Toutes les relations réussies sont basées sur certaines règles personnalisées propres au couple en question. Certains se mettent d’accord sur des principes de base comme la fidélité, le respect, la franchise et l’amour réciproque. D’autres règlementent leur vie commune dans ses plus petits détails, des détails un peu bizarres parfois, un peu incompréhensibles et absolument absurdes peut-être, mais respectables car ayant pour finalité le succès d’un engagement.
Certains décident par exemple de ne jamais parler de leurs problèmes aux autres, de ne pas sortir en boîte sans le partenaire, de ne pas se laisser offrir un verre, de tout se raconter, de garder la relation secrète, de ne pas fréquenter certaines personnes, ou encore, pourquoi pas, de ne pas porter du rouge. Ces règles ne doivent pas nécessairement être logiques ou explicables mais émanent d’une volonté commune, et c’est ce qui les rend exceptionnelles.
Ne dormons pas fâchés. Simple. Unique. Mais nôtre. Nous pouvons déconner durant la journée, se dire des bêtises dans la soirée, se disputer comme des malades, se traiter de tous les noms, faire des crises de jalousie, emprunter un comportement possessif et quelques fois bien excessif, se déchirer, se blesser intentionnellement, se détruire, tourner le dos, atteindre ses limites… mais nous ne dormirons pas fâchés.
Règle claire, règle paisible, règle naïve. Règle que tu as créée. Règle que j’ai adoptée. Nous traiterons chaque journée dans son individualité, chaque soirée dans son existence propre, chaque coup de tête séparément, chaque insulte dans sa fraîcheur, ce qui évite l’accumulation des soucis, des malheurs, des problèmes de couple et surtout -j'ai failli l'oublier- ce qui offre une bonne nuit de sommeil. J’aime cette règle. Elle me garantit de très beaux rêves.
Tout peut se défaire. Mais aux douze coups de minuit, la paix doit être faite. Ce soir, violation suprême d’une loi jusque là respectée religieusement. Ce soir, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit après un jeu alterné de téléphones qui sonnent sans réponse et de messages agressifs et désespérés. Ce soir, tu dors peut-être. Mais moi, j’ai le cœur qui fait un bruit insupportable et m’empêche de dormir. Je ne sais pas si c’est la violation de la règle en soi qui m’indigne ou si c’est cette crampe à l’estomac que je n’arrive à ignorer. Puis soudain je réalise, en bon juriste, que la règle n’a pas été violée. Espoir: le couple peut être sauvé. Je n’ai pas dormi fâchée. Parce que je n’ai pas dormi du tout…
J’ai choisi les mots pour remercier la vie, pour la sentir, pour la décrire, pour la comprendre. Des mots pour lutter contre le temps et contre les maladresses de la mémoire. Des mots pour mieux avancer. J’écrirai pour avouer un amour, pour décrire un sourire, pour dépasser un sentiment amer, pour partager un moment fort. J’écrirai pour le plaisir.
samedi, juin 07, 2008
samedi, mai 31, 2008
Dans un petit quatre mètres carrés
L’indépendance. But ultime de tout pays. Raison légitime de toute guerre. Cause justificative de tout crime. Slogan prétentieux du monde moderne. Conquête des femmes du 20ème siècle. Lumière dans les yeux d’un étudiant de 21 ans.
Nous prétendons tous être indépendants. Ou vouloir l’être, quand on ne l’est pas déjà. Nous travaillons en fonction de cet accomplissement. Et nous vantons toute réussite nous rapprochant de ce terminus.
Mais qu’est-ce que l’indépendance ? Est-il indépendant quand il ne peut démarrer sa soirée sans un verre dans une main et une cigarette dans l’autre ? Est-elle indépendante quand elle se décommande à la dernière minute parce que son chéri avait prévu d’autres plans ? Puis-je me sentir indépendante au volant de ma voiture, roulant à toute vitesse et laissant le vent entrer par la vitre me violer le visage quand c’est mon père qui me la offerte ? Peut-on se prétendre indépendant quand tout jugement extérieur affecte notre vie et détermine nos choix ?
L’indépendance, au sens large, c’est jouir d'une entière autonomie à l'égard de quelqu'un ou de quelque chose. Mais peut-on en jouir à l’égard de tout et de tous à la fois ? En choisissant d’être indépendant à l’égard de quelque chose ou de quelqu’un, ne devient-on pas, automatiquement, dépendant d’une autre chose ou d’une autre personne ?
En choisissant une indépendance financière à l’égard de mes parents, je dépendrais de mon boulot et de la discrétion de mon employeur. En choisissant une indépendance sentimentale et en rompant avec son petit ami de longue date, elle dépendrait désormais des règles du célibat et espèrerait, en secret, une nouvelle dépendance. En décidant de ne plus dépendre de ses amis et de sortir seul prendre un verre pour construire de nouveaux liens, il se surprendrait à voir dans ces liens nouveaux une certaine forme de dépendance qui ressemble bien à celle qu’il a connue et qui ne s’en distingue que par la couleur.
L’indépendance réelle n’existe pas.
Nous cherchons tous des liens. Ils changent dans la forme, dans la nature et dans l’intensité. Mais ils demeurent. Nous avons tous besoin d’avoir besoin de quelqu’un. Mais aussi, secrètement, qu’on ait besoin de nous. Nous cherchons tous une alliance, un contrat, un mariage, un engagement et surtout, quelque part, l’amertume de la rupture. Car sans elle, nos nouvelles dépendances n’auraient plus la même saveur.
Une indépendance ? J’en doute. Sauf, peut-être, dans la tête, après une journée fatigante, dans son lit, quand on se sent tout simplement bien sans raison spécifique et qu’on se surprend en train de sourire, pacifiquement, dans un petit quatre mètres carrés qui nous offre, malgré ses dimensions étroites, un drôle de sentiment… d’indépendance.
Nous prétendons tous être indépendants. Ou vouloir l’être, quand on ne l’est pas déjà. Nous travaillons en fonction de cet accomplissement. Et nous vantons toute réussite nous rapprochant de ce terminus.
Mais qu’est-ce que l’indépendance ? Est-il indépendant quand il ne peut démarrer sa soirée sans un verre dans une main et une cigarette dans l’autre ? Est-elle indépendante quand elle se décommande à la dernière minute parce que son chéri avait prévu d’autres plans ? Puis-je me sentir indépendante au volant de ma voiture, roulant à toute vitesse et laissant le vent entrer par la vitre me violer le visage quand c’est mon père qui me la offerte ? Peut-on se prétendre indépendant quand tout jugement extérieur affecte notre vie et détermine nos choix ?
L’indépendance, au sens large, c’est jouir d'une entière autonomie à l'égard de quelqu'un ou de quelque chose. Mais peut-on en jouir à l’égard de tout et de tous à la fois ? En choisissant d’être indépendant à l’égard de quelque chose ou de quelqu’un, ne devient-on pas, automatiquement, dépendant d’une autre chose ou d’une autre personne ?
En choisissant une indépendance financière à l’égard de mes parents, je dépendrais de mon boulot et de la discrétion de mon employeur. En choisissant une indépendance sentimentale et en rompant avec son petit ami de longue date, elle dépendrait désormais des règles du célibat et espèrerait, en secret, une nouvelle dépendance. En décidant de ne plus dépendre de ses amis et de sortir seul prendre un verre pour construire de nouveaux liens, il se surprendrait à voir dans ces liens nouveaux une certaine forme de dépendance qui ressemble bien à celle qu’il a connue et qui ne s’en distingue que par la couleur.
L’indépendance réelle n’existe pas.
Nous cherchons tous des liens. Ils changent dans la forme, dans la nature et dans l’intensité. Mais ils demeurent. Nous avons tous besoin d’avoir besoin de quelqu’un. Mais aussi, secrètement, qu’on ait besoin de nous. Nous cherchons tous une alliance, un contrat, un mariage, un engagement et surtout, quelque part, l’amertume de la rupture. Car sans elle, nos nouvelles dépendances n’auraient plus la même saveur.
Une indépendance ? J’en doute. Sauf, peut-être, dans la tête, après une journée fatigante, dans son lit, quand on se sent tout simplement bien sans raison spécifique et qu’on se surprend en train de sourire, pacifiquement, dans un petit quatre mètres carrés qui nous offre, malgré ses dimensions étroites, un drôle de sentiment… d’indépendance.
mercredi, mai 28, 2008
En solo
Le week-end s’annonce merveilleux. Beau temps, mauvais temps, peu importe. Tenues dénudées du soir et jeans délavés du jour sont tous rangés. Je m’apprête à une soirée d’oisiveté nécessaire dans mon beau canapé usé et désuet à regarder ma série préférée. Il est un temps pour ça. Et je compte bien en profiter.
Je range mes livres, mets mon téléphone en mode silencieux, plie et déplie mes jambes jusqu’à trouver la position la plus confortable et attends avec une impatience d’enfant que commence le spectacle. Je connais par cœur le scénario, les péripéties, les robes de Carrie et les endroits branchés de la série. Mais je n’en ai jamais assez. Et puis j’ai simplement envie d’être seule.
Au menu, pop-corn, coca light et m&ms à volonté. Un peu de défoulement de temps en temps ne peut que faire du bien. J’arrive à peine à croire comment j’ai pu organiser ma soirée. Trouver le temps d’en perdre entre deux examens, s’arranger pour qu’il n’y ait aucune sortie trop tentante et prendre la meilleure place sur le canapé, plutôt rêver ! Et je rêve.
Une soirée pareille est plus difficile à organiser qu’un verre dans la boîte la plus branchée de la ville. Car elle dépend de facteurs rares qui doivent être synchronisés et d’une résistance solide à toute tentation extérieure.
Ce soir-là, tout semblait se dérouler à merveille. Je décidai même de jouer le jeu en empruntant un regard nouveau face à des scènes qui m’étaient désormais bien plus que familières.
Hélas, mon bonheur ne dura pas très longtemps. Il ne dura que le temps de quelques gorgées. Je compris très vite que ma soirée était ratée.
En effet, on vint se joindre à moi. Et on vint rire trop fort à mon goût. On vint me voler ma soirée de bien-être en compagnie de moi-même. On vint critiquer ce qui était, à mes yeux larmoyant, interdit de critiquer. Je venais de subir une atteinte à ma vie privée. Et, victime de ma politesse, je ne sus protester.
Je sors mes tenues du soir. Je laisse mon coca light et mes pop-corn. J’emporte mes m&ms. Bien sûr, je n’allais pas les laisser. Et je quitte, douloureusement, mon cher canapé. Quand on me regarda partir, d’un regard perdu en quête de compréhension, je ne pus m’empêcher de préciser, mi-hésitante et mi-furieuse, que ces choses-là ne se font qu’en solo.
Je range mes livres, mets mon téléphone en mode silencieux, plie et déplie mes jambes jusqu’à trouver la position la plus confortable et attends avec une impatience d’enfant que commence le spectacle. Je connais par cœur le scénario, les péripéties, les robes de Carrie et les endroits branchés de la série. Mais je n’en ai jamais assez. Et puis j’ai simplement envie d’être seule.
Au menu, pop-corn, coca light et m&ms à volonté. Un peu de défoulement de temps en temps ne peut que faire du bien. J’arrive à peine à croire comment j’ai pu organiser ma soirée. Trouver le temps d’en perdre entre deux examens, s’arranger pour qu’il n’y ait aucune sortie trop tentante et prendre la meilleure place sur le canapé, plutôt rêver ! Et je rêve.
Une soirée pareille est plus difficile à organiser qu’un verre dans la boîte la plus branchée de la ville. Car elle dépend de facteurs rares qui doivent être synchronisés et d’une résistance solide à toute tentation extérieure.
Ce soir-là, tout semblait se dérouler à merveille. Je décidai même de jouer le jeu en empruntant un regard nouveau face à des scènes qui m’étaient désormais bien plus que familières.
Hélas, mon bonheur ne dura pas très longtemps. Il ne dura que le temps de quelques gorgées. Je compris très vite que ma soirée était ratée.
En effet, on vint se joindre à moi. Et on vint rire trop fort à mon goût. On vint me voler ma soirée de bien-être en compagnie de moi-même. On vint critiquer ce qui était, à mes yeux larmoyant, interdit de critiquer. Je venais de subir une atteinte à ma vie privée. Et, victime de ma politesse, je ne sus protester.
Je sors mes tenues du soir. Je laisse mon coca light et mes pop-corn. J’emporte mes m&ms. Bien sûr, je n’allais pas les laisser. Et je quitte, douloureusement, mon cher canapé. Quand on me regarda partir, d’un regard perdu en quête de compréhension, je ne pus m’empêcher de préciser, mi-hésitante et mi-furieuse, que ces choses-là ne se font qu’en solo.
dimanche, mai 25, 2008
Pardon
Ton silence me ronge petit à petit. J’ai voulu te parler mais plus j’attends et moins j’arrive à franchir le pas. « Pardon » me semble être le mot le plus difficile à prononcer. Peut-être juste après « adieu ». J’ai voulu te parler de lui, de nos projets et de ce que j’ai envie de faire cet été. J’ai voulu te demander ce que tu en pensais. J’ai aussi voulu que tu m’aides à choisir une robe pour le mariage d’Alfred. Je me sens transparente. Tu ne me regardes plus. Et je fais semblant de m’en foutre. Mon cœur pèse lourd. Tellement lourd que j’ai du mal à marcher.
Tout le monde me demande de toi. Je dis que tu vas bien, évidemment. Quoi leur dire quand j’ai tellement honte de moi. Et honte de m’être montrée si lâche. Je veux pouvoir te parler, je veux emprunter ton nouveau sac et te promettre de bien m’en occuper, je veux te raconter ma soirée et surtout comment elle m’a regardée, je veux rire avec toi et me plaindre de tout, je veux t’entendre dire que je devrais arrêter de vouloir changer le monde mais plutôt m’habituer à sa médiocrité.
J’ai voulu te parler de mes examens et te demander ton avis sur ma nouvelle coupe de cheveux. J’ai voulu que tu me remettes sur le droit chemin, après que je me sois tellement égarée. J’ai voulu te dire que je t’aime, mais je finis par claquer la porte et par oublier mes clefs.
Quand mon téléphone sonne, j’ai le cœur qui bat fort. J’ai peur que ce soit toi. Parce que je ne sais pas quoi te dire. Mais je suis déçue quand ce n’est que lui. Tout me rend triste et tout me fait pleurer. Je deviens sensible et je t’entends critiquer ma froideur. Je ne suis plus froide. Crois-moi.
J’ai peur de te perdre. Peur que tu ne sois plus là. Peur de culpabiliser. Encore. Je suis toujours égoïste. Non, je n’arrive pas à changer. Mais je veux être quelqu’un de bien. Quelqu’un qui rend les autres heureux. Je n’ai pas réussi avec toi. Pardonne-moi.
Mon examen commence dans quelques minutes. Il faudra parler de ces principes que je ne comprends pas. Je dois rattraper ma note du premier semestre, celle que j’ai eue après mes vacances avec lui. Je dois réussir. Mais je ne fais que penser à toi. Comment rassembler mes idées quand tout me semble si sombre ? Comment réfléchir après une nuit blanche passée à culpabiliser. Je t’écris un message. Un message qui dit pardon. Un message pour t’annoncer ma défaite. Le message le plus dur que je n’aie jamais écrit. Un message pour pouvoir tourner la page et recommencer ma vie. Un message pour que je puisse, peut-être, m’aimer à nouveau. Tu réponds aussitôt. Et tu me dis que tu es là. Que l’as toujours été. Que c’était moi qui ne voyais pas. Tu me dis que tu as confiance en moi. Et que je vais réussir. Tu me dis que tu en es sûre. Mes larmes coulent sur mon cas pratique. Je souris. Je relativise. Derrière moi, la fille pleure aussi. Elle avait bachoté le chapitre relatif au mariage. Elle me voit pleurer et ça la réconforte. Tu m’aimes. Et tout me semble si facile désormais.
Tout le monde me demande de toi. Je dis que tu vas bien, évidemment. Quoi leur dire quand j’ai tellement honte de moi. Et honte de m’être montrée si lâche. Je veux pouvoir te parler, je veux emprunter ton nouveau sac et te promettre de bien m’en occuper, je veux te raconter ma soirée et surtout comment elle m’a regardée, je veux rire avec toi et me plaindre de tout, je veux t’entendre dire que je devrais arrêter de vouloir changer le monde mais plutôt m’habituer à sa médiocrité.
J’ai voulu te parler de mes examens et te demander ton avis sur ma nouvelle coupe de cheveux. J’ai voulu que tu me remettes sur le droit chemin, après que je me sois tellement égarée. J’ai voulu te dire que je t’aime, mais je finis par claquer la porte et par oublier mes clefs.
Quand mon téléphone sonne, j’ai le cœur qui bat fort. J’ai peur que ce soit toi. Parce que je ne sais pas quoi te dire. Mais je suis déçue quand ce n’est que lui. Tout me rend triste et tout me fait pleurer. Je deviens sensible et je t’entends critiquer ma froideur. Je ne suis plus froide. Crois-moi.
J’ai peur de te perdre. Peur que tu ne sois plus là. Peur de culpabiliser. Encore. Je suis toujours égoïste. Non, je n’arrive pas à changer. Mais je veux être quelqu’un de bien. Quelqu’un qui rend les autres heureux. Je n’ai pas réussi avec toi. Pardonne-moi.
Mon examen commence dans quelques minutes. Il faudra parler de ces principes que je ne comprends pas. Je dois rattraper ma note du premier semestre, celle que j’ai eue après mes vacances avec lui. Je dois réussir. Mais je ne fais que penser à toi. Comment rassembler mes idées quand tout me semble si sombre ? Comment réfléchir après une nuit blanche passée à culpabiliser. Je t’écris un message. Un message qui dit pardon. Un message pour t’annoncer ma défaite. Le message le plus dur que je n’aie jamais écrit. Un message pour pouvoir tourner la page et recommencer ma vie. Un message pour que je puisse, peut-être, m’aimer à nouveau. Tu réponds aussitôt. Et tu me dis que tu es là. Que l’as toujours été. Que c’était moi qui ne voyais pas. Tu me dis que tu as confiance en moi. Et que je vais réussir. Tu me dis que tu en es sûre. Mes larmes coulent sur mon cas pratique. Je souris. Je relativise. Derrière moi, la fille pleure aussi. Elle avait bachoté le chapitre relatif au mariage. Elle me voit pleurer et ça la réconforte. Tu m’aimes. Et tout me semble si facile désormais.
samedi, mai 24, 2008
Fan attitude
Quoi de plus pathétique que la fan attitude ? Vivre pour admirer et vivre sans aspirer à être admiré, suivre sans vouloir être suivi, copier sans essayer de créer, complimenter en effaçant de plus belle sa propre personnalité, adorer aux prix de la dignité, être fidèle a défaut de fidèles, préférer l’autre aux dépens de ses propres intérêts…
Quoi de plus pathétique qu’un peuple qui suit son leader de façon acharnée, qui change d’avis à chacun des petits caprices de ce dernier, qui le suivrait jusqu’à l’enfer si le monsieur le voulait.
Quoi de plus pathétique que cette fille qui suit son mec comme un robot, qui se cache presque derrière son dos, qui le regarde émerveillée et le prie de ne jamais la quitter, qui sacrifie sa carrière et son existence pour qu’il réussisse sa petite vie, pour qu’il suive ses ambitions et qu’il mange chaud à dîner (quand il rentre), qui range son corps de mannequin dans la belle boîte des souvenirs, depuis qu’il a voulu un quatrième enfant, un fils de préférence, afin d’élargir sa prestigieuse famille.
Quoi de plus pathétique que ces figurants inutiles dans une boîte branchée de Beyrouth, qui décorent les tables de ceux qui se prennent, à tort, un peu trop au sérieux, qui ne servent à rien à part à créer l’image de popularité de leurs idoles et qui ne savent plus distinguer le vrai de l’excès.
Quoi de plus pathétique que ce garçon qui choisit une carrière dans la finance parce que c’est à la mode, parce que ça peut rapporter beaucoup d’argent, parce que les filles d’ici courent après les bankers alors qu’il déteste les nombres et encore moins les banques, alors qu’il a un talent fou qu’il n’ose dévoiler.
Rien. Rien n’est plus pathétique qu’une attitude fan. Car rien n’est plus admirable qu’une audace bien placée, une innovation dans un monde qui s’uniformise, une idée nouvelle qui vient tout bousculer, une prétention à vouloir tout changer, un envie folle de tout recommencer et une passion démesurée à vouloir soi-même briller.
Je n’aime pas être fan. Je l’aime s’il m’aime. Je l’aime autant qu’il m’aime. Fan de lui quand il est fan de moi. Fan d’un autre quand l’amour se fan-e.
Mais fan parfois. Fan d’un chanteur talentueux qui ose les couleurs pastel et les dessins naïfs. Oui, fan de ce chanteur qui chante pour des obèses et qui fait chavirer son public. Fan d’un Mika qui a tout sauf l’attitude fan car il a en lui l’envie mais surtout le don d’être différent.
Fan du succès d’une femme qui prouve qu’elle ne voit aucune limite et qu’elle ne se laisserait décourager par aucun obstacle. Fan de cette femme qui sait ce qu’elle fait. Et qui le fait si bien.
Fan d’une beauté divine qui se moque des stéréotypes d’un monde moderne parfois bien ridicule, qui reste elle-même et qui refuse la mode quand celle-ci ne se marie avec son corps.
Fan de Beyrouth, fan de ma ville qui renaît, fan de ses milles lumières et fan de ses libanais, fan d’un toit de la ville qui m’a chuchoté milles secrets, fan de son centre ville et fan de ses cafés, fan de son envie de vivre et fan de sa patience, fan de ses talents, fan de ses femmes, fan d’un mélange délicieux qui connaît mille visages… sauf le visage pathétique d’une attitude fan.
Fan. Parfois. Par choix. Quand je n’ai pas le choix.
Quoi de plus pathétique qu’un peuple qui suit son leader de façon acharnée, qui change d’avis à chacun des petits caprices de ce dernier, qui le suivrait jusqu’à l’enfer si le monsieur le voulait.
Quoi de plus pathétique que cette fille qui suit son mec comme un robot, qui se cache presque derrière son dos, qui le regarde émerveillée et le prie de ne jamais la quitter, qui sacrifie sa carrière et son existence pour qu’il réussisse sa petite vie, pour qu’il suive ses ambitions et qu’il mange chaud à dîner (quand il rentre), qui range son corps de mannequin dans la belle boîte des souvenirs, depuis qu’il a voulu un quatrième enfant, un fils de préférence, afin d’élargir sa prestigieuse famille.
Quoi de plus pathétique que ces figurants inutiles dans une boîte branchée de Beyrouth, qui décorent les tables de ceux qui se prennent, à tort, un peu trop au sérieux, qui ne servent à rien à part à créer l’image de popularité de leurs idoles et qui ne savent plus distinguer le vrai de l’excès.
Quoi de plus pathétique que ce garçon qui choisit une carrière dans la finance parce que c’est à la mode, parce que ça peut rapporter beaucoup d’argent, parce que les filles d’ici courent après les bankers alors qu’il déteste les nombres et encore moins les banques, alors qu’il a un talent fou qu’il n’ose dévoiler.
Rien. Rien n’est plus pathétique qu’une attitude fan. Car rien n’est plus admirable qu’une audace bien placée, une innovation dans un monde qui s’uniformise, une idée nouvelle qui vient tout bousculer, une prétention à vouloir tout changer, un envie folle de tout recommencer et une passion démesurée à vouloir soi-même briller.
Je n’aime pas être fan. Je l’aime s’il m’aime. Je l’aime autant qu’il m’aime. Fan de lui quand il est fan de moi. Fan d’un autre quand l’amour se fan-e.
