vendredi, juin 15, 2007

Ecoute Paris

Ecoute Paris en attendant de la regarder, de la sentir, de la goûter… Ecoute Paris puisqu’il est impossible aujourd’hui de la toucher. Ecoute Paris parce que je l’aime.
Parle moi de Paris… J’ai hâte d’y être. Dis-moi ce qu’on va faire, raconte moi ses rues et ses boulevards, ses passants pressés et ses trottoirs snobs, ses croissants et ses cafés brûlants.
Ecoute cette chanson que je t’envoie. Ecoute cette musique qui me rappelle la vie que j’aimerais avoir. Ecoute les mots qui me font rêver. Ecoute le rythme d’une vie normale. Ecoute…
Ecoute Paris mon amour. Elle m’a dicté les mots que je te raconte. Ecoute ce qu’elle te dit. Ecoute ce que je ne te dirai jamais.
Ecoute…
Ecoute… Puisqu’on n’y ira peut-être jamais.

samedi, juin 09, 2007

Organisation

Organisation. Un beau mot. Utile, surtout. Car j’ai toujours su diviser mon temps entre les sorties, les siestes, les loisirs, les amours, la plage, la fac, les livres, mon site, les amis, les courses et les études. J’expliquais toute réussite par cette idée de planification. Il suffit de visualiser le but, d’évaluer la période qui me sépare de celui-ci et de diviser le travail en fonction du temps restant… Il n’y a que les paresseux qui échouent.
Mais pour qu’une bonne organisation soit fructueuse, il faut qu’elle ait lieu dans des circonstances paisibles ou du moins normales. Et qu’aucun évènement inattendu ne surgisse. Car si je suis bonne planificatrice, je déteste les surprises…
Un bon plan fonctionne quand tous les éléments sont connus. Prétentieuse – peut-être – j’assurais les connaître… tous. Mais un incident assez grave je crois perturbe mes prévisions. Un accident de parcours m’empêche de travailler. Je baisse les bras. Je suis fatiguée et désespérée. Je ne sais pas agir sans suivre un programme bien détaillé. Une chute violente et dangereuse me retarde alors que je n’ai jamais su marcher en dernier… Une blessure qui s’aggrave est difficile à gérer.
Je ne vois que deux plans. Le premier est de tout laisser tomber. Le second propose de redoubler d’efforts. C’est un défi qu’on me lance. Et je le prends. Pour éventuellement le relever…
Organisation ? Peut-être. Mais point de bonne organisation sans difficultés. Une bonne organisation suppose des obstacles et des éléments rebelles. Alors je m’organise : d’abord je travaille, et je désespère par la suite ; question de bien m’organiser…
Les plus belles émotions sont spontanées. Mais les émotions sont si souvent destructrices. J’opte alors pour des « émotions réfléchies » même si je risque de les disqualifier. Aujourd’hui je souris, et je pleurerai quand j’aurai fini. Oui, je réserve mes pleurs à plus tard, des pleurs que j’insèrerai dans une case vide de mon programme.
Les plus beaux paysages attirent par leur charme naturel. Mais ils sont souvent retravaillés sur un programme bien avancé d’un ordinateur de haute technologie. J’admire la spontanéité mais elle est si incompatible avec l’idée d’organisation. Je l’admire, oui, mais je la refuse.
Bien plus difficile est le succès quand on ne maîtrise pas toutes ses données. Mais non impossible. Et bien plus beau le succès quand celui-ci constitue à son tour la donnée rebelle d’un programme prédéfini, l’élément incontournable et inattendu, surprenant certes, mais cette fois-ci surprenant de bonheur…

dimanche, mai 27, 2007

Libre

J’ai toujours envisagé la liberté dans son sens le plus large : la liberté de penser, d’aller et de venir, de croire, de choisir sa religion, de voter, d’adhérer à un parti politique, de faire sa route… La liberté est un grand mot que je ne comprends pas toujours, car si la liberté est toujours proclamée, celle-ci fait souvent l’objet d’atteintes diverses. Car je suis née chrétienne, j’ai grandi à Beyrouth, les évènements divers ont conditionné mes déplacements, une certaine évolution inévitable – et pas forcément choisie- a dirigé mon avenir et j’ai accepté, sans même faire l’effort d’un refus quelconque, des valeurs communes à la majorité des personnes que j’ai connues sans que celles-ci ne soient réfléchies, mesurées ou vraiment… censurées. Je suis libre, oui. Au sens d'une liberte bien reglementee.

Le cours de libertés publiques ne m’a pas été d’un grand secours. Car d’abord, il fallait que je me réveille tôt pour y assister : déjà la liberté de faire la grasse matinée est solennellement violée. Ensuite, car les libertés citées dans le cours (que j’ai reçu d’une amie plus sérieuse) sont limitativement énumérées. J’ai décidé alors de comprendre la liberté dans un sens plus restreint ; le mien. Ma liberté de comprendre… la liberté.

La liberté qui me convient est celle que je façonne : une liberté naïve, fragile, hésitante, particulière, superficielle… Mais une liberté choisie. La liberté de lui dire je t’aime sans avoir peur de son regard fugitif. La liberté de faire des mouvements sensuels sur une musique rebelle. La liberté de réfléchir à une vie commune sans complexes ni formalités. La liberté de faire des études de stylisme. La liberté de partir un moment, sans avoir à signaler son départ, sa destination, l’éventualité du retour. La liberté de ne jamais revenir.

La liberté n’a pas à être constitutionnelle. Son essentiel réside dans les gestes quotidiens. La liberté de rejeter ses amis un samedi soir car la télé se fait plus attirante. La liberté de les rappeler le lendemain et de leur dire que le résumé de la soirée précédente ne m’intéresse point. La liberté dans un décolleté plongeant. La liberté dans un dos nu impudique. La liberté dans une démarche hautaine. La liberté de mettre entre parenthèse un sérieux accumulé pour faire un tour romantique dans les vallées obscures d’une montagne majestueuse… La liberté de ne rien dire, pas un mot, de se serrer les mains, de regarder ailleurs, de s’éviter… La liberté de tout comprendre quand même.

Je suis libre… Libre de choisir en quoi et comment. Libre d’accepter ces choses qu’on me donne et de les transformer. Libre de dévorer un big mac gras et irraisonnable a 3h du matin. Libre de m’évader pour une période et de ne donner aucune explication. Libre de revenir tellement… différente. Oui, je suis libre. Libre et bien dans cette liberté arrogante que je m’approprie. Libre dans un corps qui refuse tout modèle. Libre dans un pays qui essaie de faire comme moi. Libre dans le sens le plus profond du terme. Libre dans tout ce que le mot peut englober bannissant limites et frontières. Libre… avec toi.

Paru dans L'orient le jour le lundi 21 juin 2007.

jeudi, mai 24, 2007

Rien n'a changé

Mes amis me disent d’écrire. Ils s’attendent à un texte rebelle et révolutionnaire, désespéré mais téméraire, furieux de colère. Ils veulent que je dise tout haut ce qu’ils pensent tout bas. Mais cette fois je risque de dire ce qu’ils ne pensent peut-être… pas.

De nouvelles péripéties, hélas, inattendues, peut-être, dangereuse, sans doute, cruelles, comme d’habitude, inexplicables aussi… De nouvelles péripéties sanglantes et déprimantes en début d’été comme pour annoncer une saison aussi triste que la précédente… De nouvelles péripéties jalouses de nos projets ambitieux, de notre envie de vivre, de notre volonté de reconstruire. De nouvelles péripéties, certes, mais qui ont perdu leur effet de surprise. De nouvelles péripéties de même nature que celles qui ont précédé mais aux effets différents : elles ne produisent plus le chaos d’autrefois, ni le désespoir, ni les décisions hâtives, ni le bouleversement radical de la vie quotidienne… Elles affectent la vie de tout libanais sans pour autant la transformer… Car nous sommes tous devenus résistants.

Ce matin je suis allée en cours, comme tous les étudiants. Nous avons discuter de tout, sans aborder ce sujet à la une de tous les journaux : bien informés, nous n’avions plus besoin d’en discuter. Les profs étaient au rendez-vous et les retardataires ne pouvaient avancer comme prétexte les explosions : elles ne constituent plus au Liban un cas de force majeure.

De retour, je pris la route d’habitude, celle qui longe la mer. Celle-ci n’avait point changé. Et le soleil était aussi magnifique que tous les jours, à cette période de l’année. Non, ces péripéties n’ont presque rien changé. Car nous ne voulons plus leur accorder ce privilège. Nos vies sont devenues hors portée.

Les péripéties diverses nous ont si peu affectés. Dimanche, nous n’irons peut-être pas prendre le café dans ce centre commercial qui a explosé. Mais nous irons sûrement celui d’après… Mon texte est optimiste, me diriez-vous. Vous m’accusez aussi de schizophrénie. Peut-être. Mais j’en ai le droit. Car si tout le monde autour de moi se permet d’avoir des personnalités multiples, je me permets d’en avoir… deux.

Article paru dans L'Orient Le Jour du samedi 2 juin 2007.

samedi, mai 19, 2007

Gagne-t-on vraiment un proces?

Il n’est pas nécessaire d’étudier le droit pour savoir qu’il faut deux parties pour constituer un procès. L’une assigne l’autre en justice et cette dernière invoque des moyens pour se défendre.

A l’issu du procès, l’une gagne et l’autre perd, naturellement. Elle devra indemniser la première de toutes les dépenses et de tous les frais de justice en plus de la sanction décidée par le juge qui statue conformément à la loi ou selon l’équité, en l’absence de texte.

Ainsi exposée, la scène parait bien organisée. Noir ou blanc. Perdant ou gagnant. Demandeur ou défendeur. Coupable ou victime. Gentil ou méchant. Mais gagne-t-on vraiment un procès ?

Gagne-t-on vraiment un procès quand on a perdu sa dignité ? Gagne-t-on un procès quand on est entraîné devant les tribunaux alors qu’on a toujours essayé d’avoir un comportement moral et loyal, honnête et convenable ? Peut-t-on vraiment être vainqueur en justice ?

Même quand la cour statue en notre faveur, on ne gagne pas un procès. Il y a toujours quelque chose de perdu. Ne serait-ce que son temps, sa patience, son calme, sa fierté, son honneur… Nous justiciables, ne gagnons jamais un procès. D’ailleurs, une réparation n’est que rarement intégrale et même intégrale, toujours décalée.

