dimanche, avril 12, 2009

Soucis de sis

Une de mes amies a 26 ans. Elle a épousé il y a deux ans un homme très réussi qui travaille dans la finance. Ils se sont rencontrés alors qu’elle était venue à Londres faire ses études. Américaine d’origine indienne, elle était insouciante, jeune, célibataire et s’attendait à tout sauf au mariage. Mais l’amour s’est imposé. Et elle a dit oui… sans réfléchir. Tout semblait parfait. Le cœur battait.
Ils se sont rencontrés dans un bar anglais. Rien de romantique, rien de spécial, pas même de la musique, bref, pas vraiment la scène idéale. Ca aurait fait bien dans l’histoire qu’ils se soient rencontrés dans le parc un jour ensoleillé, mais non, juste dans un bar désordonné, dans leur quartier, et puis le parc à Londres n’est presque jamais ensoleillé…
Depuis ils sont heureux. Pas encore d’enfants bien sûr mais ça viendra, dit-elle, quand elle sera prête. Je les vois heureux et épanouis, en fusion totale et en parfaite osmose. Je l’admire d’avoir pu faire un choix pareil à un si jeune âge alors que les femmes de nos jours sont tellement irresponsables, tellement volatiles ou tellement occupées par leurs carrières.
Mais hier soir, j’ai compris qu’il n’était pas question de certitude. Ni même d’évidence. Malheureusement. J’aurais tellement voulu que ma théorie sur l’AAAmour soit prouvée et je comptais sur elle pour en constituer l’exemple. Mais après quelques verres de vin blanc, dans ce même bar anglais où quelques années plus tôt ils se sont rencontrés, on a discuté, elle et moi, en privé. D’abord sur la vie, sur nos ambitions respectives, sur nos carrières très incertaines, sur nos passions cachées et sur nos amours… Elle m’a avoué qu’elle se demande si elle n’aurait pas préféré le rencontrer quelques années plus tard, pour qu’elle ait eu le temps de vivre sa jeunesse et de sortir avec d’autres, si elle n’aurait pas été plus heureuse aux Etats-Unis, chez elle, si elle l’aime vraiment ou s’il est question d’habitude, si elle aurait été mieux avec un autre, si elle avait bien fait d’aller boire un verre dans ce bar là, ce soir de mai, un soir où elle s’était jurée de profiter de la vie sans s’attacher…
« Ne me comprends pas mal, je suis heureuse » dit-elle. Et je dis « mais oui, bien sûr ». Quoi d’autre aurais-je pu dire ? Elle est mariée la fille, c’est trop tard pour qu’elle vérifie ses « sis ».
De toute façon, je la crois. Elle est heureuse, sinon elle ne resterait pas. Elle n’est pas du genre à rester quand ça ne va pas. Mais ce soir, entre ses copines célibataires, elle a des soucis de « sis ». Et je me demande, si je connais une fille heureuse. Les célibataires veulent se lier, et les casées envient la liberté des premières. Malgré un sourire artificiel, j’ai vu dans ses yeux noirs qu’elle cachait un peu – peut-être pas exprès je ne sais pas vraiment – avec son verre de vin, une envie folle d’escapade. Je lui dis que tout le monde voudrait être à sa place. J’ai été diplomate et puis c’est exactement ce qu’elle voulait entendre. Mais pour être tout à fait honnête je ne connais pas la réponse à ses sis. Et je ne sais même pas pourquoi j’y réfléchis, en pleine nuit. C’est peut-être parce que je me sens mal, de ne pas savoir lui répondre. Je ne sais pas grand-chose sur l’amour, ni sur la vie et rien du tout sur le mariage. C’est peut-être parce que j’aurais dû lui dire « oui » au lieu de la regarder avec les yeux tout bêtes et tout ronds quand elle m’a demandé « est-ce que tu me comprends ? ». J’ai voulu la convaincre qu’elle avait tout. Un peu par réflexe (je défends toujours l’amour), un peu par amitié (je veux vraiment qu’elle soit heureuse) et un peu (trop) par ignorance.
Et puis j’y réfléchis… des heures. Je ne sais pas pourquoi. Et j’arrive à une conclusion peut-être pas très convaincante mais de quoi pouvoir enfin dormir… Je conclus qu’il ne faut pas trop y réfléchir. A force d’imaginer mille scénarios, ce que nos vies seraient si un certain choix n’avait pas été fait, à quoi elles ressembleraient si un facteur y manquait ou si d’autres ingrédients étaient ajoutés, si on aurait été plus heureux si l’on avait choisi une route différente, ce qui se serait passé si on avait pas été allé, ce jour de mai, dans ce bar anglais, on n’en finirait pas… et puis on ne saura jamais.
De ses sis je passe aux miens. Et je lui en veux de m’avoir volé la nuit du samedi, la meilleure de toute la semaine. Puis je finis par me considérer heureuse. Enfin, la plupart du temps, sauf quand j’ai des soucis de sis. Et je me dis qu’en fin de compte (je m’excuse auprès des idéalistes, romantiques et pessimistes), le bonheur ne dépend que de nous. Soit on passe la vie à désirer autre chose que ce que l’on a… soit on se dit qu’après tout, le bonheur c’est ça…

vendredi, avril 10, 2009

Je suis chef


Quand j’ai accepté ce boulot, c’est un travail à temps partiel que j’envisageais : de quoi payer mon loyer, quelques bières entre potes le samedi soir et de quoi survivre en attendant de trouver un meilleur emploi. Je suis écrivain. Enfin… j’écris. Souvent sur mon ordi et parfois sur des petits bouts de papiers entre deux services. J’ai accepté mon boulot de chef dans un resto italien en attendant de trouver un éditeur. Mais le temps a passé. Et je suis toujours chef. Ce n'est pas que je n’aime pas ce que je fais. Au contraire. J’aime dire que je satisfais les palais. Mais le plus dur, hormis la rémunération médiocre, c’est de ne pouvoir être en contact avec ceux qui apprécient mon métier. Ils aiment mes pizzas. Mais c’est le resto qui reçoit tout le crédit. Depuis que j’y suis, sa renommée s’est bien améliorée. On dit même que c’est le meilleur italien du quartier.
J’ai de la farine sur les mains et la chaleur du feu de bois plein le visage. J’ai chaud, j’ai quelques brûlures sur les bras et on me dit de faire plus vite, comme si je pouvais accélérer la force du feu. Et puis on dit que c’est le meilleur italien… Le temps passe. Je ne suis plus écrivain. Je suis chef à plein temps, spécialiste en pizzas. J’aime ce que je fais. Mais je suis anonyme. J’entends, derriere dans la salle, les commentaires admiratifs des plus sympas et les critiques de ceux à qui rien ne plaît. Et ils reviennent !
Sauce tomate, mozzarella et champignons… on l’appelle Marguerite. Et c’est celle que je connais le mieux. Et puis il y a d’autres un peu plus audacieuses que j’apprends à connaître. Je finis à une heure du matin. Et je n’ai pas le temps de manger. La journée a été longue…
Mais ce soir quelque chose a changé. Alors que je mettais quelques pizzas dans le four, une voix douce et sensible me caressa le dos. La voix a dit « merci ». Ce soir, une voix de femme a changé ma vie. Ce soir, pour la première fois, j’ai reçu tout le crédit. Ce soir, j’ai compris que j’étais apprécié. Je me suis retourné, mais la voix n’y était plus. Peu importe. Je sais que je ne suis plus écrivain. Mais je ne suis plus chef non plus. Non, je suis beaucoup plus… Je suis créateur de bonheur. Et, dans le plus profond de moi-meme, je lui dis "merci a toi aussi" ...

mardi, avril 07, 2009

Mon oreiller

J’ai un jour appris que le partage était à l’origine de tous les malheurs. Non pas que je n’aime pas donner. Au contraire. Mais c’est cette situation entre les deux qui m’agace. Parce qu’il est impossible de situer la tête exactement sur la moitié de l’oreiller. Un oreiller à deux ne peut être confortable. Alors je préfère m’en passer. Et poser la tête à même le matelas. Aux courbatures je m’habituerai. Je te le donne. L’oreiller.
La copropriété n’est pas faite pour durer. La loi la même qualifier de temporaire. D’ailleurs, il n’y a pas une famille qui n’ait pas expérimenté, à un moment ou un autre, une dispute concernant un bout de terrain, une bague faite à la main ou une nappe brodée au fil fin. La copropriété résulte toujours en un accord… ou en une dispute qui dure à vie. Au-delà de la chose matérielle objet du litige, ce sont les souvenirs auxquels on s’attache, la valeur morale de l’objet, cet après-midi d’août où sur la nappe blanche le thé fut servit, l’enfance passée à construire des tentes et à collecter des objets jetés sur ce terrain qu’on s’était approprié, cette histoire romantique à la bague liée…
Aussi, il est question de fierté. Ou même de vengeance. Je m’en fous de l’objet. Mais un jour à nous deux il a été. Aujourd’hui, tu pars. Mais cette chose qui était à nous deux je la garderai. Pour la jeter peut-être. Juste pour t’agacer.
Moitié-moitié s’était-on dit souvent. Toi le matin, et moi le soir s’était-on dit aussi. Ou pire : a celui qui en a besoin. Ces dispositions s’appliquent parfaitement quand on est amis. Mais se transforment en la plus sale des guerres quand il est moment de choisir sa route… solitaire.
Alors je décide de tout diviser, à l’avance, en prévention de l’orage, pour limiter ses dégâts. Je décide de donner ou de prendre selon l’origine de l’objet. Et mon comportement choque en temps de paix.
Je divise, j’enregistre, je précise et j’organise. Je trie et je range objets, sentiments, comportements et affections. Et on me dit que cette organisation tue l’amour et l’enterre dans le gouffre le plus profond.
Si une division pacifique peut tellement nuire, je ne puis que confirmer, dans le plus profond de moi-même, combien sage était cette personne qui m’a conseillée un jour de ne jamais, jamais partager mon oreiller.
Et dans le fond de la nuit, j’y plonge un visage humide de larmes de peine et de confort en me disant, bien que je sois seule à le penser, qu’au moins, j’ai un oreiller à moi toute seule pour pleurer.

jeudi, avril 02, 2009

Six

Il suffit que l’un de nous soit triste pour que tous se sentent concernés. Il suffit que l’un de nous soit heureux pour que six vies s’illuminent aussi. Car nos tristesses se divisent par 6 à chaque fois. Et nos bonheurs se multiplient par le même chiffre automatiquement. La nature a fait que l’on fonctionne en groupe. La vie a voulu que tout se fasse par nos forces réunies. Chacun y apporte son truc. D’abord, de l’émotion, pour que nos décisions soient toujours humaines. Mon père, roi du monde, a un cœur d’enfant. Il est notre maison, il est notre sauveur, il est notre pardon. Il accepe a chaque fois, il analyse avec nous et soutient les decisions les plus folles. Il croit en nos capacites, il croit en nos dons et admire avec les yeux les plus profonds. Il nous a tout appris, tout donne en nous transmettant le sens de la generosite. Je n'ai pas connu d'Homme comme lui. Et je n'en connaitrai jamais. Car il n'y en a pas. Et il n'y en a jamais eu. C'est pour lui que je suis. Ensuite, il y a de l’ordre. Car ma mère, malgré une sensibilité certaine, ne laisse paraître qu’une froideur extrême qui facilite le raisonnement et provoque une organisation nécessaire. Ensuite, du support. Mon grand frère a toujours été notre meilleur protecteur. Mon grand frère qui n’a jamais été enfant, car né le plus grand. Mon grand frère qui a accepté de grandir avant l’âge pour s’occuper de trois petits diables. Puis il y a ma sœur… ma sœur qui aime les chiffres. Et qui, par un calcul mental aussi rapide qu’impressionnant, présente les pours et les contres de chaque situation, me laissant aussi perplexe qu’exaspérée… Ma sœur qui possède un cœur plus large que la vie, une sensibilité infinie et un dévouement qui me touche autant qu’il me guérit. Et enfin il y a le petit. Petit car le plus jeune. Mais grand. Oui si grand. Car mon petit frère est toujours prêt à l’attaque pour défendre ses deux sœurs quand l’une d’entre elles est blessée. Et du haut de ses vingt ans, il guette tout danger potentiel, d’un regard vert de colère, vert de tendresse… Il ouvre ses bras et les dangers du monde disparaissent aussitôt.
Nous sommes 6. Et c’est à 6 que nous avons discuté hier soir, quand la vie ne s’est pas montrée très sympathique. C’est à six qu’on parle chacun de son côté, souvent en même temps, souvent en criant, souvent en disant des choses incompatibles et contraires, incompréhensibles et insensées, folles et en colère… C’est à six qu’on se mêle et démêle, qu’on plante le nez partout et qu’on a un avis sur tout, c’est à six qu’on décide, qu’on se dispute, qu’on se réconcilie, à six on s’aime et on se déteste, à six on se pardonne, on s’écoute on s’entraide, à six on marche, on grimpe et on retombe et à six on unit nos forces, toujours, pour continuer, encore plus fort…
Hier elle m’a appelée. Ma sœur. Et pour elle j’ai tout laissé tomber. Elle voulait prendre un café. Mais je savais que par sa fumée, le café en dévoilait davantage. Elle a toujours été là pour moi. Et c’est elle qui me pousse à atteindre mes rêves. C’est à elle que je veux ressembler. Et je ne peux la voir fragilisée. Ensemble on peut tout achever. Ensemble on a pleuré. Quelques secondes… et nos larmes ont séché. Car ensemble on s’est relevé, Ensemble on est rentré et puis ensemble, sur un canapé, en face de la télé, en écoutant une chanson qui nous a fait toutes les deux tout oublier, on a réalisé qu’en réalité on n’était pas que deux. On est six. Et quel problème ne peut être résout à six ?
L’amour de ma vie c’est vous. Ma famille.