Mais fan parfois. Fan d’un chanteur talentueux qui ose les couleurs pastel et les dessins naïfs. Oui, fan de ce chanteur qui chante pour des obèses et qui fait chavirer son public. Fan d’un Mika qui a tout sauf l’attitude fan car il a en lui l’envie mais surtout le don d’être différent.
Fan du succès d’une femme qui prouve qu’elle ne voit aucune limite et qu’elle ne se laisserait décourager par aucun obstacle. Fan de cette femme qui sait ce qu’elle fait. Et qui le fait si bien.
Fan d’une beauté divine qui se moque des stéréotypes d’un monde moderne parfois bien ridicule, qui reste elle-même et qui refuse la mode quand celle-ci ne se marie avec son corps.
Fan de Beyrouth, fan de ma ville qui renaît, fan de ses milles lumières et fan de ses libanais, fan d’un toit de la ville qui m’a chuchoté milles secrets, fan de son centre ville et fan de ses cafés, fan de son envie de vivre et fan de sa patience, fan de ses talents, fan de ses femmes, fan d’un mélange délicieux qui connaît mille visages… sauf le visage pathétique d’une attitude fan.
Fan. Parfois. Par choix. Quand je n’ai pas le choix.
samedi, avril 12, 2008
Pay it forward
As-tu été si heureux que tu as redouté perdre ton bonheur ? As-tu goûté à la face amère de l’amour qui est celle de la peur de le voir s’envoler ? As-tu déjà regardé le ciel pour essayer de comprendre pourquoi tu mériterais une certaine réussite ? L’as-tu quelques fois remercié de t’avoir donné plus que ce que tu attendais ? As-tu voulu très fort qu’un moment s’éternise, qu’une personne vive à jamais, qu’un silence paisible se prolonge, qu’un goût sucré n’abandonne pas tes lèvres, que le vent doux ne cesse de caresser ton cou, qu’un ami reste à tes côtés, que ta mère ait toujours les yeux illuminés, que tes enfants restent heureux, que ta réussite soit durable ?
L’échec n’est pas à craindre. La tristesse non plus. Et encore moins la peine. Car quand on va mal, tout ne peut que s’arranger. Par contre, le bonheur, lui, ne peut être apprécié complètement car il est toujours accompagné d’une menace, celle de le voir disparaître. Souvent, une voix me chuchote qu’il n’est qu’éphémère et qu’il finira par s’évanouir aussi vite qu’il n’ait apparu…
Chance, bonté divine, générosité naturelle. Malgré des efforts incessants, on a tendance à se sentir comblés par la vie. On a tendance aussi à se dire qu’au fond, on ne mérite pas tant que ça… Et puisque ce n’est pas tellement mérité, il est normal que le bonheur nous soit retiré.
Il suffirait peut-être de mériter son bonheur pour pouvoir le maintenir. Pour le mériter, il faudrait, par exemple, le payer. Le payer en donnant du bonheur à chaque fois que l’on en reçoit. Donner une part de bonheur quand le ciel nous sourit, pour parvenir, par un geste purement altruiste et idéaliste à un but égoïste et individualiste.
Que tous les heureux du monde partagent leur bonheur. Et même s’ils ne sont pas animés par cette tendance altruiste, qu’ils se rappellent le but implicitement égoïste qui sera atteint. Ainsi, une chaîne de bonheur sera créée. Par pur égoïsme peut-être mais qu’importe. Quand tu es heureux, et afin que tu le restes, paies-le. Fais-le à ta manière, fais-le comme tu l’entends, fais-le comme tu sais si bien le faire, fais-le pour être encore plus heureux.
L’échec n’est pas à craindre. La tristesse non plus. Et encore moins la peine. Car quand on va mal, tout ne peut que s’arranger. Par contre, le bonheur, lui, ne peut être apprécié complètement car il est toujours accompagné d’une menace, celle de le voir disparaître. Souvent, une voix me chuchote qu’il n’est qu’éphémère et qu’il finira par s’évanouir aussi vite qu’il n’ait apparu…
Chance, bonté divine, générosité naturelle. Malgré des efforts incessants, on a tendance à se sentir comblés par la vie. On a tendance aussi à se dire qu’au fond, on ne mérite pas tant que ça… Et puisque ce n’est pas tellement mérité, il est normal que le bonheur nous soit retiré.
Il suffirait peut-être de mériter son bonheur pour pouvoir le maintenir. Pour le mériter, il faudrait, par exemple, le payer. Le payer en donnant du bonheur à chaque fois que l’on en reçoit. Donner une part de bonheur quand le ciel nous sourit, pour parvenir, par un geste purement altruiste et idéaliste à un but égoïste et individualiste.
Que tous les heureux du monde partagent leur bonheur. Et même s’ils ne sont pas animés par cette tendance altruiste, qu’ils se rappellent le but implicitement égoïste qui sera atteint. Ainsi, une chaîne de bonheur sera créée. Par pur égoïsme peut-être mais qu’importe. Quand tu es heureux, et afin que tu le restes, paies-le. Fais-le à ta manière, fais-le comme tu l’entends, fais-le comme tu sais si bien le faire, fais-le pour être encore plus heureux.
mardi, mars 25, 2008
Ma cause justificative
Cadence. Rythme. Périodes. J’aime bien ce découpage artificiel de la vie, ces frontières imaginaires mais tellement utiles, cette organisation personnelle qui vise à être le plus productif possible. Depuis que je l’ai rencontré, il constitue l’axe principal autour duquel j’organise tout ce qui reste. Il y a lui, la catégorie principale, et tout le reste, ce que j’aime appeler les catégories résiduelles, celles qui constituaient, avant, mes priorités, et celles que j’ai rabaissé au rang de résidu.
Ma théorie, aussi, je l’ai rangée de côté. La liberté, pour moi, était celle d’être dénudé de ses sentiments. Quand on est indifférent à l’égard de tous et de tout, on peut mieux réussir sa vie car l’on agit alors et seulement abstraction faite des émotions. On agit alors et seulement… raisonnablement. Car les maux du cœur retardent souvent les projets les plus sérieux tandis que les passions amoureuses font oublier les devoirs les plus impératifs…
Et puis un jour… on aime. On aime alors que l’on s’était juré d’être au-delà de cette faiblesse du cœur, alors qu’on s’était jugé trop occupé pour vivre des aventures volatiles, alors qu’on avait des soucis qui exigeaient un travail à plein temps.
On aime… et on fait des projets à deux.
L’amour réciproque est un heureux évènement. On le croit fictif jusqu’à ce qu’on le reçoit comme un coup de poing sur la face. Et la réalité dépasse alors les créations les plus absurdes de l’esprit.
Heureux certes… Mais accompagné de deux sentiments aussi forts en intensité mais beaucoup plus amers : la tristesse de la séparation et la peur de perdre cet amour.
On se fait confiance, on se promet amour éternel, on se dit partenaires à jamais… Mais l’amour peut-il défier l’imprévisibilité de la vie, la vulnérabilité de l’espèce humaine, la force du temps, les rides de la vieillesse, les risques de maladie, l’absence prolongée, la distance insupportable ?
On s’aime tellement que l’on déclare la guerre à tous ces évènements futurs et extérieurs susceptibles d’affecter cet amour. On s’aime. Et on adopte l’amour comme cause justificative de tout crime contre l’humanité.
Ma théorie, aussi, je l’ai rangée de côté. La liberté, pour moi, était celle d’être dénudé de ses sentiments. Quand on est indifférent à l’égard de tous et de tout, on peut mieux réussir sa vie car l’on agit alors et seulement abstraction faite des émotions. On agit alors et seulement… raisonnablement. Car les maux du cœur retardent souvent les projets les plus sérieux tandis que les passions amoureuses font oublier les devoirs les plus impératifs…
Et puis un jour… on aime. On aime alors que l’on s’était juré d’être au-delà de cette faiblesse du cœur, alors qu’on s’était jugé trop occupé pour vivre des aventures volatiles, alors qu’on avait des soucis qui exigeaient un travail à plein temps.
On aime… et on fait des projets à deux.
L’amour réciproque est un heureux évènement. On le croit fictif jusqu’à ce qu’on le reçoit comme un coup de poing sur la face. Et la réalité dépasse alors les créations les plus absurdes de l’esprit.
Heureux certes… Mais accompagné de deux sentiments aussi forts en intensité mais beaucoup plus amers : la tristesse de la séparation et la peur de perdre cet amour.
On se fait confiance, on se promet amour éternel, on se dit partenaires à jamais… Mais l’amour peut-il défier l’imprévisibilité de la vie, la vulnérabilité de l’espèce humaine, la force du temps, les rides de la vieillesse, les risques de maladie, l’absence prolongée, la distance insupportable ?
On s’aime tellement que l’on déclare la guerre à tous ces évènements futurs et extérieurs susceptibles d’affecter cet amour. On s’aime. Et on adopte l’amour comme cause justificative de tout crime contre l’humanité.
dimanche, mars 23, 2008
Ces amours que je ne comprends pas
Pour Elie que j’aime comme ça
Il caresse ses jambes nues. Elle ferme les yeux pour apprécier la chaleur des rayons du soleil et la tendresse de ses caresses. Elle avait besoin de soleil. Elle se sent bien à ses côtés. Elle est tellement belle. Il aimerait le lui dire. Mais il se retient. Il ferait mieux d’attendre. Il l’aime. C’est normal.
Lui, c’est un gars très populaire. Avantagé par la nature, il a la taille, les yeux, le sourire, le charisme et surtout… le talent de les faire toutes tomber. Elle est jeune, naïve et a très peu d’expérience. Certains la trouvent pourtant jolie. Elle est folle de lui. Ce qui n’étonne presque personne.
Souvent, l’amour, malgré le fait qu’il soit considéré exceptionnel par presque tout le monde, n’a rien de transcendantal. En effet, dans certains cas, il s’impose. Car il n’y a rien de plus facile que de tomber amoureux de la perle rare.
Pourtant, l’amour, le vrai, revête un aspect totalement différent. L’amour, le vrai, se concrétise dans les situations les moins élégantes. Et j’en connais quelques unes de ces plus belles histoires d’amour…
Je connais une femme sublime qui a à peine trente ans. Réussie, élégante, intelligente, blonde et pire encore… très drôle, elle est tout ce que nous, femmes, nous voudrions être, et tout ce que les hommes voudraient être avec. Depuis quelques mois, elle a découvert qu’elle était atteinte d’un cancer. Suite à des séances de chimiothérapie, elle a perdue ses cheveux. Elle reste sublime tout de même. Son homme la fixe dans les yeux, dans un de ses moments de faiblesse, lui embrasse tendrement la main, et lui dit qu’il l’aime.
Ce soir, une autre a fait un effort pour sortir. Elle se sentait malade mais ne voulait pour rien au monde rater leur dîner d’anniversaire. Ca fait un an qu’ils s’aiment. Elle fait de son mieux pour passer un temps agréable et oublier sa nausée insupportable et d’autres maux qu’elle n’arrive plus à gérer. Elle fait de son mieux pour se retenir et offrir une belle soirée à son compagnon. Jusqu’à ce qu’à bout de force, elle s’effondre sur le gazon du beau jardin d’en face de la boîte. Elle ne voit plus rien. Elle vomit. Il la tient entre ses bras. Il lui caresse les cheveux et lui souffle qu’il est à ses côtés. Il lui dit que ca ira et qu’elle devrait oublier les gens autour. Il lui dit qu’il va la ramener chez elle et qu’il passera la nuit à ses côtés. Elle se déteste pour la scène incompatible avec le romantisme de la soirée. Elle s’excuse et commence à pleurer. Il lui dit qu’il l’aime. Et qu’elle est la plus belle femme au monde…
Ces amours-là, je ne peux pas les comprendre. Je ne sais pas comment tu as pu me dire que tu m’aimes alors que j’étais dans cet état. Je ne peux pas les comprendre. Non. Mais je ne veux que vivre des amours que je ne comprends pas.
Il caresse ses jambes nues. Elle ferme les yeux pour apprécier la chaleur des rayons du soleil et la tendresse de ses caresses. Elle avait besoin de soleil. Elle se sent bien à ses côtés. Elle est tellement belle. Il aimerait le lui dire. Mais il se retient. Il ferait mieux d’attendre. Il l’aime. C’est normal.
Lui, c’est un gars très populaire. Avantagé par la nature, il a la taille, les yeux, le sourire, le charisme et surtout… le talent de les faire toutes tomber. Elle est jeune, naïve et a très peu d’expérience. Certains la trouvent pourtant jolie. Elle est folle de lui. Ce qui n’étonne presque personne.
Souvent, l’amour, malgré le fait qu’il soit considéré exceptionnel par presque tout le monde, n’a rien de transcendantal. En effet, dans certains cas, il s’impose. Car il n’y a rien de plus facile que de tomber amoureux de la perle rare.
Pourtant, l’amour, le vrai, revête un aspect totalement différent. L’amour, le vrai, se concrétise dans les situations les moins élégantes. Et j’en connais quelques unes de ces plus belles histoires d’amour…
Je connais une femme sublime qui a à peine trente ans. Réussie, élégante, intelligente, blonde et pire encore… très drôle, elle est tout ce que nous, femmes, nous voudrions être, et tout ce que les hommes voudraient être avec. Depuis quelques mois, elle a découvert qu’elle était atteinte d’un cancer. Suite à des séances de chimiothérapie, elle a perdue ses cheveux. Elle reste sublime tout de même. Son homme la fixe dans les yeux, dans un de ses moments de faiblesse, lui embrasse tendrement la main, et lui dit qu’il l’aime.
Ce soir, une autre a fait un effort pour sortir. Elle se sentait malade mais ne voulait pour rien au monde rater leur dîner d’anniversaire. Ca fait un an qu’ils s’aiment. Elle fait de son mieux pour passer un temps agréable et oublier sa nausée insupportable et d’autres maux qu’elle n’arrive plus à gérer. Elle fait de son mieux pour se retenir et offrir une belle soirée à son compagnon. Jusqu’à ce qu’à bout de force, elle s’effondre sur le gazon du beau jardin d’en face de la boîte. Elle ne voit plus rien. Elle vomit. Il la tient entre ses bras. Il lui caresse les cheveux et lui souffle qu’il est à ses côtés. Il lui dit que ca ira et qu’elle devrait oublier les gens autour. Il lui dit qu’il va la ramener chez elle et qu’il passera la nuit à ses côtés. Elle se déteste pour la scène incompatible avec le romantisme de la soirée. Elle s’excuse et commence à pleurer. Il lui dit qu’il l’aime. Et qu’elle est la plus belle femme au monde…
Ces amours-là, je ne peux pas les comprendre. Je ne sais pas comment tu as pu me dire que tu m’aimes alors que j’étais dans cet état. Je ne peux pas les comprendre. Non. Mais je ne veux que vivre des amours que je ne comprends pas.
mardi, mars 18, 2008
Excuse-moi Pascal
Il vend ses tableaux pour boucler ses fins de mois. Quelques fois. C’est un architecte médiocre. Mais c’est un excellent peintre.
Certaines choses faites de côté peuvent parfois sauver l’affaire. Comme les tableaux de peintures. Et comme les exposés que l’on fait pour atteindre peut-être la moyenne quand des soucis divers et des tendances légères ont causé un échec partiel.
Je n’aime pas ces miettes que l’on peut accumuler. Je préfère la grosse réussite. Et puis c’est tout… Un immeuble bien construit, un procès gagné, bref, un travail bien fait. Quant au tableau, je préfère l’accrocher au dessus de mon lit, sur un mur qui meurt d’ennui…
Pourtant, j’avoue que ces choses-là peuvent s’avérer utiles. Voire indispensables. Il me propose de faire un exposé. Bouée de secours. Je dis oui. Car aujourd’hui, je suis cet architecte médiocre. Je suis mauvais peintre aussi.
Mais quoi transmettre quand on sait si peu ? Et quoi dire quand on ne croit même pas en soi ? Comment être crédible quand nos pensées sont douteuses ? Comment gagner la sympathie de l’audience quand on ne s’aime pas depuis quelques temps… Quand on se hait carrément.
Bref, il me propose de parler de mon stage. Sujet qu’il juge enrichissant vis-à-vis des autres étudiants. Sujet personnel. Encore pire. Je pense à Pascal qui disait si bien « le Je est détestable ». Je me permets d’ajouter, au plus profond de moi-même, en présentant mes excuses les plus sincères auprès de Pascal « Je qui se déteste a si peur d’être détestable ». Toutefois, j’acquiesce. J’en ai tellement besoin.
Parler du stage… Mais que dire quand je n’ai fait que ranger la bibliothèque par ordre alphabétique et par thème, que dire quand j’ai fait des photocopies la plupart du temps, quand j’ai traduit des documents qui ne m’inspiraient ni sérieux, ni sympathie, quand j’ai découvert la ville, ses coins, ses cafés, ses bars, ses mendiants, ses envies, ses pavés bien plus que les étagères du cabinet…
Je m’installe quand même. Je tiens quelques papiers en main, tout blancs, pour faire comme si j’avais préparé. Et je parle. Sincèrement. Car il ne me reste que cette sincérité qui ne m’a jamais abandonnée. Je raconte tout. Mes expectatives, mes fautes, mes déceptions, mes moments de solitude, mes larmes, mon envie de revenir quelques fois, la peur de l’échec, le dépaysement, les blessures, les verres en trop, les petits déjeuners à l’odeur inoubliables, les kilos de juillet, les cafés brûlant… J’ai même parlé d’Alix et d’Elise… Je dis tout. Après tout, quand on a atteint le fond du gouffre, ça ne peut qu’aller mieux.
Sourires dans la salle. Sourires ironiques, sourires amusés ou sourires sympathiques ? Je l’ignore. Sourires dans la salle. Sourire dans mon cœur. Des tableaux, j’en ferai bien d’autres… Pour les jours où j’aurai besoin d’être sauvée.
Certaines choses faites de côté peuvent parfois sauver l’affaire. Comme les tableaux de peintures. Et comme les exposés que l’on fait pour atteindre peut-être la moyenne quand des soucis divers et des tendances légères ont causé un échec partiel.
Je n’aime pas ces miettes que l’on peut accumuler. Je préfère la grosse réussite. Et puis c’est tout… Un immeuble bien construit, un procès gagné, bref, un travail bien fait. Quant au tableau, je préfère l’accrocher au dessus de mon lit, sur un mur qui meurt d’ennui…
Pourtant, j’avoue que ces choses-là peuvent s’avérer utiles. Voire indispensables. Il me propose de faire un exposé. Bouée de secours. Je dis oui. Car aujourd’hui, je suis cet architecte médiocre. Je suis mauvais peintre aussi.
Mais quoi transmettre quand on sait si peu ? Et quoi dire quand on ne croit même pas en soi ? Comment être crédible quand nos pensées sont douteuses ? Comment gagner la sympathie de l’audience quand on ne s’aime pas depuis quelques temps… Quand on se hait carrément.
Bref, il me propose de parler de mon stage. Sujet qu’il juge enrichissant vis-à-vis des autres étudiants. Sujet personnel. Encore pire. Je pense à Pascal qui disait si bien « le Je est détestable ». Je me permets d’ajouter, au plus profond de moi-même, en présentant mes excuses les plus sincères auprès de Pascal « Je qui se déteste a si peur d’être détestable ». Toutefois, j’acquiesce. J’en ai tellement besoin.
Parler du stage… Mais que dire quand je n’ai fait que ranger la bibliothèque par ordre alphabétique et par thème, que dire quand j’ai fait des photocopies la plupart du temps, quand j’ai traduit des documents qui ne m’inspiraient ni sérieux, ni sympathie, quand j’ai découvert la ville, ses coins, ses cafés, ses bars, ses mendiants, ses envies, ses pavés bien plus que les étagères du cabinet…
Je m’installe quand même. Je tiens quelques papiers en main, tout blancs, pour faire comme si j’avais préparé. Et je parle. Sincèrement. Car il ne me reste que cette sincérité qui ne m’a jamais abandonnée. Je raconte tout. Mes expectatives, mes fautes, mes déceptions, mes moments de solitude, mes larmes, mon envie de revenir quelques fois, la peur de l’échec, le dépaysement, les blessures, les verres en trop, les petits déjeuners à l’odeur inoubliables, les kilos de juillet, les cafés brûlant… J’ai même parlé d’Alix et d’Elise… Je dis tout. Après tout, quand on a atteint le fond du gouffre, ça ne peut qu’aller mieux.
Sourires dans la salle. Sourires ironiques, sourires amusés ou sourires sympathiques ? Je l’ignore. Sourires dans la salle. Sourire dans mon cœur. Des tableaux, j’en ferai bien d’autres… Pour les jours où j’aurai besoin d’être sauvée.
dimanche, février 24, 2008
Egoïstes
La quatrième année de droit ressemble beaucoup à la terminale dans le sens où l’on s’apprête tous à quitter la faculté et se lancer dans une nouvelle aventure, un nouveau projet, un nouveau monde. Ces quatre années, quoique agréables, m’ont semblé durer une éternité. Et voilà qu’on court tous dans tous les sens pour constituer nos dossiers, demander des lettres de recommandation aux professeurs, retirer des notes que l’on regrette déjà et écrire, sans trop de conviction et la main tremblante, à des universités à Paris, à Londres ou aux Etats-Unis, nos esprits avides de leurs enseignements.
La grande majorité de ma classe veut partir. Les élèves cherchent tous, avant tout, leurs intérêts. Construire un avenir sur une base aussi fragile que le Liban d’aujourd’hui ne fait partie d’aucun projet, ou presque. Cela consisterait à prendre un risque immesurable. Et nous avons bien appris, en droit, le sens de la sécurité.
Mes parents, eux, ont construit leurs carrières au Liban. Bien qu’ayant eu de nombreuses opportunités de quitter le pays et de réussir ailleurs, ils ne purent supporter la vie en étrangers et revinrent vite à Beyrouth apprécier les déjeuners de famille le dimanche, la messe avec les gens du village, le bonheur de saluer à droite et à gauche, tous les matin, les habitants des maisons voisines, le propriétaire de la station d’essence du coin, le maire, la femme du boulanger et le légumier. Triste, ma mère ressent une fois de plus le dilemme qui l’a envahie un jour lointain, ne sachant quoi choisir pour ses enfants, la familiarité du Liban avec tous ses problèmes ou la largeur des horizons étrangers…
Ma mère n’est pas une femme égoïste. Bien qu’elle mérite comme toute femme qui a consacré sa vie à ses enfants, de ressentir le plaisir de les voir grandir à ses côtés, bien qu’elle mérite de nous voir enfin réussir, bien qu’elle ait le droit de se reposer enfin et de nous regarder le regard fier, elle décide de nous laisser aller. Quel paradoxe libanais que de laisser partir ceux qu’on aime…
Certains croient que la fidélité à la patrie consiste dans le fait de rester au Liban, combattre pour le pays, appartenir à des partis politiques et peut-être même mourir pour sa cause… Je ne sais pas quoi en penser. Je n’ai pas le droit de juger. J’aime mon pays. Mais je ne pourrais mourir pour lui. J’aime la vie. J’aime ma vie. Celle de mes amis. Et celle de ma famille. Je préfère partir. Au lieu de mourir ici. Et dans ce cas là, mes amis et moi ferions partie d’une secte d’égoïstes. Mais l’égoïsme, permettez-le moi, ne serait-il pas plus bénéfique au Liban ?