Un procès est perdu d’avance. Un procès est perdu dès sa naissance. Car le Droit n’est pas fait pour régir les relations supérieures. Les relations amicales, amoureuses, respectueuses sont placées en marge du Droit.
Non, le Droit n’est pas fait pour régir les relations… humaines.

samedi, mai 12, 2007

Ma vie suspendue

Le départ de la personne aimée est toujours difficile. Un peu moins pour moi peut-être car j’accepte le voyage. J’ai grandi sachant qu’un jour je vais partir, j’ai vu mes frères et ma sœur s’en aller aussi et mon père a fait du voyage son métier. Les distances ne m’intimident pas et je puise dans l’écriture et dans les appels inattendus un plaisir indescriptible. Je trouve que cette séparation provisoire enrichit le couple car elle permet aux deux personnes de s’épanouir séparément tout en préparant l’intensité de la rencontre. Celle-ci est souvent passionnelle et riche en émotions. Non, je ne me plains pas des distances. Je me demande si elles existent dans un monde comme celui d’aujourd’hui où les moyens de télécommunication rendent l’échange facile et les moyens de transport les retrouvailles rapides…
La distance est aussi un test qui permet d’évaluer l’amour. Si le couple lui survit, s’il la snobe, la dépasse, la défie c’est qu’il est digne d’exister. Alors je le laisse partir. D’abord parce que je n'ai pas le choix, ensuite car je sais que je vais commettre le même crime dans deux mois et enfin par amour. Je n’y peux rien.
Je comprends la distance. Je l’accepte. Elle ne me fait pas peur. Je lui dis adieu rapidement. Je n’aime pas les grands gestes. Je vais en cours juste après. Un peu pour prétendre que la vie continue, un peu pour faire semblant que ce n’est pas grave et surtout pour me convaincre que son départ ne changera pas grand-chose. J’écoute vaguement les propos d’un professeur trop sérieux à mon goût. Je suis déjà quelque part entre Beyrouth et Paris. Et je ressens une légère douleur que j’essaie d’ignorer. Je respire profondément. Je souris bêtement. J’essaie de ne pas trop réfléchir.
Le départ est supportable. Car il y a le téléphone, les messages, les souvenirs. Mais il y a une phase impossible à gérer : quand la personne qu’on est aime est dans l’avion. Les pensées m’envahissent, je ressens le besoin de partager quelque chose, de lui dire encore quelques mots, de lui promettre que rien ne changera, de lui jurer que comme lui, je vais l’attendre, de lui assurer que moi aussi, je me sens forte quand un peu plus tôt je n’ai rien su dire… Mais j’attends. Le temps ne passe pas. Et la vie est suspendue… jusqu’à son arrivée. Le temps ne m’appartient plus et la vie me reprend ce qu’elle m’avait si généreusement offert longtemps et de la façon la plus intense possible. Elle me prive de ce bonheur juste au moment où je me demandais comment elle pouvait devenir si parfaite. Je la laisse faire. Je le lui dois. Je la laisse faire en attendant de reprendre le dessus…

vendredi, mai 11, 2007

Amnesique, je me souviens

La mémoire est à la fois le bonheur et la misère de l’Homme. Marcel Proust, dans son livre « à la recherche du temps perdu » raconte comment le goût d’une madeleine, petit gâteau court et dodus, l’emporte dans sa plus tendre enfance faisant ressurgir de doux souvenirs… La mémoire permet en effet à l’intensité d’un moment de survivre à sa fin. Elle immortalise certaines personnes qui vivront éternellement dans le cœur de ceux qui les aiment.
Mais la mémoire est aussi misère. Elle devient instinctivement sélective pour assurer la survie. Nous, libanais, sommes même souvent amnésiques. Nous oublions vite les plus tristes évènements, nous banalisons les scènes les plus cruelles, nous tournons la page après une guerre sévère. Nous avons toujours de l’espoir, nous sommes optimistes, nous donnons de nouvelles chances à ceux qui nous ont déçus, nous croyons en un avenir meilleur. Nous choisissons les éléments à garder. Ils diffèrent selon les personnes. Les hommes politiques semblent ne se souvenir que des choses qui servent à fonder leurs prétentions. Ils oublient ou se rappellent selon leurs intérêts variables avec la conjoncture. Ils en sortent toujours innocents. Les autres, comme moi, essaient dans la mesure du possible de ne retenir que les instants de bonheur. Une journée calme suffit pour effacer des mois d’instabilité. Nous oublions pour vivre.
Je suis libanaise donc amnésique. Mon pays semble tout à fait guéri car aujourd’hui il a fait beau. J’oublie tous les drames passés et je trouve tout avis contraire exagéré. Je redessine mes projets d’autrefois que j’avais balayés un jour de crise. Je repense à un avenir dans ma capitale Beyrouth. Je rêve de fonder une famille au Liban. Naïve, quelques instants prétentieux me suffisent…
Mais notre mémoire est si faussement sélective. Oui, notre mémoire est hypocrite. Car si elle nous procure par sa censure un bien-être vital ce n’est qu’à titre temporaire. Un simple orage fait ressurgir rétroactivement tous les malheurs d’hier. Et nous revivons notre passé plus difficilement que la première fois : le mauvais souvenir s’accompagne du goût amer de la trahison. Notre mémoire que l’on croyait protectrice nous a trahis.
Une bombe jetée au coin d’une rue me rappelle que mes amis sont partis, qu’hier il ne faisait pas beau, que ma sœur a dû voyager en vitesse, qu’un camarade de classe a perdu sa maison, que les jeunes cherchent du travail dans un marché étranger accueillant mais abusif.
Amnésique, je me souviens que mon pays n’est pas encore prêt à oublier. Sa mémoire l’a tout aussi trahi… Et il accepte difficilement ses souvenirs.

Paru dans l'Orient Le jour le mardi 15 mai 2007.

mercredi, mai 02, 2007

Toi, mon soleil

J’avais longtemps attendu. Tout l’hiver. J’avais supporté le froid, les tempêtes et même de très gros nuages. J’étais souvent restée chez moi pour ne pas avoir à affronter le mauvais temps. J’avais compté les mois, les semaines et les jours qui me séparaient de l’été. Il a trop tardé. Je me suis demandée s’il allait venir ou s’il avait décidé de me laisser tomber cette année. Et s’il m’avait trahie ? J’ai douté. Certains m’ont même dit qu’il n’a jamais existé. Je l’ai cherché. Et puis j’ai abandonné.
Ce matin, je me suis réveillée. Et il était là. Sans préavis. Je l’ai très bien accueilli.
Ce matin, le soleil était là. Et je suis allée le retrouver. J’ai fermé mes yeux et je l’ai laissé sur ma peau s’étaler. J’ai respiré profondément. Et tout doucement il m’a tout fait oublier : les nuages, la pluie, les mois derniers. Toute la journée, le soleil m’a caressée. Je t’avais longtemps attendu ; toi mon soleil… le plus beau de l’année.

jeudi, avril 26, 2007

Même si tu pars

Mes amis s’en vont. Et je les encourage. Il cherche tous à réussir. Et je les admire. Car le travail est le projet le plus sûr. Surtout quand on est plongé dans une instabilité politique. Ils s’en vont construire leur avenir. Tous. Ou presque. Je pense que je vais les suivre aussi. Bientôt. Peut-être.
Les relations a distance, j’en ai souvent parlé, le cœur froid, l’esprit analytique, le regard objectif. Car je n’ai jamais été directement concernée. J’ai donné un avis qui se voulait tantôt sévère tantôt indifférent à des amis qui choisissaient toujours un amour impossible. Je leur reprochais parfois de rechercher le difficile alors que le possible était à portée de main. Je leur en voulais aussi de passer trop de temps à faire la gueule, les pensées éparses, le cœur lourd, le regard lointain, à attendre un appel ou à faire des sauts excessifs d’un pays à un autre.
J’ai été proche de personnes qui décidaient tout à coup de s’en aller. Je me suis même demandée si j’en étais le stimulus. Je refusais tout contact au-delà d’un adieu bref et sans excès d’émotions dans un aéroport cruel ou devant la porte d’une boite de nuit qui en sait trop…
Non, les amours impossibles, ce n’est pas mon truc. Il me faut du vrai, du matériel, de la disponibilité, du facile, du logique, du possible. Ma vie était assez compliquée pour des conversations tristes, des rendez-vous lointains et des retrouvailles amères. J’étais trop réaliste et assez exigeante pour me suffire d’un mot doux prononcé trop rapidement et parfois même coupé en deux. J’étais trop paresseuse pour passer mon temps à calculer la différence d’heures. J’étais trop égoïste pour faire des concessions. Trop vivante pour attendre. Trop faible pour resister aux tentations. Trop dramatique pour essayer.
Les aéroports m’ont aussi attirée. Je regardais amusée ceux qui se quittent et guettais leurs gestes pour réussir mes histoires. Avec un pincement au cœur, bien sûr, mais rien de plus, je vous assure. S’ils se quittent, c’est leur choix. Ou pas. Ca ne m’affecte point. Au contraire.
Trouver les avantages d’une relation à distance me parait être une opération quasi-impossible. Car par hypothèse, il y a si peu de chances qu’une relation normale puisse marcher. Les gens sont si différents, les intérêts souvent contradictoires sinon divergents, les goûts tellement diversifiés, les mentalités nombreuses, les valeurs multiples qu’il est trop difficile de concilier des éléments aussi rebelles. Quand tout joue en faveur du couple, ce dernier doit y mettre du sien pour réussir. Et quand meme la nature s’y oppose, quand la distance s’installe, quand l’autre s’éloigne, je ne comprends pas ce qui pourrait faire durer l’amour, s’il existe.
J’explique les relations à distance réussies par le besoin de solitude du couple, de liberté, d’oxygène. Elles réussissent pour la simple raison que ces personnes ne se voient pas assez pour se détester, pas assez pour découvrir leurs défauts réciproques, pas assez pour plonger dans l’ennui, l’habitude, la routine, pas assez pour être jaloux, possessif, destructeur, pas assez pour découvrir l’autre dans ses folies et ses excès, pas assez pour vouloir tout laisser tomber…
J'explique, par exception, ces relations insensées par la possibilité de se déplacer souvent, tous les weekends par exemple. Mais ce privilège est rarement accordé si l’on prend en considération les impératifs sociaux, professionnels, financiers et d’opportunité.
Non… Je ne comprends pas les relations à distance. Et je m’en fous. Parce que mon copain vit juste à côté, parce que la vie a fait en sorte que nos chemins s’unissent et se suivent, se rencontrent et sympathisent, se draguent et s’invitent, se sourient et se touchent, s’effleurent et se croisent… La vie l’a voulu.
Je regardais alors d’un regard fier ceux qui attendent les fêtes, les vacances ou une surprise éventuelle (qui survient si rarement) pour se voir. Je les plaignais aussi. Parce que je veux une histoire d’amour ; une vraie. Et je l’ai.
Mais il me dit « je dois te parler ». Sachez que cette phrase n’annonce jamais une bonne nouvelle. Je dois attendre le soir. Parce que la journée, je suis occupée à faire n’importe quoi. Et par n’importe quoi je veux dire étudier. Je demande à mon amie qui écrit un message à son copain vivant à l’étranger de quoi il pourrait bien s’agir. Pessimiste, elle pense que mon copain va peut-être voyager ou qu’il m’a peut-être trompée et, gentiment, avant de continuer son message, espère tout bas que ces deux hypothèses ne soient pas cumulatives, étant experte en la matière. Je souris. Sa vision des choses m’amuse. Je le connais trop bien. Et je ne risque rien. Je lui dis, hautaine, que je refuse toute comparaison.
Il m’avoue plus tard qu’il va partir. Je n’ai pas les larmes aux yeux. Ni le cœur qui bat. Ni la gorge qui se serre. Je suis immunisée. Il s’en va. Comme tous les autres. Comme moi dans 2 mois. Il me fait le même coup. Mon amour s’en va.
Je déteste les relations à distance. Parce que je n’y croyais pas, avant qu’il ne m’annonce ceci. Mais je suis obligée d’y croire. Pour la première fois, je ne compte pas m’avouer vaincue par l’avenir, par la distance, par le travail.
Il y a ceux qui achètent le présent par l’éventualité d’un avenir. Ils se nourrissent d'espoirs et se contentent de probabilités. Ils attendent des mois pour le bonheur d’une soirée. Ils se font des promesses qui ne seront peut-être jamais tenues.
J’aime les aéroports pour leurs émotions. Et j’accepte le défi de l’impossible. Je ressemblerai à tous ces autres que je critiquais en définitive. Je m’accrocherai à mon téléphone et à mon ordinateur pour sauvegarder ce début d’histoire tout simplement incroyable. Je t’aimerai, même si tu pars.
Je cherche une fin sensationnelle à mon texte. Je ne trouve rien. Il est déjà trop long en tout cas. D’ailleurs, pourquoi trouver une fin quand ce n’est que le début ? Le début, oui… Notre histoire vient tout juste de commencer.

vendredi, avril 13, 2007

La douleur

Encore une fois, a E...