samedi, mars 14, 2009

Le Liban, une idee

Elle klaxonne quand elle passe à côté de chez elle, ouvre légèrement la vitre, sort la main et fait un signe rapide à sa grand-mère. Elle ne vérifie pas si celle-ci l’a reçu. Ni si elle a répondu à son bonjour. Pourtant elle est sûre que de son balcon, sa grand-mère fait le signe de la croix dans l’air comme pour la protéger. Elle pourrait le jurer.
Rentrée chez elle, elle entend son père marmonner des mots qui semblent signifier que ses enfants sont des bons à rien. Ca l’a fait rire. Elle sait qu’il déteste qu’elle rentre tard en voiture mais elle ne manque pas de lui rappeller que c’est sa faute, lui qui les a tellement habitués au goût de la liberté. Et elle l’aime pour cela. Pour cette confiance sans limites qui leur a offert malgré les déceptions multiples qu’ils lui ont fait subir en contrepartie. Il semble sans cesse s’en rétablir et leur en offrir davantage d’une générosité infinie…
Sa mère leur propose le dîner. Mais distraits, ses frères, sa sœur et elle sont occupés à se disputer sur des choses banales. Et ils adorent le faire. Car sans disputes, comment manifester cet amour qu’ils ont l’un envers l’autre ? Sa mère s’énerve et prévient que la cuisine fermera s’ils ne réagissent pas illico. Pourtant, quelques heures plus tard, devant nos mines déconfites et nos ventres qui ronronnent, elle nous prépare, tout en soupirant et en jurant qu’elle le fera pour la dernière fois, le plus copieux des repas… Mais elle le fera aussi le lendemain… Et le jour d’après.
Lundi. 6 heures du matin. Douche, messages échangés avec une copine pour partager avec elle la haine du lundi, café avalé devant l’ascenseur et laissé sur la première marche de l’escalier, suivis d’une heure dans l’embouteillage. Elle adore la radio libanaise. Chansons françaises des années 80 qu’elle connaît par cœur et qu’elle ne manque pas de réciter mot à mot ne se souciant de sa mine faisant rire les conducteurs des voitures autour. Elle arrive en retard, bien sûr, au cours de huit heures à cause de travaux divers sur une autoroute qui ont duré les quatre années de ses études en droit. Et il paraît qu’ils durent toujours…
Le Liban… une idée. Et c’est cette idée qui m’est restée. Mon Liban à moi. Un peu comme dirait Gebran Khalil Gebran. Et autour d’un verre, à Londres, mes amis libanais et moi se racontons nos Libans respectifs…
Nos Libans sont différents. Nos Libans ne se ressemblent pas tout à fait. Mais dans tous nos Liban j’ai pu retrouver le mystère de nos montagnes, le goût de nos fruits, des parents qui souffrent de l’adieu mais qui acceptent la souffrance pourvu que leurs enfants réussissent, l’odeur du printemps et les coquelicots aux pétales qui tombent quand on les cueille comme s’ils refusaient d’être séparés de la nature, le soleil généreux de l’été, le sable brûlant et la mer scintillante, l’odeur de la mankoucheh et les seuls sentiments… vrais.

vendredi, mars 06, 2009

Chaussette

Un tour, puis deux, puis trois… J’ai le vertige. Je déteste ce moment de la journée. Je suis écrasée par les autres, trempée, essorée, étouffée jusqu’à ce qu’une main sauvage fasse une entrée imprévue pour nous attraper l’un après l’autre et nous lancer dans un panier énorme sans esthétique aucune. Mais aujourd’hui, la main m’oublie. Je fais de mon mieux pour qu’elle me repère, pour qu’elle m’emmène avec mes amis dans ce panier que je déteste mais que je préfère à la machine… en vain. Je reste seule. Et mon compagnon s’en va avec elle. Je suis perdue, ravagée, dévastée. Que faire ? Je n’ai aucune utilité toute seule. Je suis créée pour vivre en couple. Lui et moi, on va de pair. Même si l’on se dispute quelque fois et que je choisis de dormir pour quelque temps en dessous d’un lit ou dans le coin d’une salle de bain, on finit toujours par se retrouver. Parfois, certains essayent de nous arranger avec des chaussettes d’un autre genre, pour faire vite, pour combler le vide quand l’un de nous se cache quelque part ou est oublié dans la machine, ou simplement par tentative de style. Toutefois, modestie à part, toutes ces combinaisons sont vouées à l’échec. Car on va de pair. Lui et moi. On est né ainsi. Chaussettes.
Ma journée se termine ici. En machine. Il faut que j’attende le lendemain matin pour retrouver mes amis, chaussettes, sous-vêtements de tout genre ou habits, pour une douche froide ou chaude selon la couleur. Je passerai la nuit seule tout en espérant qu’on n'associera pas mon compagnon avec une vulgaire chaussette synthétique qui aurait perdu son second aussi.
Et je pense au mauvais sort lancé à ma vie… Pourquoi ne suis-je pas née pull ou t-shirt en coton ? Pourquoi ne puis-je faire sens par ma simple identité ? Et dans le fond d’une machine bon marché, où il fait sombre et humide et que je n’ai pas encore séché, j’envie tous ceux qui n’ont besoin de personne pour exister.

dimanche, février 22, 2009

Plaire aux hommes

Ils nous disent qu’ils aiment les courbes. Les vraies. Ces formes voluptueuses qu’ont les femmes méditerranéennes, les femmes sensuelles, les femmes épicuriennes, celles qui osent, qui dévorent, qui séduisent, qui aiment, qui croquent la vie, qui vivent. Oui, ils nous disent qu’ils aiment les signes de la féminité, de la maternité, de la fertilité, de la santé. Ils ne font que le répéter. D’ailleurs, ils aiment Monica Bellucci, Salma Hayek, Catherine Zetta Jones, Scarlett Johanson. Mais on continue à nous priver. Et continue à opter pour des salades vertes et des pommes qui vont finir par ne plus exister sur le marché, pour enfin ressembler à un squelette sans forme, sans couleurs, sans vie, sans lumière, sans étincelles, sans force, sans énergie, sans envie… sans charme quelconque.

Ils nous disent qu’ils nous préfèrent naturelles, sans maquillage, sans artifices, sans manières. Ils nous disent qu’ils nous préfèrent à la piscine ou au réveil, quand l’eau et la nuit ont effacé les dernières traces de mensonge, de superficialité, d’incertitude. Ils nous affirment qu’ils aiment le visage pale, les yeux dégagés de tout ce qui pourrait cacher la profondeur du regard, et les lèvres natures. Et pourtant… on se rue pour acheter le tout nouveau mascara censé nous donner un effet « faux cils » alors que la fausseté constitue le titre même du produit. J’avoue que je suis la première à le faire. Et au téléphone avec mon amie, je lui file une info secrète sur un rouge à lèvres à la texture parfaite.

Ils nous disent qu’ils aiment nous voir en tenue décontractée, en espadrilles et en sweat. Et pourtant… on insiste à porter les talons les plus hauts qui nous font si mal et qu’on retire à peine arrivées au parking de chez nous, pour monter 5 étages pieds nus parce qu’on ne peut plus les supporter en fin de soirée, et remarquer que nos pieds sont tout rouges, tout enflés et se dire quand même que ces chaussures valaient bien le coup d’avoir été achetées.

Ils nous disent ce qu’ils aiment. Mais on fait totalement l’opposé. On fait tous ces efforts pour leur plaire. Et pourtant, ils nous aiment comme on est… et même si je savais que toutes ces manies de filles ne servent à rien en réalité, je ne puis vraiment m’en détacher. Et je me demande, devant une salade verte qui se sent un peu ennuyante comparee a un plat de frites, les talons qui me tuent et le mascara pas si efficace qu’il ne voudrait l’être, si c’est aux hommes qu’on veut plaire… ou si c'est simplement une compétition entre femmes.

samedi, février 21, 2009

Mysterieux

On ne sait pas grand-chose sur lui. Toujours mystérieux, parfois mal compris, on n’est jamais sûr de sa religion, de son état d’esprit, de ses habitudes, de ses origines, de ses amis, de ce qu’il a à offrir, de ses capacités, de ses rêves… D’ailleurs sa petite taille ne manque pas de tromper. On le sous-estime en effet. Et il s’y plaît.
Les autres sont faciles à disséquer. Le premier est grand, blond, classique, ennuyeux. Le second a la peau plus foncée et ne peut que refléter soleil, amour et volupté. Y en a d’autres aussi. Et presque tous sont autant prévisibles.
Mais lui, non. Plus il en dit, et plus le mystère s’installe. Plus il en raconte et plus il choque. Plus il parle, et plus d’énigmes sont à résoudre. Plus il décrit, et plus on a envie de le connaître. Il reste silencieux. Jusqu’à ce qu’on l’interroge. Il reste dans son coin, jusqu’à ce qu’on le bouscule. Il a ses manies et ses coutumes mais s’adapte facilement aux autres, se mélange à eux, se laisse apprivoiser, sans pour autant oublier son propre passé.
Certains pays ont perdu leur charme. Parce qu’ils ont fait trop de bruit. On sait tout d’eux, de leurs goûts vestimentaires, à leur cuisine, à la couleur des cheveux de leurs femmes, à leur musique, à leurs croyances religieuses, à leurs tendances politiques. D’autres un peu moins. Et puis il y en a un qui fait naître le doute et qui intimide à chaque fois qu’on parle de lui. Et puis il y a mon pays. Tout petit. Mais si mystérieux.

Les gants roses

Je n’avais pas envie de sortir. Apres avoir mangé une lasagne surgelée qui a le goût du supermarché et beaucoup de chocolat pour l’oublier, j’avais décidé de passer la soirée au lit à regarder des banalités que j’adore et que je suis avec la plus grande fidélité.
Mais l’idée que c’est vendredi, le week-end, et qu’il faut absolument sortir constitue le complexe de certains. Dont une amie que j’ai faite ici et qui est devenue une très bonne amie. Elle ne fit que répéter que j’ai la chance (ou la malchance !) d’habiter juste au dessus du cinéma et qu’il faut à tout prix qu’on y aille ensemble pour voir le nouveau film « shopoholic », dont elle ne cesse de parler.
Bien sûr, je n’acceptai pas la défaite de si peu et insista que dans mon vieux pyjama je ne sortirai pas ce soir là. Mais elle fut plus maligne que moi. Et me rappela que le cinéma n’étant qu’à deux pas, je n’avais qu’à enfiler une veste, des bottes, un bonnet en laine et le tour serait joué. Remarquant que je n’étais convaincue qu’à moitié, elle fit un calcul rapide qui ne manqua de m’impressionner pour m’assurer que je serai de retour avant même que mon programme préféré n’eut commencé (programme que j’éviterai de mentionner un peu pour sauvegarder ma dignité).
J’exécutai. Et par-dessus mon vieux pyjama rouge qui n’a rien de sexy et tout du confort-grand-mère, je superposai foulard blanc en laine (très confortable), bonnet noir, bottes marrons en fourrure et… gants roses (je ne fais pas exprès, non… et je ne puis l’expliquer non plus… c’est juste que j’avais envie d’être confortable…).
Sur le chemin (en faisant les deux pas qui mènent vers la salle), je ne puis m’empêcher de lancer une blague qui ne l’était qu’à moitié en lui disant que ce serait drôle de tomber sur quelqu’un que je connais. Du haut de ses talons aiguilles, de son jean skinny et de son manteau dernier cri, elle tenta de me rassurer en me disant que parmi les milles salles de ciné de Londres, quelle était la probabilité que quelqu’un que je connaîtrais choisirait celle-ci. Et bien sûr j’approuva, en me moquant de moi-même et en me traitant de parano. Bien habillée, elle acquiesca.
Et puis, dans le noir de la salle, je me sentis en sécurité. Je commençai à me sentir vraiment à l’aise tout en sirotant un coca light dans un verre en carton qui lui donne un bien meilleur goût je trouve, quand une voix provenant du siège arrière cria dans mon oreille : « j’ai bien pensé que t’avais l’air d’une libanaise !! Qu’est-ce que tu fais ici ?? ». Et mon coca n’avait tout à coup plus le même goût. Je repondis : « Ce que j’y faisais ?? Moi ? J’habite ici ! Ma chambre est au-delà des escaliers. Et j’aimerais que tu sortes de chez moi… ». Bien sûr, dans mon cœur… je n’ai jamais eu cette audace. Et toujours eu l’hypocrisie féminine libanaise. Je souris. A contre cœur. Tout en prenant le soin de fermer, discrètement bien sûr, mon manteau, pour qu’elle ne puisse apercevoir mon pyjama rouge. De l’autre main, je retirai mon bonnet ridicule et essayai de bouger légèrement la tête pour réveiller les vagues de mes cheveux. Je marmonnai quelques mots incompréhensibles voulant dire que je n’habite pas très loin d’ici. Elle répondit qu’elle, si. Elle habitait loin. Mais elle aimait cette salle en particulier. Bien sûr ! Cette salle parmi les milles autres salles de Londres. Rien que pour le plaisir de me contempler ainsi. Dans le pire de mes états. « Je te déteste ! ». Pensai-je toujours. Sans encore pouvoir le lui crier en face. Le film avait commencé. Elle décida enfin de s’installer tout en me souhaitant « bon film » comme si elle n’avait pas été assez ironique.
Je fus partagée entre l’envie de tuer mon amie (après tout c’était elle qui m’avait encouragée à sortir ainsi habillée) et lancer la totalité de ma boisson sur les cheveux soyeux de mon ennemie.
Mais je finis par fixer l’écran, sans rien écouter bien sûr, en pensant à l’ironie de la vie. Et à ma vengeance. Je décidai de me rendre tous les jours au ciné, dans mes tenues les plus légères. Tant pis pour le froid. Jusqu’à ce que je la repère, un vendredi soir qui ne lui donnerait pas particulierement l'envie de sortir, superposant pyjama rouge, bonnet noir, foulard blanc en laine et botte marrons de préférence. Merde. J’oubliai les gants roses.