Egoïstes, nous pousserions nos études, nous travaillerions dur, nous apprendrions des langues, nous rechercherions du travail sur un marché étranger et nous regrettions quelques fois le confort d’une maison libanaise… Mais nous reviendrions un jour, sans doute, avec ce que nous aurions appris, nous reviendrions plus vieux mais plus matures aussi, nous reviendrions bouleverser une société qui souffre d’avoir trop combattu, nous reviendrions dans notre pays avec nos expériences, nos blessures et nos savoirs, embarrassés peut-être de l’avoir laissé tandis qu’il souffrait, mais fiers d’avoir préféré la paix, nous reviendrions cette fois pour y rester, nous reviendrions toujours égoïstes… mais seulement égoïstes pour lui.
Publie dans L'Orient Le Jour le jeudi 6 mars 2008.
La grande majorité de ma classe veut partir. Les élèves cherchent tous, avant tout, leurs intérêts. Construire un avenir sur une base aussi fragile que le Liban d’aujourd’hui ne fait partie d’aucun projet, ou presque. Cela consisterait à prendre un risque immesurable. Et nous avons bien appris, en droit, le sens de la sécurité.
Mes parents, eux, ont construit leurs carrières au Liban. Bien qu’ayant eu de nombreuses opportunités de quitter le pays et de réussir ailleurs, ils ne purent supporter la vie en étrangers et revinrent vite à Beyrouth apprécier les déjeuners de famille le dimanche, la messe avec les gens du village, le bonheur de saluer à droite et à gauche, tous les matin, les habitants des maisons voisines, le propriétaire de la station d’essence du coin, le maire, la femme du boulanger et le légumier. Triste, ma mère ressent une fois de plus le dilemme qui l’a envahie un jour lointain, ne sachant quoi choisir pour ses enfants, la familiarité du Liban avec tous ses problèmes ou la largeur des horizons étrangers…
Ma mère n’est pas une femme égoïste. Bien qu’elle mérite comme toute femme qui a consacré sa vie à ses enfants, de ressentir le plaisir de les voir grandir à ses côtés, bien qu’elle mérite de nous voir enfin réussir, bien qu’elle ait le droit de se reposer enfin et de nous regarder le regard fier, elle décide de nous laisser aller. Quel paradoxe libanais que de laisser partir ceux qu’on aime…
Certains croient que la fidélité à la patrie consiste dans le fait de rester au Liban, combattre pour le pays, appartenir à des partis politiques et peut-être même mourir pour sa cause… Je ne sais pas quoi en penser. Je n’ai pas le droit de juger. J’aime mon pays. Mais je ne pourrais mourir pour lui. J’aime la vie. J’aime ma vie. Celle de mes amis. Et celle de ma famille. Je préfère partir. Au lieu de mourir ici. Et dans ce cas là, mes amis et moi ferions partie d’une secte d’égoïstes. Mais l’égoïsme, permettez-le moi, ne serait-il pas plus bénéfique au Liban ?
Egoïstes, nous pousserions nos études, nous travaillerions dur, nous apprendrions des langues, nous rechercherions du travail sur un marché étranger et nous regrettions quelques fois le confort d’une maison libanaise… Mais nous reviendrions un jour, sans doute, avec ce que nous aurions appris, nous reviendrions plus vieux mais plus matures aussi, nous reviendrions bouleverser une société qui souffre d’avoir trop combattu, nous reviendrions dans notre pays avec nos expériences, nos blessures et nos savoirs, embarrassés peut-être de l’avoir laissé tandis qu’il souffrait, mais fiers d’avoir préféré la paix, nous reviendrions cette fois pour y rester, nous reviendrions toujours égoïstes… mais seulement égoïstes pour lui.
Publie dans L'Orient Le Jour le jeudi 6 mars 2008.
jeudi, février 21, 2008
Dans mon bol de fraises
Il n’y aurait mieux pour remonter le moral que de dévorer un bol de fraises. J’exécute. Je choisis même les plus rouges. Car depuis quelques semaines, ça ne va pas. Du tout même. Ma relation à distance me fait souffrir. Je ne savais pas que ce serait si dur. Le plus dur c’est sans doute de ne pas avoir une date précise de rencontre, un but, un jour j, une destination… Le plus dur c’est cette image qui me vient tout le temps à l’esprit, comme une obsession, l’image que je flotte en l’air, comme un poisson, vers nulle part. Mais les poissons ne flottent pas… Je m’énerve de lui. Comme si c’était sa faute. Je lui reproche de ne pas être là quand je me réveille, quand je pleure, quand je me plains, quand j’échoue, quand je jette mon 9 en commercial à la poubelle pour que personne ne le voit, comme si quelqu’un s’intéressait à moi, comme si ça changeait quelque chose que je n’aie pas réussi. Je lui en veux. Je lui en veux de ne pas savoir que quand je perds mon café le matin, je le retrouve toujours dans l’armoire, que je parle seule en voiture, que je pense à lui en cours et que j’ai déjà planifié nos vacances de 2012. Puis je me dis que j’ai choisi cette relation, qu’il ne m’a pas obligée, qu’il fait de son mieux, qu’il n’a pas choisi et que je ne pourrais vivre sans lui, que je l'aime, non, que je l'adore, qu'il est ma vie, ma chance… Alors je lui envoie un message qui dit je t’aime, suivi de sourires artificiels qui ne transmettent même pas la réalité, un peu pour lui dire que ça va aller…
Et puis c’est l’avenir qui me tue. La fac à laquelle j’aspirais le plus pour mon master m’a envoyé sa réponse qu’elle a rédigée avec soin. En voyant la longueur du message, j’étais sûre d’y lire un oui. C'est en mangeant mes fraises, que je compris une carence de qualifications de mon côté et un orgueil accru de l’autre… L’incertitude. Encore. Une incertitude que je déteste et que je laisse me dévorer.
Je ne crois pas que les fraises remontent vraiment le moral. Et j’en ai mangé des kilos. En plus, ce n’est même pas la saison. Alors je mange à la cuillère dans un bol de nutella que je hais d’avance et que je regrette avant même de commencer. Un souci de plus, parmi les autres, un souci aussi superficiel peut-être, mais tellement réel que je ne puis ignorer.
Il me promet de venir le week-end prochain. Ca ne sera rien que nous deux dit-il. Et moi je pense à aéroport-aéroport détestant l’entre-deux qui impliquera obligations de famille, soirées entre amis et adieu ma chérie…
Mes amis m’appellent. A chaque sonnerie, mon cœur bat fort. Je ne sais plus quoi inventer pour pouvoir passer la soirée en solo. Je n’ai pas envie de faire la conversation, d’être attentive, de donner des conseils et de les entendre dire que je suis chanceuse et que tout est parfait dans ma vie. Je n’ai pas envie de les contre-dire non plus. Je n’ai jamais pensé que les autres sauraient résoudre mes problèmes. Je les entends deja me demander comment je fais pour etre ce que je suis, pour avoir un homme merveilleux et reussir a la fac... Je m'entends deja repondre: je pleure la nuit...
L’une de mes amies m’en veut le plus. Elle dit que je n’ai jamais de temps pour elle. Elle veut qu’on prenne un café pour qu’elle me raconte l’évolution d’une relation particulière. Et j’ai hâte. Seulement, je ne veux pas qu’elle me voie dans cet état. Pas encore. Du moins, pas pour le moment. Je veux que ça passe.
Hier, il faisait froid. J’ai mis l’anorak le plus affreux en cours. Ca ne me ressemble pas. Mais je m’en fous. J’avais froid. Surtout de l’intérieur…
Pourtant, il y a certains moments que j’apprécie. Ces petits moments non planifiés entre deux cours. Sans rien se dire, on se retrouve à la même place, un banc qu’on s’est approprié. On se dit rien, on se dit tout, on s’échange des recettes de cuisine, des idées de cadeaux, on critique les gens à la fac, les toilettes, les profs, les notes, la vie, on partage les mêmes mauvaises manies et on parle d’avenirs même pas en croquis.
Son mec est là. Il l’attend à déjeuner. Hier, il a cuisiné pour la première fois. C'etait du chinois. La cuisine. Il a même dressé la table et fait de son mieux pour rendre le décor romantique. Elle me raconte, la lumière aux yeux. Je suis contente pour elle.
Et moi, je plonge dans mon bol de fraises …
Et puis c’est l’avenir qui me tue. La fac à laquelle j’aspirais le plus pour mon master m’a envoyé sa réponse qu’elle a rédigée avec soin. En voyant la longueur du message, j’étais sûre d’y lire un oui. C'est en mangeant mes fraises, que je compris une carence de qualifications de mon côté et un orgueil accru de l’autre… L’incertitude. Encore. Une incertitude que je déteste et que je laisse me dévorer.
Je ne crois pas que les fraises remontent vraiment le moral. Et j’en ai mangé des kilos. En plus, ce n’est même pas la saison. Alors je mange à la cuillère dans un bol de nutella que je hais d’avance et que je regrette avant même de commencer. Un souci de plus, parmi les autres, un souci aussi superficiel peut-être, mais tellement réel que je ne puis ignorer.
Il me promet de venir le week-end prochain. Ca ne sera rien que nous deux dit-il. Et moi je pense à aéroport-aéroport détestant l’entre-deux qui impliquera obligations de famille, soirées entre amis et adieu ma chérie…
Mes amis m’appellent. A chaque sonnerie, mon cœur bat fort. Je ne sais plus quoi inventer pour pouvoir passer la soirée en solo. Je n’ai pas envie de faire la conversation, d’être attentive, de donner des conseils et de les entendre dire que je suis chanceuse et que tout est parfait dans ma vie. Je n’ai pas envie de les contre-dire non plus. Je n’ai jamais pensé que les autres sauraient résoudre mes problèmes. Je les entends deja me demander comment je fais pour etre ce que je suis, pour avoir un homme merveilleux et reussir a la fac... Je m'entends deja repondre: je pleure la nuit...
L’une de mes amies m’en veut le plus. Elle dit que je n’ai jamais de temps pour elle. Elle veut qu’on prenne un café pour qu’elle me raconte l’évolution d’une relation particulière. Et j’ai hâte. Seulement, je ne veux pas qu’elle me voie dans cet état. Pas encore. Du moins, pas pour le moment. Je veux que ça passe.
Hier, il faisait froid. J’ai mis l’anorak le plus affreux en cours. Ca ne me ressemble pas. Mais je m’en fous. J’avais froid. Surtout de l’intérieur…
Pourtant, il y a certains moments que j’apprécie. Ces petits moments non planifiés entre deux cours. Sans rien se dire, on se retrouve à la même place, un banc qu’on s’est approprié. On se dit rien, on se dit tout, on s’échange des recettes de cuisine, des idées de cadeaux, on critique les gens à la fac, les toilettes, les profs, les notes, la vie, on partage les mêmes mauvaises manies et on parle d’avenirs même pas en croquis.
Son mec est là. Il l’attend à déjeuner. Hier, il a cuisiné pour la première fois. C'etait du chinois. La cuisine. Il a même dressé la table et fait de son mieux pour rendre le décor romantique. Elle me raconte, la lumière aux yeux. Je suis contente pour elle.
Et moi, je plonge dans mon bol de fraises …
mercredi, février 13, 2008
J'aurais voulu etre souris
J’ai lu un livre a morale et j’ai juré en retenir la leçon et l’appliquer à ma propre vie. Ce livre parlait de souris et de petites personnes qui avaient besoin de fromage pour vivre. Elles cherchaient sans cesse l’objet de leurs besoins et réagissaient différemment face à la carence. Les souris, quand elles avaient consommé la totalité du fromage, se lançaient au moment même à la recherche d’un nouveau fromage.
Les humains, eux, s’offraient le luxe d’un long moment de chagrin et de désespoir, suivi d’une phase d’analyse et de questionnement afin de trouver la raison de la disparition du fromage. Certains plongeaient dans la tristesse et refusaient de se relever. D’autres, après la chute, reprenaient la route pour une nouvelle chasse.
J’avais décidé d’être la souris, automate, qui ne cherchaient pas à tout comprendre mais agissaient machinalement face à une situation déterminée. J’avais décidé aussi d’être en partie l’être humain qui plongeait dans la tristesse avant de se relever.
J’avais décidé ceci alors que j’étais heureuse.
Aujourd’hui, à la première défaite après ma décision, j’oublie la morale, j’oublie le livre, et maudis mon chagrin refusant toute bataille.
Les humains, eux, s’offraient le luxe d’un long moment de chagrin et de désespoir, suivi d’une phase d’analyse et de questionnement afin de trouver la raison de la disparition du fromage. Certains plongeaient dans la tristesse et refusaient de se relever. D’autres, après la chute, reprenaient la route pour une nouvelle chasse.
J’avais décidé d’être la souris, automate, qui ne cherchaient pas à tout comprendre mais agissaient machinalement face à une situation déterminée. J’avais décidé aussi d’être en partie l’être humain qui plongeait dans la tristesse avant de se relever.
J’avais décidé ceci alors que j’étais heureuse.
Aujourd’hui, à la première défaite après ma décision, j’oublie la morale, j’oublie le livre, et maudis mon chagrin refusant toute bataille.
lundi, février 04, 2008
De la force a vie
Une femme pleure a la tele. Le public seche ses larmes aussi. Elle a un grave probleme. Le rouge ne lui va pas. Elle ne sait pas quoi faire. Et elle demande de l’aide. Elle veut qu’on la secoure. Par quelque moyen que ce soit. On lui conseille d’opter, parmi les differentes tonalites du rouge, celle qui lui convient le plus. Elle passe de l’orange au fushia, trouve la couleur qui se marie avec la rougeur de sa peau, celle qui fait ressortir ses joues, celle qui lui colle a la peau, et retrouve son sourire.
Une autre fait sa crise aussi. Et gagne la sympathie de l’audience. Elle souffre d’un surpoids et se goinfre de chips et de gateaux mignons a longueur de journee. Elle dit son probleme grave et irremediable. Demande l’aide. On lui conseille de fermer la bouche. Et de voir son probleme regle. Elle est surprise de tant de facilite. Et trouve la solution qui lui convenait.
Je regarde des tv shows americains et je les trouve pathetiques a souhait. Faire tout un programme, inviter des spectateurs et discuter pendant des heures de couleurs et de rondeurs tandis que chez moi c’est un avenir qui se fait incertain et des nuits de plus en plus cruelles.
Je zappe. Je mets une chaine libanaise locale. Je vois l’armee victime. Je vois une femme qui pleure son mari et son fils unique. Je vois des familles demunies. Je vois des jeunes sans espoir. Je vois des femmes desesperees. Je vois la violence. La corruption. L’injustice. La carence de pouvoir. La guerre. Les fusils. Le sang. Les bombes. L’insecurite. La fatigue. L’ennui. Le degout. L’envie de mourir. La peur de passer a l’acte. L’emigration. La famine. La pauvrete. L’inflation....
Je remets la chaine americaine. Je regarde une femme qui essaie, des larmes aux yeux, les differentes tonalites du rouge. Et une autre qui decide de manger 10 sacs de chips au lieu de 15. Je ne sais pas si je dois envier leur malheur, le trouver absolument pathetique, les detester de tant de superficialite, regretter de ne pas etre nee en amerique ou me sentir chanceuse d’avoir connu les vrais malheurs pour gerer avec simplicite un gros cul et une couleur qui ne me va pas trop...
Je ne sais pas quoi penser. Mais je sais que la naissance a Beyrouth donne de la force a vie.
Une autre fait sa crise aussi. Et gagne la sympathie de l’audience. Elle souffre d’un surpoids et se goinfre de chips et de gateaux mignons a longueur de journee. Elle dit son probleme grave et irremediable. Demande l’aide. On lui conseille de fermer la bouche. Et de voir son probleme regle. Elle est surprise de tant de facilite. Et trouve la solution qui lui convenait.
Je regarde des tv shows americains et je les trouve pathetiques a souhait. Faire tout un programme, inviter des spectateurs et discuter pendant des heures de couleurs et de rondeurs tandis que chez moi c’est un avenir qui se fait incertain et des nuits de plus en plus cruelles.
Je zappe. Je mets une chaine libanaise locale. Je vois l’armee victime. Je vois une femme qui pleure son mari et son fils unique. Je vois des familles demunies. Je vois des jeunes sans espoir. Je vois des femmes desesperees. Je vois la violence. La corruption. L’injustice. La carence de pouvoir. La guerre. Les fusils. Le sang. Les bombes. L’insecurite. La fatigue. L’ennui. Le degout. L’envie de mourir. La peur de passer a l’acte. L’emigration. La famine. La pauvrete. L’inflation....
Je remets la chaine americaine. Je regarde une femme qui essaie, des larmes aux yeux, les differentes tonalites du rouge. Et une autre qui decide de manger 10 sacs de chips au lieu de 15. Je ne sais pas si je dois envier leur malheur, le trouver absolument pathetique, les detester de tant de superficialite, regretter de ne pas etre nee en amerique ou me sentir chanceuse d’avoir connu les vrais malheurs pour gerer avec simplicite un gros cul et une couleur qui ne me va pas trop...
Je ne sais pas quoi penser. Mais je sais que la naissance a Beyrouth donne de la force a vie.
dimanche, janvier 27, 2008
Du conditionnel...
On sortirait. On boirait beaucoup trop. On se moquerait des gens autour. On choisirait des places a cote sur le bar. On boirait encore. On parlerait haut et fort. On se ferait observer. On serait tellement envie. On vanterait la beaute de notre couple. Tu me dirais que je suis belle. On fumerait beaucoup trop. Et on boirait encore. On se ferait virer. On rentrerait pour etre seuls. Tu me ferais a boire. Je te demanderais un cafe brulant. Un cafe noir sans sucre et tu saurais exactement ce que j’aime. Je voudrais des m&ms aussi. Tu rirais fort. Tu me lancerais le sac en preparant ma boisson. J’essayerais de l’attraper. Mais il tomberait sur mes genoux. Je le mangerais vite en choisissant les marrons. Puis les rouges, puis les verts... Tu rirais de mes manies. Tu me chercherais un whisky. J’oublierais mon cafe. On parlerait de nous. Puis des chansons sur Vh1. Je mettrais france 2 des que tu aurais le dos tourne. Tu ne remarquerais meme pas. Tu serais si saoul que tu accepterais. On ferait des projets d’enfant. Des projets a long terme. On se moquerait de la distance. On se dirait des mots doux. Tu me ferais rire jusqu’a avoir les larmes aux yeux. Tu me demanderais pourquoi je pleure. Et je pleurerais davantage. Tu me demanderais de rester. Et je resterais. Je ne voudrais jamais partir. Je te demanderais de me kidnapper. Et tu me prometterais de le faire. On rirait de nous-meme. On se dirait mille fois je t’aime. Je te demanderais comment on s’est rencontre. Et tu ferais mine d’avoir oublie. Je te tapperais jusqu’a ce que tu me raconte la meme histoire pour la centieme fois. Mes yeux brilleraient de plaisir. On s’endormirait sur le canape. Je te reveillerais pour que tu ailles au bureau. Je te ferais des oeufs et un cafe. Tu avalerais tout d’un coup pour ne pas etre en retard. Je te suivrais jusqu’a la porte et te demanderais de ne pas tarder. J’irais dormir quelques heures de plus. Je me sentirais coupable d’avoir ce luxe. Je t’attendrais. Et tu reviendrais vers 18h.
On sortira. On boira. On se moquera des gens au tour. On s’installera sur le bar. On boira encore. On parlera haut et fort. On se fera observer. On le saura. On aimera. On critiquera le monde. On parlera de nous. Tu riras de mes faiblesses. Je te ferai dire que tu m’aimes. On verra tes amis. On echangera des regards complices. On parlera en meme temps quelques fois. On dira des conneries. Je te regarderai jusqu’a ce que tu sois mal a l’aise. Mes yeux brilleront de malice. On rentrera pour etre seuls.
On est la. Devant la tele. Moi mon cafe. Toi ton whisky. On parle de notre soiree. On se regarde sans parler. On se tient la main. Tu me dis que tu m’aimes. Je souris. Je suis heureuse. Je ferme les yeux un moment. Et je remercie la vie.
On passerait, on passera, on passe du conditionnel, au futur, au present.
On sortira. On boira. On se moquera des gens au tour. On s’installera sur le bar. On boira encore. On parlera haut et fort. On se fera observer. On le saura. On aimera. On critiquera le monde. On parlera de nous. Tu riras de mes faiblesses. Je te ferai dire que tu m’aimes. On verra tes amis. On echangera des regards complices. On parlera en meme temps quelques fois. On dira des conneries. Je te regarderai jusqu’a ce que tu sois mal a l’aise. Mes yeux brilleront de malice. On rentrera pour etre seuls.
On est la. Devant la tele. Moi mon cafe. Toi ton whisky. On parle de notre soiree. On se regarde sans parler. On se tient la main. Tu me dis que tu m’aimes. Je souris. Je suis heureuse. Je ferme les yeux un moment. Et je remercie la vie.
On passerait, on passera, on passe du conditionnel, au futur, au present.
J'ai fait un reve
Je ne peux expliquer le sentiment de tristesse qui m’envahit a chaque fois que je prends l’avion. Je peux encore moins l’expliquer quand je ne pars que pour quelques jours, puisque je reviens et que je n’ai aucune raison d’etre triste. Mais ca ne rate pas. A chaque decollage, mon coeur se fait lourd et des questions existentielles me viennent a l’esprit. Je n’ai pas peur des avions. J’ai fini par les apprivoiser pour accepter le metier de mon pere qui est pilote. Mais des que je m’eloigne de Beyrouth, je pense a la vie, a la mort, a la guerre, aux martyrs, au Liban, a Beyrouth, a ma famille, a mes freres, a ma soeur... Et puis j’arrive a destination, je m’eloigne des nuages, et les nuages de ma vie disparaissent aussi.
Le lendemain, j’ai beaucoup dormi. Plus qu’il ne faut. Et a mon reveil, j’avais recu plein de messages de mes parents et de mes amis au Liban qui me disaient qu’ils allaient bien et qu’il ne fallait surtout pas que je m’inquiete. Ce qui me fit rire. Pourquoi m’inquieterais-je ? Et pourquoi tous ces messages d’un coup ?
Je prepare longuement mon cafe. Je le bois lentement. Et mon cerveau commence enfin a fonctionner. Je realise que si j’ai recu tous ces messages a la fois, c’est qu’il doit bien y avoir une raison. Quelque chose s’est sans doute passe au Liban. Quelque chose de mauvais. Une guerre. Ou une explosion. Je ne prends pas la peine de mettre la tele. Les images sombres et saignantes se ressemblent a chaque fois. Ils vont bien tous. Je n’ai pas besoin d’en savoir plus. C’est suffisamment douloureux.
Je replonge sous mes couvertures. Je pleure comme je n’ai jamais pleure au Liban. Le sentiment de culpabilite me devore. Je veux etre la-bas aussi. Je sens la trahison et je la supporte a peine. Il est beaucoup plus dur de se sentir en securite. Comme il est difficile d’assumer le calme. Je veux etre a Beyrouth. Avec mes parents. Et a force d’y penser, de me hair, de regretter de ne pas avoir assiste au drame, je m’endors.
Et puis je fais un reve. Un reve paradoxal car dans mon reve se melaient serenite et angoisse, danger et securite, joie et tristesse.
Dans mon reve, j’ai senti l’odeur delicieuse des crepes preparees par ma mere, odeur qui se degage gracieusement de la cuisine pour atteindre ma chambre et me reveiller en douceur. Mais dans mon reve, j’ai egalement ressenti la nausee de chaque explosion.
Dans mon reve, j’ai senti tellement fort la securite d’un diner en famille, mon pere vantant un fruit ramene d’un pays lointain et moi reveuse faisant mine d’approuver. Mais dans mon reve, j’ai autant ressenti le desespoir d’une vie sans issue car dependante de jeux criminels.
Dans mon reve, j’etais moi-meme, pleine d’ambitions et de projets. Mais j’etais aussi cette fille vulnerable qui a peur du lendemain.