J’ai toujours considéré la douleur comme un luxe. J’essaie de ne pas trop me plaindre, je me tais souvent, je serre les dents, je laisse passer … Car la douleur, comme les sentiments, n’est pas mesurable. Et comme pour les sentiments, j’ai peur de trop en faire. Même si j’ai mal, je ne sais pas si c’est assez pour le dire. Un luxe, car je considère que je n’ai pas trop souffert – encore - dans ma vie. Je n’ai donc pas le droit d’inquiéter les personnes qui m’aiment. Je me tais. Je ne veux pas être capricieuse. Je me dis que c’est normal. Et les choses s’aggravent. Naturellement.
J’ai un jour dit que j’aimais la nuit. Oui, je l’aimais. Je l’aimais pour le calme qu’elle me procurait, pour une inspiration à ma portée, pour les coups de fil que j’attendais. Je l’aimais pour les soirées en boite, pour les verres de trop, pour les matins atroces qui suivent, pour son inaccessibilité (elle n’est pas donnée à tout le monde). Mais je l’aime seulement quand je la choisis. Et non quand elle s’impose, comme ce soir. Car ce soir j’ai envie de dormir. Mais ce soir, je n’y arrive pas. A cause d’une douleur. Légère, profonde, insupportable, acceptable… que sais-je ? Comment savoir ? Et si j’étais réellement capricieuse ?
Je ne vais pas dormir finalement. Je vais attendre la nuit. Subir le matin. Laisser passer une journée vide. Essayer de ne pas trop me plaindre. Empêcher les autres de s’occuper de moi. Me lamenter sur mon sort. Appeler mes amis pour voir où ils sont sachant que je ne peux les joindre. Et puis réfléchir sur la douleur. Ne trouver aucune réponse. Augmenter la douleur.
Je n’ai jamais écris de texte triste. Car la tristesse aussi, je l’évite. Mais ce soir je comprends, peut-être pour la première fois, les sentiments et sensations négatifs. Je les comprends car ils se situent dans le domaine de l’extrême. Un domaine que j’ai exploré en profondeur ces dernières semaines. Mais il s’agissait de l’autre extrême : du bonheur, de la passion, de l’extase. Et j’accepte l’autre cote de la médaille. Rien que pour revivre ces sensations démesurées qu’une personne trop sage ne saurait connaître… J’accepte la douleur… Car bien au dessus de celle-ci, je connais l’amour. Et il vient de m’appeler…

mercredi, avril 04, 2007

Comme la mer

J’ai la chance d’avoir accès, tous les jours, sur le chemin du retour, à la plus belle vue au monde, celle qui donne sur la mer au coucher du soleil. Ainsi décrite, la scène peut vous paraître bien classique et le plaisir qu’elle me procure évident. Toutefois, je doute qu’un paysage pareil puisse être classé parmi les clichés. Car la mer, de l’angle que j’ai adopté comme porte du paradis, a quelque chose de singulier. C’est probablement sa fusion avec le soleil qui fait le parfait mélange : la mer et le soleil sont les éléments de la nature que je préfère. Peut-être parce que je déteste la neige et la pluie…
C’est en rentrant de la fac que je glisse mon regard vers la plus grande des tentations. Je me perds dans la mer et j’oublie les voitures autour. C’est surtout cet amour généreux que je recherche. L’amour que m’offre la nature sans rien en échange, cet amour qui me permet de progresser en même temps, cet amour qui me donne la possibilité de continuer ma route, de conduire, d’avancer tout en appréciant la splendeur du spectacle. Je ne dois même pas arrêter le cours de ma vie. Je ne dois pas lui consacrer un temps supplémentaire. Je n’ai pas à fixer un rendez-vous. La mer m’attire, tous les jours, sans exception, vers 18 heures… Mais la mer me fait faire des bêtises. Car c’est en la regardant que j’ai fait la plupart de mes accidents, sans jamais en avouer la cause. Le soleil, complice, s’éclipse juste après et la mer se cache sous un ciel noir qui vient à sa défense. Le lendemain, elle joue à l’innocente et je retombe dans son piège. Je suis là au rendez-vous. J’ai tellement peur que tu sois comme elle. Que tu m’offres cet amour fou et inconditionnel. Que tu m’attires. Que tu me fasses croire que je peux avancer tout en te regardant. Que tu m’éblouisses. Et que je fasse un accident. J’ai tellement peur que tu sois comme la mer…

mardi, avril 03, 2007

L'amour, naive priorite

Etre sage et mature dans un monde qui se montre de plus en plus exigent et agressif, c’est mettre les chances de son coté pour garantir un avenir réussi. Et l’avenir, aujourd’hui, tourne autour de la vie professionnelle. Etre sérieux c’est donc fixer ses priorités et consacrer la plus grande partie de son temps à étudier et à travailler pour faire face à la compétition. C’est refuser les tentatives diverses qui rendent les esprits oisifs et les vies inutiles et se dédier à sa vocation. Etre ambitieux, aujourd’hui, est une qualité de plus en plus commune et courante, adaptation normale de l’Homme aux impératifs de la société. Mais la vie est trop courte. Et le travail infini. La vie monotone. Et le développement perpétuel. La réussite importante. Mais le bonheur aussi. Les ambitions nécessaires. Mais les rêves vitaux. Il est certes important de progresser. Mais beaucoup plus important de s’aimer. C’est une qualité de vie à rechercher. Cet amour qu’on élimine souvent par un geste de la main, par un détour de regard, par un appel jamais rendu, par la peur d’une belle histoire, par l’influence d’amis célibataires, par les idées préconçues sur l’amour destructeur, par la contestation de son existence, par des phrases froides, par des rendez-vous qui ne mènent nulle part manque à chacune de nos vies.
Les priorités constituent une hiérarchie nécessaire dans un souci d’ordre et de clarté. Elles sont là pour apaiser une conscience avide de stabilité. Mais au sommet de cette pyramide, aussi froids que nous souhaiterions être parfois, il y a l’amour. Car seul l’amour garantit la réalisation de tous les buts inférieurs. L’amour est le but que nous recherchons tous. Et une fois trouvé, il doit être conservé car il nécessite comme toute belle chose un minimum de travail. L’amour doit pouvoir occuper une place aussi importante que les choses sérieuses de la vie. Il doit mériter les changements de plans, les sacrifices et les concessions. Sérieuse j’ai des priorités. Réaliste, j’ai toujours écarté l’amour. Optimiste, aujourd’hui, je l’accepte. Amoureuse, j’aime l’amour.

samedi, mars 31, 2007

Mon évidence

L’amour. J’ai toujours eu peur de passer à coté. J’ai toujours demandé à ceux qui prétendaient aimer comment détecter l’amour, comment le reconnaître, comment le saisir, comment le conserver. On le confond avec des notions similaires : la tendresse, l’habitude, la pitié, la répétition, la passion, le désir. On essaie de le créer par la combinaison de ces éléments. J’ai toujours réfléchi mes amours. Est-ce que je l’aime vraiment ? Serais-je habituée à lui ? Est-ce ma raison qui parle ou est-ce mon cœur ? Où se situe le cœur ? Mais l’amour ne se crée pas. Il est subi.
Certains choix sont difficiles à prendre. Alors on se fait aider par des indices, des constatations, des présomptions, des déductions, des assimilations et des comparaisons. Mais les meilleurs choix sont ceux que l’ont fait sans la moindre hésitation, les meilleurs sauts sont impulsifs et téméraires, les meilleures réponses sont toujours les premières. Il n’est pas possible de se tromper.
Il y a les raisonnements. Et il y a les évidences. Pour choisir, et à défaut d’une évidence, on essaie souvent de raisonner. Un raisonnement tente de se rapprocher de la réalité, il flirte avec elle, il l’imite, il essaie de la comprendre, il essaie de lui ressembler mais celle-ci reste inaccessible meme s'il s’approche d'elle de trop près quand il se veut pertinent, meme si elle se laisse parfois aller. Une évidence, quant à elle, provoque la réalité. Une évidence s’impose et ne se laisse pas intimider. Une évidence ne laisse aucune place à la réflexion. Une évidence, c’est toi et moi. Je n’ai aucune décision à prendre. Car il me semble que c’est la seule situation envisageable. Depuis que je te connais, je ne comprends plus la vie sans toi. T’avoir dans ma vie me paraît naturel et vital. Parce que tu es mon évidence.

Ce que je sens, ce que je veux

Sentir… Un verbe trop fort peut-être. Moins fort quand on réalise qu’un sentiment négatif est toujours un sentiment. Et que l’amour n’est pas exclusif.
Vouloir… Encore plus énergique. Je veux. Trop dur parfois. Comment savoir ce que je veux ? Moins énergique quand on réalise que ne pas vouloir c’est vouloir quand même ; au moins la négation d’une certaine chose.
Tout le monde sent. Tout le monde veut. Tout le monde ne sent rien parfois. Ou peu. Et tout le monde ne veut pas ; parfois.
J’ai vingt ans. Je sens. Je veux. Je sais ce que je veux. Mais je sais surtout ce que je sens. Je te sens. Et je te veux.

mercredi, mars 28, 2007

L’une de mes deux vérités

C’est un moment étrange qui s’installe. Un de ces moments qui nous obligent à parler pour combler le vide. Alors on commence à poser des questions à la personne en face, rien que pour faire semblant d’être intéressé. On s’efforce à engager une conversation parce que franchement, quand on est deux dans une salle vide et quand on est obligé d’attendre une heure au moins, il n’y a rien d’autre à faire. On fait même semblant d’écouter. On pense à autre chose : à une rencontre, à un examen, à un problème, à une sieste toujours trop chère… Et l’autre continue à parler. La meilleure, c’est quand cette personne décide de parler politique. Comme si son avis avait de l’importance quand par hypothèse la politique ne m’intéresse pas. Lucide, elle remarque que mes paupières se font lourdes et que je m’en fous. Alors elle me pose des questions sur moi. On lui a probablement dit qu’en étant intéressée elle serait intéressante. Mais ce matin, je n’avais même pas envie de parler… Et surtout pas de moi. Mais elle continue. Par devoir. Et me demande ce que je fais dans la vie. Bien sûr, elle parlait des études. Pourtant ma première réponse, celle que j’ai gardé pour moi, racontait mon dernier coup de foudre. J’ai choisi la seconde. Celle qui est moins bien. Et de loin. Je lui ai dit que j’étudiais le droit. Et c’est à ce moment-là que ses yeux ennuyés se firent grands et ronds. C’est à ce moment-là qu’elle montra son étonnement et qu’elle fut réellement intéressée. Je dirais même qu’elle fut amusée par ce que je venais de lui dire. Elle se garda d’exploser de rire mais ses yeux trahissaient son jugement : elle trouvait la scène ironique. Je lui demandai des explications. Elle pensait que j’étais trop douce pour faire du droit. Et que je ne pouvais réussir. Elle pensait que ça ne m’allait pas. Qu’il fallait être dur, blessant, sauvage, fort, impoli. Elle pensait que j'etais trop... blonde? Elle avait une mauvaise conception du Droit. L’heure s’était écoulée. J’entendis mon nom. Je pouvais quitter la salle désormais. Je fis quelques pas mais fis rapidement demi tour. Je lui dis que comme tout le monde… elle ne vit que l’une de mes deux vérités.

lundi, mars 26, 2007

L'émotion… de l’émotion.