lundi, février 16, 2009

Perdu

Aller à un concert. Acheter un livre trouvé dans la catégorie best seller. Rire dans la salle de cinéma remplie après avoir attendu un mois pour trouver des tickets. Admirer les tableaux d’un peintre a succès… toujours en vie. Que de choses qui me donnent envie. Quoi de plus parfait que de réussir sa vie en faisant exactement sa passion. N’est-ce pas là la clef du bonheur ? Je ne puis penser à plus de perfection. Ce serait tellement beau si je pouvais passer ma journée au lit, à écrire, et en faire mon métier. Mon seul. Et ma richesse.
Pourtant, je n’ai jamais été aussi audacieuse. J’ai opté pour des études de droit. Quelque chose de plus raisonnable. Non pas seulement parce qu’au Liban (comme partout ailleurs comme j’ai découvert dernièrement) on valorise les trois métiers d’avocat, de médecin et d’architecte mais aussi parce que j’ai toujours été habile avec les mots et eu la patience de lire pendant des heures. Et j’aime cela. J’ai fait ma licence. Et puis mon master. J’ai bien réussi. J’ai été convaincante. Convaincue ? Un peu moins.
Et puis un matin… je me sens morose. Parce que je réalise que je tombe dans mon propre piège. Et qu’avec mes examens, mes diplômes qui s’imposent sans que je ne puisse m’y opposer, et ces choses sérieuses qui se succèdent, je comprends enfin qu’une vie d’artiste ne sera simplement pas pour moi. Et ces journées passées dans le parc, dans la rue ou dans un bus à attendre ma prochaine histoire seront futures ou ne seront jamais.
Je réalise que je serai comme ces peintres qui se feront connaître après la mort. Et l’idée me fait sourire. Car ce serait trop espérer. Je serai comme ces gens là qui se disent que leur profession n’est que provisoire, qui se noient dans le succès, qui ajournent leur passion, pour enfin la perdre avec le temps à défaut d’avoir le temps de l’épanouir, qui se réveillent un jour avec l’envie folle de peindre, de chanter, d’écrire leurs émotions… mais avec le talent perdu.

dimanche, février 15, 2009

Quatre fois plus

C’est vrai que j’ai le caractere qui change tres brusquement… C’est vrai que je passe du mon tres haut a mon tres bas en l’espace d’un battement de paupieres… Et c’est vrai qu’on m’accuse d’etre folle quelquefois. Avec le temps, j’ai appris, non pas a controler cet aspect de moi, mais a le reconnaître. Avec le temps, je me suis entrainee a identifier ces moments de « folie » et a eviter tout contact avec les gens « normaux ». Parce que la norme se determine, malheureusement, par le nombre. Si la majorite des personnes agit d’une certaine facon, tout comportement oppose ou simplement deviant sera marginalise.
Ce qu’ils ne savent pas… c’est que j’aime. J’aime qu’on dise que je suis folle. Parce que je n’aime pas comment ils sont. Et etre folle voudrait dire que je ne suis pas comme eux. J’aime etre folle. C’est sans doute ce qui me rend d’autant plus folle. Et encore plus parce que j’en parle publiquement. Je le suis donc 3 fois plus. Merci.
En plus, il y a un certain aspect pervers a la folie. Une certaine excuse qu’aucune maladie du monde ne procure. Quand on est fou, on peut faire ce que l’on veut. Et on serait excuse illico. Car on ne peut pas blamer les fous. Ils ne savent pas ce qu’ils font.
Pourtant, j’ai un peu honte de le dire. Honte, parce que je trouve que c’est pretentieux de s’attribuer la folie. Pretentieux dans le sens ou ce serait comme si l’on se considerait unique dans son genre, unique car different des autres, des personnes normales. Je ne voudrais pas avoir cette pretention de me considerer folle. Je suis trop modeste pour cela. Et je ne suis en rien unique. Alors je prefere souvent ne pas me prononcer sur le sujet… je ne sais pas si je suis folle ou pas. Je suis folle, mon jugement n’interesse pas.
Certains diraient que je le suis carrement. Et que le dernier passage de mon texte le prouve puisque je trouve que c’est pretentieux de se considerer fou. Et bien dans ce cas, je le suis 4 fois.

samedi, février 14, 2009

Pourvu q'elle soit vraie

Le premier jour, mon regard se promenait de visage en visage. Certains visages me repoussaient car j’y decelai de la pretention, de l’orgueil et de l’exageration. D’autres me laissaient indifferente. Et d’autres encores m’inspiraient confiance par leur conformite a des traits qui m’etaient familiers.
Mais deux visages en particulier m’attiraient l’attention. Deux visages de deux filles de mon age à peu pres ne faisaient que m’agacer. La premiere fille utilisait de grands gestes et des expressions de clown pour raconter la moindre histoire. L’autre avait les cheveux blonds et soyeux que j’ai toujours voulu (en vain) avoir et les memes bottes que moi achetees en soldes chez zara. Et cela suffisait pour que je ne la trouve point sympathique.
Je restai silencieuse et ressentai tantot de la jalousie qu’elles soient deux dans cette ville ou je suis seule, et tantot de la mefiance due a mes relations passees avec le meme sexe qui ont presque toutes deboute en un echec.
Mais petit a petit, et contre mon gre, je realisai ce que je ne voulais precedemment avouer. Ces filles la, meme grecques, meme etrangeres, meme belles de facon irritante, me ressemblaient de caractere au point que ca me fit peur. Comme moi, elles recherchaient de la compagnie dans une ville qui peut parfois s’averer cruelle, comme moi, elles avaient peur des autres et peur d’etre trahies ou blessees, comme moi, elles m’ont detestee le premier jour, et ont deteste mon accent qui roule, comme moi, elles ont pense que j’etais la derniere avec qui elles aimeraient nouer une amitie... Et comme moi, elles y sont tombe.
A Paris, il y eut Alix. Et du Liban je garde des souvenirs de ces filles qui m’ont marquee. Du liban, je garde le gout particulier de Beyrouth, des confidences et des secrets du banc en bois situe a droite de l’entree principale de la fac, des soirees dans notre bar favori, des cafes dans le seul mall de la ville, des attentes en groupe de resultats d’examens qui se font inaccessibles... Sur la page de Londres, j’ecrirai Nina et Xenia. Et si l’amitie me fait peur… je lui donnerai un autre nom. Peu importe. Pourvu qu’elle soit vraie.

vendredi, février 13, 2009

Qui de moi ou du monde est plus mauvais?

Il fut une epoque ou j’ai voulu changer le monde. Avec de tous petits moyens et de grandes idees, j’ai voulu le rendre plus pur et plus naif, comme l’enfant que j’etais. Il fut un age ou j’ai refuse de croire au mal, me fondant sur les rares exemples d’amour qui m’entouraient pour me convaincre que tout le reste d’amour etait…
Il fut un moment ou enfin j’ai realise… que l’Homme est mauvais. Et qu’Homme j’etais. Je laissai tomber ma pretention et mes grandes ambitions, je laissai tomber mon projet et optai pour un autre, totalement oppose, celui d’etre mauvaise, pour ne jamais, dans la deception, devoir plonger.
Il fut un instant ou l’amertume de la vie au visage me frappât. Comme pour me dire que je n’etais a la hauteur de son jeu, que je n’etais pas assez forte et que, malgre mes efforts, je restais vulnerable et fragile.
Cet instant me troublat… presque au point de me faire baisser les bras.

Puis il fut un moment de lucidite. Une lumiere tout a coup se faufilat, portant en elle une nouvelle inspiration qui me plut et me fit sentir que j’etais de nouveau dans le jeu. Je ne voulais plus changer le monde… loin de la. Parce que je n’etais en rien meilleure que ces choses qui me deplaisent. J’ai juste decide que si je ne pouvais le changer… au moins, je ferai en sorte qu’il ne me change jamais.

jeudi, février 12, 2009

Patiente!

Impulsive. Precipitee. Maladroite. Pressee. Que d’adjectifs qui se marient mal avec la patience. La patience est une qualite que je n’ai jamais su apprivoiser. Pourtant, j’essaie. Oui, j’essaie. Mon pere m’a dit de repondre a toutes les questions qu’on me pose par une reponse uniforme qui me donnerait du temps pour reflechir, du temps pour analyser et du temps pour ne plus me tromper. Il m’a dit de repondre, aussi simplement par la phrase suivante : « je vais y reflechir et je vous donnerai une reponse plus tard ».
Ca a bien fonctionne. Le premier jour. Juste avant que je m’impatiente. Et que je sorte des betises du fait de ma precipitation. J’aime les reponses folles, les declarations spontanees, les decisions hatives, les resolutions rapides… qui ne sont jamais tenues. En fait… ce n’est pas vraiment que j’aime cela. C’est plutot du au fait que je ne puis faire autrement. Je suis nee ainsi.
Mais j’envie la patience des patients… j’envie les resultats qu’ils atteignent du seul fait d’avoir reflechi, analyse, attendu. Les bonnes choses arrivent a ceux qui attendent. Quant aux maladroits comme moi, que des ennuis…

Mais la patience n’est pas seulement une qualite reconnue a l’homme. La patience peut aussi etre la qualite d’une ville. Et je ne puis penser a un meilleur exemple qu’a la mienne. Ma ville. Celle dans laquelle j’ai grandi. Celle dans laquelle j’ai fait mes etudes. Celle dans laquelle je suis sortie, beaucoup. Beyrouth. Beyrouth est une ville patiente. Car malgre tous les malheurs qu’elle subit, elle semble toujours sourire, a chaque vois que je la vois. Elle semble dire que la prochaine fois ca ira mieux, que les malheurs passeront, et qu’elle connaitra des jours meilleurs. Elle semble persuadee que demain est un autre jour. Et que demain elle sera plus forte. Beyrouth, je t’admire. J’admire ta patience. Et je suis toujours convaincue que les bonnes choses arrivent a ceux qui patientent. Et je ne connais plus patiente que toi.

Le presque parfait

Dernierement, je fais un reve recurrent qui me perturbe autant qu’il m’agace. Je reve d’un beau bateau, d’un bateau majestueux, sur une mer tranquille et luisante. Je reve d’un bateau sur lequel je retrouve toutes ces personnes que j’aime mais que je n’ai plus l’occasion de voir que pendant des vacances annuelles, organisees bien a l’avance et souvent tres chaotiques, souffrant d’une organisation otant tout le charme de la rencontre.
Je fais un reve horrible qui me reveille en pleine nuit et me laisse a mes pensees souvent noires a minuit… Je reve d’un bateau assez grand pour nous rassembler tous. Un bateau qui tout a coup fait naufrage et me laisse seule dans une mer que je ne voudrais habiter.

Je fais souvent un reve ou je vous vois pour un court moment, avant de vous perdre et de perdre du meme coup mon bel horizon. J’essaie d’expliquer ce reve, de le dissequer et de l’analyser, de le comprendre comme pour le snober, un peu pour etre sure de ne plus jamais le repeter. Mais je ferme les yeux. Et j’y suis. Dans ce grand bateau, m’emmenant de force dans un voyage que je ne veux faire, au bord duquel je retrouve mes plus grandes amours… Et mes craintes aussi.

Je cherche dans un dictionnaire la signification de ce songe que je hais. Je cherche comme pour pouvoir l’effacer. Et je comprends, enfin, pourquoi je le fais. Je comprends que j’ai une peur profonde et bien encree, celle de perdre ma pesanteur, ma raison d’etre, mon origine… bref, les personnes que j’aime. Vous.

Et je ne puis m’empecher de reflechir a cette fatalite. Ce sort lance a l’amour et qui ne puis s’en dissocier. Est-il possible d’aimer sans etre hante par la peur de perdre la personne aimee ? Est-il possible de vivre dans un monde ou l’amour est simple, sur, garanti, comme cette mer luisante et calme, juste avant le naufrage ?

Presque parfait. L’amour est presque parfait. On ne peut tout avoir dit-on a cette femme qui a reussi sa carriere mais echoue son mariage. On ne peut tout avoir dit-on a cette autre qui a sacrifie ses etudes pour elever ses enfants. Mais on ne peut tout avoir meme quand on a les deux… car tout au fond de nous, une peur profonde et tetue, comme un sablier, ne cesse de nous rappeler que tout est ephemere. Je ne sais pas si j’aime l’amour. Car j’en souffre autant que je m’en rejouis. Mais je sais que sur ce bateau, tout au fond de moi, je voudrais etre. Car vous y etes.