Dans mon reve, j’etais morte. Comme mon pays. J’etais transportee dans un autre monde ou l’on ressent ni danger, ni douleur, ni bonheur, ni plaisir, ni envie, ni peine, ni froid, ni chaud, ni ambition, ni tendresse. Un autre monde vide et monotone. J’etais rentree sur terre pour quelques secondes afin de dire a mes parents que j’allais bien.
J’ai fait un reve affreux. Car j’etais loin de ceux que j’aimais. Dans un monde sans danger peut-etre. Mais un monde insupportable dans lequel on est prive meme du droit de se donner la mort. Et avec tout le paradoxe de mon pauvre pays, oh que je prefere risquer ma vie rien que pour y ressentir peines et amours.
Le lendemain, j’ai beaucoup dormi. Plus qu’il ne faut. Et a mon reveil, j’avais recu plein de messages de mes parents et de mes amis au Liban qui me disaient qu’ils allaient bien et qu’il ne fallait surtout pas que je m’inquiete. Ce qui me fit rire. Pourquoi m’inquieterais-je ? Et pourquoi tous ces messages d’un coup ?
Je prepare longuement mon cafe. Je le bois lentement. Et mon cerveau commence enfin a fonctionner. Je realise que si j’ai recu tous ces messages a la fois, c’est qu’il doit bien y avoir une raison. Quelque chose s’est sans doute passe au Liban. Quelque chose de mauvais. Une guerre. Ou une explosion. Je ne prends pas la peine de mettre la tele. Les images sombres et saignantes se ressemblent a chaque fois. Ils vont bien tous. Je n’ai pas besoin d’en savoir plus. C’est suffisamment douloureux.
Je replonge sous mes couvertures. Je pleure comme je n’ai jamais pleure au Liban. Le sentiment de culpabilite me devore. Je veux etre la-bas aussi. Je sens la trahison et je la supporte a peine. Il est beaucoup plus dur de se sentir en securite. Comme il est difficile d’assumer le calme. Je veux etre a Beyrouth. Avec mes parents. Et a force d’y penser, de me hair, de regretter de ne pas avoir assiste au drame, je m’endors.
Et puis je fais un reve. Un reve paradoxal car dans mon reve se melaient serenite et angoisse, danger et securite, joie et tristesse.
Dans mon reve, j’ai senti l’odeur delicieuse des crepes preparees par ma mere, odeur qui se degage gracieusement de la cuisine pour atteindre ma chambre et me reveiller en douceur. Mais dans mon reve, j’ai egalement ressenti la nausee de chaque explosion.
Dans mon reve, j’ai senti tellement fort la securite d’un diner en famille, mon pere vantant un fruit ramene d’un pays lointain et moi reveuse faisant mine d’approuver. Mais dans mon reve, j’ai autant ressenti le desespoir d’une vie sans issue car dependante de jeux criminels.
Dans mon reve, j’etais moi-meme, pleine d’ambitions et de projets. Mais j’etais aussi cette fille vulnerable qui a peur du lendemain.
Dans mon reve, j’etais morte. Comme mon pays. J’etais transportee dans un autre monde ou l’on ressent ni danger, ni douleur, ni bonheur, ni plaisir, ni envie, ni peine, ni froid, ni chaud, ni ambition, ni tendresse. Un autre monde vide et monotone. J’etais rentree sur terre pour quelques secondes afin de dire a mes parents que j’allais bien.
J’ai fait un reve affreux. Car j’etais loin de ceux que j’aimais. Dans un monde sans danger peut-etre. Mais un monde insupportable dans lequel on est prive meme du droit de se donner la mort. Et avec tout le paradoxe de mon pauvre pays, oh que je prefere risquer ma vie rien que pour y ressentir peines et amours.
samedi, janvier 26, 2008
Sur le banc arriere
Une fille pose sa tete contre la vitre. Elle regarde du coin de l’oeil la ville endormie. Elle y voit des couleurs, des formes incertaines, des gens comme elle, des bars qui se ferment, des boulangeries qui sentent le travail et le pain chaud, un enfant qui dort sur le trottoir... Elle reflechit a sa vie. Elle n’en conclut rien. Non. Il est trop tard pour reflechir. Mais elle pleure. Elle sait qu’elle a le droit de pleurer. Lui, il ne dit rien. Il la regarde de temps en temps mais elle ne remarque meme pas. Il veut la consoler. Mais ca ne fait pas partie de son metier. Alors il continue la route. Doucement. Et lui met un peu de sa musique preferee.
Un homme arrange sa cravatte. C’est son troisieme entretien en une meme journee. Et c’est comme ca qu’il a passe ses derniers mois. Il en a marre d’etre au chomage. Il stresse a cause des routes embouteillees. Il lui demande d’accelerer. En vain. Il lui demande d’arreter. Il paie. Descend nerveusement de la voiture. Claque la porte. Presse le pas. Mais pas trop. Il ne veut pas arriver desordonne. Il prie tout en marchant. Il prie que son rendez-vous aboutira. Et qu’il trouvera enfin son chemin.
Un couple se dispute sans relache. Le garcon la traite de tous les noms et lui dit qu’un jour il va avoir le courage de la quitter. Elle lui dit qu’il est trop lache pour cela et que de toute facon il n’est rien sans elle. Elle lui rappelle qu’elle lui fait la cuisine, le menage, l’amour. Elle lui dit aussi qu’elle constitue toute sa vie sociale. Il lui crie qu’elle est toute sa misere et qu’il la hait autant qu’il aime. Elle crie a son tour. Ils crient. Ils ne se soucient pas de la personne devant. Cette personne qui s’identifie a leur vie. Sa vie qui ressemble tellement a celle qu’il ecoute discretement...
Une fille verifie qu’elle a tous ses papiers. Passeport, ticket, visa, tout est la. Elle quitte pour de bon. Elle a le coeur lourd mais elle a choisi sa carriere. Choisir son mec alors que leur relation est encore instable aurait constitue une decision trop volatile. Et elle est serieuse la fille. Son mec est a ses cotes. Il lui demande si elle serait reste s’ils etaient maries. Elle lui sourit. Sourire qui veut peut etre dire oui. Il plonge alors sa main dans sa poche. Il en ressort une alliance. Il lui ouvre la main. Y pose un tendre baiser avant de lui faire glisser l’alliance au doigt. Elle est emue. Et perdue. Elle vient d’accepter une offre a saisir. A New York. Mais ses larmes lui brouillent la vue. Et les pensees. Elle dit oui. Elle embrasse sa bague. Et demande au chauffeur de faire demi tour. Ouvre la fenetre. Jette ticket, passeport, visa.
Une etudiante fait des efforts pour se faire comprendre. A peine une semaine qu’elle est la. Elle n’a pas encore appris la langue. Et encore moins l’accent. Elle pose des millions de questions et se demande ce qui l’attend, qui elle pourrait rencontrer et si elle serait accueillie. Il la console gentillement. Et lui dit qu’il y a dix ans il etait etranger comme elle. Et qu’aujourd’hui il s’en sort pas mal. Elle lui dit merci...
Elle lui fait un signe de la main pour l'arreter. Elle s'assoit et lui dit qu'elle ne sait pas ou aller. Il ne comprend rien. Il lui demande de specifier. Elle lui dit qu'elle s'en fout, qu'elle lui paiera autant qu'il faudra. Qu'elle ne veut pas rentrer dans cette maison vide depuis que ses enfants ont grandi et que son mari n'est plus la. Elle lui dit de rouler. Aussi loin qu'il voudra. Et qu'au bout du trajet, elle trouvera un autre comme lui, qui essaiera aussi, a travers les paysages qui defilent, de lui redonner la vie. Depuis qu'elle ne la ressent plus... la vie.
Un chauffeur de taxi. Il en connait des vies. Il a assiste a des divorces, a des demandes en mariage, a des disputes, a des reconciliations, a des remises en cause, a des doutes, a des amours, a des retrouvailles.
Et a travers son retroviseur, il devine reves et regrets.
Un homme arrange sa cravatte. C’est son troisieme entretien en une meme journee. Et c’est comme ca qu’il a passe ses derniers mois. Il en a marre d’etre au chomage. Il stresse a cause des routes embouteillees. Il lui demande d’accelerer. En vain. Il lui demande d’arreter. Il paie. Descend nerveusement de la voiture. Claque la porte. Presse le pas. Mais pas trop. Il ne veut pas arriver desordonne. Il prie tout en marchant. Il prie que son rendez-vous aboutira. Et qu’il trouvera enfin son chemin.
Un couple se dispute sans relache. Le garcon la traite de tous les noms et lui dit qu’un jour il va avoir le courage de la quitter. Elle lui dit qu’il est trop lache pour cela et que de toute facon il n’est rien sans elle. Elle lui rappelle qu’elle lui fait la cuisine, le menage, l’amour. Elle lui dit aussi qu’elle constitue toute sa vie sociale. Il lui crie qu’elle est toute sa misere et qu’il la hait autant qu’il aime. Elle crie a son tour. Ils crient. Ils ne se soucient pas de la personne devant. Cette personne qui s’identifie a leur vie. Sa vie qui ressemble tellement a celle qu’il ecoute discretement...
Une fille verifie qu’elle a tous ses papiers. Passeport, ticket, visa, tout est la. Elle quitte pour de bon. Elle a le coeur lourd mais elle a choisi sa carriere. Choisir son mec alors que leur relation est encore instable aurait constitue une decision trop volatile. Et elle est serieuse la fille. Son mec est a ses cotes. Il lui demande si elle serait reste s’ils etaient maries. Elle lui sourit. Sourire qui veut peut etre dire oui. Il plonge alors sa main dans sa poche. Il en ressort une alliance. Il lui ouvre la main. Y pose un tendre baiser avant de lui faire glisser l’alliance au doigt. Elle est emue. Et perdue. Elle vient d’accepter une offre a saisir. A New York. Mais ses larmes lui brouillent la vue. Et les pensees. Elle dit oui. Elle embrasse sa bague. Et demande au chauffeur de faire demi tour. Ouvre la fenetre. Jette ticket, passeport, visa.
Une etudiante fait des efforts pour se faire comprendre. A peine une semaine qu’elle est la. Elle n’a pas encore appris la langue. Et encore moins l’accent. Elle pose des millions de questions et se demande ce qui l’attend, qui elle pourrait rencontrer et si elle serait accueillie. Il la console gentillement. Et lui dit qu’il y a dix ans il etait etranger comme elle. Et qu’aujourd’hui il s’en sort pas mal. Elle lui dit merci...
Elle lui fait un signe de la main pour l'arreter. Elle s'assoit et lui dit qu'elle ne sait pas ou aller. Il ne comprend rien. Il lui demande de specifier. Elle lui dit qu'elle s'en fout, qu'elle lui paiera autant qu'il faudra. Qu'elle ne veut pas rentrer dans cette maison vide depuis que ses enfants ont grandi et que son mari n'est plus la. Elle lui dit de rouler. Aussi loin qu'il voudra. Et qu'au bout du trajet, elle trouvera un autre comme lui, qui essaiera aussi, a travers les paysages qui defilent, de lui redonner la vie. Depuis qu'elle ne la ressent plus... la vie.
Un chauffeur de taxi. Il en connait des vies. Il a assiste a des divorces, a des demandes en mariage, a des disputes, a des reconciliations, a des remises en cause, a des doutes, a des amours, a des retrouvailles.
Et a travers son retroviseur, il devine reves et regrets.
mercredi, janvier 23, 2008
Si la vie etait un concert
J’etais contre l’idee d’y aller... Faire quatre heures de route pour assister a une heure trente de concert ne me semblait pas etre une idee geniale pour notre premiere soiree. Pour pas le contrarier et apres avoir innocemment tente de le lui faire oublier, je le suivis, trainant les pas, pour nous rendre a un concert qu’il appelle historique.
Il avait reserve les meilleures places. Et a le voir surexcite, j’ai ressenti un peu cette jalousie enfantine qui me devore et que je gardis bien sur pour moi. Jalouser Elton John serait completement absurde. Et meme peut-etre... interdit.
Arrives, je ne pus m’empecher de le regarder d’un regard severe qui veut tout dire. Car franchement, les longues routes me donnent la nausee depuis que je suis petite et voir le chanteur sur un ecran plus petit que notre tele ne fit que ressurgir en moi l’inutilite grandiose de ce concert. Lui, il me regardait d’un regard fier de quelqu’un qui vient d’avoir la meilleure idee du monde. Il s’attendait a ce que je lui rappelle qu’il etait un mec genial d’avoir prevu ce programme pour notre soiree. Ce que je fis... A contre coeur bien sur, surtout pour lui faire plaisir. J’aurais prefere mettre le dvd d’Elton et etaler paresseusement mes jambes nues sur une table qui se moque sans doute de notre nonchalance quelques fois, souvent, souffrant des verres d’alcool qui laissent des traces humides, des magots de cigarette qu’on fait mine de ne pas voir et des restes de nourriture qu’on gardera jusqu’au lendemain matin... Ou celui d’apres. On le voyait sur un tout petit ecran. Et rien ne prouvait que sur la scene, il y etait vraiment.
Mais bon, j’y etais. Avec lui. Et c’etait l’essentiel. Il chantait les paroles qu’il aimait tout en m’expliquant a l’oreille le sens et le contexte pour me faire ressentir l’emotion du moment et avouer la grandeur du spectacle.
Je ne connaissais que les chansons classiques d’Elton. Et j’ai realise qu’il y avait tellement de belles choses que j’ignorais et que ce qui est populaire n’est pas necessairement ce qui comporte le plus de talent.
Il y avait l’harmonie du groupe entre le chanteur et ses musiciens. Il y avait l’harmonie du pubic, tous chantant en meme temps, tous repetant la meme chose, tous balancant les hanches, tous portant au-dessus de leurs tetes des telephones portables pour leur lumiere quand autrefois on portait des bougies ou pour tenter d’eterneliser une partie de l’Histoire de la musique. Et de l’Histoire tout court.
Entre ces deux harmonies, une harmonie fusionnelle. A chacun de ses gestes, les corps chaviraient. Et a chacun de nos applaudissements, une voix angelique s’elevait.
Un concert... preuve que des milliers de personnes de nationalites et d’origines differentes pouvaient se retrouver en meme temps, au meme moment, pour le meme but. Un concert... preuve que des milliers de personnes a avis et a vies differentes pouvaient se mettre d’accord sur le point qu’il s’agit d’un don de dieu et qu’ils sont venus l’approuver.
Un concert... preuve que les gens peuvent s’entendre... ne serait-ce que sur la musique. Et meme sur la musique.
On ne le voyait que sur ecran. C’est vrai. Mais il etait venu pour nous. Et nous pour lui. Et c'est l'essentiel.
De lui, une certaine energie se degageait. Et je l’ai ressentie dans le corps et dans le coeur.
Je ne pouvais que remercier, dans le silence le plus intense, mon copain de m'y avoir emmenee.
De derriere, je pouvais observer toute la foule. Les gens avaient les epaules collees, les corps en mouvement uniforme et les mains qui applaudissaient de facon synchronisee.
De derriere, je ne pouvais qu’etre sure que la vie serait parfaite... si la vie etait un concert.
Il avait reserve les meilleures places. Et a le voir surexcite, j’ai ressenti un peu cette jalousie enfantine qui me devore et que je gardis bien sur pour moi. Jalouser Elton John serait completement absurde. Et meme peut-etre... interdit.
Arrives, je ne pus m’empecher de le regarder d’un regard severe qui veut tout dire. Car franchement, les longues routes me donnent la nausee depuis que je suis petite et voir le chanteur sur un ecran plus petit que notre tele ne fit que ressurgir en moi l’inutilite grandiose de ce concert. Lui, il me regardait d’un regard fier de quelqu’un qui vient d’avoir la meilleure idee du monde. Il s’attendait a ce que je lui rappelle qu’il etait un mec genial d’avoir prevu ce programme pour notre soiree. Ce que je fis... A contre coeur bien sur, surtout pour lui faire plaisir. J’aurais prefere mettre le dvd d’Elton et etaler paresseusement mes jambes nues sur une table qui se moque sans doute de notre nonchalance quelques fois, souvent, souffrant des verres d’alcool qui laissent des traces humides, des magots de cigarette qu’on fait mine de ne pas voir et des restes de nourriture qu’on gardera jusqu’au lendemain matin... Ou celui d’apres. On le voyait sur un tout petit ecran. Et rien ne prouvait que sur la scene, il y etait vraiment.
Mais bon, j’y etais. Avec lui. Et c’etait l’essentiel. Il chantait les paroles qu’il aimait tout en m’expliquant a l’oreille le sens et le contexte pour me faire ressentir l’emotion du moment et avouer la grandeur du spectacle.
Je ne connaissais que les chansons classiques d’Elton. Et j’ai realise qu’il y avait tellement de belles choses que j’ignorais et que ce qui est populaire n’est pas necessairement ce qui comporte le plus de talent.
Il y avait l’harmonie du groupe entre le chanteur et ses musiciens. Il y avait l’harmonie du pubic, tous chantant en meme temps, tous repetant la meme chose, tous balancant les hanches, tous portant au-dessus de leurs tetes des telephones portables pour leur lumiere quand autrefois on portait des bougies ou pour tenter d’eterneliser une partie de l’Histoire de la musique. Et de l’Histoire tout court.
Entre ces deux harmonies, une harmonie fusionnelle. A chacun de ses gestes, les corps chaviraient. Et a chacun de nos applaudissements, une voix angelique s’elevait.
Un concert... preuve que des milliers de personnes de nationalites et d’origines differentes pouvaient se retrouver en meme temps, au meme moment, pour le meme but. Un concert... preuve que des milliers de personnes a avis et a vies differentes pouvaient se mettre d’accord sur le point qu’il s’agit d’un don de dieu et qu’ils sont venus l’approuver.
Un concert... preuve que les gens peuvent s’entendre... ne serait-ce que sur la musique. Et meme sur la musique.
On ne le voyait que sur ecran. C’est vrai. Mais il etait venu pour nous. Et nous pour lui. Et c'est l'essentiel.
De lui, une certaine energie se degageait. Et je l’ai ressentie dans le corps et dans le coeur.
Je ne pouvais que remercier, dans le silence le plus intense, mon copain de m'y avoir emmenee.
De derriere, je pouvais observer toute la foule. Les gens avaient les epaules collees, les corps en mouvement uniforme et les mains qui applaudissaient de facon synchronisee.
De derriere, je ne pouvais qu’etre sure que la vie serait parfaite... si la vie etait un concert.
dimanche, janvier 13, 2008
Je veux tout
Il paraît qu’il faut avoir beaucoup d’argent pour faire de l’argent. Il paraît qu’il faut souffrir pour le premier million, et que les millions qui suivent sont naturellement créés. Mais comment faire le million sans un million ?
Il paraît qu’il faut avoir de l’expérience pour trouver du boulot. Mais comment gagner cette première expérience sans expérience ?
Il paraît qu’il faut avoir un bon diplôme pour postuler à une bonne maîtrise. Et une bonne maîtrise pour un bon diplôme. Comment avoir ce diplôme sans diplôme ?
Il paraît qu’il faut un bon job pour un bon master. Et un bon master pour un bon job.
Je ne sais pas si c’est le monde qui est de travers. Ou si je n’ai tout simplement rien compris de l’affaire…
Je ne sais plus ce qui vient avant quoi, comment y arriver et par où commencer. Travailler puis étudier, le contraire, rien du tout, ou les deux à la fois.
Remplir des papiers pour les voir revenir par courier. Envoyer des mails à de fausses adresses. Lire sur des sites dépassés et postuler après le délai. Pleurer sur un tas de papiers, y renverser une tasse de thé et s’endormir dessus une fois esquintée. Crier au téléphone sur des amis qui ne comprennent pas que je n’ai pas perdu la tête, ni le sang froid mais les deux à la fois. Ne pas fermer l’œil de la nuit car penser à des petits oublis, attendre le matin pour faire des coups de fil et éclaircir le chemin, tout déchirer et recommencer, retaper des phrases tordues à remplacer par des mots crochus, rire de soi quand on n’y croit même pas, essayer pour plaire à ma mère et pour calmer une conscience qui me reproche de ne rien faire, sentir la fatigue m’envahir et se surpasser rien que pour souffrir, oublier de manger jusqu’à avoir la nausée, rire d’un état qui ne fait que se détériorer, réfléchir à un week-end promis et se demander si c’est bientôt fini mais replonger la tête dans un travail qui ne dépend que d’un hasard, imaginer l’année prochaine ne sachant comment finir la semaine…
Se réveiller et se dire que c’est une nouvelle journée. Vouloir croquer la vie, le jour, la nuit, l’appeler et lui crier ‘je t’aime’ puis raccrocher et recommencer quand même.
Les étapes s’entremêlent, se confondent, se marient, se couchent… Tout et rien à la fois. Je veux tout. Même si je commence par rien du tout.
Il paraît qu’il faut avoir de l’expérience pour trouver du boulot. Mais comment gagner cette première expérience sans expérience ?
Il paraît qu’il faut avoir un bon diplôme pour postuler à une bonne maîtrise. Et une bonne maîtrise pour un bon diplôme. Comment avoir ce diplôme sans diplôme ?
Il paraît qu’il faut un bon job pour un bon master. Et un bon master pour un bon job.
Je ne sais pas si c’est le monde qui est de travers. Ou si je n’ai tout simplement rien compris de l’affaire…
Je ne sais plus ce qui vient avant quoi, comment y arriver et par où commencer. Travailler puis étudier, le contraire, rien du tout, ou les deux à la fois.
Remplir des papiers pour les voir revenir par courier. Envoyer des mails à de fausses adresses. Lire sur des sites dépassés et postuler après le délai. Pleurer sur un tas de papiers, y renverser une tasse de thé et s’endormir dessus une fois esquintée. Crier au téléphone sur des amis qui ne comprennent pas que je n’ai pas perdu la tête, ni le sang froid mais les deux à la fois. Ne pas fermer l’œil de la nuit car penser à des petits oublis, attendre le matin pour faire des coups de fil et éclaircir le chemin, tout déchirer et recommencer, retaper des phrases tordues à remplacer par des mots crochus, rire de soi quand on n’y croit même pas, essayer pour plaire à ma mère et pour calmer une conscience qui me reproche de ne rien faire, sentir la fatigue m’envahir et se surpasser rien que pour souffrir, oublier de manger jusqu’à avoir la nausée, rire d’un état qui ne fait que se détériorer, réfléchir à un week-end promis et se demander si c’est bientôt fini mais replonger la tête dans un travail qui ne dépend que d’un hasard, imaginer l’année prochaine ne sachant comment finir la semaine…
Se réveiller et se dire que c’est une nouvelle journée. Vouloir croquer la vie, le jour, la nuit, l’appeler et lui crier ‘je t’aime’ puis raccrocher et recommencer quand même.
Les étapes s’entremêlent, se confondent, se marient, se couchent… Tout et rien à la fois. Je veux tout. Même si je commence par rien du tout.
vendredi, janvier 11, 2008
A coeur ouvert
J’ai toujours apprécié la réussite, les yeux remplis d’admiration mêlée d’une pointe de jalousie. Une admiration qui me pousse à doubler d’efforts. Une légère jalousie qui me retarde quelque fois quand je regarde autour de moi pour voir où sont les autres et où j’en suis…
J’ai toujours eu la volonté de réussir et l’audace nécessaire. Car la réussite procure en plus de la reconnaissance générale et du respect, une certaine satisfaction personnelle d’une intensité immesurable qui, elle, fait naître un amour de soi et une confiance très particulière.