« Ecris un texte dans lequel tu parlerais de tes envies », m’a-t-il dit. Et rien que l’idée me réjouit. J’ai envie. Phrase qui choque venant de celle qui n’a jamais envie. Phrase qui choque venant de celle qui croyait, quelques jours plus tôt, avoir perdu ses émotions. L’envie n’est-elle pas l’ultime émotion ? Si aujourd’hui j’ai envie c’est que quelque part elles existent ; mes émotions.
Ecrire sur l’envie. Mais que dire ? Que dire quand les envies sont si difficiles à décrire, que dire quand celles-ci sont changeantes et éphémères, que dire face à cet état de métamorphose qui a nécessité le rejet catégorique de tout sentiment avant d’opter pour des émotions folles et insensées, des émotions qui se marient si peu avec la personne rationnelle que j’essaie d’être. Souvent.
Que dire quand mes émotions retrouvées semblent ridicules car inattendues, que dire quand mes émotions sont si peu crédibles désormais, que dire quand les autres ne croient plus les mots de mon instabilité…
Que dire ? Rien du tout. Enfin, pas grand-chose. J’ai des émotions. Et pas n’importe lesquelles. J’ai les émotions qui choquent, celles qui perturbent le déroulement normal des choses, celles qui sont peu attendues mais trop voulues, les émotions dont je contestais catégoriquement l’existence. Les émotions existent. Les miennes en tout cas. Ne serait-ce que pour quelques jours naïfs et optimistes qui me donnent une raison de vivre et me font perdre la notion du temps. J’ai ces émotions douces et sauvages qui me font autant de bien que de mal. J’ai ces émotions que j’essaie de conserver mais qui menacent à toute seconde de s’envoler. J’ai ces émotions qui refusent l’état de non émotion. Oui, j’ai des émotions. Et j’ai surtout envie d’en avoir. J’ai l’émotion… de l’émotion.

mercredi, mars 21, 2007

Mes emotions

Trop émotive, me disaient-ils. Et ça ressemblait bien à un reproche. Un tout petit rien me faisait pleurer. Un mot maladroit me faisait rougir. Une critique m’empêchait de dormir. Ma vie était conditionnée par les autres. Des autres que j’ai appris à exclure petit à petit… au point de perdre mes émotions.
Entre ces deux états extrêmes une situation intermédiaire pendant laquelle j’ai exploité tout sentiment, toute larme, toute promesse pour réussir mes écrits. J’ai même pensé à provoquer des sensations pour le plaisir d’une nuit solitaire face à mon écran à noircir des pages virtuelles et ressentir alors les vraies… émotions. J’étais donc en quête de sentiments ordinaires pour vivre en écriture l’extraordinaire dans l’espoir de le partager et de le multiplier.
Mais aujourd’hui j’ai perdu mes émotions. J’ai cru les avoir perdues provisoirement mais cet état me semble définitif désormais. Tout écrit est fruit d’un long raisonnement alors qu’avant mes écrits précédaient ma pensée.
J’ai perdu mes émotions et je déteste cet état de stoïcisme qui me rend imperméable. Rien ne me réjouis. Rien ne m’attriste. Rien ne m’inquiète. Rien ne me motive. J’accepte et je refuse alternativement pour être sûre de bien décider une fois de temps en temps car j’ai aussi perdu mon intuition. Je reproduis presque parfaitement mes jours et même mes histoires se ressemblent. Je voudrais écrire mais je ne suis plus inspirée. Et je me demande si je n’exploite pas, aujourd’hui même, cette carence d’émotions pour écrire un texte pauvre en… émotions.

lundi, mars 19, 2007

Disqualifier en... qualifiant

Certaines personnes, les juristes en particulier, adorent… qualifier !!! Cette opération consiste à rattacher un fait ou un contrat à une catégorie bien déterminée pour en faire découler le régime juridique et les effets. Qualifier un contrat c’est donc dire qu’il s’agit d’une vente ou d’un prêt afin de pouvoir appliquer les règles qui lui sont propres. Toutefois, l’imagination des hommes et l’autonomie de la volonté conduisent à conclure des opérations singulières qui ne sont pas prévues par la loi. Un juriste avisé renoncerait à une qualification erronée et se contenterait de déclarer l’originalité du contrat en question et lui donnerait les effets voulus et prévus par les contractants.
Nous adorons aussi, dans la vie quotidienne, qualifier nos relations. En effet, nous veillons, suite à des présentations faites dans un milieu mondain, à rattacher illico au prénom un qualificatif : Daniel, mon cousin, Carol, ma sœur, Charles, mon ex, Gaëlle, ma meilleure amie, Stéphanie, mon ennemie… Comme s’il était nécessaire d’éclaircir le lien et de permettre aux autres d’en faire découler des conséquences. La nature de la relation doit apparemment être définie dès le départ, notifiée et affichée. A défaut d’une telle précision, la nature de celle-ci serait volontairement dissimulée ou déguisée et comme une qualification doit être donnée, celle-ci le sera par une société souvent… mauvaise. Un couple qui nierait le lien amoureux encouragerait les mauvaises langues à y voir une dérogation alors qu'un couple qui se dit amoureux aurait bien accompli son devoir. Mais à force de vouloir qualifier, ne risquons-nous pas, comme les juristes obsédés par l’opération, de disqualifier une relation par hypothèse unique en son genre ?
Utile, certes. Parfois nécessaire, oui. Souvent spontanée, j’approuve. Mais une qualification n’est pas toujours facile à donner. Et dans la complexité des faits, il est souvent plus prudent de l’éviter.
Il ressent quelque chose pour elle. Un p’tit truc qu’il saura faire développer. Parler d’amitié serait lui mentir. Parler d’amour lui semble précoce. Parler d’un coup de foudre serait exagéré. Parler d’un crush lui semble éphémère. Parler d’une relation le ferait fuir. Parler de couple l’étoufferait. Il choisit donc de vivre les choses comme elles viennent, sans leur attacher des mots superflus, sans chercher à en tirer des conséquences, sans promettre un avenir, sans parler d’un présent en commun. Il préfère la singularité du lien et la liberté du mouvement. Il ne veut pas qualifier… Pas encore. Et entre temps, il profite des meilleurs moments. Avant que vienne s’imposer un régime juridique disqualifiant et surtout… étouffant.
S'abstenir de qualifier contribuerait meme a sauver une relation. L'adultere ne serait pas possible sans mariage par exemple, et la relation non definie ferait l'objet d'un combat infini qui aurait pour consequence de sauvegarder une magie croissante et les sensations du premier jour.
Entre lui et moi tantôt de l’amitié, tantôt de l’indifférence, occasionnellement de la passion et parfois même de la haine. Entre nous une relation compliquée et anormale, bizarre et singulière, présente et absente à la fois. Entre lui et moi une relation lunatique que le meilleur des juristes renoncerait à qualifier.

vendredi, mars 16, 2007

Tolerante

Tolérante. Il m’aimait pour cela. Et j’avais seulement 16 ans. Je connaissais à peine la signification de ce mot-là. Et si je l’étais vraiment, si je le comprenais, si je l’acceptais, si je l’accueillais si facilement dans ma vie, c’est que quelque part moi aussi, j’avais besoin de cela : de la tolérance.
Est-ce qu’on est tolérant à 16 ans ? Je ne le pense pas. A 16 ans, on accepte tout. Ou presque. C’est naturel et spontané. C’est altruiste et vrai. Oui, à 16 ans je le voulais. Je le voulais autant qu’aujourd’hui je le refuserais. J’étais catégorique et j’avais les bras ouverts… Exactement comme aujourd’hui je le laisserais tomber. Exactement comme aujourd’hui je critiquerais ses erreurs, rirais de ses expériences, jouerais de sa vie…
Oui, je deviens moins tolérante. Moins tolérante car on m’a appris à me débarrasser de ma tolérance. Elle serait synonyme de vulnérabilité. Elle rimerait avec faiblesse. Elle irait de pair avec fragilité. Et moi je suis bonne élève ; normalement.
La tolérance. Je m’en suis débarrassé complètement. Je refuse tout ce qui est différent, moindre, excessif, déplacé. Je compare à certaines mesures. Et je jette tout ce qui dépasse. Mais des mesures imposées par qui ? Pour qui ? Et selon… quelles mesures ?
Nous pouvons être tolérant sans être con pour autant. Il est possible d’accepter sans se faire marcher sur les pieds. Et il est souvent bien plus intelligent de laisser passer les choses sans grande importance que de les critiquer. C’est en jugeant tout petit détail que l’on perd, souvent, l’essentiel.
Tolérante, je veux être. Parce que quelque part, moi aussi, j’ai besoin de cela : de la tolérance. Tolérante, je veux être, comme à 16 ans. Comme quand j’écoutais, j’acceptais, j’apprenais, je partageais… Et comme quand je passais outre pour mieux avancer. Tolérante je veux être. Je veux ouvrir mes bras comme à 16 ans rien que pour revivre une aussi belle aventure. Je veux accueillir la vie. Parce que je veux surtout qu’elle m’accueille… aussi.

mercredi, mars 14, 2007

Subtile

Subtile fut son entrée dans sa vie. Subtile fut son premier message : un commentaire gentil sur un texte mal écrit.
Subtile fut leur rencontre anodine dans un café de passage, elle qui prétend que c’est sur son chemin, lui qu’il ne sait quoi faire d’une heure perdue.
Subtiles furent leurs premiers messages ; des messages hésitants et timides qui disent tout sans vraiment le dire, qui se contentent tantot d’une blague et tantot d’une allusion. Des messages qui fuient la vérité.
Subtile est la main qui cherche la sienne, qui la touche du bout des doigts sans trop oser la serrer.
Subtile est le regard indiscret qui fixe ses yeux, ce regard qui descend vers sa bouche pour se terminer dans son cou…
Subtile fut sa proposition. Subtile bien que trop agressive : une invitation à tout laisser tomber…
Subtile fut son entrée dans sa vie. Mais bien subtile aussi sera sa sortie.
Subtile, m’a-t-il dit.

jeudi, mars 08, 2007

Infidele, moi?