A mes amours eparpillees en geographie. Mais unies dans mon coeur... Et dans mes reves.

lundi, janvier 19, 2009

Non vs Oui

Certains organes et certaines personnes sont programmes a l''avance a dire NON. Que ce soit pour un but disciplinaire, par souci de sauvegarder un ordre social ou pour le simple plaisir, la negation semble etre leur forme de phrase preferee.
Parmi ces organes on retrouve l''Etat qui designe, par sa constitution, des entites ayant la fonction délaborer des lois interdisant comportements divers: le port des armes, léxces de vitesse, la consommation de drogues, etc.
Ensuite, les parents... Les miens ont toujours ete consideres moins strictes que dáutres et pourtant, certaines regles etaient obligatoires et ne souffraient dáucune exception. Je me souviens particulierement de trois interdictions: les sorties en cours de semaine, dormir chez des copines et les haribos.
Enfin, les surveillants des ecoles. Je nái jamais deteste un personnage plus que celui de cette personne designee a detecter cheveux laches, jean taille basse au lieu du pantalon unisex de lúniforme scolaire, chewing gum et promenades dans la cour durant les heures de classe.
Y en a bien dáutres aussi... des personnes qui adorent dire non. Comme les grandes soeurs empietant sur le role de la mere pour pouvoir donner des ordres rien pour le plaisir, des ordres qui ne tiennent pas a grand chose et surtout voulant faire une morale quélles ne respectent pas elles- meme.
Y a les femmes en general, surtout les libanaises, adorant la negation. Elles pensent, a tort ou a raison, quá force de dire non elles inspireraient une certaine inaccessibilite qui plairait aux hommes.
Y a surtout aussi les chefs de cabinets, me refusant un vendredi tant souhaite pour un long week-end sur la plage...

Mais si le non est si souvent prononce, il est aussi tres souvent viole. Parfois par incomprehension, celui-ci nétant fonde sur aucune justification logique (comme línterdiction des cheveux laches dans mon ecole), parfois par necessite (sechant un vendredi de stage par necessite ultime dún long week-end a dorer sous le soleil) ou par simple plaisir de violer la regle et de flirter avec línterdit comme les jours ou mes amis et moi fuyaient la classe, enfilaient des tenues de ski etouffees dans nos cartables et allaient retrouver des pistes de ski vierges, un mercredi décole...

Le non nést pas efficace. Il est surement necessaire mais il ne previent pas les comportements deviants et la volonte tetue de ceux a qui il est destine. Car malgre les regles soigneusement elaborees dans un Parlement respectueux, malgre leur formulation compliquee et parfois incomprehensible pour inspirer le serieux, malgre leur difficulte dinterpretation creant un travail excessif aux juristes de la ville, on finit toujours par faire ce qui nous semble juste, sechant les cours quand il fait beau, pretextant des routes bloquees par la neige pour dormir chez une copine et rire toute la nuit ou insistant sur la pedale et surpassant la limite maximale de vitesse quand on a hate détre chez soi apres une longue soiree, quand on a hate détre enfin dans le lit...

Cést a Amsterdam que jái eu une idee, vouee a léchec sans doute comme la plupart de mes idees naives... Cést a Amsterdam, cette ville ou les drogues douces sont permises, que les gens semblent heureux. Je nai vu que des touristes en consommer, alors que les locaux avaient lair plus eveilles. Et je ne pus mémpecher de penser que cést probablemént léffet du Oui... Peut-etre quén permettant une chose interdite et presque tabou ailleurs que cette chose la devient insignifiante et que le Parlement arrive a atteindre son but ultime, un but manque par tous les autres Parlements du monde...
Et cést aussi aujourd'hui, parce que jái grandi, que je peux sans probleme dormir chez une copine. Mais cést aujourd'hui aussi que je donnerai tout pour ne dormir que dans mon lit.


PS: excusez les fautes de ponctuations dues a un clavier hollandais.

vendredi, janvier 16, 2009

Reactions amnesiques

Des photos cruelles passent a la tele. Je n’ai ni chaud, ni froid, mes yeux s’etant habitues. J’opte pour une analyse logique pour enfin me decider. Je suis d’accord avec tous ces gens que je cotoie tous les jours et qui s’indignent de tant d’injustice. Des eleves de tout Etat, des Etats-unis, d’Inde, de France, d’Angleterre, de la Turquie, de la Pologne et autres ne cessent d’en parler. Pour la premiere fois, ils sont tous d’avis que ce qui se passe est aussi intolerable qu’injustifie. Je reste silencieuse alors que les voix se font plus energetiques. J’observe de mon coin une unanimite revoltee. Je ne dis rien... Un peu parce que j’ai peur que mon avis soit peu credible vu le passe mouvemente entre mon pays et Israel m’empechant d’etre tout a fait objective. Mais surtout... parce que je n’y crois plus. Non, je ne crois plus en ces reactions qui se veulent humanitaires et justes, qui decident sur un coup de tete de boycotter tous les produits juifs arrivant dans le pays et pour les plus engages, de ne plus toucher aux importations americaines, jugeant que les Etats-Unis sont tout aussi impliques.
Je ne participe a aucune des conversations. Non, je n’y crois plus. Et je ne veux plus etre decue. Je ne veux plus me donner coeur et ame dans une cause perdue d’avance. Aussitot notre rencontre terminee, je vais illico m’offrir un hamburger gras dans le Mc do le plus proche rien que pour me convaincre que je ne partage plus leurs idees. Car des reactions pareilles, j’en ai connues dans ma vie. J’ai participe a des manifestations. J’ai beaucoup ecrit, sur des papiers finissant a la poubelle, dans des journaux devenant Histoire le lendemain, et sur mon ordi que j’ai change plusieurs fois depuis. Je ne veux plus croire en ces personnes qui se disent touchees l’espace d’un reportage tele et qui oublient tout le lendemain, offrant immunite, gratuitement, a l’auteur de ces crimes contre l’humanite.
Je ne veux plus m’engager pour rester seule dans ma cause quand tous les autres ont des jugements aussi ephemeres que les nouvelles de 20h. Mon histoire a commence bien avant. Et ma peine date depuis bien plus longtemps, une peine encree dans mon coeur, une peine que je protege et que je cultive, comme pour me sentir toujours en vie.
Je me dis insensible et je leur dis que je n’ai ni chaud ni froid, suscitant encore plus leurs reactions futiles. Ils m’attaquent parce qu’ils ne comprennent pas comment moi, venant du Liban, je ne me sens pas encore plus concernee. Je hausse les epaules fiere d’avoir reussi a mettre un peu plus de feu.
Un peu plus tard, seule dans ma chambre, je ressens cette peine qu’ils ont pu, malgre tout, reveiller. Ma gorge se serre et, comme une adolescente en pleine crise, je deteste le monde et ses dirigeants, les grands pays et leurs principes-enveloppe, les discours menteurs et ceux qui les ecrivent, les promesses et les projets voues a l’echec dans ce monde terrible. Mes larmes me montent aux yeux et je sais que je ne pourrai en parler a mes amis libanais eux-meme divises. Tout ce que je sais c’est que j’eprouve, malgre ma raison-censure, la plus grande des deceptions. Et je sais que si j’ecris, c’est qu'heureusement, moi aussi je reagis.

mardi, décembre 02, 2008

Mon ange, j'arrive

C'est le style de nuit ou l'on decide de dormir tot pour faire passer les heures, pour que ce soit enfin le matin, pour ouvrir les yeux et devoir enfin faire le voyage en train pour le voir, pour un diner avec lui, pour ses bras qui me serrent, pour son sourire reconfortant, pour un moment complice, pour une soiree qui ne ressemble qu'a nous... C'est aussi le style de nuit ou l'on ouvre les yeux avec beaucoup de dynamisme pour decouvrir - malheureusement - qu'il n'est que minuit, que l'on n'a dormi qu'une heure et que le voisin a toujours sa lumiere allumee...

C'est le style de nuit ou l'on decide qu'il est enfin temps de bruler ces derniers kilos accumules entre le marchand de glaces, la pizzeria de la place, la creme chantilly et les machines haribo, ou l'on mange une salade verte et que l'on decide de se mettre au lit pour ne plus rien mettre en bouche et que l'on finit par se retrouver, une fouchette a la main et une conscience en promenade, devant un frigo qui connait bien nos betises, a grignoter une tarte aux pommes pour finir par la devorer en entier et n'en garder qu'une assiette vide qui se moque de nos faiblesses et vante ses pouvoirs de seduction...

C'est le style de nuit ou je ne sais trop quoi penser de moi, mais oh que trop quoi penser de toi... C'est le style de nuit ou j'adore Paris mais ne puis m'empecher de l'associer a une ville sans toi.

C'est le style de nuit ou je t'aime plus que jamais, comme j'aime Paris et les souvenirs qu'elle renferme, comme j'aime Paris et toutes ces confidences que je lui ai faites, comme Paris et nos discussions qui ne servent a rien, comme toutes ces choses que j'aurais voulu faire avec toi, ici... mais qui restent pour le moment une promesse entre la ville et moi.

C'est le style de nuit ou je decide de marcher dehors, pour me changer les idees ou pour m'en trouver de nouvelles je l'ignore, pour sortir et avoir froid jusqu'aux os et retrouver un sourire innocent qui se marie tellement bien avec un nez devenu trop rouge.

C'est le style de nuit ou je decide de rentrer sachant qu'il va falloir bruler dix heures de plus, dix heures avant de ne pouvoir faire ma valise, dix heures avant que je ne puisse te dire "Mon ange... j'arrive".

jeudi, novembre 20, 2008

Il parait qu'elle se marie...

Je me souviens d’avoir assiste, avec mes parents, aux plus belles ceremonies de mariage. C’etait souvent en mai, au meme moment ou l’on voit apparaitre les coquelicots, les cyclamins et les marguerites. Je me souviens tres bien des mariees, toujours ravissantes dans des robes de princesse. Je me souviens des eglises, majestueuses et si bien decorees. J'avoue ne pas trop me souvenir des maries, occupant un poste secondaire selon mon jugement d'enfant. Et je me souviens surtout des delicieux eclairs au chocolat, des petits bonbons entoures de rubans en soie et des grains de riz qu’on lancait... je ne sais trop pourquoi.
Je me souviens des klaxons de voitures interrompant nos jeux d’enfant et devoilant a nos yeux bien ronds de curiosite, un bras de femme saluant notre innocence et annoncant une histoire d’amour sur le point de s’officialiser.
Je me souviens du mariage de mon oncle qui m’avait choisie comme fille d’honneur. Je n’avais aucune envie de porter une robe en jupons, ni un noeu rose autour de la tete, ni des ballerines vernies. C’etait une phase ou je preferais jouer avec les garcons et j’avais peur qu’ils ne se souviennent que je n’etais qu’une fille et qu’ils me rejettent de la bande. Je n’avais surtout pas le courage de traverser l’allee de l’eglise sous le regard attentif des centaines d’invites. Mais une fois le moment venu, je me souviens d’avoir ressenti, malgre mon jeune age, une emotion inexplicable. Je ne sais si c’etait la beaute du decor, les larmes dans les yeux des membres de ma famille ou la traine en dentelles de la robe de la mariee que je tenais entre les mains.
Une dizaine d’annees plus tard, autour d’un cafe, mes copines et moi partagent surprise et etonnement de savoir que nos amies a nous planifient de se marier. Hier encore on s’echangeait des confidences sur les mecs et collectionnait aventure sur aventure. Le plus incroyable selon l'une de mes amies c’est de savoir que les plus volatiles d’entre nous ont decide de se marier les premieres. D’abord, ca fait drole d’y penser. Et c’est surtout le sujet le plus juteux des dimanches apres midi. Puis ca commence a nous faire peur. Le mariage c’est si difficile apres tout, et la rumeur (appuyee de statistiques) selon laquelle un mariage sur trois finit par un divorce ne manque pas d’etre mentionnee a chaque fois que l’on ouvre le sujet. Ensuite... on se sent si jeunes, si maladroites et si irresponsables pour fonder une famille, avoir des enfants et devoir s’occuper de quelqu’un d’autre que notre petite personne. Et puis surtout, nos carrieres se dessinent a peine et on a toutes pu, malgre nos sorties irraisonables et nos vies amoureuses toujours bien mouvementees, reussir nos etudes et developper un gout pour la reussite.
Et puis un jour... ma soeur m’annonce qu’elle decide de se marier. Si le mariage de mes amies a impose une rencontre cafe illico pour commentaires futiles et rires inoffensifs, la nouvelle du mariage de ma soeur m’a laissee bouche bee quelques minutes et perdue les minutes suivantes. Je ne sais pas quel sentiment a prevalu. Le bonheur ? La peur de la perdre ? La jalousie de cet homme qui a reussir a conquerir son coeur ? L’incomprehension face a cette decision que je n’ai su voir venir ? La peur que ce ne soit un mauvais choix ? Des questions qui restent en suspens car nul ne peut predire l’avenir et nul ne peut voir a travers le nuage que cree l’amour. Des questions balayees par un enthousiasme a retardement concernant la robe, les fleurs, la musique et surtout... les eclairs au chocolat.
D’abord les amis de mes parents. Ensuite nos amis. Et puis nos freres et soeurs. Peut-etre meme un jour, dans l’avenir proche ou lointain, nous memes.
Le mariage libanais, cette ceremonie grandiose qui rassemble les membres de la famille, les amis intimes, les voisins du village, les amis des voisins, les collegues du travail, les amis d’enfance et tous ces gens qu’on ne connait meme pas et qu’on croit invites du mari nous plongent tous dans un tourbillon assourdissant ou chacun se croit occuper le meilleur role. Meme si, bien evidemment, en tant que temoin, c’est le mien qui soit le plus important.
Mais au dela de cette fete qui amuse tout le monde et alimente les bavardages du dimanche matin des femmes du village, critiquant robe, nourriture et temperature, on ne peut esperer qu’une vie commune fondee sur l’amour mutuel, le partage et le respect. Et entre temps, bien sur, profiter de cette fete qu’on attend toute l’annee pour boire, rire et surtout... attraper le bouquet.

