les contraires s’attirent, les extrêmes se couchent ». Ainsi, plus différent est l’autre, et plus intéressante est sa compagnie. Il viendrait apporter de la lumière dans un monde sombre, du bruit dans une vie trop calme, des problèmes quand on mène une existence paisible...
C’est ainsi que le sel et le chlore, radicalement différents, si mélangés, forment le sel, ingrédient essentiel à la vie quotidienne.
Les contraires s’attirent, dit-on… Mais d’autres diraient « les semblables s’assemblent ». Alors à quelle thèse adhérer ? A la seconde bien sur ! A la seconde, puisque toi et moi, on se ressemble tellement. A la seconde, puisque nos point communs interminables nous rapprochent et créent entre nous une harmonie incroyable. A la seconde… puisqu’elle me convient.
Et si la première thèse est vérifiée, si elle est scientifiquement correcte et irréprochable, si elle est pratiquement observable et incontestable, je ferai en sorte de trouver en nous des contraires. J’aimerai le froid puisque tu aimes le chaud. J’aimerai le noir puisque tu préfères le blanc, j’aimerai la neige puisque tu te retrouves près de la mer… Et nous serons tantôt contraires et tantôt identiques, selon la thèse à démontrer. Rien que pour faire durer l’attirance...

jeudi, novembre 02, 2006

"Mais le corps supporte toujours".


Si tu penses que tu ne dors plus assez, que tu as des cernes et que tu as du mal à te réveiller, si tu sens la fatigue t’envahir le corps, le cerveau, les jambes et les idées, si tu penses avoir perdu le souffle, l’énergie et la force de continuer, si tu trouves ta vie trop chargée et que tu se sens trop faible pour avancer, si t’as envie de la voir mais que tu ne trouves pas une seconde pour l’appeler, si tu fais un faux pas alors que t’essayais de danser, si tu te dis qu’il faut que tu te reposes mais que tu ne trouves pas une minute à ta portée, si tu souffres en silence parce que plus personne ne marche à tes cotés, si t’as envie de tout balancer…. Ne t’inquiète pas : « La jeunesse est ainsi, elle établit ses propres limites sans demander si le corps supporte. Mais le corps supporte toujours ». –Coelho.