Cher ami,

Je me sens infidèle. Pourquoi est-ce que je te préfère à lui qui m'a accompagnée pendant toutes ces années, lui que je présente souvent avant moi, lui qui me forme, qui constitue mon identité, lui avec qui j'ai grandi, qui m'a portée.
J'ai honte. Comment avouer cette lourde vérité que j'essaie de dissimuler parfois en essayant de me convaincre que ce n'est qu'un coup de foudre, que ca passera, que tu n'es qu'un amour de vacances, que tu n'es qu'un crush éphémère qui disparaitera avec le premier vent d'hiver, avec ma raison regagnée.
Je suis embarrassée... Ca ne se fait pas. Je me sens mieux entre tes bras. Je parle comme toi, je t'écoute, je te désire, je t'admire, je me perds dans ta beauté, j'essaie d'imiter ton élégance. Serais-je habituée à lui?
Terre avale moi. Serais-je en train de laisser tomber mon ami d'enfance?
Silence.. Je ne dirai rien. Après tout, je n'ai pas de comptes à rendre, et si j'ai envie de me lancer dans cette aventure qui s'avère délicieuse, ce ne sont pas les bonnes moeurs et les valeurs que vous voulez incarnées en moi qui vont m'en empêcher.
Mais le fait de ne rien dire ne soulage pas ma conscience! Arrête de me séduire, arrête d'user de ton charme, ca y est, je t'ai remarquée, laisse moi tranquille.
Paris, serais-je amoureuse de toi?
Liban, mon ami, je suis désolée.
Après tout, ca ne changera pas si je quitte, tu as beaucoup d'amis, tu n'as pas besoin de moi, je suis infidèle, je suis lache, j'ai honte de moi. Tu as besoin d'hommes, tu as besoin de fidèles, de personnes à fort caractère, qui ne te laisseront pas tomber au premier sourire d'un inconnu dragueur, qui sauront qu'après les vacances, tu seras là pour eux. Tu mérites des gens non superficiels, qui restent de marbre face à la magie des couleurs, aux miracles de la musique, à l'harmonie des tableaux de peinture. Moi, je suis faible. Je suis attirée par les violons, touchée par les fleurs, marquée par les fontaines, saoule par la perfection des parcs... Je ne suis pas sérieuse, et mes sentiments maitrisent ma raison, si elle existe. Alors ne m'en veux pas. Un jour, je grandirai. Je reviendrai, c'est promis. Ne me tourne pas le dos! Je ne t'ai jamais menti. Je t'aime. C'est juste que j'ai besoin de partir. Ne t'en fais pas, ce ne sera pas pour longtemps. Tu sais, je n'aime pas le froid. Je reviendrai bronzer, et je te raconterai tout en détails, des yeux d'un étranger, à la douceur d'un chocolat. Je sais que tu ne me croiras pas, tu sais que j'aime exagérer, que j'adore raconter des histoires, que j'ai tendance à m'inventer des vies, parfois même plusieurs par jour, tu sauras en me regardant dans les yeux que j'aime te faire rêver, parce que toi, tu me connais. Mais tu m'écouteras quand même, d'abord pour me faire plaisir, mais ensuite parce que t'aimes bien. Ici, on ne parle que de choses sérieuses, des choses des grandes personnes. On m'a dit que ca s'appelle politique. On m'a dit aussi que c'est elle qui tue les grands Hommes, ceux qui donnaient une si belle image de toi. Tu as déjà entendu ca toi, par hasard? Parcequ'ici on ne te parle pas, on te fait entendre. D'ailleurs je me demande s'ils ont remarqué ta présence. J'aurais voulu t'aider, j'ai toussé quelques fois pour toi, mais j'en ai marre, j'ai besoin de faire un tour sur le chemin de la paix.
Je ne suis pas digne de t'habiter, pas encore.
Pardonne moi.

Sincèrement,Karen.

Publie dans l'orient le jour le jeudi 8 mars 2007

mercredi, mars 07, 2007

Whatever will be, will be

L’avenir, à quoi ressemble-t-il ? Existe-t-il ? Dépend-t-il de moi ? Est-il décidé à l’avance ? Subissons-nous notre destin ? Le construisons-nous ? Autant de questions sans réponses… Car si je connais mon passé, si j’essaie de vivre aussi pleinement que possible mon présent, l’avenir quant à lui reste mystérieux…

Certains disent que l’avenir de chacun de nous est déterminé à l’avance. Et pour pouvoir surmonter un problème, ils se consolent par l’idée que c’est la volonté de Dieu et que « c’est écrit » (Maktub).
D’autres, plus cartésiens, adhèrent à un courant différent, voire opposé. En effet, ils pensent que l’avenir de chacun n’est que le sort qu’il mérite puisqu’il n’est que le reflet, la rémunération (ou la sanction) du passé.
La distinction ci-dessus repose donc sur un critère personnel ; celui de la croyance.

La relation que nous entretenons avec notre avenir dépend aussi, hélas, d’un critère géographique. Oui, géographique. Selon que nous soyons nés en Moyen-Orient ou en Europe par exemple, nous développons une relation de méfiance ou de confiance avec notre avenir. La naissance signerait donc, un peu comme le veut la première des conceptions qui justifie tout par la volonté de Dieu, le destin de chacun.

Un français me donne rendez-vous 4 mois à l’avance fixant le jour, l’endroit… et l’heure. Je ne puis m’empêcher d’esquisser un sourire et d’adopter un air léger sans même prendre la peine de noter ces précisions. Je ne puis m’empêcher de penser qu’il est encore tôt et que nul ne sait ce qu’il adviendra dans 4 mois. Parce que moi, je suis née au Liban.

Nous libanais entretenons une relation de méfiance réciproque avec l’avenir. Nous l’ignorons, nous le snobons, nous le craignons. Nous refusons d’en parler, nous le haïssons d’avance, nous le condamnons ouvertement. Alors qu’ailleurs, l’avenir ressemble un peu au passé et un peu plus au présent. Ailleurs, l’avenir n’est point injuste, rancunier, imprévisible… L’avenir est mérité.

Mais comment connaître à l’avance le futur déroulement des choses ? Il n’est possible de prévoir le lendemain que si nous le préparons. Or quand le changement est provoqué de l’extérieur, il est tout à fait compréhensible qu’il soit surprenant. Alors prenons les choses en main et soyons le moteur du changement… rien que pour mieux connaître l’avenir.

Comparant le Liban aux pays « ennuyants » où tout est connu, prévu, aimé, comparant mon pays où l’on se donne rendez-vous une minute à l’avance pour l’annuler dans la seconde qui suit à ceux où les rendez-vous fixés avant 4 mois sont tout à fait raisonnables, je fredonne une chanson qui me semble bien appropriée : « Que sera, sera, wherever will be will be… ».

dimanche, mars 04, 2007

Paradoxe

C’est un beau collier. Une pièce d’art qui m’a attirée par sa contradiction. On me dit qu’il est fragile. Je le touche. Je l’examine. Il est fait à partir d’une longue chaîne dorée. Je le porte. Il a comme pendentifs un cœur et une tête de mort. Un cœur blanc, serein, sincère ; un cœur très grand. Mais juste au dessus, en plus petit et plus discret, un visage morbide et souriant, ironique et malveillant. C’est le cœur qui attire l’attention. A première vue, on dirait que c’est un bel objet naïf. Mais ensuite, en le fixant un instant, on remarque toute sa signification. Je l’achète. Je l’achète pour la contradiction.
Je me ballade dans l’aéroport exposant mon affaire. Je le laisse tomber contre ma poitrine et accompagner mes mouvements par un balancement tendre et provocant. J’observe les regards pour y déceler une réaction quelconque. Je me demande s’ils aiment, comme moi, les paradoxes. Et je ne puis m’empêcher de me demander auxquels des deux objets je ressemble. Au cœur ? A la tête de mort ? Ou aux deux à la fois ?
Je ressemble au collier en tant que tout, sans doute. Je lui ressemble car comme lui j’ai mes deux vérités. Une face douce et gentille, innocente et sereine, attentionnée et fragile. Et une autre mauvaise et agressive, méfiante et sauvage, animale et égoïste.
Plongée dans mes pensées et fière de cet objet qui me décrit, un objet que je porte tout contre mon cœur comme une carte d’identité, j’oublie le temps, je laisse couler les minutes avant de me rendre compte de mon retard. Il est déjà temps d’embarquer. Je cours. Je suis la dernière. Je m’arrête subitement ; j’ai l’impression d’avoir fait tomber quelque chose. Je m’accroupis et je trouve une pièce de mon collier par terre. J’en ai le cœur brisé. Je ramasse les restes de ma moitié. Elle s’était cassée. La tête de mort avait décidé de m’abandonner.
Je ressemblais au cœur blanc en définitive. Déçue, je m’en vais tout de même, à contre cœur. La moitié de moi continue son chemin. Paradoxe, je ne suis pas. Je suis un objet à couleur unique. Je suis un objet banal apparemment. Si tu savais combien j’aurais préféré être, comme toi, un paradoxe…

Rumeur

Je tourne légèrement la tête pour la poser contre la vitre. Il conduit. Je regarde le paysage qui défile et ferme les yeux à moitié afin que l’image soit suffisamment floue. Floue, comme mes pensées. J’écoute une chanson qu’il choisit et décide de me l’approprier. J’adapte ses mots à ma vie et laisse la musique me ramener dans le passé. Juste au moment où je commençais à bien intégrer mes souvenirs, il change la chanson. Il choisit une musique qui lui ressemble, une musique qui me contredit. J’ai la gorge qui se resserre mais je patiente en espérant qu’il change d’avis. Je ne peux rien lui dire. Nous avons perdu tous les deux l’usage de la parole. Depuis quelque temps, nous l’avons remplacée par des regards agressifs et des gestes brusques. Les larmes, parfois, sont aussi expressives. Il garde la chanson que je déteste. Il hausse le volume comme pour mieux me blesser. Et moi, je pleure de mon coté. La route est encore longue. Je décide de m’y habituer. Je cherche et trouve difficilement dans cette chanson cruelle des notes qui puissent me plaire. Mais il change encore, il change et rechange la musique, pour me forcer à m’installer dans un décor qui se transforme sans cesse et qui fait de moi une infinie étrangère. Je regarde dehors dans l’espoir de pouvoir m’évader. Je souffre en silence et il sait comment me sauver. Nous continuons notre jeu dangereux surtout par égoïsme. Nos idées sont tordues et notre vengeance pathétique. Il accélère comme pour attirer mon attention. Je ne me retourne pas. Même si j’en meurs d’envie. Il accélère encore. Il sait que j’ai peur. Je regarde mon téléphone ; mon échappatoire. Je fais mine d’envoyer un texto. J’écris des mots que je ne comprends même pas. Il me le prend de force. Il essaie de lire ce que j’écris mais c’est incompréhensible. La haine nous dévore tous les deux. On se déteste tout en étant inséparables. En moi, trop d’émotions. Des émotions qu’il me faut évacuer. J’ai besoin de rentrer. Rentrer pour écrire… Mais je suis enfermée dans son jeu. Un jeu malsain qu’on alimente rien que pour confirmer une rumeur qui se propage depuis samedi dernier. Rumeur. Un mot qui me plait. Le nom d’un parfum que j’ai acheté. Une odeur qui gagne de la place comme une rumeur confirmée. Cette rumeur m’obsède. Puis on arrive. Et nos visages se transforment. Nos traits se détendent et nos sourires superbes blessent l’unanimité. Nous sommes accueillis par des amis naïfs qui essaient de décrypter une vérité qui ne se saura jamais. Nos rôles sont très bien joués. Et dans la complicité de la nuit nous jouons le bonheur et l’amour rien que pour susciter la jalousie. Nos mains se touchent, nos regards se font tendres et rêveurs, nos jambes se frôlent sous la table, nos histoires parlent de projets à deux, vacances, ambitions, accomplissements ; bref, tout est parfait. Tout est parfait pour le moment. Tout est parfait… devant les autres. Je m’éclipse un instant, le temps d’ajouter une goutte ou deux… de mon parfum préféré.

mercredi, février 28, 2007

Mes mots contre ton sourire

Un jour ou l’autre, nous sommes tous contraints à effectuer un choix, le plus dur peut-être, celui de la carrière. Bien que le travail ne soit pas un but en soi, il faut tout de même avouer que, de nos jours, il est bien difficile de pouvoir le qualifier d’autrement. Le travail permet, tout simplement, de vivre. Perfectionnistes, ambitieux, instruits et travailleurs nous voulons voir notre travail rémunéré ; ce qui est tout à fait légitime. La contrepartie du travail est essentiellement pécuniaire ; bien entendu.
Toutefois, les chanceux parmi nous connaissent une contrepartie de différente nature, une contrepartie morale, noble, sacrée. Non, ils ne sont point dotés de l’intention libérale. Ils n’effectuent pas non plus un service d’ami. Je parle des chanteurs, interprètes, romanciers, écrivains, journalistes qui travaillent pour le plaisir de la création. Je parle de ceux qui savent se détacher de l’ordinaire, prendre comme point de départ la senteur d’un parfum, choisir comme analogon la splendeur d’un spectacle pour nous emporter dans un monde différent, le leur, un monde vrai et inventé à la fois, un monde si vivant qu’on jurerait pouvoir le toucher, mais un monde inaccessible quand même. Je parle pour ceux qui savent chanter la vie, écrire l’amour, relater une vérité, propager la beauté.