mercredi, octobre 01, 2008

Des gens honnetes

J’ai eu la chance de grandir dans une famille qui a le sens du travail. Mon grand pere avait eu la sagesse de transmettre a ses enfants, dont mon pere, des valeurs nobles que mes parents nous ont transmis aussi. Il tenait surtout a ce que ses enfants ne touchent pas a la drogue, ne jouent pas aux cartes et ne fassent partie d’aucun parti politique. Trois regles tres simples que ses enfants ont respectees. Trois regles qui sont sans doute a la base de leur succes.
Je n’ai pas toujours compris la raison de ces interdictions. Pourquoi cet homme qui etait mon grand pere a decide ainsi, et comment a-t-il pu reduire tous les vices du monde en trois simples categories ?
Peu importe. Je comprendrai un jour m’etais-je dit. Et aujourd’hui, je crois que j’ai enfin compris. Un peu trop tard, du bas de mon bureau, je salue cet homme sage qui avait trop compris.
J’ai compris qu’il les voulait libres. Libres de toute sorte de dependance, qu'elle soit chimique, psychologique ou politique. Il les voulait maitres de leurs decisions, libres comme le vent, legers comme l’air. Il voulait qu’ils aient le privilege de s’opposer a tout ce qui pourrait leur etre impose, ils voulaient qu’ils aient la chance de pouvoir changer d’avis, ils voulaient qu’ils aient le pouvoir d’etre d’accord en partie avec un homme politique, et en partie avec un autre, ils voulaient qu’ils soient, tout simplement, hommes.
J’ai grandi dans un pays pollue par la politique. J’ai grandi dans un pays noye par la corruption. Mais j’ai grandi dans une famille qui a constitue, toujours, une sorte de censure pour nous transmettre que le propre, que le vrai, que le naif quelques fois.
J’ai grandi. Et je me trouve blessee a chaque fois que je decouvre que les gens n’ont pas tous grandi ainsi. J’ai la gorge nouee quand je realise, une fois de plus, que la corruption depasse les frontieres de mon pays, et qu’elle est propre a l’homme de quelque nationalite qu’il soit.
Je ne sais pas s’ils ont bien fait mes parents, de nous avoir fait grandir dans tant de purete et d’avoir fait de nous de grands enfants.
J’ai toujours pense que le travail quotidien et l’integrite pouvaient ouvrir toutes les portes et etre la clef du succes. J’ai realise que les choses ne se passaient pas toujours ainsi. Pour survivre dans ce monde, il faut etre, dans une certaine mesure, corrompu. Mais je me demande si l’on peut l’etre si l’on a jamais ete injecte de ce remede pendant l’enfance.
J’ai grandi dans cette famille dans laquelle je puise toutes mes forces, mon identite et ma raison d’etre. J’ai grandi dans cette famille qui travaille dur pour m’offrir tout ce que j’ai et tout ce que je suis. J’ai grandi dans cette famille qui a merite tout ce qu’elle a eu.
Et meme si c’est trop dur quelques fois, pour ce coeur d’enfant et cette conscience tranquille, je vous remercie d’avoir fait de moi et de mes freres, des gens honnetes. J’en ferai de meme pour mes enfants.

dimanche, septembre 28, 2008

Eponge

Portugal? Sept mains se levent. Grece? Une vingtaine se disputent l’attention du prof. Russie ? Trois doigts discrets repondent a l’appel, presque en cachette. Italie ? Un accent qui chante raconte pizza et spaghetti. France ? quelques parisiennes se font reconnaitre sans provoquer la moindre surprise ; elles sont reconnaissables par leur accent francais et par le chic inimitable de leurs tenues. Portugal, Espagne, Monte Carlo, Turquie... Pas d’appel pour le Liban. Je proteste. Je viens de Beyrouth. Le prof acquiesce sans grand enthousiasme, ce qui m’exaspere.
Je passe le reste de la journee a expliquer a mes collegues l’emplacement geographique de mon cher pays, sa cuisine traditionnelle, ses plages, ses montagnes majestueuses, ses cedres, ses eglises, ses mosquees, son centre ville, ses ports, ses filles, ses bars, ses boites de nuits, ses cafes, ses habitudes, ses soucis, ses blessures, ses amis, ses ennemis, ses guerres, ses voisins, ses matins... et ses nuits. Je leur parle d’un pays qu’ils connaissent a peine a travers des chaines de television menteuses ou des premieres pages de journaux qui pretendent connaitre la verite. Je leur parle d’un pays qu’ils ignorent completement pour certains. Je me surpends a le defendre, a combattre des prejuges, a expliquer qu’il neige a beyrouth et qu’il y a des plages aussi, qu’il n’est pas interdit de se ballader en jupe dans la rue et que non, ma tenue n’est pas propre a londres mais d’usage dans mon pays egalement, que chretiens et musulmans se cotoient en paix et sont parfois meilleurs amis, que l’arabe est notre langue natale mais que nous connaissons egalement le francais et l’anglais... Je passe ma journee ainsi, blessee de tant d’incomprehension, surprise de tant d’ignorance.
Je leur parle de leurs pays et des endroits qui m’ont touchee, de leurs cuisines, de leurs cultures, de leurs habitudes. Je leur parle de ces choses que tout libanais sait spontanement, sans effort particulier, du seul fait d’exister.
Sur le chemin du retour, je me sens fatiguee. Vivre a l’etranger ressemble un peu a une lutte pour changer l’image de mon pays prefere. Peut-etre suis-je trop sensible, trop susceptible ou trop exigeante...
Je ne comprends pas comment on puisse ignorer un pays qui a sa place la carte du monde ou tout simplement dans le jeu Risk. Je ne comprends pas comment on puisse ne pas savoir qu’il y existe des plages et les plus belles soirees.
Le chemin est long. Je regarde Londres de par une vitre mal essuyee. Je respire la ville et tente de retenir la chronologie des rues. Je fais l’effort de regarder le paysage que je traverse tous les matins d’un oeil nouveau car je ne sais quand je devrai quitter. Je decouvre de nouvelles boutiques, des arbres que je n’avais pas remarque, des terrasses de cafe, des restaus accueillants et j’inscris tout, comme pour ne pas oublier.
Je me sens triste de devoir faire la publicite d’un pays tellement beau que le monde devrait venerer. Je ressens une injustice qui me dechire et une incomprehension que je n’arrive pas a detruire. Je ne sais pas si je suis convaincante, mais demain, je leur montrerai des photos, et je leur ferai un plat ou deux que j’ai appris de ma mere avant de venir. Je deteste leur regard vaniteux des grandes villes et leur esprit borne.
Je me demande comment les libanais, avec tous les problemes qu’ils cotoient tous les jours, connaissent si bien le monde et pourquoi le monde les connait si peu...
Et puis je me surprends en train de sourire, d’un sourire spontane et surtour repose... Je comprends enfin leur misere. Nes dans les plus grandes capitales, sous le regard influent de leurs chefs politiques, au sein de leurs economies dominantes, ils croient tout avoir et tout posseder. Et surtout... qu’il n’existe rien ailleurs.
Nee a Beyrouth, dans un pays plus petit que ses reves, j’ai du connaitre le monde, apprendre les pays, considerer les continents, pratiquer trois langues, etudier pour pouvoir eventuellement partir. Bref, j’ai du m’epanouir.
Plus grand est le pays, plus petit est l’esprit. Petit est le liban, vaste... vaste est notre esprit.
D’une fenetre mal lavee, j’absorbe autant que possible. Aujourd'hui, je suis eponge.

vendredi, septembre 12, 2008

Les carnets

Au coin de ma rue, un magasin plein de couleurs m’attire toujours l’attention. Je me dis que je devrais y entrer, faire un tour et voir de quoi il s’agit. Mais je remets toujours ca a plus tard en me disant que de toute facon c’est tout pres de chez moi. Et que j’aurai tout le temps l’occasion d’y passer.
Puis je realise que je commets la meme faute que d’habitude : je neglige les choses qui m’entourent et prefere toujours les longs trajets pensant que j’aurai une possibilite ulterieure de decouvrir mon entourage. Et je pars, souvent, toujours, sans l’avoir fait. Revoltee par ma propre pensee, j’oublie mes bras encombres et j’entre faire un tour dans cette boutique-compte de fee.
A ma grande surprise, non seulement etait-elle faite pour moi a cause de la multitude de couleurs qui se disputent et se rencontrent mais aussi a cause... du papier. Tout etait en papier : des enveloppes, du papier a lettre, des etiquettes, des cahiers, des agendas, des calendriers, des post-its, des classeurs et surtout... des carnets.
Je touchai emerveillee les differentes textures en passant du carbon au calque au crepon au glace au canson a l’adhesif en les portant quelque fois, discretement, vers le nez pour sentir l’odeur du papier frais.
Mais ce qui faisait de cet endroit mon paradis etait le nombre impressionnant de carnets aux motifs divers. Je ne pus m’empecher d’en acheter, comme si ma collection etait prete de s’epuiser.
Et sur le chemin du retour, je commencai a reflechir aux listes nouvelles a creer afin de remplir mes carnets. J’avais deja une liste de courses, une liste de choses achetees, une liste de sentiments eprouves durant la journee, une liste d’endroits a decouvrir, une liste de choses a lire, une liste de calories consommees, un carnet de recettes de cuisine, un carnet d’addresses, un carnet d’anniversaire, un carnet d’amis, un carnet d’ennemis...
Je realisai tout a coup combien de temps je consacrais a vouloir mettre de l’ordre dans ma vie. Et combien j’etais ridicule de croire qu’en les inscrivant, les choses devenaient plus maitrisables voires controlees. Je realisai que de l’ordre dans mes cahiers, des points a la ligne et de l’encre bleue soigneusement choisie ne changeaient rien a ma vie spontanee et impulsive, a mes erreurs, a mes betises, aux mots que je dis trop vite, aux reactions que je ne sais controler, aux secrets que je n’ai jamais su cacher, au manque de diplomatie dans mes relations, aux bars de chocolat dans le tiroir de ma table de nuit que je n’inscris pas parce que c’est la nuit et le carnet enferme les calories du jour, aux recettes que je change malgre les directives severes du site duquel je les pique parce que j’aime plus de chocolat, moins de beurre et des framboises sur le dessus pour decorer...
Inscrire... Pourquoi ? Pour controler ? J’inscrirai toujours, et je dresserai des tableaux, je creerai des listes, des numeros, des parties et des sous parties... Rien que pour sentir que je maitrise ma vie. Mais une fois le carnet referme, j’irai a la patisserie d’en face, et je mangerai toutes les tartes que je trouverai. Tant pis pour le carnet.

jeudi, septembre 11, 2008

Grand ecart

Juin 2008: il est midi. Et je suis encore au lit. Mon seul souci depuis des mois etait celui de reussir mes examens. J’ai bosse plus dur que d’habitude pour rattraper le temps perdu avec ceux qui n’avaient pas a bosser. Ce matin de juin 2008, je suis toujours au lit. A midi. Parce que j’ai tout fini. Ou presque. Il n’y a plus qu’a attendre les resultats. Et m’occuper au max pour ne pas y penser. Les yeux clos, je cherche d’une main a moitie reveillee un cafe qu’on m’a prepare. Je ne prends pas le temps de songer a la main sensible qui me l’a fait avec amour. La chaleur me guide. Je le retrouve. Je le rapproche de mon nez pour l’humer et laisser l’arome du cafe envahir mon corps repose. Je le bois doucement tout en reflechissant a ma tenue pour la journee. Je vais la passer a la plage, dejeuner avec mes copines et ensuite aller chez le coiffeur pour un brushing bon marche digne d’une belle soiree dans le seul bar de beyrouth. Je prends ma douche, jette mes habits par terre et sort d’un coup, sans soucis majeurs, sans travail domestique, sans penser une seconde a ceux qui le font... pour moi. Tout ce que je sais, c’est qu’a mon retour, tout sera bien range, repasse, parfume. Comme par magie.

Septembre 2008 : il est huit heures. Je suis debout. Car avant de sortir, j’ai la vaisselle a faire, la poussiere, le lit et le rangement quotidiens. Ma main cherche sur la table de nuit un cafe qu’elle ne trouvera pas. Un sourire se dessine sur ma bouche. Un sourire de pitie qui se moque de la fille que j’etais. Je m’habille en vitesse. Mais je ne jette rien sur mon chemin, pour ne pas creer de travail supplementaire. Je vais en cours. A pieds. Je me souviens de ma voiture aussi paresseuse que moi et je lui fais une priere silencieuse. Il est dix huit heures. Mes cours termines, je fais les courses, pour avoir quelque chose a grignoter. Je porte mes sacs et je prends des pauses quand leur lourdeur m’empeche de continuer. Arrivee devant une porte a deux clefs, un tour de magicienne s’impose pour pouvoir entrer. Car il faut inserer les deux clefs en meme temps, tout en faisant gaffe de ne rien faire tomber et de ne pas casser les oeufs dans mon sac a papier. Ma vie change. Et il etait temps de sortir de mes habitudes de libanaise gatee. Je reflechis a cet ecart qui s’est dessine en l’espace de quelques semaines. Et aux sacs qui m’obligent, afin de pouvoir entrer dans ma chambre, pour ouvrir cette porte a double clefs, de reviser mon grand ecart. Je ne veux pas y retourner. Car malgre tout le travail qu’on me faisait et le merci que j’oubliais si souvent (toujours) de prononcer... je me sens enfin reposee.