J’ai toujours été attirée par ceux qui réussissent, par leur intelligence, leur témérité, leur persévérance et encore une fois et surtout… par leur audace. L’échec momentané, occasionnel, accidentel est, certes, inévitable. Mais cette réussite qui affirme la démarche et redresse légèrement le bout du nez tout en ajoutant une lueur dans les yeux rend, tout simplement… irrésistible.
Je lisais, pensive, rêveuse, détachée un cours de droit bien retenu quand une voix sereine mais déterminée m’attira jusque devant le poste de télé. Un jeune médecin parlait de médecine et exposait sa découverte sur un éventuel traitement du cancer qui remplacerait ceux utilisés aujourd’hui et éliminerait les effets secondaires par eux provoqués.
Je n’ai rien compris des détails de l’affaire, du schéma exposé, du processus et des molécules à combattre et ce que les souris venaient faire dans l’histoire. Je ne sais pas si c’est parce qu’il parlait de médecine, métier tellement respectueux et louable, si c'est parce qu'il etait tellement jeune ou si c'est parce qu'il etait tellement libanais… j’ai senti la réussite. Et j’ai aimé. Une opération à cœur ouvert … que mon cœur a appréciée.
J’ai toujours eu la volonté de réussir et l’audace nécessaire. Car la réussite procure en plus de la reconnaissance générale et du respect, une certaine satisfaction personnelle d’une intensité immesurable qui, elle, fait naître un amour de soi et une confiance très particulière.
J’ai toujours été attirée par ceux qui réussissent, par leur intelligence, leur témérité, leur persévérance et encore une fois et surtout… par leur audace. L’échec momentané, occasionnel, accidentel est, certes, inévitable. Mais cette réussite qui affirme la démarche et redresse légèrement le bout du nez tout en ajoutant une lueur dans les yeux rend, tout simplement… irrésistible.
Je lisais, pensive, rêveuse, détachée un cours de droit bien retenu quand une voix sereine mais déterminée m’attira jusque devant le poste de télé. Un jeune médecin parlait de médecine et exposait sa découverte sur un éventuel traitement du cancer qui remplacerait ceux utilisés aujourd’hui et éliminerait les effets secondaires par eux provoqués.
Je n’ai rien compris des détails de l’affaire, du schéma exposé, du processus et des molécules à combattre et ce que les souris venaient faire dans l’histoire. Je ne sais pas si c’est parce qu’il parlait de médecine, métier tellement respectueux et louable, si c'est parce qu'il etait tellement jeune ou si c'est parce qu'il etait tellement libanais… j’ai senti la réussite. Et j’ai aimé. Une opération à cœur ouvert … que mon cœur a appréciée.
samedi, décembre 22, 2007
A mes deux parisiennes
Juillet. Je pars seule. Je ne sais pas ce qui m’attend. Mon mec part pour Dubaï et moi pour Paris. 7 heures de vol pour partir chez lui. 0 heure car je sais que je ne pourrai pas y aller. 2 heures de décalage horaire. Internet pour nous sauver.
Derrière mon ordi, je fais des recherches qui n’aboutissent pas. A part dans le code civil, je ne sais pas où chercher, comment rédiger des conclusions et si leur méthode est différente de celle que j’ai apprise à la faculté de droit de Beyrouth.
Autour de moi, les visages sont très peu réconfortants. Ils semblent être pourtant confortables en la matière. J’utilise mes lunettes pour faire sérieuse. Je me dis qu’à force de faire semblant, je le deviendrais peut-être pour de vrai.
Un calme absolu. Des papiers qui s’entassent. Des marqueurs qui se vident. Des photocopieuses qui ne prennent aucune minute de repos. Des livres trop utilisés. Et une bibliothèque snobe ordonnée de manière alphabétique, chronologique, bref, trop compliquée.
Je n’ose pas poser des questions. Pas encore. Ils ne savent pas que chez moi, on m’appelle mademoiselle pourquoi. Et je tiens à ne pas le faire savoir. Pas encore. Je me débrouille. Pas vraiment. J’envoie des messages appelant au secours à des amis plus médiocres que moi. Et puis résonne une voix dynamique et heureuse dans le couloir. Une voix qui se marie difficilement avec le sérieux pesant d’un environnement juridique. La voix se rapproche. Elise. Elle s’appelle Elise. Elle m’ouvre son code civil et me demande de lui trouver les articles de loi concernant le bail. Elle ne veut pas donner mauvaise impression la première semaine. Comme moi. Et c’est comme ça que ça a commencé. Je n’ai pas su finir mon travail. Mais le sien m’était familier. Et puis ensemble, on a déjeuné.
L’autre, c’est Alix. Elle a eu une mauvaise première expérience et a quitté le cabinet de son premier stage pour atterrir au même endroit que moi. Elle ne parle pas beaucoup et me dévisage d’un air bizarre. Elle me dit plus tard qu’elle a été fascinée par ce qu’elle a interprété comme un sérieux exagéré avant de comprendre que ce n’était qu’une concentration accrue à des messages que mes amis m’envoyaient. Alix est trop réservée mais il a suffi que l’on discute quelques fois pour que l’on découvre des passions communes pour des choses que j’éviterai de mentionner.
Et mon stage s’est ainsi transformé d’un ennui douloureux à un véritable plaisir. Toutes les trois, sur l’avenue, pour des pauses interminables, des conversations dynamiques, des histoires passionnantes, des confidences, du café, des macarons, des déjeuners libanais… Toutes les trois pour parler de Paris, de Beyrouth, de nos amours, nos familles, nos ambitions faisant taire nos consciences qui nous disaient de rentrer et puis courir affolées de tant de retard.
Toutes les trois, pendant trois mois, le temps d’un été. Toutes les trois pour un apprentissage illégal ou du moins non juridique. Il y a eu les sushis, le libanais de la rue d’à côté, le vin chez Alix jusqu’au matin et le retour chez moi à pieds pour avoir raté le dernier métro, l’escapade du bureau sous la pluie pour une pièce de lingerie et revenir trempées jusqu’aux os mais penser quand même avoir fait une bonne affaire, le shopping rue de Renne et le passage obligatoire par Zara à chaque pause.
Et puis la séparation. Moi pour le Liban. Elles, pour retrouver chacune ses cours respectifs. Décembre. On s’écrit pour se raconter une soirée affreuse, un projet fou, une discussion anodine, un coup de blues, des yeux charmeurs, un sourire ravageur, une mauvaise note, une nuit blanche et pour se donner rendez-vous dans l’abstrait. On essaie de coordonner nos emplois du temps pour qu’elles puissent venir au Liban. C’est difficile avec les cours, les examens et les vacances. Mais ça viendra. On s’écrit pour imaginer notre prochaine rencontre, les cocktails en happy hour sur saint germain, le trio que l’on formait. Je leur parle de Beyrouth. Elles me parlent. Et dans leurs mots, je retrouve Paris…
Derrière mon ordi, je fais des recherches qui n’aboutissent pas. A part dans le code civil, je ne sais pas où chercher, comment rédiger des conclusions et si leur méthode est différente de celle que j’ai apprise à la faculté de droit de Beyrouth.
Autour de moi, les visages sont très peu réconfortants. Ils semblent être pourtant confortables en la matière. J’utilise mes lunettes pour faire sérieuse. Je me dis qu’à force de faire semblant, je le deviendrais peut-être pour de vrai.
Un calme absolu. Des papiers qui s’entassent. Des marqueurs qui se vident. Des photocopieuses qui ne prennent aucune minute de repos. Des livres trop utilisés. Et une bibliothèque snobe ordonnée de manière alphabétique, chronologique, bref, trop compliquée.
Je n’ose pas poser des questions. Pas encore. Ils ne savent pas que chez moi, on m’appelle mademoiselle pourquoi. Et je tiens à ne pas le faire savoir. Pas encore. Je me débrouille. Pas vraiment. J’envoie des messages appelant au secours à des amis plus médiocres que moi. Et puis résonne une voix dynamique et heureuse dans le couloir. Une voix qui se marie difficilement avec le sérieux pesant d’un environnement juridique. La voix se rapproche. Elise. Elle s’appelle Elise. Elle m’ouvre son code civil et me demande de lui trouver les articles de loi concernant le bail. Elle ne veut pas donner mauvaise impression la première semaine. Comme moi. Et c’est comme ça que ça a commencé. Je n’ai pas su finir mon travail. Mais le sien m’était familier. Et puis ensemble, on a déjeuné.
L’autre, c’est Alix. Elle a eu une mauvaise première expérience et a quitté le cabinet de son premier stage pour atterrir au même endroit que moi. Elle ne parle pas beaucoup et me dévisage d’un air bizarre. Elle me dit plus tard qu’elle a été fascinée par ce qu’elle a interprété comme un sérieux exagéré avant de comprendre que ce n’était qu’une concentration accrue à des messages que mes amis m’envoyaient. Alix est trop réservée mais il a suffi que l’on discute quelques fois pour que l’on découvre des passions communes pour des choses que j’éviterai de mentionner.
Et mon stage s’est ainsi transformé d’un ennui douloureux à un véritable plaisir. Toutes les trois, sur l’avenue, pour des pauses interminables, des conversations dynamiques, des histoires passionnantes, des confidences, du café, des macarons, des déjeuners libanais… Toutes les trois pour parler de Paris, de Beyrouth, de nos amours, nos familles, nos ambitions faisant taire nos consciences qui nous disaient de rentrer et puis courir affolées de tant de retard.
Toutes les trois, pendant trois mois, le temps d’un été. Toutes les trois pour un apprentissage illégal ou du moins non juridique. Il y a eu les sushis, le libanais de la rue d’à côté, le vin chez Alix jusqu’au matin et le retour chez moi à pieds pour avoir raté le dernier métro, l’escapade du bureau sous la pluie pour une pièce de lingerie et revenir trempées jusqu’aux os mais penser quand même avoir fait une bonne affaire, le shopping rue de Renne et le passage obligatoire par Zara à chaque pause.
Et puis la séparation. Moi pour le Liban. Elles, pour retrouver chacune ses cours respectifs. Décembre. On s’écrit pour se raconter une soirée affreuse, un projet fou, une discussion anodine, un coup de blues, des yeux charmeurs, un sourire ravageur, une mauvaise note, une nuit blanche et pour se donner rendez-vous dans l’abstrait. On essaie de coordonner nos emplois du temps pour qu’elles puissent venir au Liban. C’est difficile avec les cours, les examens et les vacances. Mais ça viendra. On s’écrit pour imaginer notre prochaine rencontre, les cocktails en happy hour sur saint germain, le trio que l’on formait. Je leur parle de Beyrouth. Elles me parlent. Et dans leurs mots, je retrouve Paris…
vendredi, décembre 21, 2007
Pour qui
Je me demande parfois, si on ne s’en fout pas de mes histoires, des mecs qui m’ont laissée, de celui que j’ai retrouvé, de mes voyages, de ma solitude, de mes soirées de fêtes, des matins dégueulasses, des chocolats que je mange en cachette et des journées de jeun pour toujours lui plaire, de mes livres de droit avalés en retard et des cours séchés pour faire la grasse matinée, de ma folle jalousie tard dans la nuit, de ton téléphone que tu éteins comme pour me faire souffrir, de ma revanche encore pire, de tes cris de possessivité, de mon rire nerveux pour me faire pardonner, des mensonges qu’on se dit, des câlins dans la nuit, de ma voiture trop sale que je vais un jour nettoyer, de ma relation à distance qui fait chier, de mon sale caractère qui fait fuir mes proches et de mes appels de regret juste après, des mots que j’adore et des autres que j’écris sans comprendre, des dates importantes et celles que j’essaie d’oublier, de tout ce que je t’ai causé comme torts et surtout de mes remords, d’un corps que j’adore et de tes lèvres que je dévore, de nos projets de gosses, de nos mauvaises pensées, de nos rires d’enfants, de nos jeux de grands, de nos maladresses, de nos soucis, de nos baisers, de nos excuses et surtout des prétextes, des scénarios faits à deux qui se terminent en solo, des nuits sur un paillasson et de toutes ces histoires que tu me racontes…
Je sais pas s’ils en foutent et si je les ennuie, si j’en fait trop et si pour eux c’est de la comédie, si mes histoires sont ridicules, si mes mots sont trop naïfs, si je suis trop jeune pour savoir, trop vieille pour en parler, trop blonde pour savoir expliquer et trop brune pour le mériter, trop amoureuse pour y voir net, trop indépendante pour servir d’exemple, trop rêveuse pour avoir les pieds sur terre et trop poétique pour être crédible…
Je ne sais pas… Je pense, j’écris, je sens, j’écris, je vois, j’écris, je touche, j’écris… Pour qui…
Je sais pas s’ils en foutent et si je les ennuie, si j’en fait trop et si pour eux c’est de la comédie, si mes histoires sont ridicules, si mes mots sont trop naïfs, si je suis trop jeune pour savoir, trop vieille pour en parler, trop blonde pour savoir expliquer et trop brune pour le mériter, trop amoureuse pour y voir net, trop indépendante pour servir d’exemple, trop rêveuse pour avoir les pieds sur terre et trop poétique pour être crédible…
Je ne sais pas… Je pense, j’écris, je sens, j’écris, je vois, j’écris, je touche, j’écris… Pour qui…
mardi, décembre 18, 2007
Tout est dans le sentiment
Certains principes sont généralement admis. Fixés par je ne sais qui et retenus par nous, aveuglement, spontanément, lâchement, ils constituent notre censure sociale et décident, catégoriquement, ce qui est normal et ce qui ne l’est pas. Comme ça, automatiquement, aux yeux de tous, par ce processus classique voire archaïque, nous devenons tantôt rebelles donc en marge de la société et tantôt conformes, donc acceptés.
Certaines personnes profitent de leurs titres pour agir dans un sens déterminé et échapper à la critique : ce qui est permis au roi ne l’est pas forcément au pauvre citoyen du coin. Pouvoir, argent ou influence sociale permettent de diverger aux normes et ramener le délinquant au statut de bon citoyen. Un homme politique se permet de violer la loi, l’ayant lui-même créée. Un prof se permet d’arriver en retard se prévalant du fait que la ponctualité ne s’applique qu’aux élèves. Une femme casée échappe rarement à la sanction sévère du jugement d’immoralité, affichant la pancarte de non célibataire.
En réalité, agir sans titre nécessite beaucoup plus d’efforts, de la témérité et surtout de l’audace. Car une femme amoureuse qui se permet de se lancer dans une aventure avec l’homme qu’elle aime est bien plus morale que celle qui se cache derrière sa relation pour agir en toute indécence.
Le titre ne justifie pas les moyens. Et la carence du titre n’est pas en soi une cause de jugement. Tout est dans le sentiment.
Certaines personnes profitent de leurs titres pour agir dans un sens déterminé et échapper à la critique : ce qui est permis au roi ne l’est pas forcément au pauvre citoyen du coin. Pouvoir, argent ou influence sociale permettent de diverger aux normes et ramener le délinquant au statut de bon citoyen. Un homme politique se permet de violer la loi, l’ayant lui-même créée. Un prof se permet d’arriver en retard se prévalant du fait que la ponctualité ne s’applique qu’aux élèves. Une femme casée échappe rarement à la sanction sévère du jugement d’immoralité, affichant la pancarte de non célibataire.
En réalité, agir sans titre nécessite beaucoup plus d’efforts, de la témérité et surtout de l’audace. Car une femme amoureuse qui se permet de se lancer dans une aventure avec l’homme qu’elle aime est bien plus morale que celle qui se cache derrière sa relation pour agir en toute indécence.
Le titre ne justifie pas les moyens. Et la carence du titre n’est pas en soi une cause de jugement. Tout est dans le sentiment.
dimanche, décembre 16, 2007
Se retirer
Certaines personnes présentent la qualité de la sociabilité. Sans faire beaucoup d’efforts ni jouer la comédie, elles arrivent à intégrer n’importe quel milieu, s’y adapter et se faire aimer. Par le pouvoir de leurs mots, la simplicité de leur attitude, leur modestie et l’énergie qu’elles dégagent, on les aime, on a envie de les connaître et de s’en rapprocher. Elles peuvent être très réussies et avantagées par la nature mais elles n’inspirent ni jalousie, ni concurrence car un certain charme nous emporte et les rend sympathiques.
Cette faculté d’être proche des gens, de leur faire preuve d’intérêt et de gentillesse trouve sa source dans la modestie, la confiance en soi et surtout l’intelligence. Parler aux autres c’est à la fois se faire connaître et apprendre. Il suffit de se débarrasser de la peur de l’autre, des ses propres complexes, de la crainte du jugement pour se laisser aller, parler, discuter, s’enrichir, ressentir, refuser, désapprouver mais dans tous les cas, considérer. Car que l’on soit d’accord ou pas, il faut toujours considérer. Pour un jour approuver. Ou au contraire, confirmer son refus.
Pour pouvoir aller vers l’autre, il faut passer outre l’apparence et être en quête d’apprentissage ou tout simplement d’un bon moment, un moment de plaisir, un moment de sincérité, un moment de paroles inutiles, un moment de rire, un moment éphémère. Ou pas. C’est ce que j’essaie de faire. La conversation, les sourires, les mots gentils pour bannir les préjugés et tenter d’échanger. C’est surtout en présence d’amis d’amis que l’on éprouve tantôt l’envie et tantôt le devoir de discuter. Et c’est ce que j’ai fait.
Je ne sais pas si j’ai vraiment essayé. Je me suis répétée qu’ils ont beau m’inspirer ni confiance ni sympathie, que malgré le fait que la fille d’en face et moi n’avons probablement rien en commun et que ses sujets de conversation passent de sale en pire je dois quand même être gentille et polie, que je lui ressemble peut-être et qu’il se peut qu’elle me trouve aussi antipathique, que pour mes amis je devrais être altruiste et me montrer épanouie… ça n’a pas servi. J’ai échoué. Et à part les grimaces et les soupirs d’ennui, rien n’est sorti.
Je croyais avoir ce quelque chose qui me rendait proche des gens. Car j’ai souvent engagé des conversations passionnantes avec des inconnus, j’ai parfois oublié de descendre du bus lors de mon passage à Paris captivée par les histoires d’une parisienne anonyme et je me suis même fait des amies en boîte en trouvant le moyen de parler malgré la musique et les talons qui font souffrir. Je croyais pouvoir m’adapter partout et trouver des trucs à dire avec n’importe qui. Mais ce soir, j’ai vraiment atteint mes limites.
Je repense à ma soirée. Je me demande ce qui n’allait pas. Si c’est à cause de moi, d’une mauvaise humeur passagère ou de mon caractère renfermé que je masque d’ouverture. Je ne sais pas. Oui, j’ai atteint mes propres limites. Comme ça. Je les voulais flexibles, je me reteins le plus longtemps possible. Et puis tout à coup, comme à bout de souffle, je laisse sur la table de la monnaie pour mon café à peine commencé et je me retire. Sur le chemin du retour, je n’ai qu’une pensée : il est parfois dur de s’intégrer mais il est aussi bien plus difficile de savoir s’en aller. Prendre une décision d’incompatibilité absolue et trouver la force de se retirer. Sans réfléchir, ni hésiter, ce soir, je me suis retirée.
Cette faculté d’être proche des gens, de leur faire preuve d’intérêt et de gentillesse trouve sa source dans la modestie, la confiance en soi et surtout l’intelligence. Parler aux autres c’est à la fois se faire connaître et apprendre. Il suffit de se débarrasser de la peur de l’autre, des ses propres complexes, de la crainte du jugement pour se laisser aller, parler, discuter, s’enrichir, ressentir, refuser, désapprouver mais dans tous les cas, considérer. Car que l’on soit d’accord ou pas, il faut toujours considérer. Pour un jour approuver. Ou au contraire, confirmer son refus.
Pour pouvoir aller vers l’autre, il faut passer outre l’apparence et être en quête d’apprentissage ou tout simplement d’un bon moment, un moment de plaisir, un moment de sincérité, un moment de paroles inutiles, un moment de rire, un moment éphémère. Ou pas. C’est ce que j’essaie de faire. La conversation, les sourires, les mots gentils pour bannir les préjugés et tenter d’échanger. C’est surtout en présence d’amis d’amis que l’on éprouve tantôt l’envie et tantôt le devoir de discuter. Et c’est ce que j’ai fait.
Je ne sais pas si j’ai vraiment essayé. Je me suis répétée qu’ils ont beau m’inspirer ni confiance ni sympathie, que malgré le fait que la fille d’en face et moi n’avons probablement rien en commun et que ses sujets de conversation passent de sale en pire je dois quand même être gentille et polie, que je lui ressemble peut-être et qu’il se peut qu’elle me trouve aussi antipathique, que pour mes amis je devrais être altruiste et me montrer épanouie… ça n’a pas servi. J’ai échoué. Et à part les grimaces et les soupirs d’ennui, rien n’est sorti.
Je croyais avoir ce quelque chose qui me rendait proche des gens. Car j’ai souvent engagé des conversations passionnantes avec des inconnus, j’ai parfois oublié de descendre du bus lors de mon passage à Paris captivée par les histoires d’une parisienne anonyme et je me suis même fait des amies en boîte en trouvant le moyen de parler malgré la musique et les talons qui font souffrir. Je croyais pouvoir m’adapter partout et trouver des trucs à dire avec n’importe qui. Mais ce soir, j’ai vraiment atteint mes limites.
Je repense à ma soirée. Je me demande ce qui n’allait pas. Si c’est à cause de moi, d’une mauvaise humeur passagère ou de mon caractère renfermé que je masque d’ouverture. Je ne sais pas. Oui, j’ai atteint mes propres limites. Comme ça. Je les voulais flexibles, je me reteins le plus longtemps possible. Et puis tout à coup, comme à bout de souffle, je laisse sur la table de la monnaie pour mon café à peine commencé et je me retire. Sur le chemin du retour, je n’ai qu’une pensée : il est parfois dur de s’intégrer mais il est aussi bien plus difficile de savoir s’en aller. Prendre une décision d’incompatibilité absolue et trouver la force de se retirer. Sans réfléchir, ni hésiter, ce soir, je me suis retirée.
vendredi, décembre 14, 2007
Ce Noël à Beyrouth
On est à une semaine de Noël. J’essaie de finir les trucs que j’ai à faire avant qu’ils ne viennent. On se retrouve chaque année à la même date autour d’un très bon dîner que prépare ma mère. Ils me manquent. Et c’est grâce à eux que j’aime cette fête.
Ils appellent au rythme des minutes. Ils demandent, commandent, réservent, prévoient, souhaitent, s’excitent, s’impatientent… Je les sais heureux. Et je le suis aussi.
Je calme mes sorties parce que je sais que je vais dormir très peu une fois qu’ils sont là. Il vient aussi et je ne compte pas perdre une minute. Il vient pour qu’on s’unisse… Officiellement.
J’aurais aimé que la situation du pays soit aussi médiocre que d’habitude. Mais j’exagérerais en affirmant ceci. Car la situation est bien pire. Chez le coiffeur, les femmes donnent leurs avis et parlent politique. Elles sont aussi ridicules que les bigoudis qu’elles ont entre les cheveux. Elles ne savent rien et répètent des choses entendues ici et là. Je les regarde du coin de l’œil avant de replonger ma tête dans un roman aussi ridicule que leurs conversations.
Je me sens égoïste. Je veux que tout se calme pour avoir de belles vacances. Je veux qu’ils suspendent leurs cruautés le temps d’une semaine pour que je puisse apprécier le dîner de Noël, les soirées folles de décembre, le nouvel an, la bûche de ma mère, les chansons qui ont cent ans, les voix aigues et indiscrètes de mes parents, la curiosité de ma grand-mère, la cheminée, les regards complices, les disputes avec ma sœur, le chaos de la maison enfin habitée, les cadeaux que l'on deteste, les petits-déjeuners désordonnés, les pertes, les oublis, les saletés, l’alcool, la fumée, le chocolat, le gras, la messe de minuit, le element, les amis, les promesses, les résolutions, les bêtises, les confidences etc etc.