Créer est un acte de générosité. L’œuvre artistique est une réflexion de son créateur, un objet unique, une vision personnelle, un message. Je parle pour ceux qui supportent toute mauvaise expérience pour l’état de transe qui lui succède. Réalité et imagination se mélangent, prennent pour point de départ la vie pour offrir aux autres les secrets d’un instant insolent de vérité. La valeur du produit littéraire réside dans le temps qui lui a été consacré, dans l’idée unique qui a été à son origine, dans le talent de l’artiste, dans son unicité, dans le plaisir qu’il procure à son destinataire, dans les sensations qu’il fait naître.
Un artiste, un vrai, n’est pas à la recherche du profit. Il trouve satisfaction dans un sourire qu’il provoque, dans une indignation, dans un bonheur qu’il fait naître, dans des larmes qui coulent. Un artiste, un vrai, sait choquer sans le vouloir, remarquer les détails de la vie, ceux qui la rendent belle, atteindre le cœur des destinataires et faire naître entre eux un sentiment de solidarité, de confiance, comme un chuchotement, comme un murmure, une phrase gentille qui dit : « j’ai vécu la même chose que toi. Comme toi, je suis passée par là.». Par sa voix, ses notes, ses mots, il transmet ce que les autres ressentent.
Tous les artistes sont sur un pied d’égalité. L’art, subjectif et personnalisé, ne peut être objectivement évalué. Je parlerai de l’écrivain, celui que je connais le mieux. Un écrivain écrit de, avec et pour sa passion. Elle le guide, l’envahit, l’inspire et le transporte. Elle fait couler les mots, elle les fait vivre, et leur permet d’exister. La passion réveille les sens, elle nous rend maladroit dans la vie, mais éloquent dans la parole. Un écrivain raconte sa vie par des phrases et des vers. Mais il raconte aussi les passions des autres. Toutes les vies se ressemblent. Un écrivain vole la vie de tous pour réussir la sienne. Il observe chaque mouvement, écoute chaque mot, et remarque tout mouvement. Sensible, il cherche dans le monde qui l’entoure sa prochaine histoire. Et dans le silence de la nuit, il dévoile des secrets qui ne sont pas toujours les siens à raconter. Dans le noir et le calme, il raconte le monde a sa façon, réinvente la vie, réinvente l’amour, libre de créer, détruire et transformer. Un écrivain trouve ses mots dans un sourire, il les puise d’un simple regard, et les lit dans une caresse. Les gens vivent, il écrit. Mais il ne faut pas croire qu’il est passif. Il est le plus actif de tous. Il est aussi acteur que les autres. Ecrire, c’est sa façon de vivre, sa façon d’exister. Mais il fait vivre les autres aussi. Il raconte leurs histoires. Ils partiront. Mais les histoires resteront. Non pas comme un souvenir, mais comme une preuve que la vie ne suffit pas.

L’œuvre créée appartient à son créateur. Son droit est exclusif, opposable aux tiers. Il comporte deux volets, l’un moral et l’autre commercial. En effet, il a le droit d’exploiter son œuvre et d’interdire toute tierce personne d’en tirer profit. Toutefois, la propriété intellectuelle et artistique n’est pas une propriété ordinaire, les biens concernés étant publics. Et contre ce droit à valeur croissante du fait de la valorisation de la propriété immatérielle, certains invoquent le principe de la libre circulation de l’information et le droit à tous d’être informés. Aussi, les avancées technologiques, notamment Internet, rendent facile cet accès et du coup la violation de ce droit supposé être sacré et digne de protection.
Les lois existent pour protéger celui qui a consacré son cœur, son temps, son expérience et son âme dans sa création. Elles ont été votées pour faire face au piratage, au vol, à la contrefaçon. Une législation permet en effet de permettre à l’artiste l’utilisation libre et exclusive de son œuvre. Car l’artiste a le droit de voir son œuvre lui être attribuée. Une protection existe donc. Mais son efficacité est contestée : l’accès est facile, les moyens sont nombreux et l’infraction presque… encouragée.
Toutefois, une solution ici s’impose. Elle apparaît impossible, certes, mais elle reste nécessaire. Car à défaut de remède, les artistes seraient découragés. Pourquoi se donneraient-ils à l’art quand ils ne peuvent le protéger ?
Nous assistons une fois de plus à un décalage alarmant entre le droit et le fait, la théorie et la pratique. Et la solution me semble unique et solitaire. Ma solution est utopique et bien trop idéale. Elle est naïve et optimiste. Elle est jolie quant à la forme, simple quant au fond. Elle nécessite un environnement approprié, une société qui valorise l’effort, le travail, la création, la propriété. Je vous propose la solution qui suit : le respect. Face à un désordre technologique et en attendant un moyen efficace de lutter contre ce fléau destructeur, l’écrivain ne peut compter que sur la société pour le secourir ou sinon arrêter d’écrire. Et moi je t’offre mes mots… contre ton sourire.

vendredi, février 16, 2007

Vous pouvez desormais acceder a mon site a travers l'adresse suivante: www.karenayat.com

Jamais banalisée

Nous réagissons face à tout phénomène nouveau. Nous nous méfions de l’inconnu. Nous nous protégeons de l’étranger. Nous nous indignons quand nous jugeons une chose contraire à nos mœurs ou incompatible avec nos valeurs.
Or quoi de plus alertant qu’une bombe. Quoi de plus choquant que des morts par dizaines au quotidien. Quoi de plus révoltant qu’un élève innocent soit assassiné du seul fait qu’il ait choisi d’emprunter, comme tous les jours, à la même heure, son bus d’habitude pour se rendre à la fac. Quoi de plus triste qu’une femme soit tuée alors qu’elle avait choisi un moyen pratique et économique pour pouvoir visiter sa mère. Quoi de plus dégoûtant qu’un homme ait perdu la vie en se dirigeant au travail pour la gagner. Quoi de plus déprimant qu’un adolescent ayant fait confiance en l’Etat et en la sécurité qu’il instaure en choisissant ses services publics ait été gravement blessé.
Ce sont des images vues à la télé, des images de citoyens libanais, des images de libanais innocents, pacifiques, impuissants, victimes. Ce sont des images comme tant d’autres, qui relatent explosions, décès, sang, pleurs, orphelins, injustice. Des images qui se répètent inlassables, se faisant à chaque fois plus violentes, plus tragiques, plus cruelles mais surtout plus normales. Oui, normales. A force d’observer bombes et crimes, le paysage s’est fait habituel, la scène sans grande importance, la mort facile.
L’habitude de la mauvaise nouvelle a eu pour effet de la banaliser. Il suffit de zapper, de changer le cours de la discussion, de penser à autre chose, de détourner le regard afin que l’image disparaisse. La mort s’est fait si fréquente qu’elle ne provoque plus la réaction qu’elle mérite. Impuissant, le citoyen libanais semble accepter son sort et restreindre la gravité du problème.
Il m’est facile de zapper. Plus difficile de réagir. Je sais ma réaction pathétique et minime. Mais je n’ai pas le droit d’habituer mes yeux à ses crimes. Même répétés, ils ne feront jamais partie du domaine de l’admissible. Même en quantité, ils ne reflèteront jamais mon quotidien libanais. Même anonymes, ils n’échapperont jamais au jugement sage des bons citoyens que nous sommes. Tant que nous refusons de banaliser l’image véhiculée, nous ne serons pas en danger.


Article publie dans L'Orient Le Jour le samedi 17 fevrier 2007

mercredi, février 14, 2007

Décalée

On lui reproche souvent de lui avoir donné de faux espoirs. En s’intéressant à lui, souvent solitaire, en lui proposant sa compagnie, elle l’aurait induit en erreur et il aurait cru à tort voir en ses yeux l’amour qu’il éprouvait à son égard. On lui reproche surtout le fait qu’il soit le seul à aimer. Car souvent, on est tenté de se mettre du coté de celui qui aime. Toutefois, la personne aimée n’a pas toujours cherché à l’être et ne devrait être considérée responsable du malheur de l’autre. L’amour n’est pas toujours un sentiment pur et altruiste. L’amour est souvent jaloux, destructeur, possessif et égoïste. Et c’est de cet amour qu’elle souffrait. Un amour… nul.
Une autre femme doit subir les conséquences de sa beauté. Du fait qu’elle soit belle, blonde et élégante, elle doit sans cesse prouver intelligence et bonté. Elle cherche à montrer des imperfections qui ouvriraient la voie à l’amitié. Car son harmonie apparente plait peu (ou beaucoup) à son entourage et diminue sa crédibilité.
Une jeune femme a le regard naïf et le sourire innocent. Tous les hommes qu’elle fréquente lui avouent avoir été attirés par ce coté pur qui est le sien. Ils lui parlent du monde pour le lui faire découvrir. Elle, qui le connaît du bout des doigts.
Un homme semble heureux de son mariage et fier de ses enfants. En parallèle, c’est une autre vie qu’il mène, une vie d’adolescent qu’il aurait dû avoir dépassée il y a longtemps.
Il y a la façade. Et il y a surtout une réalité… décalée.

dimanche, février 04, 2007

Le couple et la societe

Au Liban comme ailleurs, peut-être un peu plus au Liban et dans les cultures orientales, en choisissant le compagnon d’une vie, nous choisissons sa famille et ses amis. En effet, il est impossible d’exclure indéfiniment une personne de son environnement naturel, de son entourage, de son quotidien, de ses habitudes ; bref, de sa vie. Car s’il est possible de faire des concessions réciproques, celles-ci durent souvent le temps d’une nuit, d’un mois, d’une année… Et puis la vie d’avant recommence avec la seule différence d’une personne en plus dans la bande, une personne isolée, déçue et désintégrée.
Certains diraient que pour faire réussir une vie de couple et a fortiori un mariage, il faut être bien à deux. Mais l’individu, social par nature, peut-il prétendre entretenir une relation autonome et renfermée au monde extérieur, qui le lierait indéfiniment et solidement à son autre? Pour réussir son couple, ne faut-il pas réussir sa vie de couple ‘avec’ les autres ?
Certes, toute relation exige des efforts permanents et réciproques, des sourires forcés, de la politesse nécessaire à la socialisation du couple… Mais encore faut-il la volonté de le faire. Pourquoi choisir un monde différent voire opposé dans lequel l’intégration serait quasi-impossible ou du moins très dure à réaliser quand il est possible de choisir un monde compatible ? Pourquoi faire subir à notre compagnon des amis insupportables et un environnement étranger qu’il accueillerait à contre cœur quand ce dernier voudrait mais pourrait difficilement se considérer ouvert d’esprit ?
Il faut d’abord être bien à deux. Mais il faut aussi se sentir bien dans le monde de cet autre que nous avons choisi. Et pour cela il faut vouloir faire tous les efforts nécessaires. Poussés par l’amour du premier jour, on se croit souvent prêt à supporter les contraintes de la vie sociale. On est aveuglé par un amour nouveau qui se montre solide et fort. A deux, tout est possible, croit-on… Mais la société s’avère vite incontournable. Les amis réapparaissent petit à petit quand la magie du couple commence à disparaître. Et on regrette ce sentiment de force peu assumé. Cependant, la sagesse fait souvent défaut quand on est noyé dans l’illusion…

vendredi, février 02, 2007

Paris, cliche?