Merci a tous ceux qui m’ont fait, un jour, mon cafe.
Et mes sinceres excuses aussi...

lundi, septembre 01, 2008

Illusion optique

Un bruit rythme et bien etrange me reveille. Je ne comprends pas tres bien. Quelques minutes s’averent necessaire pour que ma memoire me situe dans l’espace et dans le temps. Mais le bruit ne s’explique toujours pas. Sur ma fenetre, pas d’oiseaux. Et dans mon appart, que moi. D’ou vient alors ce bruit que je ne reconnais pas ? Je me frotte les yeux pour retrouver, apres la memoire, peut-etre le cerveau. Mon nez sur la vitre, je regarde vers le bas et trouve enfin une explication. Je suis dans une grande ville. Et la somme des pas presses des passants produit tout ce chaos. Je fais vite pour descendre. Parmi tous ces gens, comment se sentir seul ? Parmi cette foule, il devrait sans doute y avoir quelques nonchalants qui n’ont rien a faire ce matin, comme moi.
Du monde partout. Sur les terrasses des cafes vantant un soleil rare et quasiment impossible, sur des trottoirs hautains d’etre trop occupes, dans les files des supermarches a toute heure de la journee, sur les escaliers roulants du metro, dans les restaus, a la poste, dans les parcs et dans les boulangeries... Que du monde, que du bruit, que des gens qui courent. Je me perds dans la vitesse et je cours aussi oubliant que j’ai toute la journee a perdre... ou a gagner.
Je me suis bien entouree. Ou plutot... trop. Illusion optique. Car je marche seule, je rentre seule, et devant ma tele, je ris seule et je dine en solo aussi. Une trop grande ville. Mais dans mon tout petit village que je considerais ville au Liban, dans une maison « au fin fond du monde » comme disent mes amis, avec un seul voisin de l’autre cote de la rue et un autre au bout de l’allee, dans une maison que ma mere a pris le soin de decorer, autour d’un diner saupoudre d’amour et de bonte, je me sentais beaucoup plus chaudement entouree.

vendredi, août 22, 2008

Le compte à rebours

Le voyage se banalise de plus en plus. Tous les jours, des amis rentrent passer un week-end à Beyrouth, des cousins font leur valise pour des vacances sur une île, des voisins voyagent se marier civilement à l’étranger, une fille choisit soigneusement ses habits pour passer une semaine chez son fiancé parti travailler à l’étranger, un étudiant embrasse sa mère pour partir faire un stage en Europe, un père pose, machinalement mais majestueusement, un beau képi pour aller retrouver son avion, sa seconde maison …
Le voyage se banalise depuis que les billets d’avion se font plus abordables, depuis que les familles se dispersent et depuis que les ambitions débordent des frontières.
Il suffit d’une simple invitation tentante, de quelques économies, d’un goût quelque peu accentué pour l’aventure pour faire un pas, et puis deux, et s’évader un moment… ou plus.
Mais il en est autrement quand le voyage est à durée indéterminée. Cette envie d’escapade, d’aventure, de découverte et de repos laisse la place au doute inévitable face à l’inconnu, à l’angoisse de ne plus jamais revenir à son pays et la peur de ne jamais pouvoir transformer le pays de destination en un « chez soi ».
Savoir la date du départ crée un drôle de sentiment, semblable peut-être à l’hypothèse utopique d’une mort fixée à l’avance dans le sens où l’on sait combien de jours il nous reste, et on compte bien en profiter jusqu’au bout, jusqu’à la dernière seconde, sans retenue et sans modération.
J’ai toujours su qu’il en serait ainsi. Et j’ai toujours pensé que les derniers jours avant mon départ seront passés inlassablement sur une plage beyrouthine et que les dernières nuits seront blanches, dépensées dans le bar le plus branché de la ville et bien arrosées.
Il en fut autrement.
Curieusement, sachant que je ne reviendrai plus avant longtemps, j’ai ressenti le besoin de passer le plus clair de mon temps tantôt bien installée dans un canapé qui me connaît bien, creusé au milieu par mes propres fesses à regarder des séries que je connais par cœur aujourd’hui, et tantôt sur la table haute de la cuisine à déguster avidement des gâteaux parfumés et enfumés très fraîchement sortis du four et des petits biscuits qui ont le goût du chocolat, de la vanille, de l’orange et surtout… de ma maison.
Et pour la toute dernière soirée, quoi de plus évident qu’un dîner entre meilleurs copines, comme toujours et sans grande cérémonie, le verre de vin ennuyé des conversations pathétiques d’habitude – mais si amusantes – et l’esprit prêt à se défouler sur les gens de passage et sur les pizzas succulentes du nouveau italien.
Enfin, et pour éviter des adieux superflus et peu agréables, finir par une promesse écrite – réflexe de juriste – que je fais signer à mes copines de venir me visiter dans 10 jours exactement, ni plus ni moins, pour jeter dans les rues de cette ville encore étrangère, un peu des étincelles de nos vies.

A Gaelle qui part aussi...

lundi, juillet 28, 2008

Un regard libanais

Je me balade incognito dans les rues de la ville. Je ne connais personne et personne ne me connaît. Aucune tête ne m’est familière, aucune voix ne m’appelle et aucun parfum n’éveille mes sens. Je me réjouis de cette promenade solitaire amusée par l’espace qu’offre l’étranger et par la liberté de sortir mal coiffée.
Je marche dans la foule essayant de me frayer un passage. Je ne suis ni pressée, ni fatiguée. Je marche pour marcher.
J’essaie de croiser le regard d’un inconnu charmeur. Mais le regard fixé devant lui, il ne semble même pas me remarquer. J’apprécie la discrétion des gens et je savoure le bonheur d’une journée tranquille. Personne ne semble se soucier de la couleur de mes chaussures, de la taille bizarre de mon t-shirt suite à un lavage raté en machine ou du vert affreux de mon short en jeans.
La capitale est vaste. Vaste est mon esprit. Le vent me déchire le visage. Je le laisse faire sans aucune retenue. Des épaules me frôlent de temps en temps, sans intentions, sans grande attention. Je sens la ville sur ma peau. Je la respire aussi profondément que possible.
Je ne veux pas rentrer. Que faire dans un tout petit appart pas encore meublé. Sur les paves des trottoirs, au milieur de nulle part, je suis bien.
Mais au bout d'un moment, quelques minutes ou quelques heures plus tard (je n'en sais rien), je pense à mon tout petit pays et à son peuple. Curieusement, je pense à ceux que je croisais tous les jours sur le chemin de la fac et que je saluais bêtement d’un signe nonchalant de la main. Aussi, je pense au regard indiscret de cette voisine que je déteste qui dégageait son rideau d’un geste agaçant de l’index pour savoir à quelle heure je sortais, à quelle heure je rentrais et qui me raccompagnait. Je pense aux murmures aussi pathétiques que jaloux des libanaises de mon âge qui, comme moi et mes copines, se lancent des critiques du genre « trop ronde », « trop maigre » avant de lever un verre de rosé frais tout en riant…
Mais surtout… je pense aux hommes de mon pays qui suivent le balancement de nos hanches, le vol d’une mèche de cheveux et le mouvement de nos lèvres pulpeuses trempées de vin et trop ivres pour prononcer un seul mot sensé.
Oui… ce sont surtout tes mots qui me manquent. Ta main qui caresse le creux de la mienne. L’hésitation que t’avais à toucher mon épaule. Et ton regard baladeur.
A l’étranger, le respect de la vie privée, l’intimité, le repli sur soi, l’individualisme, bien sûr. Mais à l’étranger, qui sait que l’on existe ?
Je pense à Beyrouth. Aux regards insistants de ses hommes dragueurs qui nous font rougir d’indécence et de plaisir. Je pense à leurs mots ridicules et vulgaires qui réussissent, à chaque fois, à nous voler un sourire. Je pense à leurs gestes aussi maladroits que galants. Ici, j’existe. Car sur le bar de la ville, j’ai bien senti ton regard posé sur mon dos. Je ne me suis pas retournée. Non. Mais j’aurais pu, sur ma vie et la tienne, sans hesitation, te le jurer.

mercredi, juillet 09, 2008

Deux hommes à Beyrouth

Il l’aime sec. Son whisky. Pour accompagner des mots parfois secs aussi. Il adore parler politique. Il en parle d’un ton détaché comme d’un jeu dont il connaît les règles désormais. S’il est fort et malin, c’est parce qu’il y joue sans émotions et que sa vie n’en dépend pas. Loin de là. La politique n’est qu’un loisir de plus à côté du golf et de ses soirées mondaines. Aussi, le sujet de conversation qui l’attire le plus. Il se sent en pouvoir et il cache, par des mots complexes et prétentieux, un vide pathétique qui ronge sa vie.

Pas très loin de chez lui, un autre s’endort sans dîner sur un matelas déchiré. Il ne parlera pas politique. Il ne parlera pas du tout. Il est trop fatigué depuis que ses journées durent 18 heures. Il se fout de la politique et se laisse abattre par des soucis plus urgents, des soucis du moment, comme nourrir ses enfants. Non, il ne dira rien. Il avalera sa peine pour vivre dans l’honneur que ses parents lui ont transmis et il souffrira en silence pendant qu’un autre sirote son scotch et prétend savoir tout de lui.

Entre les deux, quelques arbres, des rues remplies de ceux qui ont le droit de dormir le jour et sortir la nuit, quelques restaus fréquentés par des visages d’habitude, des klaxons qui ne se soucient du sommeil des enfants et des bars vulgaires qui vomissent l’alcool et l’excès. Le premier se dit penchant pour un parti ou pour un autre. L’autre se moque bien des partis, pourvu que sa famille ait ce soir un lit.

Politiques du monde parlent de ces choses que l’on ne comprend pas, de dangers futurs, d’armements nucléaires, de guerres froides, d’ennemis, de l’augmentation du prix de pétrole, d’une inflation des produits alimentaires, de majorité, d’élections pendant que d’autres, bien plus honnêtes, verraient bien quiconque au pouvoir au prix de la paix. La politique pour ceux qui s’ennuient. La politique est un sport de luxe qui consiste à faire gagner le plus grand menteur, celui qui bluffe sans broncher, qui tient un discours solide sans y croire une seconde, qui s’excite devant les regards admirateurs.

Les autres, pas très loin, ont des soucis plus urgents, des soucis du moment, qui consistent à se battre tous les jours contre la mort afin de se procurer de la nourriture pour le corps. Ceux-ci sont ceux qui ressentent réellement l’inflation, ils la ressentent par leur chair alors que les premiers ne la remarquent qu’à travers des statistiques de riches. D’ailleurs, ils préfèrent les produits de luxe. Or ceux-ci sont, depuis longtemps, plus taxés. Leur situation demeure donc inchangée..

Politiques, parlez de choses qui nous intéressent, de ces choses qui nous concernent directement, d’écoles publiques et de réseaux d’irrigation, de musées et d’allocations sociales, d’égalité des chances et de routes salubres… Pensez à ceux qui, pendant que vous buvez votre whisky d’un coup, sont à la recherche d’eau potable.