A la télé, les tristes évènements de la semaine ne me font ni chaud ni froid. Je ne pense qu’à lui et à le revoir. Je me sais individualiste mais ne sais comment changer mes pensées. Je ne considère que ce qui m’affecte et crains que les choses ne s’aggravent aggravant avec elles mes relations…
Les rues ne sont pas encore décorées. Il n’y a que le décor désuet de l’année passée, un décor qu’on a oublié de retirer, un décor abîmé par la pluie, les tempêtes et les mauvaises pensées.
Il manque un esprit de fête habituel à cette époque de l’année. Il manque ce quelque chose que je n’arrive pas à cerner. Et je compte sur eux pour en ramener.
Dans le salon, ma mère veut décorer le sapin. Elle appelle ma sœur, par habitude. C’est elle qui le faisait. Elle me regarde croyant que par défaut, je l’aiderais. Je fais mine de ne pas comprendre. Et j’envoie un message à ma sœur pour lui raconter…
Les avions se remplissent et ils ont du mal à trouver des places. Ca me fait quelque chose au cœur de penser que les libanais viennent quand même, malgré tout ce qui se passe.
Je veux que Beyrouth s’offre une semaine de vacances. Rien qu’une semaine… je voudrais qu’on m’accorde cette chance.
Ils appellent au rythme des minutes. Ils demandent, commandent, réservent, prévoient, souhaitent, s’excitent, s’impatientent… Je les sais heureux. Et je le suis aussi.
Je calme mes sorties parce que je sais que je vais dormir très peu une fois qu’ils sont là. Il vient aussi et je ne compte pas perdre une minute. Il vient pour qu’on s’unisse… Officiellement.
J’aurais aimé que la situation du pays soit aussi médiocre que d’habitude. Mais j’exagérerais en affirmant ceci. Car la situation est bien pire. Chez le coiffeur, les femmes donnent leurs avis et parlent politique. Elles sont aussi ridicules que les bigoudis qu’elles ont entre les cheveux. Elles ne savent rien et répètent des choses entendues ici et là. Je les regarde du coin de l’œil avant de replonger ma tête dans un roman aussi ridicule que leurs conversations.
Je me sens égoïste. Je veux que tout se calme pour avoir de belles vacances. Je veux qu’ils suspendent leurs cruautés le temps d’une semaine pour que je puisse apprécier le dîner de Noël, les soirées folles de décembre, le nouvel an, la bûche de ma mère, les chansons qui ont cent ans, les voix aigues et indiscrètes de mes parents, la curiosité de ma grand-mère, la cheminée, les regards complices, les disputes avec ma sœur, le chaos de la maison enfin habitée, les cadeaux que l'on deteste, les petits-déjeuners désordonnés, les pertes, les oublis, les saletés, l’alcool, la fumée, le chocolat, le gras, la messe de minuit, le element, les amis, les promesses, les résolutions, les bêtises, les confidences etc etc.
A la télé, les tristes évènements de la semaine ne me font ni chaud ni froid. Je ne pense qu’à lui et à le revoir. Je me sais individualiste mais ne sais comment changer mes pensées. Je ne considère que ce qui m’affecte et crains que les choses ne s’aggravent aggravant avec elles mes relations…
Les rues ne sont pas encore décorées. Il n’y a que le décor désuet de l’année passée, un décor qu’on a oublié de retirer, un décor abîmé par la pluie, les tempêtes et les mauvaises pensées.
Il manque un esprit de fête habituel à cette époque de l’année. Il manque ce quelque chose que je n’arrive pas à cerner. Et je compte sur eux pour en ramener.
Dans le salon, ma mère veut décorer le sapin. Elle appelle ma sœur, par habitude. C’est elle qui le faisait. Elle me regarde croyant que par défaut, je l’aiderais. Je fais mine de ne pas comprendre. Et j’envoie un message à ma sœur pour lui raconter…
Les avions se remplissent et ils ont du mal à trouver des places. Ca me fait quelque chose au cœur de penser que les libanais viennent quand même, malgré tout ce qui se passe.
Je veux que Beyrouth s’offre une semaine de vacances. Rien qu’une semaine… je voudrais qu’on m’accorde cette chance.
jeudi, décembre 13, 2007
Combattante
Elle les considère comme ennemis. Elle les pousse et repousse à longueur de journée tantôt par un simple mouvement de l’index et tantôt en tournant carrément le dos. Pourtant, elle y pense tout le temps. Car elle adore tous les plaisirs de la vie, sans exception. Et ils en font partie.
Elle a installé une véritable guerre et se comporte comme une vraie combattante. Pas question de succomber. Pas question de se laisser tenter. Les intérêts en présence sont primordiaux et elle ne les sacrifierait pour rien au monde pour un court moment de plaisir qui s’évanouit au moment même de sa naissance.
Elle se vante d'une non-dependance. Une non-dependance dont elle se sait tellement dependante. Et plus elle perd, plus elle veut encore.
Elle est entourée d’épicuriens qui croquent la vie à pleine dent. Elle leur en veut une liberté qu’elle n’a pas pu s’approprier. Elle leur en veut une conscience qui ne contredit pas leurs actes. Elle leur en veut surtout d’être en parfaite harmonie avec leurs corps malgré les imperfections de ceux-ci et les rondeurs qu’ils n’essaient même pas de cacher.
Elle a ses moments de faiblesse. Ses moments de manque d’affection. Mais son égo reprend vite le dessus. Elle a peur. Elle n’ose pas. Elle se prive.
On la croit sûre d’elle. On se dit qu’elle a de la chance. On ne réalise pas la souffrance qui va avec. Car rien n’est gratuit… Et tout se paie. Parfois bien plus cher.
Pourquoi ? Pour qui ? Est-ce que ça en vaut réellement la peine ?
Elle a installé une véritable guerre et se comporte comme une vraie combattante. Pas question de succomber. Pas question de se laisser tenter. Les intérêts en présence sont primordiaux et elle ne les sacrifierait pour rien au monde pour un court moment de plaisir qui s’évanouit au moment même de sa naissance.
Elle se vante d'une non-dependance. Une non-dependance dont elle se sait tellement dependante. Et plus elle perd, plus elle veut encore.
Elle est entourée d’épicuriens qui croquent la vie à pleine dent. Elle leur en veut une liberté qu’elle n’a pas pu s’approprier. Elle leur en veut une conscience qui ne contredit pas leurs actes. Elle leur en veut surtout d’être en parfaite harmonie avec leurs corps malgré les imperfections de ceux-ci et les rondeurs qu’ils n’essaient même pas de cacher.
Elle a ses moments de faiblesse. Ses moments de manque d’affection. Mais son égo reprend vite le dessus. Elle a peur. Elle n’ose pas. Elle se prive.
On la croit sûre d’elle. On se dit qu’elle a de la chance. On ne réalise pas la souffrance qui va avec. Car rien n’est gratuit… Et tout se paie. Parfois bien plus cher.
Pourquoi ? Pour qui ? Est-ce que ça en vaut réellement la peine ?
dimanche, décembre 09, 2007
(Mal)chance
Elle s’en fout de lui. Ca fait un bout de temps qu’elle ne la plus revu, qu’elle ne répond plus à ses appels, qu’elle s’empêche de parler de lui devant ses amies qui ne veulent plus rien entendre, qu’elle sort avec un nouveau mec, qu’elle a une nouvelle vie, qu’elle est heureuse et épanouie.
Seulement… elle voudrait le voir. Ou plutôt, qu’il la voit. Et qu’il sache ce qu’il a perdu. Alors elle s’arrange. Tout le temps. Pour être prête à la rencontre, n’importe quand. Elle veut être belle quand il la voit. A vrai dire… elle veut être sublime pour lui couper le souffle et passer à côté de lui sans la moindre réaction, sans la moindre attention, sans la moindre… émotion.
Ce jour-là, elle est sortie n’importe comment. Et plutôt n’importe que comment. Elle était pressée, fatiguée et franchement, elle en avait marre d’être toujours bien…
Cheveux attachés de travers, un jean déformé, un sweat qu’elle a emprunté à son frère et son énorme sac fourre-tout.
Elle n’a pas pensé à lui. Pourquoi est-ce qu’elle penserait à lui ? Elle est sortie et puis c’est tout. Pas la peine de trop en faire pour une course rapide et anodine.
Mais bien sûr… elle le voit. Elle le voit ce jour-là… Le seul jour où elle s’était laissée aller. Parce que c’est la vie. Et la vie fait si bien (ou mal) les choses.
Elle le voit. Elle se cache. Mais il l’appelle. Elle fait cette grimace de la bouche qu’il connaît si bien et qu’il est le seul à savoir interpréter. Il la retient et lui dit qu’elle est belle. Elle le croit ironique. Elle le déteste d’avoir une fois de plus… gagné.
Elle veut sa seconde chance. Elle le hait. Mais il faut qu’elle le revoie. Ce n’est simplement pas possible qu’il garde ce souvenir d’elle.
Elle lui donne rendez-vous le soir même. Juste pour mettre fin officiellement à leur histoire. Juste pour être celle qui tourne le dos. Elle lui fixe un endroit, une heure et court se faire belle pour une apparition rapide et une conclusion véritable. Celle qu’elle mérite. Elle veut lui offrir un souvenir douloureux. Celui d’une fille qu’il n’a pas su garder. Celui d’une fille qui a su le dépasser.
Elle stresse. Elle s’arrange. Elle fait attention à ne pas trop en faire. Elle fait des efforts pour donner l’impression d’être belle sans efforts. Elle finit à temps. Elle fait démarrer sa voiture pour le retrouver. Mais elle reçoit un message de lui qui s’excuse de ne pas pouvoir la voir. Il a autre chose à faire. Un rendez vous… Bien sûr.
Elle sourit.
Elle a perdu. Et puis c’est tout.
Seulement… elle voudrait le voir. Ou plutôt, qu’il la voit. Et qu’il sache ce qu’il a perdu. Alors elle s’arrange. Tout le temps. Pour être prête à la rencontre, n’importe quand. Elle veut être belle quand il la voit. A vrai dire… elle veut être sublime pour lui couper le souffle et passer à côté de lui sans la moindre réaction, sans la moindre attention, sans la moindre… émotion.
Ce jour-là, elle est sortie n’importe comment. Et plutôt n’importe que comment. Elle était pressée, fatiguée et franchement, elle en avait marre d’être toujours bien…
Cheveux attachés de travers, un jean déformé, un sweat qu’elle a emprunté à son frère et son énorme sac fourre-tout.
Elle n’a pas pensé à lui. Pourquoi est-ce qu’elle penserait à lui ? Elle est sortie et puis c’est tout. Pas la peine de trop en faire pour une course rapide et anodine.
Mais bien sûr… elle le voit. Elle le voit ce jour-là… Le seul jour où elle s’était laissée aller. Parce que c’est la vie. Et la vie fait si bien (ou mal) les choses.
Elle le voit. Elle se cache. Mais il l’appelle. Elle fait cette grimace de la bouche qu’il connaît si bien et qu’il est le seul à savoir interpréter. Il la retient et lui dit qu’elle est belle. Elle le croit ironique. Elle le déteste d’avoir une fois de plus… gagné.
Elle veut sa seconde chance. Elle le hait. Mais il faut qu’elle le revoie. Ce n’est simplement pas possible qu’il garde ce souvenir d’elle.
Elle lui donne rendez-vous le soir même. Juste pour mettre fin officiellement à leur histoire. Juste pour être celle qui tourne le dos. Elle lui fixe un endroit, une heure et court se faire belle pour une apparition rapide et une conclusion véritable. Celle qu’elle mérite. Elle veut lui offrir un souvenir douloureux. Celui d’une fille qu’il n’a pas su garder. Celui d’une fille qui a su le dépasser.
Elle stresse. Elle s’arrange. Elle fait attention à ne pas trop en faire. Elle fait des efforts pour donner l’impression d’être belle sans efforts. Elle finit à temps. Elle fait démarrer sa voiture pour le retrouver. Mais elle reçoit un message de lui qui s’excuse de ne pas pouvoir la voir. Il a autre chose à faire. Un rendez vous… Bien sûr.
Elle sourit.
Elle a perdu. Et puis c’est tout.
Rien
Ce qu’elle fait de sa vie ? Rien. Je n’ai pas dit qu’elle ne faisait rien. Si. Elle fait… rien. Et des filles comme, il y en a plein.
Elle se réveille quand on commence à avoir sommeil et dort quand on se réveille. Elle n’a rien à dire, rien à raconter et a du mal à savoir exactement ce qui se passe dans la journée. Elle se présente. Enfin, elle dit son prénom. Car au-delà de cela, il n’y a plus grand-chose à dire. On la croit mystérieuse. On essaie d’en savoir plus. Et on lui demande ce qu’elle fait dans la vie. Elle dit, normale, ni fière, ni embarrassée qu’elle fait rien. Rien… une véritable occupation. Comme d’autres ont des professions…
C’est difficile à croire qu’une personne ait une vie vide. C’est difficile à comprendre qu’au fil des jours, rien ne change, rien ne se crée, rien ne s’améliore mais au contraire, tout vieillit.
Que c’est triste de ne se sentir ni utile, ni indispensable, que c’est douloureux de savoir que l’on ne participe en rien à l’amélioration du monde, d’un pays ou au moins d’une famille, que c’est choquant d’admettre que pendant que d’autres travaillent, voyagent, lisent, écrivent, dansent, éduquent, cuisinent, soignent, construisent… elle ne fait rien. Ou plutôt qu’elle fait si bien… rien.
On fait ce qu’on veut de sa vie. Mais c’est cette dernière qui nous éclaire. C’est elle qui nous guide vers un exercice permanent puisqu’elle a fait en sorte que le corps soit en décadence naturelle mais l’homme a trouvé une progression contraire, celle de l’esprit. Le jour où j’aurai des rides au coin des yeux et peut-être au bord des lèvres, quand j’aurai trop vécu et me serai trop fatiguée, dans un coin tranquille d’un jardin de campagne, une limonade à la main, les yeux fermés, je penserai à ce que j’aurais fait…
Elle se réveille quand on commence à avoir sommeil et dort quand on se réveille. Elle n’a rien à dire, rien à raconter et a du mal à savoir exactement ce qui se passe dans la journée. Elle se présente. Enfin, elle dit son prénom. Car au-delà de cela, il n’y a plus grand-chose à dire. On la croit mystérieuse. On essaie d’en savoir plus. Et on lui demande ce qu’elle fait dans la vie. Elle dit, normale, ni fière, ni embarrassée qu’elle fait rien. Rien… une véritable occupation. Comme d’autres ont des professions…
C’est difficile à croire qu’une personne ait une vie vide. C’est difficile à comprendre qu’au fil des jours, rien ne change, rien ne se crée, rien ne s’améliore mais au contraire, tout vieillit.
Que c’est triste de ne se sentir ni utile, ni indispensable, que c’est douloureux de savoir que l’on ne participe en rien à l’amélioration du monde, d’un pays ou au moins d’une famille, que c’est choquant d’admettre que pendant que d’autres travaillent, voyagent, lisent, écrivent, dansent, éduquent, cuisinent, soignent, construisent… elle ne fait rien. Ou plutôt qu’elle fait si bien… rien.
On fait ce qu’on veut de sa vie. Mais c’est cette dernière qui nous éclaire. C’est elle qui nous guide vers un exercice permanent puisqu’elle a fait en sorte que le corps soit en décadence naturelle mais l’homme a trouvé une progression contraire, celle de l’esprit. Le jour où j’aurai des rides au coin des yeux et peut-être au bord des lèvres, quand j’aurai trop vécu et me serai trop fatiguée, dans un coin tranquille d’un jardin de campagne, une limonade à la main, les yeux fermés, je penserai à ce que j’aurais fait…
vendredi, décembre 07, 2007
Dans une chambre au troisieme...
Ce qu’elle voudrait le plus ? Utiliser et abuser du temps, en dépenser sans limites, sans soucis, sans économie. S’en moquer, s’en offrir et en dévorer. Elle voudrait passer toute la matinée à ses côtés sans ressentir le besoin de sauter hors du lit à la première heure pour profiter de la journée. Elle voudrait ressentir ce sentiment de vie éternelle, de liberté et surtout… de calme. Car ils ont toujours l’angoisse de la séparation, le bruit insupportable de ces secondes sévères qui courent et les appels incessants de ses amis qui lui reprochent de trop la voir et de trop leur manquer…
Elle regrette plus que tout le regard triste qu’elle avait emprunté ce week-end d’août alors qu’ils s’étaient retrouvés pour un week-end. Elle était heureuse mais ne pouvait s’empêcher de redouter la séparation du dimanche soir. Son bonheur était piégé par trois jours, deux nuits…
Elle était arrivée à l’heure. Peut-être même un peu plus tôt. Il l’attendait, une orchidée à la main. Son regard romantique la fit rire. Ca ne lui va pas trop de jouer a l'amoureux… Ils se serrent. Elle est un peu intimidée par la réceptionniste qui les regarde sans aucune discrétion. Elle le serre plus fort comme pour marquer son terrain. Elle jette à cette dernière un regard qu’elle voudrait furieux mais qu’elle ne réussit sûrement pas. Elle est trop heureuse pour cela. Elle se moque d’elle-même et de sa possessivité. Elle le tient et souffre déjà du manque de temps. Elle a tellement de choses à lui dire, à lui avouer, à partager avec lui. Elle le fixe comme pour fixer son image dans sa mémoire pour un autre mois de souffrance. Car ils s’étaient déjà donnés rendez-vous en septembre. Dans une autre ville. Dans une autre chambre. Toujours tous les deux.
Elle a les larmes aux yeux. Il lui dit qu’elle est bête de bousiller le présent par la peur du futur. Proche. Elle corrige. Elle lui dit que deux jours plus tard, c’est un futur très... proche.
Et en effet. Dimanche soir. Elle pleure. Trop. Elle n’a pas envie qu’il la laisse seule, même si elle adore la ville et qu’elle a elle-même choisi de venir. Il lui dit que le temps passe vite et qu’ils allaient passer un autre week-end de rêve un mois plus tard. Elle pense qu’elle va devoir se coucher et se réveiller trente fois avant de pouvoir le revoir, le sentir, le toucher, l’embrasser… C’est comme ça qu’elle avait toujours compté. Par couchers. Et par réveils. Par battements de paupières.
Il l’accompagne à la station. L’orchidée passe de sa main à la sienne. Avant de descendre, elle regarde vers le haut. Il regarde aussi, pour savoir ce qu’elle regarde. Il sourit. Il comprend tout. Et j’ai la gorge serrée d’avoir laissé, une fois de plus, au troisième, encore un bout de mes secrets…
Elle regrette plus que tout le regard triste qu’elle avait emprunté ce week-end d’août alors qu’ils s’étaient retrouvés pour un week-end. Elle était heureuse mais ne pouvait s’empêcher de redouter la séparation du dimanche soir. Son bonheur était piégé par trois jours, deux nuits…
Elle était arrivée à l’heure. Peut-être même un peu plus tôt. Il l’attendait, une orchidée à la main. Son regard romantique la fit rire. Ca ne lui va pas trop de jouer a l'amoureux… Ils se serrent. Elle est un peu intimidée par la réceptionniste qui les regarde sans aucune discrétion. Elle le serre plus fort comme pour marquer son terrain. Elle jette à cette dernière un regard qu’elle voudrait furieux mais qu’elle ne réussit sûrement pas. Elle est trop heureuse pour cela. Elle se moque d’elle-même et de sa possessivité. Elle le tient et souffre déjà du manque de temps. Elle a tellement de choses à lui dire, à lui avouer, à partager avec lui. Elle le fixe comme pour fixer son image dans sa mémoire pour un autre mois de souffrance. Car ils s’étaient déjà donnés rendez-vous en septembre. Dans une autre ville. Dans une autre chambre. Toujours tous les deux.
Elle a les larmes aux yeux. Il lui dit qu’elle est bête de bousiller le présent par la peur du futur. Proche. Elle corrige. Elle lui dit que deux jours plus tard, c’est un futur très... proche.
Et en effet. Dimanche soir. Elle pleure. Trop. Elle n’a pas envie qu’il la laisse seule, même si elle adore la ville et qu’elle a elle-même choisi de venir. Il lui dit que le temps passe vite et qu’ils allaient passer un autre week-end de rêve un mois plus tard. Elle pense qu’elle va devoir se coucher et se réveiller trente fois avant de pouvoir le revoir, le sentir, le toucher, l’embrasser… C’est comme ça qu’elle avait toujours compté. Par couchers. Et par réveils. Par battements de paupières.
Il l’accompagne à la station. L’orchidée passe de sa main à la sienne. Avant de descendre, elle regarde vers le haut. Il regarde aussi, pour savoir ce qu’elle regarde. Il sourit. Il comprend tout. Et j’ai la gorge serrée d’avoir laissé, une fois de plus, au troisième, encore un bout de mes secrets…
dimanche, décembre 02, 2007
Au-delà du besoin… l’envie
Entre l’envie et le besoin existe une différence de degré. Car je peux vivre sans avoir pu satisfaire une envie. Mais point sans avoir comblé un besoin. Le besoin apparaît à première vue comme supérieur à l’envie, plus fort, plus primordial et plus nécessaire.
Elle dit à son homme qu’elle a besoin de lui. Que sans lui, elle ne peut pas vivre. Elle lui fait promettre de ne jamais la quitter. Elle dit même qu’il est sa moitié. Et elle croit qu’elle vient de lui faire la plus criante des déclarations d’amour.
Une autre, audacieuse, lui dit qu’il n’est que son envie. Envie. Mot qui semble péjoratif quand on recherche l’amour car évoquant beaucoup plus sensualité que sentiment. Envie. Le mot qu’elle préfère. Elle le lui dédie.
Car cette autre ne se sent pas moitié. Loin de là. Mais femme à part entière. Elle sait aussi qu’elle n’a pas besoin de lui pour vivre. Elle a ses moyens. Sa petite vie. Ses amis. Ses projets. Ses habitudes. Son boulot. Et pourtant… elle ne se passerait pas de lui. Car il est son envie.
Le besoin est le déjeuner banal et quotidien. L’envie est le macaron à la framboise que l’on déguste les yeux fermés.
Le besoin est le 10/20 qui permet de réussir. L’envie est le 16 presque… orgasmique.
Le besoin est le gros pull chaud et réconfortant. L’envie est le décolleté plongeant qui donne des idées.
Le besoin de l’une est un homme qui lui offre une vie. L’envie de l’autre est un homme qui lui offre les plus beaux moments d’une vie.
L’envie est un état sublime car dépassant le stade instinctif du besoin. L’envie correspond à nos visions du beau, du vrai, du bon… Tandis que le besoin n’est qu’un état de sujétion qui ne rend pas la vie plus belle mais lui permet simplement d’être.
Je n’ai pas besoin de toi. Je sais que je pourrais vivre sans toi. Que je trouverais sans doute quelqu’un d’autre qui me fera sourire, que je ferais mine d’écouter, qui supportera mes histoires interminables et mes soucis incessants, qui rira peut-être comme toi quand je lui raconterai mes rêves d’enfant… Mais je n’en ai nullement envie. Parce que j’ai goûté à des moments incroyables. Parce que tu as mis des étincelles dans mes yeux. Et surtout parce que tu m’as appris de rechercher au-delà du besoin… l’envie.
Elle dit à son homme qu’elle a besoin de lui. Que sans lui, elle ne peut pas vivre. Elle lui fait promettre de ne jamais la quitter. Elle dit même qu’il est sa moitié. Et elle croit qu’elle vient de lui faire la plus criante des déclarations d’amour.