Nous essayons souvent d’éviter les clichés : sorties diner-ciné, roses rouges, vin blanc, baiser échangé sur une plage romantique au coucher du soleil, promenade près d’un lac… Nous disons souvent, sous forme de reproche, suite à une scène émouvante d’un film à succès : c’est trop cliché ! Car pour qu’une chose soit parfaite il faut qu’elle soit personnalisée. En effet, il faut qu’elle corresponde au caractère de son auteur, aux goûts de son destinataire, au cadre spatio-temporel… Mais avouons le ; nous adorons les clichés !
Nous nous soucions souvent de la fin de notre histoire. Il faut que la conclusion soit touchante, choquante, impudique, inattendue. Nous préférons les fins insignifiantes aux fins heureuses. Nous craignons les cliches. Alors nous choisissons des extraits d’une vie moderne qui souffre d’insignifiance, nous optons pour des solutions tragiques et irréalistes, nous adoptons le terrain de l’imaginaire… En essayant sans cesse de détourner les cliches, nous déformons la réalité et nous plongeons dans le désolant. Car la vie, croyez-moi, est souvent belle car cliché.
Paris… C’est à Paris que se déroulent les scènes les plus classiques de romantisme : les baisers au bord de la seine, les ‘je t’aime’ au pied de la tour Eiffel, les promesses devant l’église de Notre Dame, les coups de foudres insensés, les sourires secrets… Paris : ville idéale pour les clichés.Si le mot « cliché » rappelle les banalités, les choses utilisées et abusées, les mots répétés, les gestes dépassés, les amoureux démodés… Et bien moi, j’adore les clichés ! Alors je marche émerveillée dans des rues que je connais par cœur maintenant pour ressentir des sensations inchangées… Et dans la constance de la scène je découvre dans Paris toute son originalité.

mardi, janvier 30, 2007

Beyrouth/Londres

Je marche dans la ville et j’essaie de trouver mon histoire. Mais dans la grandeur de l’espace mes idees nombreuses se bousculent et aucune n’arrive a se distinguer. Je ne trouve pas quoi raconter dans le chaos d’une ville qui ressemble si peu a la mienne. J’adore le froid mais je ne sais le decrire. Je suis anonyme dans ses rues et je ne reconnais aucun visage. Ce sentiment de liberte me donne des ailes. Je marche sans peur de me perdre. Et puis je me perds. Parce que je le veux. Je ne cherche pas de repere. Un cafe au coin d’une rue m’a lair accueillant. Je m’installe seule, cette fois sans pretendre etre accompagnee. A beyrouth, j’aurais plonge mon nez dans un livre, pretendu avoir une conversation profonde au telephone ou fait mine d’attendre quelqu’un. A Londres, anonyme, je savoure le plaisir honnete d’une bon latte fiere d’independance. Je continue ma ballade solitaire. J’observe les regards, les pas presses, les trottoirs experimentes... Je suis seule dans la ville. Seule dans une grande ville. Si petite dans un monde tres grand. Si petite... quand on vient du liban.

samedi, janvier 20, 2007

Excès

Excès. Le mot « excès » résume bien ses derniers mois. Collée sur la vitre d’un restau au huitième étage, elle regarde la vue sur Beyrouth. Elle observe quelques voitures rouler doucement. Les voitures qui se trouvent sur la route un vendredi soir ne sont pas pressées. Elle regarde des chambres s’allumer et d’autres s’éteindre. Elle imagine des histoires, des ruptures, des réconciliations, des soirées solitaires devant la télé, des yeux fermés, des soucis accumulés, des coups de foudres, des histoires normales, des pleurs, des gens faire l’amour et d’autres se détruire. De haut, elle sent qu’elle peut observer, interpréter mais surtout créer. Elle adore ça.
Derrière elle, l’excès. Excès de musique, d’alcool, de fumées, de sourires pathétiques, de regards pervers, de manières, de maquillage, de vulgarité, de mouvements, de bruit, de conversations inutiles, de mensonges réciproques, de mots oisifs, de vies vides, d’autres mal remplies, d’hommes vicieux, de filles hypocrites, de libanais superficiels… Elle regarde dehors. Elle préfère la vie. La vraie. Et se demande ce qu’elle fait, enfermée au huitième. Elle pose son nez contre la vitre. Ridicule ? Peut-être… Mais surtout vraie. Vraie, elle veut être.
Une main se pose sur son épaule. Elle frémit. Plongée dans son conte, plongée dans Beyrouth, plongée dans ses toits, ses chambres, ses lumières, ses histoires, ses secrets, elle avait oublié l’excès autour. Elle se retourne. Derrière elle le mec qu’elle accompagne. Un mec comme les autres ; au comportement excessif. Elle lui sourie d’un sourire qu’elle emprunte aux autres. Elle essaie d’imiter l’hypocrisie. Elle trouve le jeu facile. Et s’y plait. Continue. Ajoute. Améliore. Et adopte un rôle qui doit ressembler à ceux des autres. Il parle. De tout. De rien. Quand tout est rien pour elle. Il parle de lui. Elle s’en fout. Elle essaie un regard qui se veut compréhensif alors qu’il n’est en réalité qu’évasif. Elle pense à son projet. Un projet qui la dévore et qui lui donne une raison de vivre.
Elle fait le tour de la pièce des yeux. Elle espère le retrouver. Mais il n’est pas là. Elle se demande pourquoi il n’est pas venu. Elle décide de s’en aller. Elle tend la main. Prend son sac. Oublie sa veste. Il lui demande des explications. Elle court. Elle ressent le besoin de fuir. Le besoin de respirer. Elle descend dans le froid. Elle est seule sur la route. Le froid lui déchire le visage. Sa robe s’envole dans le vent. Elle pleure en attendant sa voiture. Elle pleure comme un enfant. Elle pleure comme l'enfant qu'elle est parfois. Elle se souvient de sa veste mais décide de la laisser tomber. Ce serait trop dur de remonter. Elle quitte. Elle ne sait pas où aller. Elle fait des tours inutiles dans sa voiture. Des tours excessifs. Elle replonge dans l’excès.

vendredi, janvier 19, 2007

L'amour dans ses substituts

L’amour, le Grand amour, l’amour fou, l’amour destructeur, l’amour épanouissant, l’amour menteur, l’amour normal, l’amour convenable, l'amour egoiste, l’amour maladif, l’amour instable, l’amour tardif, l’amour tout court… Qui n’en rêve pas ? Certains l’ont connu. D’autres l’ont inventé. D’autres encore se sont contentés de l’imaginer… Mais à défaut d’amour, on en puise dans ses substituts.

L’amour dans un regard posé sur son dos… Un regard qu’elle sent. Un regard qui suit ses mouvements. Un regard qui l’a réconforte, qui indique sûrement la fin tragique d’une belle histoire, mais un regard qu’elle aime quand même. Elle danse. Elle sent le regard s’intensifier. Elle bouge. Elle est un peu intimidée. Elle est sûre qu’il la regarde encore. Elle se retourne brusquement. Elle le surprend. Il lui sourie. Lève son verre… En souvenir des beaux moments.
L’amour dans un cheese burger qu’elle dévore en cachette en fin de soirée. L’amour dans ce plaisir primaire qu’il lui procure. Un amour de 500 calories. Un amour qu’elle regrettera aussitôt. Un amour quand même.
L’amour dans un sourire échangé. L’amour dans des yeux noirs… Etaient-ils verts ? En tout cas des couleurs incertaines du noir et de l’alcool. De belles couleurs sans doute. Profondes aussi. L’amour dans un sourire altruiste, dans un regard arrogant, dans des yeux noirs ou verts. L’amour d’une soirée solitaire…
L’amour dans une chanson pathétique qui rappelle une vie sans musique. L’amour dans des paroles trop nulles mais trop vraies, dans des mots simples et détachés qu’elle crie, répète, retient et qui la font rêver…
L’amour dans une très belle robe. Une robe qui souligne la sensualité du corps d’une femme. Une robe ridicule de beauté. Une robe qu’elle n’osera jamais porter. Une robe qui s’impose et qui se fait acheter… Pour passer sa vie –peut-être- enfermée.
L’amour dans un beau texte inachevé. Dans une lettre qu’elle choisit d’écrire plutôt que de sortir. Dans un poème qui devance son imagination, qui se précipite avant ses idées, qui surpasse sa faculté de penser… L’amour dans la création. Quand les sorties se font vides et monotones.
L’amour dans un appel tardif mais sincère. Dans une discussion longue et directe. Dans cet échange fou et impudique. Dans des vérités que l’on jette et qu’on fera mine d’oublier le lendemain… Car même en amitié, certaines choses sont à cacher…

L’amour dans la réussite. Et l’amour dans la défaite. L’amour dans les petites choses de la vie, dans chaque baiser, chaque danse, chaque sourire, chaque projet. L’amour dans ses substituts. Quand il est difficile d’aimer. Dans les substituts de l’amour, un amour, un vrai. Un amour gratuit et sans arrières pensées. Un amour qui remplace… une vie sans amour.

mardi, janvier 16, 2007

Ceux qui partent...

Il y a ceux qui partent pour partir. Ils s’en vont sans savoir ce qui les attend. Ils partent le pas déterminé, le regard sûr, l’esprit prêt à rencontrer, essayer, courir, tomber, pleurer, sourire… Ils partent là-bas s’épanouir. C’est cette destination lointaine et incertaine qu’ils recherchent.