Riche du temps

Combien de fois ai-je bousculé un moment pour vivre un autre et le bousculer à son tour ? Combien de fois ai-je snobé le soleil tant attendu pour une sieste qui sera elle aussi interrompue par un programme plus alléchant qui s’avère être sans grande importance ?
Combien de fois avons-nous eu le regard distrait en cours et les jambes incontrôlables, l’esprit ailleurs et le regard vagabond qui ne se pose que sur le cadran d’une montre qui meurt d’ennui, en attendant impatiemment une courte mais délicieuse pause de 10 minutes pour un café hors de prix qui, de nos commentaires, se réjouit ?
Combien de fois me suis-je échappée de ces interminables déjeuners de famille pour passer une heure dans l’embouteillage du dimanche à Beyrouth et retrouver des copines autour d’un espresso qui sera vite avalé… vite oublié…
Combien de fois avons-nous souhaité sauter dans le vide de par la fenêtre d’un bureau trop étroit à notre goût, et y laisser des dossiers lus à moitié et pas toujours compris pour ensuite mettre fin au calvaire et regretter ces moments de productivité quand c’est l’oisiveté qui, à son tour, nous détruit ?
Combien de fois ai-je mis un terme à une conversation devenue bien monotone pour passer à des choses que je jugeais plus utiles pour aujourd’hui pleurer de remords et vouloir tout donner si seulement je pouvais entendre sa voix à nouveau…
Combien de fois ai-je regardé les avions qui décollent et sentir pincer mon cœur tellement j’avais envie d’être dans un autre pays pour ensuite partir avec une grosse valise m’installer dans une ville qui ne me remarque pas et pleurer de dépaysement dans ses rues anodines sans passé en pensant à la cuisine de ma mère et à la voix grave de mon père qui me réveille en sursaut après les lourdes nuits des samedis soirs de mon pays…
Combien de fois avons-nous préféré une salade de fruits à un fondant gracieux pour brûler des calories imaginaires et se priver d’un plaisir pur pour un jour réaliser que la vie nous file entre les doigts ?
Et puis un jour, sur une table qui nous connaît un peu trop bien, nous rions de nous-mêmes et nous nous trouvons bien ridicules. Nous osons à peine en parler mais tout est tellement clair qu’il nous suffit de se regarder. Nous avons tout fait un peu trop vite croyant profiter de la vie et la croquer à pleines dents. Nous avons voulu trop faire pour construire de beaux souvenirs et ne jamais rien regretter. Nous avons presque tout bousculé, tout précipité et quelques fois tout brûlé. Nous avons eu beaucoup de chance, à des moments, sans jamais la sentir, sans jamais la remarquer, sans jamais l’apprécier. Nous avons été heureux, mais le bonheur du moment a toujours été effacé par l’envie du moment qui suit. Nous avons ri, un peu pour les autres. Nous nous sommes privés, toujours pour l’image, et rarement pour soi.
Il est primordial d’être heureux. Mais il est indispensable, pour atteindre le sommet du bonheur, de s’en rendre compte. Etre heureux et le réaliser. Le réaliser pour le vivre pleinement et jusqu’au bout. Surtout ne jamais courir.
Oui, j’ai brûlé des calories, brûlé des moments, brûlé la vie. Mais aujourd’hui, je suis riche du temps. Aujourd’hui, je veux vivre chaque instant.

samedi, juin 07, 2008

Ne dormons pas fâchés

Toutes les relations réussies sont basées sur certaines règles personnalisées propres au couple en question. Certains se mettent d’accord sur des principes de base comme la fidélité, le respect, la franchise et l’amour réciproque. D’autres règlementent leur vie commune dans ses plus petits détails, des détails un peu bizarres parfois, un peu incompréhensibles et absolument absurdes peut-être, mais respectables car ayant pour finalité le succès d’un engagement.

Certains décident par exemple de ne jamais parler de leurs problèmes aux autres, de ne pas sortir en boîte sans le partenaire, de ne pas se laisser offrir un verre, de tout se raconter, de garder la relation secrète, de ne pas fréquenter certaines personnes, ou encore, pourquoi pas, de ne pas porter du rouge. Ces règles ne doivent pas nécessairement être logiques ou explicables mais émanent d’une volonté commune, et c’est ce qui les rend exceptionnelles.

Ne dormons pas fâchés. Simple. Unique. Mais nôtre. Nous pouvons déconner durant la journée, se dire des bêtises dans la soirée, se disputer comme des malades, se traiter de tous les noms, faire des crises de jalousie, emprunter un comportement possessif et quelques fois bien excessif, se déchirer, se blesser intentionnellement, se détruire, tourner le dos, atteindre ses limites… mais nous ne dormirons pas fâchés.

Règle claire, règle paisible, règle naïve. Règle que tu as créée. Règle que j’ai adoptée. Nous traiterons chaque journée dans son individualité, chaque soirée dans son existence propre, chaque coup de tête séparément, chaque insulte dans sa fraîcheur, ce qui évite l’accumulation des soucis, des malheurs, des problèmes de couple et surtout -j'ai failli l'oublier- ce qui offre une bonne nuit de sommeil. J’aime cette règle. Elle me garantit de très beaux rêves.

Tout peut se défaire. Mais aux douze coups de minuit, la paix doit être faite. Ce soir, violation suprême d’une loi jusque là respectée religieusement. Ce soir, je n’ai pas fermé l’œil de la nuit après un jeu alterné de téléphones qui sonnent sans réponse et de messages agressifs et désespérés. Ce soir, tu dors peut-être. Mais moi, j’ai le cœur qui fait un bruit insupportable et m’empêche de dormir. Je ne sais pas si c’est la violation de la règle en soi qui m’indigne ou si c’est cette crampe à l’estomac que je n’arrive à ignorer. Puis soudain je réalise, en bon juriste, que la règle n’a pas été violée. Espoir: le couple peut être sauvé. Je n’ai pas dormi fâchée. Parce que je n’ai pas dormi du tout…

samedi, mai 31, 2008

Dans un petit quatre mètres carrés

L’indépendance. But ultime de tout pays. Raison légitime de toute guerre. Cause justificative de tout crime. Slogan prétentieux du monde moderne. Conquête des femmes du 20ème siècle. Lumière dans les yeux d’un étudiant de 21 ans.
Nous prétendons tous être indépendants. Ou vouloir l’être, quand on ne l’est pas déjà. Nous travaillons en fonction de cet accomplissement. Et nous vantons toute réussite nous rapprochant de ce terminus.

Mais qu’est-ce que l’indépendance ? Est-il indépendant quand il ne peut démarrer sa soirée sans un verre dans une main et une cigarette dans l’autre ? Est-elle indépendante quand elle se décommande à la dernière minute parce que son chéri avait prévu d’autres plans ? Puis-je me sentir indépendante au volant de ma voiture, roulant à toute vitesse et laissant le vent entrer par la vitre me violer le visage quand c’est mon père qui me la offerte ? Peut-on se prétendre indépendant quand tout jugement extérieur affecte notre vie et détermine nos choix ?
L’indépendance, au sens large, c’est jouir d'une entière autonomie à l'égard de quelqu'un ou de quelque chose. Mais peut-on en jouir à l’égard de tout et de tous à la fois ? En choisissant d’être indépendant à l’égard de quelque chose ou de quelqu’un, ne devient-on pas, automatiquement, dépendant d’une autre chose ou d’une autre personne ?

En choisissant une indépendance financière à l’égard de mes parents, je dépendrais de mon boulot et de la discrétion de mon employeur. En choisissant une indépendance sentimentale et en rompant avec son petit ami de longue date, elle dépendrait désormais des règles du célibat et espèrerait, en secret, une nouvelle dépendance. En décidant de ne plus dépendre de ses amis et de sortir seul prendre un verre pour construire de nouveaux liens, il se surprendrait à voir dans ces liens nouveaux une certaine forme de dépendance qui ressemble bien à celle qu’il a connue et qui ne s’en distingue que par la couleur.

L’indépendance réelle n’existe pas.
Nous cherchons tous des liens. Ils changent dans la forme, dans la nature et dans l’intensité. Mais ils demeurent. Nous avons tous besoin d’avoir besoin de quelqu’un. Mais aussi, secrètement, qu’on ait besoin de nous. Nous cherchons tous une alliance, un contrat, un mariage, un engagement et surtout, quelque part, l’amertume de la rupture. Car sans elle, nos nouvelles dépendances n’auraient plus la même saveur.
Une indépendance ? J’en doute. Sauf, peut-être, dans la tête, après une journée fatigante, dans son lit, quand on se sent tout simplement bien sans raison spécifique et qu’on se surprend en train de sourire, pacifiquement, dans un petit quatre mètres carrés qui nous offre, malgré ses dimensions étroites, un drôle de sentiment… d’indépendance.

mercredi, mai 28, 2008

En solo

Le week-end s’annonce merveilleux. Beau temps, mauvais temps, peu importe. Tenues dénudées du soir et jeans délavés du jour sont tous rangés. Je m’apprête à une soirée d’oisiveté nécessaire dans mon beau canapé usé et désuet à regarder ma série préférée. Il est un temps pour ça. Et je compte bien en profiter.
Je range mes livres, mets mon téléphone en mode silencieux, plie et déplie mes jambes jusqu’à trouver la position la plus confortable et attends avec une impatience d’enfant que commence le spectacle. Je connais par cœur le scénario, les péripéties, les robes de Carrie et les endroits branchés de la série. Mais je n’en ai jamais assez. Et puis j’ai simplement envie d’être seule.
Au menu, pop-corn, coca light et m&ms à volonté. Un peu de défoulement de temps en temps ne peut que faire du bien. J’arrive à peine à croire comment j’ai pu organiser ma soirée. Trouver le temps d’en perdre entre deux examens, s’arranger pour qu’il n’y ait aucune sortie trop tentante et prendre la meilleure place sur le canapé, plutôt rêver ! Et je rêve.
Une soirée pareille est plus difficile à organiser qu’un verre dans la boîte la plus branchée de la ville. Car elle dépend de facteurs rares qui doivent être synchronisés et d’une résistance solide à toute tentation extérieure.
Ce soir-là, tout semblait se dérouler à merveille. Je décidai même de jouer le jeu en empruntant un regard nouveau face à des scènes qui m’étaient désormais bien plus que familières.
Hélas, mon bonheur ne dura pas très longtemps. Il ne dura que le temps de quelques gorgées. Je compris très vite que ma soirée était ratée.
En effet, on vint se joindre à moi. Et on vint rire trop fort à mon goût. On vint me voler ma soirée de bien-être en compagnie de moi-même. On vint critiquer ce qui était, à mes yeux larmoyant, interdit de critiquer. Je venais de subir une atteinte à ma vie privée. Et, victime de ma politesse, je ne sus protester.
Je sors mes tenues du soir. Je laisse mon coca light et mes pop-corn. J’emporte mes m&ms. Bien sûr, je n’allais pas les laisser. Et je quitte, douloureusement, mon cher canapé. Quand on me regarda partir, d’un regard perdu en quête de compréhension, je ne pus m’empêcher de préciser, mi-hésitante et mi-furieuse, que ces choses-là ne se font qu’en solo.

dimanche, mai 25, 2008

Pardon

Ton silence me ronge petit à petit. J’ai voulu te parler mais plus j’attends et moins j’arrive à franchir le pas. « Pardon » me semble être le mot le plus difficile à prononcer. Peut-être juste après « adieu ». J’ai voulu te parler de lui, de nos projets et de ce que j’ai envie de faire cet été. J’ai voulu te demander ce que tu en pensais. J’ai aussi voulu que tu m’aides à choisir une robe pour le mariage d’Alfred. Je me sens transparente. Tu ne me regardes plus. Et je fais semblant de m’en foutre. Mon cœur pèse lourd. Tellement lourd que j’ai du mal à marcher.
Tout le monde me demande de toi. Je dis que tu vas bien, évidemment. Quoi leur dire quand j’ai tellement honte de moi. Et honte de m’être montrée si lâche. Je veux pouvoir te parler, je veux emprunter ton nouveau sac et te promettre de bien m’en occuper, je veux te raconter ma soirée et surtout comment elle m’a regardée, je veux rire avec toi et me plaindre de tout, je veux t’entendre dire que je devrais arrêter de vouloir changer le monde mais plutôt m’habituer à sa médiocrité.
J’ai voulu te parler de mes examens et te demander ton avis sur ma nouvelle coupe de cheveux. J’ai voulu que tu me remettes sur le droit chemin, après que je me sois tellement égarée. J’ai voulu te dire que je t’aime, mais je finis par claquer la porte et par oublier mes clefs.
Quand mon téléphone sonne, j’ai le cœur qui bat fort. J’ai peur que ce soit toi. Parce que je ne sais pas quoi te dire. Mais je suis déçue quand ce n’est que lui. Tout me rend triste et tout me fait pleurer. Je deviens sensible et je t’entends critiquer ma froideur. Je ne suis plus froide. Crois-moi.
J’ai peur de te perdre. Peur que tu ne sois plus là. Peur de culpabiliser. Encore. Je suis toujours égoïste. Non, je n’arrive pas à changer. Mais je veux être quelqu’un de bien. Quelqu’un qui rend les autres heureux. Je n’ai pas réussi avec toi. Pardonne-moi.
Mon examen commence dans quelques minutes. Il faudra parler de ces principes que je ne comprends pas. Je dois rattraper ma note du premier semestre, celle que j’ai eue après mes vacances avec lui. Je dois réussir. Mais je ne fais que penser à toi. Comment rassembler mes idées quand tout me semble si sombre ? Comment réfléchir après une nuit blanche passée à culpabiliser. Je t’écris un message. Un message qui dit pardon. Un message pour t’annoncer ma défaite. Le message le plus dur que je n’aie jamais écrit. Un message pour pouvoir tourner la page et recommencer ma vie. Un message pour que je puisse, peut-être, m’aimer à nouveau. Tu réponds aussitôt. Et tu me dis que tu es là. Que l’as toujours été. Que c’était moi qui ne voyais pas. Tu me dis que tu as confiance en moi. Et que je vais réussir. Tu me dis que tu en es sûre. Mes larmes coulent sur mon cas pratique. Je souris. Je relativise. Derrière moi, la fille pleure aussi. Elle avait bachoté le chapitre relatif au mariage. Elle me voit pleurer et ça la réconforte. Tu m’aimes. Et tout me semble si facile désormais.

samedi, mai 24, 2008

Fan attitude

Quoi de plus pathétique que la fan attitude ? Vivre pour admirer et vivre sans aspirer à être admiré, suivre sans vouloir être suivi, copier sans essayer de créer, complimenter en effaçant de plus belle sa propre personnalité, adorer aux prix de la dignité, être fidèle a défaut de fidèles, préférer l’autre aux dépens de ses propres intérêts…
Quoi de plus pathétique qu’un peuple qui suit son leader de façon acharnée, qui change d’avis à chacun des petits caprices de ce dernier, qui le suivrait jusqu’à l’enfer si le monsieur le voulait.
Quoi de plus pathétique que cette fille qui suit son mec comme un robot, qui se cache presque derrière son dos, qui le regarde émerveillée et le prie de ne jamais la quitter, qui sacrifie sa carrière et son existence pour qu’il réussisse sa petite vie, pour qu’il suive ses ambitions et qu’il mange chaud à dîner (quand il rentre), qui range son corps de mannequin dans la belle boîte des souvenirs, depuis qu’il a voulu un quatrième enfant, un fils de préférence, afin d’élargir sa prestigieuse famille.
Quoi de plus pathétique que ces figurants inutiles dans une boîte branchée de Beyrouth, qui décorent les tables de ceux qui se prennent, à tort, un peu trop au sérieux, qui ne servent à rien à part à créer l’image de popularité de leurs idoles et qui ne savent plus distinguer le vrai de l’excès.
Quoi de plus pathétique que ce garçon qui choisit une carrière dans la finance parce que c’est à la mode, parce que ça peut rapporter beaucoup d’argent, parce que les filles d’ici courent après les bankers alors qu’il déteste les nombres et encore moins les banques, alors qu’il a un talent fou qu’il n’ose dévoiler.
Rien. Rien n’est plus pathétique qu’une attitude fan. Car rien n’est plus admirable qu’une audace bien placée, une innovation dans un monde qui s’uniformise, une idée nouvelle qui vient tout bousculer, une prétention à vouloir tout changer, un envie folle de tout recommencer et une passion démesurée à vouloir soi-même briller.