Une autre, audacieuse, lui dit qu’il n’est que son envie. Envie. Mot qui semble péjoratif quand on recherche l’amour car évoquant beaucoup plus sensualité que sentiment. Envie. Le mot qu’elle préfère. Elle le lui dédie.
Car cette autre ne se sent pas moitié. Loin de là. Mais femme à part entière. Elle sait aussi qu’elle n’a pas besoin de lui pour vivre. Elle a ses moyens. Sa petite vie. Ses amis. Ses projets. Ses habitudes. Son boulot. Et pourtant… elle ne se passerait pas de lui. Car il est son envie.
Le besoin est le déjeuner banal et quotidien. L’envie est le macaron à la framboise que l’on déguste les yeux fermés.
Le besoin est le 10/20 qui permet de réussir. L’envie est le 16 presque… orgasmique.
Le besoin est le gros pull chaud et réconfortant. L’envie est le décolleté plongeant qui donne des idées.
Le besoin de l’une est un homme qui lui offre une vie. L’envie de l’autre est un homme qui lui offre les plus beaux moments d’une vie.
L’envie est un état sublime car dépassant le stade instinctif du besoin. L’envie correspond à nos visions du beau, du vrai, du bon… Tandis que le besoin n’est qu’un état de sujétion qui ne rend pas la vie plus belle mais lui permet simplement d’être.
Je n’ai pas besoin de toi. Je sais que je pourrais vivre sans toi. Que je trouverais sans doute quelqu’un d’autre qui me fera sourire, que je ferais mine d’écouter, qui supportera mes histoires interminables et mes soucis incessants, qui rira peut-être comme toi quand je lui raconterai mes rêves d’enfant… Mais je n’en ai nullement envie. Parce que j’ai goûté à des moments incroyables. Parce que tu as mis des étincelles dans mes yeux. Et surtout parce que tu m’as appris de rechercher au-delà du besoin… l’envie.
samedi, décembre 01, 2007
Confiance vs Loyauté
Certaines personnes, sans constituer une constance de nos vies, passent et laissent leurs traces. Elles nous marquent par un geste, une parole, une indifférence et parfois par un seul et unique regard. Elles s’en vont ensuite. Comme d’autres restent. Elles s’en vont. Mais certaines choses d’elles… restent.
C’est par une conversation que l’une de ces personnes m’a marquée. C’est un mot qui m’est resté. J’ai la chance d’être née avec la sensibilité qui me permet d’écrire. Et à son mot… oui, j’ai été sensible.
Nous avons parlé d’amour, d’amitié, de travail, d’avenir, d’enfants, de mariage, de fidélité. J’ai dit, classique, que la base de toute relation était la confiance. Faire confiance à l’autre, lui accorder sa liberté, le croire sur parole, le laisser souffler…
Sans me contredire, ni affirmer, il corrige ma belle phrase par un seul mot : loyauté. Je ne comprends la différence et je n’y accorde trop d’importance…
Mais depuis, ce mot ne fait que me bouleverser. J’y pense. Je m’en éloigne. J’y reviens. Quelle différence entre confiance et loyauté puisque les deux consistent à ne pas tromper…
Je ne sais pas… Qu’importe.
Confiance. Ou loyauté. Confiance et loyauté. Loyauté et confiance. Duel ou danse ? Je comprends enfin. Et je souris de tant d’étourderie. Puisque la loyauté c’est moi. La confiance c’est toi. La loyauté c’est « je ». La confiance c’est « tu ».
La confiance est mon rapport avec toi. La loyauté est mon rapport avec moi-même. La confiance, c’est te laisser partir, sachant que tu reviendrais. La loyauté c’est être fidèle même quand je sais que tu ne sauras jamais.
La base de toute relation est, c’est tellement vrai, la loyauté. Car après tout, c’est par moi que je commence. Même si c’est tellement avec toi que je voudrais finir…
C’est par une conversation que l’une de ces personnes m’a marquée. C’est un mot qui m’est resté. J’ai la chance d’être née avec la sensibilité qui me permet d’écrire. Et à son mot… oui, j’ai été sensible.
Nous avons parlé d’amour, d’amitié, de travail, d’avenir, d’enfants, de mariage, de fidélité. J’ai dit, classique, que la base de toute relation était la confiance. Faire confiance à l’autre, lui accorder sa liberté, le croire sur parole, le laisser souffler…
Sans me contredire, ni affirmer, il corrige ma belle phrase par un seul mot : loyauté. Je ne comprends la différence et je n’y accorde trop d’importance…
Mais depuis, ce mot ne fait que me bouleverser. J’y pense. Je m’en éloigne. J’y reviens. Quelle différence entre confiance et loyauté puisque les deux consistent à ne pas tromper…
Je ne sais pas… Qu’importe.
Confiance. Ou loyauté. Confiance et loyauté. Loyauté et confiance. Duel ou danse ? Je comprends enfin. Et je souris de tant d’étourderie. Puisque la loyauté c’est moi. La confiance c’est toi. La loyauté c’est « je ». La confiance c’est « tu ».
La confiance est mon rapport avec toi. La loyauté est mon rapport avec moi-même. La confiance, c’est te laisser partir, sachant que tu reviendrais. La loyauté c’est être fidèle même quand je sais que tu ne sauras jamais.
La base de toute relation est, c’est tellement vrai, la loyauté. Car après tout, c’est par moi que je commence. Même si c’est tellement avec toi que je voudrais finir…
jeudi, novembre 29, 2007
Un tabou tabou
Dans une société qui prétend à l’ouverture, qui réussit difficilement à formuler une phrase entière sans l’emploi excessif de mots empruntés aux langues étrangères, dont les filles se promènent librement en ville en décolleté et talons, où les bars de Beyrouth se trouvent remplis même en période de vacance présidentielle, qui ne connaît aucune censure médiatique et qui se considère comme à cheval entre l’Orient et l’Occident, est-il tabou de détecter et de dire que nous fréquentons en permanence le tabou ?
Les sociétés sont toutes, naturellement, en évolution permanente. Prétendre avoir atteint un stade optimal serait vouer le sort d’une nation à la mort. Car les besoins changent, les habitudes, les régimes politiques, les tendances, la mode… La mentalité libanaise évolue même à une vitesse supérieure et ceci en raison de l’ouverture que nous cessons de vanter, aux jeunes qui voyagent, au multi confessionnalisme qu’on tente d’apprivoiser et d’en encadrer le fanatisme, aux universités, à la francophonie etc.
Le Liban est le plus libéral des pays arabes. En effet, ses lois sont inspirées des lois françaises et il suffit de sortir dans l’une des boîtes de la capitale pour constater les libertés diverses : les mini shorts, la musique importée, la consommation excessive de l’alcool, les couples traditionnels…
Toutefois, malgré cette apparence - certes séduisante mais tellement trompeuse -, nous serions aveugle si nous refusions d’admettre que nous sommes en réalités affaiblis, trompés, trompeurs, obsédés, intimidés, complexés et ralentis par les tabous. Il existe une variété de sujets inabordables (ou qui ne le sont qu’avec un nombre réduit de personnes), de vérités à cacher, de réalités à enfermer à jamais dans un tiroir… Quoique ouverts d’esprits, nous sommes tous, nous libanais, attentifs aux comportements d’autrui pour les évaluer selon une échelle de valeurs emprunté à la plus archaïque des sociétés, que l’on oublie quand il s’agit de vouloir se prouver libéral et que l’on ressort quand ceci servirait à exercer notre esprit critique.
Sexe, contraception, pilule, gynécologue, préservatif, bêtise d’une soirée, réflexe d’une fille amoureuse, concubinage, voyages à deux… Que des problèmes sans issue car notre société est très sourde mais très peu muette. Certains évoquent le caractère oriental, contrebalance nécessaire du libéralisme, spécificité de notre pays. Mais les solutions à ces problèmes (parmi tant d’autres) ne seront jamais trouvées et si trouvées hors portée, quand les difficultés ne peuvent être dites et quand dites, très vite condamnées à mort.
Si les jeunes se montrent plus conscients, moins bornés, plus ouverts et se comportent parfois de façon plus que libérale, ils plongent en réalité dans l’illusion et créent des relations mensongères et hésitantes car dictées par le regard de l’autre, méfiantes car redoutant les rumeurs, éphémères car loin d’être tout à fait transparentes.
Je ne veux pas croire que notre société est ouverte. Elle est loin de l’être. Et si elle est en phase transitoire, il existe tout de même un décalage alarmant entre les générations. Le changement de mentalité se fait à long terme, certes. Mais il est temps de prendre l’initiative de changer. Et si la société libanaise est un "il" jaloux de sa virilité, elle ne fait que l’affaiblir par tant de lâcheté. Oui, elle est lâche. Combien de jeunes libanais s’installent ensemble à l’étranger et le cache une fois rentrés à Beyrouth pour les vacances ? Combien de couples se font des week-ends à deux qu’ils disent à vingt quand il s’agit de raconter ?
J’ai tout aussi peur des tabous. D’ailleurs, j’ai souvent retardé l’écriture de ce texte ne sachant comment m’y prendre, comment transmettre l’idée et comment percer les véritables tabous. J’ai trop hésité. Ce qui explique ma très longue introduction et des phrases qui tournent parfois en rond... Car, malgré ma tendance à vouloir tout (et trop) écrire, je ne parle ouvertement qu’à quelques amis qui m’avouent qu’eux aussi, derrière le regard sûr, la parole éloquente et l’esprit ouvert n’osent tout dire... La vie privée reste sacrée. Mais la vie, pour être plus facile, n’attend parfois qu’à être discutée.
Les sociétés sont toutes, naturellement, en évolution permanente. Prétendre avoir atteint un stade optimal serait vouer le sort d’une nation à la mort. Car les besoins changent, les habitudes, les régimes politiques, les tendances, la mode… La mentalité libanaise évolue même à une vitesse supérieure et ceci en raison de l’ouverture que nous cessons de vanter, aux jeunes qui voyagent, au multi confessionnalisme qu’on tente d’apprivoiser et d’en encadrer le fanatisme, aux universités, à la francophonie etc.
Le Liban est le plus libéral des pays arabes. En effet, ses lois sont inspirées des lois françaises et il suffit de sortir dans l’une des boîtes de la capitale pour constater les libertés diverses : les mini shorts, la musique importée, la consommation excessive de l’alcool, les couples traditionnels…
Toutefois, malgré cette apparence - certes séduisante mais tellement trompeuse -, nous serions aveugle si nous refusions d’admettre que nous sommes en réalités affaiblis, trompés, trompeurs, obsédés, intimidés, complexés et ralentis par les tabous. Il existe une variété de sujets inabordables (ou qui ne le sont qu’avec un nombre réduit de personnes), de vérités à cacher, de réalités à enfermer à jamais dans un tiroir… Quoique ouverts d’esprits, nous sommes tous, nous libanais, attentifs aux comportements d’autrui pour les évaluer selon une échelle de valeurs emprunté à la plus archaïque des sociétés, que l’on oublie quand il s’agit de vouloir se prouver libéral et que l’on ressort quand ceci servirait à exercer notre esprit critique.
Sexe, contraception, pilule, gynécologue, préservatif, bêtise d’une soirée, réflexe d’une fille amoureuse, concubinage, voyages à deux… Que des problèmes sans issue car notre société est très sourde mais très peu muette. Certains évoquent le caractère oriental, contrebalance nécessaire du libéralisme, spécificité de notre pays. Mais les solutions à ces problèmes (parmi tant d’autres) ne seront jamais trouvées et si trouvées hors portée, quand les difficultés ne peuvent être dites et quand dites, très vite condamnées à mort.
Si les jeunes se montrent plus conscients, moins bornés, plus ouverts et se comportent parfois de façon plus que libérale, ils plongent en réalité dans l’illusion et créent des relations mensongères et hésitantes car dictées par le regard de l’autre, méfiantes car redoutant les rumeurs, éphémères car loin d’être tout à fait transparentes.
Je ne veux pas croire que notre société est ouverte. Elle est loin de l’être. Et si elle est en phase transitoire, il existe tout de même un décalage alarmant entre les générations. Le changement de mentalité se fait à long terme, certes. Mais il est temps de prendre l’initiative de changer. Et si la société libanaise est un "il" jaloux de sa virilité, elle ne fait que l’affaiblir par tant de lâcheté. Oui, elle est lâche. Combien de jeunes libanais s’installent ensemble à l’étranger et le cache une fois rentrés à Beyrouth pour les vacances ? Combien de couples se font des week-ends à deux qu’ils disent à vingt quand il s’agit de raconter ?
J’ai tout aussi peur des tabous. D’ailleurs, j’ai souvent retardé l’écriture de ce texte ne sachant comment m’y prendre, comment transmettre l’idée et comment percer les véritables tabous. J’ai trop hésité. Ce qui explique ma très longue introduction et des phrases qui tournent parfois en rond... Car, malgré ma tendance à vouloir tout (et trop) écrire, je ne parle ouvertement qu’à quelques amis qui m’avouent qu’eux aussi, derrière le regard sûr, la parole éloquente et l’esprit ouvert n’osent tout dire... La vie privée reste sacrée. Mais la vie, pour être plus facile, n’attend parfois qu’à être discutée.
dimanche, novembre 25, 2007
Nous trois
On se retrouve comme tous les dimanches autour d’un café et d’un dessert pour terminer la semaine. Implicitement, cette rencontre s’est transformée en tradition. Elles célibataires et moi … disons presque tout le temps seule, on affirme avec beaucoup d’humour et très peu de vérité qu’on n’échangerait pour rien au monde ce rendez-vous hebdomadaire entre filles.
Elles disent qu’elles détestent les hommes et qu’elles ne leur font plus confiance. Elles se disent épanouies, indépendantes et heureuses. Paradoxalement, toutes nos conversations portent sur eux. Sur les ex, les ennemis, les amis, les meilleurs amis des ex, les ex des ex, les époux potentiels, les hommes parfaits, les moins que parfaits, les plus que parfaits. Elles sont belles, comme toutes mes amies. Car tout le monde est attiré par le beau. Elles sont intelligentes et ont débuté, bien qu’a temps plus que partiel, des carrières prometteuses.
On boit notre café le regard un peu trop vagabond qui passe de la table voisine au café voisin mais qui ne voient rien en réalité et qui ne cherchent qu’une fenêtre ouverte pour s’évader. On s’est tout dit. D’ailleurs, on s’est vu presque tous les jours de la semaine et on a vécu les mêmes histoires inutiles à raconter. Commentées, disséquées et longuement développées, elles font place à un sourire pathétique qui semble bien vouloir dire « et après ? ». Les mêmes têtes partout. Les mêmes visages. Différentes combinaisons.
Seules. Comme dimanche passé. Comme dimanche prochain. Dans Beyrouth, qui souffre aussi d’être mal aimée…
Je vis l’amour. Et à la différence d’elles, j’ai mon homme. Mais je ne le vois qu’occasionnellement, quand il vient me voir. Donc comme elles, j’attends.
Anorexiques quelque fois et presque tout le temps boulimiques, on prend un air sérieux pour dire qu’on se débarrassera bientôt de toutes nos envies excessives. Ceci bien sûr, tout en laissant fondre, tres lentement, un moelleux au chocolat. Et on rit ensemble de nos faiblesses féminines.
Seules et heureuses. En attendant plus de bonheur. Car à peine son message reçu, elle se regarde dans le miroir et nous fait savoir qu’elle doit déjà s’en aller. Elle promet de tout raconter plus tard dans la soirée. Elle nous dit qu’elle a le ventre noué et qu’elle ne sait pas trop quoi lui dire surtout qu’elle n’a pas très bien entendu son prénom la veille, sous l’effet de l’alcool et de la musique.
L’autre s’en va aussi. Elle retrouve celui qu’elle prétend détester… Juste pour passer la soirée dit-elle. Intimidée par tout ce qu’elle nous a raconté.
Et moi je rentre chez moi pour lui parler calmement. Je rentre pour lui dire que je l’aime et qu’il reste 28 jours d’attente.
Je vais les revoir demain. Pour dîner ou pour un verre. On dira qu’on est heureuse. Qu’on est seule mais épanouie. On fera semblant de ne rien vouloir de plus. Mais demain, on aura du mal à retenir ce rire naturel qui nous unit, qui trahit nos paroles de femmes modernes, ce rire pour avouer qu’on recherche toutes les trois l’amour.
Elles disent qu’elles détestent les hommes et qu’elles ne leur font plus confiance. Elles se disent épanouies, indépendantes et heureuses. Paradoxalement, toutes nos conversations portent sur eux. Sur les ex, les ennemis, les amis, les meilleurs amis des ex, les ex des ex, les époux potentiels, les hommes parfaits, les moins que parfaits, les plus que parfaits. Elles sont belles, comme toutes mes amies. Car tout le monde est attiré par le beau. Elles sont intelligentes et ont débuté, bien qu’a temps plus que partiel, des carrières prometteuses.
On boit notre café le regard un peu trop vagabond qui passe de la table voisine au café voisin mais qui ne voient rien en réalité et qui ne cherchent qu’une fenêtre ouverte pour s’évader. On s’est tout dit. D’ailleurs, on s’est vu presque tous les jours de la semaine et on a vécu les mêmes histoires inutiles à raconter. Commentées, disséquées et longuement développées, elles font place à un sourire pathétique qui semble bien vouloir dire « et après ? ». Les mêmes têtes partout. Les mêmes visages. Différentes combinaisons.
Seules. Comme dimanche passé. Comme dimanche prochain. Dans Beyrouth, qui souffre aussi d’être mal aimée…
Je vis l’amour. Et à la différence d’elles, j’ai mon homme. Mais je ne le vois qu’occasionnellement, quand il vient me voir. Donc comme elles, j’attends.
Anorexiques quelque fois et presque tout le temps boulimiques, on prend un air sérieux pour dire qu’on se débarrassera bientôt de toutes nos envies excessives. Ceci bien sûr, tout en laissant fondre, tres lentement, un moelleux au chocolat. Et on rit ensemble de nos faiblesses féminines.
Seules et heureuses. En attendant plus de bonheur. Car à peine son message reçu, elle se regarde dans le miroir et nous fait savoir qu’elle doit déjà s’en aller. Elle promet de tout raconter plus tard dans la soirée. Elle nous dit qu’elle a le ventre noué et qu’elle ne sait pas trop quoi lui dire surtout qu’elle n’a pas très bien entendu son prénom la veille, sous l’effet de l’alcool et de la musique.
L’autre s’en va aussi. Elle retrouve celui qu’elle prétend détester… Juste pour passer la soirée dit-elle. Intimidée par tout ce qu’elle nous a raconté.
Et moi je rentre chez moi pour lui parler calmement. Je rentre pour lui dire que je l’aime et qu’il reste 28 jours d’attente.
Je vais les revoir demain. Pour dîner ou pour un verre. On dira qu’on est heureuse. Qu’on est seule mais épanouie. On fera semblant de ne rien vouloir de plus. Mais demain, on aura du mal à retenir ce rire naturel qui nous unit, qui trahit nos paroles de femmes modernes, ce rire pour avouer qu’on recherche toutes les trois l’amour.
samedi, novembre 24, 2007
Son avion décolle
Aéroport, toujours… Aéroport encore. Les aéroports et moi, c’est une histoire de famille. Je les ai découverts, acceptés, apprivoisés et j’entretiens aujourd’hui, avec eux, une histoire passionnée d’amour et de haine.
Je le retrouve dans le seul café de l’aéroport de Beyrouth. Une tempête de sable a retardé son avion. Il a une heure à perdre. Ou à gagner. Une heure à partager avec moi. Je gare ma voiture de travers. Je cours pour ne pas perdre du temps. Je le vois de derrière. Je souris. Je me retiens. Je ne veux pas trop en faire. Je sais que les gens autour nous regardent. Que dans les aéroports, tout le monde s’ennuie, tout le monde s’impatiente et qu’une scène d’amour est toujours la bienvenue. Je le regarde. Je souris de la bouche, des yeux et surtout du cœur. Je lui serre la main. Il me chuchote des choses à l’oreille. Des trucs qui me font surtout rire. Il regarde sa montre en cachette. Je le vois. Je fais semblant d’être indifférente au temps. Il s’en va. Déjà. Je le laisse faire. Moi, je reste. Le temps de retrouver mes forces. Cette fois, je ne pleure pas trop. Enfin, pas devant lui. Je m’en vais. Je tourne en rond. Je ne veux pas rentrer chez moi. Je retrouve mes amies pour prendre un café. Elles parlent et je fais mine d’écouter. Je me sens trahie par le temps, la distance, les avions, le ciel, la vie. Je les déteste tous mais je les aime aussi. Je peux attendre. Ca en vaut la peine. Je me dis cent fois qu’amour de proximité ou amour à distance, je l’aime surtout et c’est l’essentiel.
Son avion décolle emportant avec lui le bonheur qu’il m’avait apporté. Son avion décolle, avec mon cœur, mes rêves et mes pensées.
Je le retrouve dans le seul café de l’aéroport de Beyrouth. Une tempête de sable a retardé son avion. Il a une heure à perdre. Ou à gagner. Une heure à partager avec moi. Je gare ma voiture de travers. Je cours pour ne pas perdre du temps. Je le vois de derrière. Je souris. Je me retiens. Je ne veux pas trop en faire. Je sais que les gens autour nous regardent. Que dans les aéroports, tout le monde s’ennuie, tout le monde s’impatiente et qu’une scène d’amour est toujours la bienvenue. Je le regarde. Je souris de la bouche, des yeux et surtout du cœur. Je lui serre la main. Il me chuchote des choses à l’oreille. Des trucs qui me font surtout rire. Il regarde sa montre en cachette. Je le vois. Je fais semblant d’être indifférente au temps. Il s’en va. Déjà. Je le laisse faire. Moi, je reste. Le temps de retrouver mes forces. Cette fois, je ne pleure pas trop. Enfin, pas devant lui. Je m’en vais. Je tourne en rond. Je ne veux pas rentrer chez moi. Je retrouve mes amies pour prendre un café. Elles parlent et je fais mine d’écouter. Je me sens trahie par le temps, la distance, les avions, le ciel, la vie. Je les déteste tous mais je les aime aussi. Je peux attendre. Ca en vaut la peine. Je me dis cent fois qu’amour de proximité ou amour à distance, je l’aime surtout et c’est l’essentiel.
Son avion décolle emportant avec lui le bonheur qu’il m’avait apporté. Son avion décolle, avec mon cœur, mes rêves et mes pensées.
L’amour et puis… son ombre
Comment je sais si je l’aime ? C’est une question que j’ai tant posée dans le passé, tantôt pour savoir si je devais sortir avec lui et tantôt pour être sûre que je devais le quitter. « Je ne suis pas sûr que je t’aime ». Une phrase que j’ai aussi tant entendue. A ma question, on me répondait par des indices censés détecter l’existence de la flamme. Et à leurs phrases arrogantes mais – je dois l’avouer – tellement sincères, je disais, sans doute par fierté, « appelle moi quand tu es sûr, je déteste les indécis » espérant que ce coup de fil aurait lieu et que je pourrais à mon tour, hautaine, dire « je ne suis pas sûre que je t’aime », question de vengeance.
Comment je sais si je l’aime ? La réponse est facile. Elle est toujours négative. Car quand on pose une question pareille, c’est qu’on n’aime pas assez. Ou plutôt, qu’on n’aime pas tout court. Quand on aime, on le sait. On le sent tellement fort que ça fait mal. On le réalise violemment et on se déteste de tant de violence. Je l’aime. Et puis c’est tout. Je lui donnerais tout. Je ferais tout pour lui. Je me marierais à lui à la seconde même. Je jetterais en l’air mes plans d’avenir, mes projets volatiles, mes ambitions prétentieuses, ma carrière potentielle, mes études fatiguées et fatigantes, les mecs de passage, les soirées inutiles, les cafés bavards, les habitudes malsaines, mes addictions et toutes mes petites envies…
Comment je sais si je l’aime ? Je l’aime. Car j’ai mal quand j’y pense. Car j’ai peur qu’il s’en aille. Car je le trouve plus beau, plus intelligent et plus accompli. Car je suis moins prétentieuse et plus modeste autour de lui. Car je rougis quand il se moque de moi. Car je le laisse faire. Car je suis hésitante. Car je tremble à ses caresses. Car je vis au rythme de ses appels. Car je ne fais de plans qu’en fonction de lui. Car je pleure à chaque fois qu’il s’en va. Car je compte les jours pour le revoir. Car je dors très peu la nuit. Car je sors beaucoup moins qu’avant et que quand je sors, c’est juste pour faire preuve de vie…
Oui je t’aime. Et ça me fait peur. Je t’aime à la folie. Et je fréquente l’amour et l’ombre de l’amour : la peur de le voir s’évaporer. Je t’aime. Et plus rien ne compte. Ni les amis, ni les études, ni les sorties, ni le chocolat, ni les romans d’autrefois, ni les chansons qui me rendaient ivre, ni les habits que j’achetais en cachette, ni les slims, ni les bottes, ni le revirement révolutionnaire d’une jurisprudence traditionnelle, ni le code civil, ni le café brûlant du matin dans mes draps chauds et froissés, ni celui de l’après-m, ni l’Europe, ni Paris… Je t’aime. Et pour le reste, mon amour, c’est fini.
Comment je sais si je l’aime ? La réponse est facile. Elle est toujours négative. Car quand on pose une question pareille, c’est qu’on n’aime pas assez. Ou plutôt, qu’on n’aime pas tout court. Quand on aime, on le sait. On le sent tellement fort que ça fait mal. On le réalise violemment et on se déteste de tant de violence. Je l’aime. Et puis c’est tout. Je lui donnerais tout. Je ferais tout pour lui. Je me marierais à lui à la seconde même. Je jetterais en l’air mes plans d’avenir, mes projets volatiles, mes ambitions prétentieuses, ma carrière potentielle, mes études fatiguées et fatigantes, les mecs de passage, les soirées inutiles, les cafés bavards, les habitudes malsaines, mes addictions et toutes mes petites envies…
Comment je sais si je l’aime ? Je l’aime. Car j’ai mal quand j’y pense. Car j’ai peur qu’il s’en aille. Car je le trouve plus beau, plus intelligent et plus accompli. Car je suis moins prétentieuse et plus modeste autour de lui. Car je rougis quand il se moque de moi. Car je le laisse faire. Car je suis hésitante. Car je tremble à ses caresses. Car je vis au rythme de ses appels. Car je ne fais de plans qu’en fonction de lui. Car je pleure à chaque fois qu’il s’en va. Car je compte les jours pour le revoir. Car je dors très peu la nuit. Car je sors beaucoup moins qu’avant et que quand je sors, c’est juste pour faire preuve de vie…
Oui je t’aime. Et ça me fait peur. Je t’aime à la folie. Et je fréquente l’amour et l’ombre de l’amour : la peur de le voir s’évaporer. Je t’aime. Et plus rien ne compte. Ni les amis, ni les études, ni les sorties, ni le chocolat, ni les romans d’autrefois, ni les chansons qui me rendaient ivre, ni les habits que j’achetais en cachette, ni les slims, ni les bottes, ni le revirement révolutionnaire d’une jurisprudence traditionnelle, ni le code civil, ni le café brûlant du matin dans mes draps chauds et froissés, ni celui de l’après-m, ni l’Europe, ni Paris… Je t’aime. Et pour le reste, mon amour, c’est fini.
jeudi, octobre 18, 2007
Lundi matin
Lundi matin. Je vais en cours très tôt. J’essaie d’avoir la mine de celle qui s’est offert une nuit de huit heures… Je parle fort, je fais des efforts pour marcher droit. Je fais semblant d’être heureuse car je sens que je n’ai pas le droit de ne pas l’être. Je viens de m’offrir un week-end de rêve.
Lundi matin. Et encore une raison pour détester les lundis. J’ai souvent dit « lundi, je commence un régime, lundi je fais du sport, lundi je deviens plus sérieuse, lundi j’assiste à tous les cours, lundi je laisse tomber mes copines fofolles, lundi je dors toute la nuit, lundi, je finis ce livre que je n’ai jamais terminé… » Mais maintenant je me dis aussi « lundi, il sera déjà parti ».
Lundi matin. Oui, je vais en cours. Une résolution bien respectée. Un peu pour masquer un évènement que je voudrais repousser. Je vais en cours. Et je prends note. Je prends note de tout, machinalement, car j’ai très peu dormi et un peu trop réfléchi. J’écris idées, éternuements, soupirs, pauses, articles de lois, références, blagues débiles d’un prof dépassé, réflexions déplacées d’un élève qui en fait trop, principes généraux, règles principales, directives etc etc etc…
Lundi matin. Je sors du cours et je passe te prendre pour aller « là-bas ». Je connais la route mais j’oublie comment s’appelle cet endroit. Et apparemment, toi aussi. Je passe te prendre. Et on y va. Chut… Ne dis pas où. On sait très bien, évidemment. Mais vaut mieux se taire. Car je n’ai pas assez dormi pour prononcer se mot amer.
Aéroport. Tu le dis enfin. Et je te déteste. Tu descends trop vite. On est si nuls quand il s’agit de se dire adieu. Je profite des klaxons vulgaires des voitures derrière pour m’échapper en douce avant que tu ne lises la tristesse de mes yeux et avant que tu ne devines que je vais mal. Oui très mal.. Je crois même t’avoir ordonné de descendre vite pour sauvegarder mon sang froid et pour gagner quelques minutes sèches avant que les larmes me volent ce qui reste de ma fierté.
Lundi matin. Je retourne chez moi. Et je te laisse partir. Je te laisse t’échapper. Je te laisse mettre fin à mon bonheur et réveiller un mode de vie dominant et tellement… ennuyant.
Lundi matin… Je rentre dans mon lit désert déterminée à dormir plusieurs mois. Mais je me réveille vite. Pour étudier, travailler, lire et écrire. Et surtout pour penser à toi.
Aujourd’hui, j’ai pris un café brûlant dans notre centre ville glacial. J’étais seule dans les rues désespérées de la ville. J’attendais l’heure d’un examen que j’ai si peu préparé. Voilà que ma vie reprend le dessus… J’ai bu quelques gorgées trop chaudes et je me suis fait mal intentionnellement pour oublier une douleur plus profonde, plus abstraite et si difficile à localiser.
Parle-moi de ta nuit. As-tu bien dormi ? As-tu promené ta main à côté pour voir si j’y étais ? As-tu pensé à nous ? A nos fous rires ? A nos projets de gosses ? A nos ambitions prétentieuses ?
Lundi matin j’irai en cours… Et je prendrai note de tout : de tes promesses, tes sourires, tes yeux qui brillent et surtout… de notre prochain rendez-vous.
Lundi matin. Et encore une raison pour détester les lundis. J’ai souvent dit « lundi, je commence un régime, lundi je fais du sport, lundi je deviens plus sérieuse, lundi j’assiste à tous les cours, lundi je laisse tomber mes copines fofolles, lundi je dors toute la nuit, lundi, je finis ce livre que je n’ai jamais terminé… » Mais maintenant je me dis aussi « lundi, il sera déjà parti ».
Lundi matin. Oui, je vais en cours. Une résolution bien respectée. Un peu pour masquer un évènement que je voudrais repousser. Je vais en cours. Et je prends note. Je prends note de tout, machinalement, car j’ai très peu dormi et un peu trop réfléchi. J’écris idées, éternuements, soupirs, pauses, articles de lois, références, blagues débiles d’un prof dépassé, réflexions déplacées d’un élève qui en fait trop, principes généraux, règles principales, directives etc etc etc…
Lundi matin. Je sors du cours et je passe te prendre pour aller « là-bas ». Je connais la route mais j’oublie comment s’appelle cet endroit. Et apparemment, toi aussi. Je passe te prendre. Et on y va. Chut… Ne dis pas où. On sait très bien, évidemment. Mais vaut mieux se taire. Car je n’ai pas assez dormi pour prononcer se mot amer.
Aéroport. Tu le dis enfin. Et je te déteste. Tu descends trop vite. On est si nuls quand il s’agit de se dire adieu. Je profite des klaxons vulgaires des voitures derrière pour m’échapper en douce avant que tu ne lises la tristesse de mes yeux et avant que tu ne devines que je vais mal. Oui très mal.. Je crois même t’avoir ordonné de descendre vite pour sauvegarder mon sang froid et pour gagner quelques minutes sèches avant que les larmes me volent ce qui reste de ma fierté.
Lundi matin. Je retourne chez moi. Et je te laisse partir. Je te laisse t’échapper. Je te laisse mettre fin à mon bonheur et réveiller un mode de vie dominant et tellement… ennuyant.
Lundi matin… Je rentre dans mon lit désert déterminée à dormir plusieurs mois. Mais je me réveille vite. Pour étudier, travailler, lire et écrire. Et surtout pour penser à toi.
Aujourd’hui, j’ai pris un café brûlant dans notre centre ville glacial. J’étais seule dans les rues désespérées de la ville. J’attendais l’heure d’un examen que j’ai si peu préparé. Voilà que ma vie reprend le dessus… J’ai bu quelques gorgées trop chaudes et je me suis fait mal intentionnellement pour oublier une douleur plus profonde, plus abstraite et si difficile à localiser.
Parle-moi de ta nuit. As-tu bien dormi ? As-tu promené ta main à côté pour voir si j’y étais ? As-tu pensé à nous ? A nos fous rires ? A nos projets de gosses ? A nos ambitions prétentieuses ?
Lundi matin j’irai en cours… Et je prendrai note de tout : de tes promesses, tes sourires, tes yeux qui brillent et surtout… de notre prochain rendez-vous.
samedi, octobre 13, 2007
Robes, jeans 34 et talons
Bleues, roses, vertes, blanches, beiges, noires et grises… Du coton, du satin, du lin et de la soie. Certaines sont très courtes, d’autres ouvertes dans le dos, certaines sont pudiques et donnent libre cours à l’imagination, d’autres sont criminelles de classicisme, d’autres encore offrent un décolleté plongeant. Toutes sont belles… Et les filles absolument magnifiques. Vendredi soir à Beyrouth, dans une boite populaire sur un toit de la ville, les plus belles robes dansent et se touchent…
Celle que j’ai préférée était en taffetas, sans manches, rouge sang et en boule. Elle dessinait joliment la courbe des hanches de la fille et se terminait en un gros nœud de devant.
Moi j’ai mis une noire classique… Une robe que l’on trouve dans chaque armoire. Il y a des jours où l’on ne sait pas trop quoi choisir. Et le choix le plus sûr reste le noir. On ne peut pas faire faux avec du noir. C’est gagnant gagnant. Et tous les accessoires sont permis. Le rouge, le vert et le jaune sont absorbés par sa profondeur. Une petite robe noire anodine quand on n’a pas envie de trop réfléchir…
Il y a aussi les jeans. Mais pas les jeans que vous connaissez sous leur acceptation habituelle : blue jeans classique, insignifiant, confortable et déformé. Non… Les jeans dont je parle ne s’enfilent qu’après une semaine de famine et une bonne demi heure allongé sur le lit avec l’aide d’une meilleure amie. Car ils sont de taille 34 et ont la capacité de se fermer autour d’une taille 36, 38 et même 40… Ils sont faits pour être portés bien sûr mais aussi pour que l’on reste muettes et immobiles. Car le moindre faux pas et la moindre parole de trop pourraient les faire exploser. Ils affinent les jambes, redressent le cul et bien sûr… compliquent la vie. Quand vous verrez une fille faire des pas de tortue et respirer une fois sur deux vous comprendrez que c’est la faute du jeans…
Robes ou jeans… Peu importent. De beaux corps qui se baladent constituant le décor de la scène et le glamour de la soirée. Robes ou jeans… Mais toujours chaussures à talons. Des talons compensés et des talons aiguilles pour faire balancer les hanches, allonger les jambes et surtout… pleurer les mecs !
Ce sont les filles de Beyrouth. Belles comme sur un podium. Arrangées comme pour aller à un bal. Habillées comme un concours de stylisme. Maquillées comme des tableaux d’art.
Nous les critiquons. Nous nous en moquons. Nous les plaignons. Et nous faisons de même. Car parmi ce cinéma, il est impossible de rester hors du jeu. Les soirées deviennent un lieu de mode où tout est permis, le court, le long, le carré, le coupé, le dénudé… tant que soient évitées les fautes de goût comme une combinaison vulgaire et exagérée.
Dans un monde esthétique où l’on est sinon magnifique du moins très beau, la plus value d’une fille réside ailleurs. Ce plus que l’on cherche se trouve dans ses capacités intellectuelles et sociales.
La vraie beauté dans un douloureux diplôme de polytechnique qui se marie difficilement – mais clairement – avec une si petite robe de soirée, dans une vraie gentillesse débarrassée de toute hypocrisie, dans un succès professionnel à laisser bouche bée toutes les filles-statues, dans une conversation sincère entre deux filles oubliant les mecs et la jalousie, dans un humour a faire pleurer de rire, dans un projet de carrière ambitieux et sans doute réussi, dans une attitude convenable malgré la décadence des lieux, dans une profondeur plus présente que son apparence, dans une vie bien remplie qui ne se résume pas à la folie des nuits, dans un amour pur et stable malgré la volatilité des relations, dans un accomplissement personnel qui fait briller les yeux, détendre le visage et affirmer la démarche…
Bleues, roses, vertes, blanches, beiges, noires et grises… Du coton, du satin, du lin et de la soie. Un jeans 34 qui rend la vie impossible. Des talons qui se cassent parfois. Mais pas que ça. Car certaines filles ont autre chose. Des choses qui ne se fanent pas. Des choses non éphémères. Des choses qu’elles cultivent et qu’elles grandissent…
Des robes certes… Mais aussi plein de choses à faire oublier robes et talons.
Celle que j’ai préférée était en taffetas, sans manches, rouge sang et en boule. Elle dessinait joliment la courbe des hanches de la fille et se terminait en un gros nœud de devant.
Moi j’ai mis une noire classique… Une robe que l’on trouve dans chaque armoire. Il y a des jours où l’on ne sait pas trop quoi choisir. Et le choix le plus sûr reste le noir. On ne peut pas faire faux avec du noir. C’est gagnant gagnant. Et tous les accessoires sont permis. Le rouge, le vert et le jaune sont absorbés par sa profondeur. Une petite robe noire anodine quand on n’a pas envie de trop réfléchir…
Il y a aussi les jeans. Mais pas les jeans que vous connaissez sous leur acceptation habituelle : blue jeans classique, insignifiant, confortable et déformé. Non… Les jeans dont je parle ne s’enfilent qu’après une semaine de famine et une bonne demi heure allongé sur le lit avec l’aide d’une meilleure amie. Car ils sont de taille 34 et ont la capacité de se fermer autour d’une taille 36, 38 et même 40… Ils sont faits pour être portés bien sûr mais aussi pour que l’on reste muettes et immobiles. Car le moindre faux pas et la moindre parole de trop pourraient les faire exploser. Ils affinent les jambes, redressent le cul et bien sûr… compliquent la vie. Quand vous verrez une fille faire des pas de tortue et respirer une fois sur deux vous comprendrez que c’est la faute du jeans…
Robes ou jeans… Peu importent. De beaux corps qui se baladent constituant le décor de la scène et le glamour de la soirée. Robes ou jeans… Mais toujours chaussures à talons. Des talons compensés et des talons aiguilles pour faire balancer les hanches, allonger les jambes et surtout… pleurer les mecs !
Ce sont les filles de Beyrouth. Belles comme sur un podium. Arrangées comme pour aller à un bal. Habillées comme un concours de stylisme. Maquillées comme des tableaux d’art.
Nous les critiquons. Nous nous en moquons. Nous les plaignons. Et nous faisons de même. Car parmi ce cinéma, il est impossible de rester hors du jeu. Les soirées deviennent un lieu de mode où tout est permis, le court, le long, le carré, le coupé, le dénudé… tant que soient évitées les fautes de goût comme une combinaison vulgaire et exagérée.
Dans un monde esthétique où l’on est sinon magnifique du moins très beau, la plus value d’une fille réside ailleurs. Ce plus que l’on cherche se trouve dans ses capacités intellectuelles et sociales.
La vraie beauté dans un douloureux diplôme de polytechnique qui se marie difficilement – mais clairement – avec une si petite robe de soirée, dans une vraie gentillesse débarrassée de toute hypocrisie, dans un succès professionnel à laisser bouche bée toutes les filles-statues, dans une conversation sincère entre deux filles oubliant les mecs et la jalousie, dans un humour a faire pleurer de rire, dans un projet de carrière ambitieux et sans doute réussi, dans une attitude convenable malgré la décadence des lieux, dans une profondeur plus présente que son apparence, dans une vie bien remplie qui ne se résume pas à la folie des nuits, dans un amour pur et stable malgré la volatilité des relations, dans un accomplissement personnel qui fait briller les yeux, détendre le visage et affirmer la démarche…
Bleues, roses, vertes, blanches, beiges, noires et grises… Du coton, du satin, du lin et de la soie. Un jeans 34 qui rend la vie impossible. Des talons qui se cassent parfois. Mais pas que ça. Car certaines filles ont autre chose. Des choses qui ne se fanent pas. Des choses non éphémères. Des choses qu’elles cultivent et qu’elles grandissent…
Des robes certes… Mais aussi plein de choses à faire oublier robes et talons.
mardi, octobre 09, 2007
J’écrirai encore, malgré moi
Je m’ennuyais. On m’avait donné des choses à faire mais les journées étaient longues. Je travaillais. Mais je faisais autre chose aussi : je discutais avec deux stagiaires qui sont devenues mes meilleures amies, je parlais au téléphone avec mon copain, je discutais avec lui sur Internet, je descendais en bas avec les filles pour fumer, manger des macarons de chez Le Nôtre et surtout observer les gens sur le trottoir et se moquer de leurs démarches alors qu’en réalité on les enviait à mort de pouvoir se balader en toute liberté et audace en plein milieu de journée, en plein milieu de Paris alors que nous étions enfermées dans un bureau. On faisait aussi de longues pauses déjeuner en quittant un peu plus tôt et en revenant un peu plus tard… J’ai un peu honte d’avouer qu’elle était souvent suivie d’une pause café.
Aussi, j’écrivais. Tout. Quand je pense que j’ai oublié d’effacer mes écrits de l’ordinateur qu’on avait mis à ma disposition, je rougis de honte, même ayant quitté Paris. Une chose est sûre, on ne me proposera plus jamais un stage dans ce même cabinet. Mais ce n’est pas très grave. J’en trouverai d’autres.
Après quelques semaines de stage, je fus obligée de dévoiler mon site à mes collègues. Je ne pouvais pas prétendre indéfiniment lire une étude analytique sur le code civil quand on pouvait bel et bien voir, par-dessus mon épaule, que le fond est carrément… rose. Et petit à petit, mon site devint la station de départ de chaque journée. J’écrivais, j’expliquais, j’avais droit à des critiques, des suggestions, des questions, des commentaires, des rires, des larmes et des jugements. J’adorais. Et je le dis avec un brin d’arrogance. Savoir que des histoires futiles pouvaient provoquer de telles réactions dans un environnement professionnel et carré ne me laissait pas indifférente. On me conseilla alors d’envoyer mes écrits à des maisons d’édition. Je trouvai l’idée complètement ridicule. Mais je l’accueillis volontiers.
Aujourd’hui, j’ai reçu une première réponse. Les autres vont sans doute suivre et être dans le même sens. La réponse est bien sûr négative. Mais je m’en fous. Il y a quelques années, j’aurai déchiré la lettre et je l’aurais brûlée avant de la jeter. J’aurais pris la précaution d’être à l’abri des regards et si l’on m’avait surprise quand même, j’aurais prétendu avoir brûlé une feuille anodine d’un magazine dépassé pour le plaisir de faire du feu.
J’ai accepte avec un sourire une mauvaise nouvelle que je n’attendais même plus. J’avais oublié avoir envoyé mes écrits et cette lettre de Paris m’a rappelé de beaux moments de ma vie. Elle m’a rappelé des instants de confiance, de détermination, de chance, d’émotions, d’espoir. Elle m’a rappelé que j’ai voulu tenter ma chance alors que je savais que j’en avais peu, elle m’a rappelé que quelque part à Paris, cet été, il y a quelques mois, mes histoires faisaient sourire des avocats qui, au fond de leurs bureaux et entre des dossiers tristes, s’ennuyaient. Mes écrits furent refusés. Ils ne sont pas assez professionnels, peu concentrés, très naïfs et souvent pressés mais je sais que demain soir dans mon lit, comme ce soir et comme tous les soirs de ma vie, entre deux fenêtres ouvertes de mon ordinateur à l’odeur des bonbons et du café, j’écrirai encore, malgré moi.
Aussi, j’écrivais. Tout. Quand je pense que j’ai oublié d’effacer mes écrits de l’ordinateur qu’on avait mis à ma disposition, je rougis de honte, même ayant quitté Paris. Une chose est sûre, on ne me proposera plus jamais un stage dans ce même cabinet. Mais ce n’est pas très grave. J’en trouverai d’autres.
Après quelques semaines de stage, je fus obligée de dévoiler mon site à mes collègues. Je ne pouvais pas prétendre indéfiniment lire une étude analytique sur le code civil quand on pouvait bel et bien voir, par-dessus mon épaule, que le fond est carrément… rose. Et petit à petit, mon site devint la station de départ de chaque journée. J’écrivais, j’expliquais, j’avais droit à des critiques, des suggestions, des questions, des commentaires, des rires, des larmes et des jugements. J’adorais. Et je le dis avec un brin d’arrogance. Savoir que des histoires futiles pouvaient provoquer de telles réactions dans un environnement professionnel et carré ne me laissait pas indifférente. On me conseilla alors d’envoyer mes écrits à des maisons d’édition. Je trouvai l’idée complètement ridicule. Mais je l’accueillis volontiers.
Aujourd’hui, j’ai reçu une première réponse. Les autres vont sans doute suivre et être dans le même sens. La réponse est bien sûr négative. Mais je m’en fous. Il y a quelques années, j’aurai déchiré la lettre et je l’aurais brûlée avant de la jeter. J’aurais pris la précaution d’être à l’abri des regards et si l’on m’avait surprise quand même, j’aurais prétendu avoir brûlé une feuille anodine d’un magazine dépassé pour le plaisir de faire du feu.
J’ai accepte avec un sourire une mauvaise nouvelle que je n’attendais même plus. J’avais oublié avoir envoyé mes écrits et cette lettre de Paris m’a rappelé de beaux moments de ma vie. Elle m’a rappelé des instants de confiance, de détermination, de chance, d’émotions, d’espoir. Elle m’a rappelé que j’ai voulu tenter ma chance alors que je savais que j’en avais peu, elle m’a rappelé que quelque part à Paris, cet été, il y a quelques mois, mes histoires faisaient sourire des avocats qui, au fond de leurs bureaux et entre des dossiers tristes, s’ennuyaient. Mes écrits furent refusés. Ils ne sont pas assez professionnels, peu concentrés, très naïfs et souvent pressés mais je sais que demain soir dans mon lit, comme ce soir et comme tous les soirs de ma vie, entre deux fenêtres ouvertes de mon ordinateur à l’odeur des bonbons et du café, j’écrirai encore, malgré moi.
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