Je n’aime pas être fan. Je l’aime s’il m’aime. Je l’aime autant qu’il m’aime. Fan de lui quand il est fan de moi. Fan d’un autre quand l’amour se fan-e.
Mais fan parfois. Fan d’un chanteur talentueux qui ose les couleurs pastel et les dessins naïfs. Oui, fan de ce chanteur qui chante pour des obèses et qui fait chavirer son public. Fan d’un Mika qui a tout sauf l’attitude fan car il a en lui l’envie mais surtout le don d’être différent.
Fan du succès d’une femme qui prouve qu’elle ne voit aucune limite et qu’elle ne se laisserait décourager par aucun obstacle. Fan de cette femme qui sait ce qu’elle fait. Et qui le fait si bien.
Fan d’une beauté divine qui se moque des stéréotypes d’un monde moderne parfois bien ridicule, qui reste elle-même et qui refuse la mode quand celle-ci ne se marie avec son corps.
Fan de Beyrouth, fan de ma ville qui renaît, fan de ses milles lumières et fan de ses libanais, fan d’un toit de la ville qui m’a chuchoté milles secrets, fan de son centre ville et fan de ses cafés, fan de son envie de vivre et fan de sa patience, fan de ses talents, fan de ses femmes, fan d’un mélange délicieux qui connaît mille visages… sauf le visage pathétique d’une attitude fan.
Fan. Parfois. Par choix. Quand je n’ai pas le choix.

samedi, avril 12, 2008

Pay it forward

As-tu été si heureux que tu as redouté perdre ton bonheur ? As-tu goûté à la face amère de l’amour qui est celle de la peur de le voir s’envoler ? As-tu déjà regardé le ciel pour essayer de comprendre pourquoi tu mériterais une certaine réussite ? L’as-tu quelques fois remercié de t’avoir donné plus que ce que tu attendais ? As-tu voulu très fort qu’un moment s’éternise, qu’une personne vive à jamais, qu’un silence paisible se prolonge, qu’un goût sucré n’abandonne pas tes lèvres, que le vent doux ne cesse de caresser ton cou, qu’un ami reste à tes côtés, que ta mère ait toujours les yeux illuminés, que tes enfants restent heureux, que ta réussite soit durable ?
L’échec n’est pas à craindre. La tristesse non plus. Et encore moins la peine. Car quand on va mal, tout ne peut que s’arranger. Par contre, le bonheur, lui, ne peut être apprécié complètement car il est toujours accompagné d’une menace, celle de le voir disparaître. Souvent, une voix me chuchote qu’il n’est qu’éphémère et qu’il finira par s’évanouir aussi vite qu’il n’ait apparu…
Chance, bonté divine, générosité naturelle. Malgré des efforts incessants, on a tendance à se sentir comblés par la vie. On a tendance aussi à se dire qu’au fond, on ne mérite pas tant que ça… Et puisque ce n’est pas tellement mérité, il est normal que le bonheur nous soit retiré.
Il suffirait peut-être de mériter son bonheur pour pouvoir le maintenir. Pour le mériter, il faudrait, par exemple, le payer. Le payer en donnant du bonheur à chaque fois que l’on en reçoit. Donner une part de bonheur quand le ciel nous sourit, pour parvenir, par un geste purement altruiste et idéaliste à un but égoïste et individualiste.
Que tous les heureux du monde partagent leur bonheur. Et même s’ils ne sont pas animés par cette tendance altruiste, qu’ils se rappellent le but implicitement égoïste qui sera atteint. Ainsi, une chaîne de bonheur sera créée. Par pur égoïsme peut-être mais qu’importe. Quand tu es heureux, et afin que tu le restes, paies-le. Fais-le à ta manière, fais-le comme tu l’entends, fais-le comme tu sais si bien le faire, fais-le pour être encore plus heureux.

mardi, mars 25, 2008

Ma cause justificative

Cadence. Rythme. Périodes. J’aime bien ce découpage artificiel de la vie, ces frontières imaginaires mais tellement utiles, cette organisation personnelle qui vise à être le plus productif possible. Depuis que je l’ai rencontré, il constitue l’axe principal autour duquel j’organise tout ce qui reste. Il y a lui, la catégorie principale, et tout le reste, ce que j’aime appeler les catégories résiduelles, celles qui constituaient, avant, mes priorités, et celles que j’ai rabaissé au rang de résidu.
Ma théorie, aussi, je l’ai rangée de côté. La liberté, pour moi, était celle d’être dénudé de ses sentiments. Quand on est indifférent à l’égard de tous et de tout, on peut mieux réussir sa vie car l’on agit alors et seulement abstraction faite des émotions. On agit alors et seulement… raisonnablement. Car les maux du cœur retardent souvent les projets les plus sérieux tandis que les passions amoureuses font oublier les devoirs les plus impératifs…
Et puis un jour… on aime. On aime alors que l’on s’était juré d’être au-delà de cette faiblesse du cœur, alors qu’on s’était jugé trop occupé pour vivre des aventures volatiles, alors qu’on avait des soucis qui exigeaient un travail à plein temps.
On aime… et on fait des projets à deux.
L’amour réciproque est un heureux évènement. On le croit fictif jusqu’à ce qu’on le reçoit comme un coup de poing sur la face. Et la réalité dépasse alors les créations les plus absurdes de l’esprit.
Heureux certes… Mais accompagné de deux sentiments aussi forts en intensité mais beaucoup plus amers : la tristesse de la séparation et la peur de perdre cet amour.
On se fait confiance, on se promet amour éternel, on se dit partenaires à jamais… Mais l’amour peut-il défier l’imprévisibilité de la vie, la vulnérabilité de l’espèce humaine, la force du temps, les rides de la vieillesse, les risques de maladie, l’absence prolongée, la distance insupportable ?
On s’aime tellement que l’on déclare la guerre à tous ces évènements futurs et extérieurs susceptibles d’affecter cet amour. On s’aime. Et on adopte l’amour comme cause justificative de tout crime contre l’humanité.

dimanche, mars 23, 2008

Ces amours que je ne comprends pas

Pour Elie que j’aime comme ça

Il caresse ses jambes nues. Elle ferme les yeux pour apprécier la chaleur des rayons du soleil et la tendresse de ses caresses. Elle avait besoin de soleil. Elle se sent bien à ses côtés. Elle est tellement belle. Il aimerait le lui dire. Mais il se retient. Il ferait mieux d’attendre. Il l’aime. C’est normal.

Lui, c’est un gars très populaire. Avantagé par la nature, il a la taille, les yeux, le sourire, le charisme et surtout… le talent de les faire toutes tomber. Elle est jeune, naïve et a très peu d’expérience. Certains la trouvent pourtant jolie. Elle est folle de lui. Ce qui n’étonne presque personne.

Souvent, l’amour, malgré le fait qu’il soit considéré exceptionnel par presque tout le monde, n’a rien de transcendantal. En effet, dans certains cas, il s’impose. Car il n’y a rien de plus facile que de tomber amoureux de la perle rare.

Pourtant, l’amour, le vrai, revête un aspect totalement différent. L’amour, le vrai, se concrétise dans les situations les moins élégantes. Et j’en connais quelques unes de ces plus belles histoires d’amour…

Je connais une femme sublime qui a à peine trente ans. Réussie, élégante, intelligente, blonde et pire encore… très drôle, elle est tout ce que nous, femmes, nous voudrions être, et tout ce que les hommes voudraient être avec. Depuis quelques mois, elle a découvert qu’elle était atteinte d’un cancer. Suite à des séances de chimiothérapie, elle a perdue ses cheveux. Elle reste sublime tout de même. Son homme la fixe dans les yeux, dans un de ses moments de faiblesse, lui embrasse tendrement la main, et lui dit qu’il l’aime.

Ce soir, une autre a fait un effort pour sortir. Elle se sentait malade mais ne voulait pour rien au monde rater leur dîner d’anniversaire. Ca fait un an qu’ils s’aiment. Elle fait de son mieux pour passer un temps agréable et oublier sa nausée insupportable et d’autres maux qu’elle n’arrive plus à gérer. Elle fait de son mieux pour se retenir et offrir une belle soirée à son compagnon. Jusqu’à ce qu’à bout de force, elle s’effondre sur le gazon du beau jardin d’en face de la boîte. Elle ne voit plus rien. Elle vomit. Il la tient entre ses bras. Il lui caresse les cheveux et lui souffle qu’il est à ses côtés. Il lui dit que ca ira et qu’elle devrait oublier les gens autour. Il lui dit qu’il va la ramener chez elle et qu’il passera la nuit à ses côtés. Elle se déteste pour la scène incompatible avec le romantisme de la soirée. Elle s’excuse et commence à pleurer. Il lui dit qu’il l’aime. Et qu’elle est la plus belle femme au monde…

Ces amours-là, je ne peux pas les comprendre. Je ne sais pas comment tu as pu me dire que tu m’aimes alors que j’étais dans cet état. Je ne peux pas les comprendre. Non. Mais je ne veux que vivre des amours que je ne comprends pas.

mardi, mars 18, 2008

Excuse-moi Pascal

Il vend ses tableaux pour boucler ses fins de mois. Quelques fois. C’est un architecte médiocre. Mais c’est un excellent peintre.
Certaines choses faites de côté peuvent parfois sauver l’affaire. Comme les tableaux de peintures. Et comme les exposés que l’on fait pour atteindre peut-être la moyenne quand des soucis divers et des tendances légères ont causé un échec partiel.
Je n’aime pas ces miettes que l’on peut accumuler. Je préfère la grosse réussite. Et puis c’est tout… Un immeuble bien construit, un procès gagné, bref, un travail bien fait. Quant au tableau, je préfère l’accrocher au dessus de mon lit, sur un mur qui meurt d’ennui…
Pourtant, j’avoue que ces choses-là peuvent s’avérer utiles. Voire indispensables. Il me propose de faire un exposé. Bouée de secours. Je dis oui. Car aujourd’hui, je suis cet architecte médiocre. Je suis mauvais peintre aussi.
Mais quoi transmettre quand on sait si peu ? Et quoi dire quand on ne croit même pas en soi ? Comment être crédible quand nos pensées sont douteuses ? Comment gagner la sympathie de l’audience quand on ne s’aime pas depuis quelques temps… Quand on se hait carrément.
Bref, il me propose de parler de mon stage. Sujet qu’il juge enrichissant vis-à-vis des autres étudiants. Sujet personnel. Encore pire. Je pense à Pascal qui disait si bien « le Je est détestable ». Je me permets d’ajouter, au plus profond de moi-même, en présentant mes excuses les plus sincères auprès de Pascal « Je qui se déteste a si peur d’être détestable ». Toutefois, j’acquiesce. J’en ai tellement besoin.
Parler du stage… Mais que dire quand je n’ai fait que ranger la bibliothèque par ordre alphabétique et par thème, que dire quand j’ai fait des photocopies la plupart du temps, quand j’ai traduit des documents qui ne m’inspiraient ni sérieux, ni sympathie, quand j’ai découvert la ville, ses coins, ses cafés, ses bars, ses mendiants, ses envies, ses pavés bien plus que les étagères du cabinet…
Je m’installe quand même. Je tiens quelques papiers en main, tout blancs, pour faire comme si j’avais préparé. Et je parle. Sincèrement. Car il ne me reste que cette sincérité qui ne m’a jamais abandonnée. Je raconte tout. Mes expectatives, mes fautes, mes déceptions, mes moments de solitude, mes larmes, mon envie de revenir quelques fois, la peur de l’échec, le dépaysement, les blessures, les verres en trop, les petits déjeuners à l’odeur inoubliables, les kilos de juillet, les cafés brûlant… J’ai même parlé d’Alix et d’Elise… Je dis tout. Après tout, quand on a atteint le fond du gouffre, ça ne peut qu’aller mieux.
Sourires dans la salle. Sourires ironiques, sourires amusés ou sourires sympathiques ? Je l’ignore. Sourires dans la salle. Sourire dans mon cœur. Des tableaux, j’en ferai bien d’autres… Pour les jours où j’aurai besoin d’être sauvée.