Il y a ceux qui partent pour le voyage. Peu importe le terminus, c’est le chemin qui compte. Ils marcheraient si possible, pourvu qu’ils fassent des rencontres. Tout les intéresse mais rien en même temps, car aucun objet et aucune personne ne saurait les retenir longtemps. Ailleurs, il y a mieux, pensent-ils. Mais à force de rechercher ils ne trouvent rien vraiment. Car ils trouvent tout mais pour un trop court instant. Ils possèdent tout et rien à la fois. Car ils sont attirés par la prochaine station. Une station qui restera prochaine. Voici le profil type du voyageur, qui ressemble beaucoup à celui du dragueur. Quelque part d’autre, ailleurs, là-bas, au loin, à l’étranger, quelqu’un l’attend. On voudrait tant être ce paysage lointain. Mais c’est impossible. Alors on se contente de ses souvenirs, et de ses rêves surtout. Il décrit choses et saveurs une lumière aux yeux. Et il dit ensuite Adieu…

Il y a ceux qui ne partent qu’à moitié. Ils aiment le nouveau décor mais sont envahis par le passé. Ils pensent à leur chambre, à leur lit, à leur belle voisine inaccessible, ils pensent à la rue de la fac, au resto du coin, à l’odeur des crêpes qui se dégage de la cuisine pour envahir la chambre et les réveiller un sourire aux lèvres, ils pensent au bruit de la mer, à ses vagues douces et timides, ils pensent aux discussions tardives sur un balcon discret… Ils pensent à tout. Et ne sont jamais vraiment partis. Ils sont entre un là et un là-bas et vivent difficilement un beau voyage. Il faut les pousser, les regarder sévèrement, les obliger a bien vivre l’aventure. Mais ce sont de mauvais voyageurs.

Ci-dessus une description brève des voyageurs que j’ai connus. J’admire les premiers, j’évite les seconds et je plains les derniers. Qui suis-je vraiment ? Je l’ignore… Ici, le monde que j’aimais. Celui que j’aimerai à nouveau peut-être, une fois guéri. Ailleurs, le monde qui m’attire un peu, celui que j’ignore, qui me tente, me sourit, me séduit.
Partir pour la route ? Partir pour l’arrivée ? Ou partir pour rester ?
Est-ce que nous partons vraiment ? Je ne le pense pas… Car pour partir, il faut d’abord se déplacer, changer d’endroit et de mode de vie, changer d’amis et d’habitudes, d’idées et de visions peut-être. Il faut ensuite que le passé s’éloigne aussi. Mais quand on a un si beau passé, une si belle maison et tellement de souvenirs, ils décident de nous suivre et de partir eux aussi. Alors on part tous ensemble… Oui, là-bas. Pour rester un peu ici.
C’est pour cela qu’on a le regard de l’orient, les gestes de la méditerranée, le sourire libanais, la générosité arabe et l’accent qui chante. C’est pour cela que l’on marche lentement, en balançant les hanches, et en souriant bêtement… C’est au Liban que l’on pense.

Texte publie le 8 aout sur ce site.
Publie dans l'Orient Le Jour le samedi 13 janvier 2007

dimanche, janvier 14, 2007

Le risque

J’hésite. Et si je disais encore une fois une connerie ? Réfléchir, méditer, murmurer quelques mots maladroits et incompréhensibles, prevoir les conséquences, imaginer des réactions moqueuses, rougir… et puis choisir de se taire. Tout un processus qui s’étale dans la durée faisant écouler le délai et perdre la chance de briller. Remarquer trop tard mais trop fort qu’il aurait fallu réagir… Encore une fois cette lucidité tardive qui ne sert à rien à part à alourdir la conscience, haïr la raison, regretter l’opportunité de l’instant et prendre la résolution d’oser qui sera sans doute violée !
Le risque. Plus grand est le risque et plus grand est le profit. N’est-ce pas là une des plus populaires règles de la loi économique ? Je ne sais pas… J’ai pris un risque et j’ai lancé ça au hasard… une règle qui me semble assez logique mais qui pourrait tellement ne pas l’être ! Peu importe… Seul compte le risque.
Que vaut la vie sans risque ? Que vaut la vie sans ce sentiment délicieux d’un danger éventuel ? Que vaut la vie sans ces infinies situations d’incertitude tranchées par un pas courageux vers l’avant qui accepte le défi et accueille par conséquent l’éventualité d’une défaite ? Que vaut-elle sans cet espoir fou de gagner que comporte chaque prise de risque ? Que vaut-elle sans cette attente qui fait mal mais qui promet peut-être une belle récompense ?
L'évaluation des risques est le facteur déterminant de toute prise de décision, dit-on. Mais l’impossibilité de cette évaluation n’empêche pas la prise de la décision. Et c’est là que réside le risque. Il consiste en effet en la perception de la possibilité de la survenance d’un dommage futur et dans l’acceptation de cette probabilité. Le risque est pris par une personne apte a supporter l'attente et en mesure de faire face à des conséquences incertaines mais bien probables.
« Le risque c'est la vie même. On ne peut risquer que sa vie. Et si on ne la risque pas, on ne vit pas » avait ecrit Amélie Nothomb dans un de ses livres (Cosmetique de l'ennemi). Ne rien risquer serait donc un risque plus grand.
Prenons donc le risque de vivre. Risquons la vie. Risquons l’amour. Acceptons l’éventualité d’une déception pour la possibilité du bonheur, aussi minime soit-elle. Acceptons le risque d’échouer en contrepartie de l’espoir de gagner. Risquons une confiance qui pourrait être trahie rien que pour l’envie de l’offrir.
Osons. Risquons. Vivons.
J’hésite. Et puis je me lâche. Et si je disais une connerie ? Peut-être. Mais cette fois, j’accepte le risque. Et désinvolte, je choisis un terrain dangereux, des mots impudiques, des phrases directes, des mots puissants. Je prends le risque. Car s’il est evident de ne pas se tromper en choisissant le chemin le plus sûr, il est certain de ne pas gagner grand-chose non plus. Et c’est la grande victoire que je recherche.
Alors je vais vers lui. Lui que j’évite. Je lui dis ces mots insensés. Des mots d’une personne à risque; les mots d'une personne a risque que je ne suis tellement pas. J’abandonne les mots à double sens que je m’étais appropriés dans le passé, ces mots qui assurent le chemin du retour. Je laisse de coté les sourires incertains d'hypocrisie et j’opte pour un sourire franc et un regard indiscret. Je laisse tomber les phrases longues et imprécises qui nécessitent l’interprétation d’un expert. Je lui dis ces phrases courtes et légères qui ont le pouvoir de plaire. Je jette les mots gentils et passe-partout qui servent aussi bien en amour qu’en amitié. J’oublie d’être formelle. J’oublie de faire semblant d’être heureuse. Et il me raconte sa vie. Ses histoires. Ses défaites. Ses amours. Il risque sa confiance. Il risque son temps. Il risque une fois de plus son cœur… Il choisit le risque. Comme moi, il choisit la vie. La vie… parce qu’elle vaut tellement le coup d’être vécue. La vie pour le goût du risque. Mais surtout le risque… pour le délicieux goût de la vie.

jeudi, janvier 11, 2007

Ma derniere lettre, peut-etre

Ce fut une des plus belles périodes. Une période qui nous rendait heureux je crois… Enfin, surtout moi.
Une période presque parfaite. Je dis presque, car la peur de la voir s’achever me nouait la gorge. Je planais dans un bonheur simple atténué légèrement par une raison préventive qui se veut protectrice. Je croyais en tes plans impossibles. Et j’adorais l’impossible… Y croyais-je vraiment ? Peu importe. Le cri d’y croire était tellement strident que la vérité ne pouvait que paraître ridicule. Je ne sais pas si j’y croyais. C’est un moment fou dans lequel on se permet de se mentir. Se mentir, oui… Se mentir pour s’offrir un amour possible et illimité, un amour qui pourrait s’étaler dans l’avenir. Mais quel avenir ? Dis-moi quel avenir…
Ce fut une période naïve. Une période ensoleillée de fous rires et de promesses fragiles. Une période dans laquelle je fuyais l’amour. Un amour qui s’imposait à tout prix malgré la distance que j’installais et les bons conseils que j’acceptais volontiers.
Oui, ce fut une période qui me vola un bout de vie, un bout d’innocence, un bout de jeunesse, un bout d’été. Pour me faire grandir, souffrir, mûrir et surtout mourir un petit peu. Mourir un peu, pour ensuite revivre une vie sans toi. Une vie sans toi mais tellement différente de celle qui a précédé ton entrée. Une vie que tu as tellement changée…
Ce fut une période pressée et bien remplie, une période volatile et instable, alcoolique et déséquilibrée, interdite et… délicieuse. Une période folle sans doute. Mais surtout très… voulue.
Une période dont je me souviens. Une période que j’essaie parfois de reconstruire poussée par le goût du souvenir. Alors je te donne rendez-vous à la même heure au même endroit. Je prétends pouvoir ressusciter des mois tellement passés et surtout dépassés. Je réinvente le décor, l’ambiance et les mots qu’il faut. Et puis je réalise que l’impossible ne vient qu’à l’improviste. Il s’impose une seule fois quand il n’est point désiré. Le rappeler serait inutile. C’est un jeu soumis à des règles injustes et illogiques.
Une belle période certes. Mais belle et puis c’est tout… Un moment qui s’écoule et qui ne revient plus. Un moment insusceptible de reconstruction. Un moment qui s’envole. Comme se sont envolés tes mots et tes baisers. Un moment que j’ai aimé sans doute, peut-être… mais peut-être pas. Je ne sais plus distinguer réel et imaginaire, rêve et mémoire. Peu importe. Puisque tout appartient à hier désormais.
Une belle période. Une belle période que je salue. Une belle période qui m’est étrangère aujourd’hui. Une belle période superficielle de beauté, détruite par l’hiver et délaissée par l’été. Une période qui réapparaît sans cesse par le biais de nos regards perdus qui se croisent parfois comme pour mieux se séparer, des regards tristes qui se ressemblent tellement mais qui ne peuvent plus jamais coexister.

mardi, janvier 09, 2007

Réciprocité imaginaire

Je le vois en boite. Ce mec dont elle a longtemps été amoureuse. Je le vois heureux et en forme, avec une blonde qui le dépasse d’une tête. Il dit qu’il l’aime et la présente à ses amis. Il quitte tôt. Lui qui ne quittait qu’au lever du jour. Il quitte tôt pour elle… Elle travaille le lendemain.

Je vois en boite le mec qui a fait pleurer mon amie. Je vois celui qui l’a fait souffrir et qu’elle a aimé malgré les critiques et les conseils de ses proches. Je vois celui qui ne l’a jamais aimée.

Je vois en boite celui qui l’appelle toujours. Celui qui lui dit qu’il l’aime et que d’elle il devient fou. Je vois celui qui lui fait croire qu’elle lui manque, qu’il est seul sans elle et qu’il a perdu le goût de vivre. Je vois celui qui lui dit « je t’attends ». Je vois celui qui l’invite à revenir dans sa vie…

Elle me demande de lui : avec qui est-il, que fait-il, est-elle plus belle que moi ? Elle me questionne mais semble ne pas vouloir de réponses. Elle a le cœur qui bat mais ne peut pas affronter la réalité. Elle le croit. Elle veut croire ses mensonges. Elle se protège. Il la rappellera ce soir aussi. Et elle ira le voir. Elle ira le voir malgré maintes résolutions prises, promesses faites à elle-même, décisions de l’oublier. Elle lui trouvera des excuses. Elle lui pardonnera. Elle l’aime. Et elle fait d’un amour unilatéral une réciprocité imaginaire qu’elle construit et préserve rien que pour pouvoir sourire…

La plus grande des distinctions

Elle sourie. C’est un sourire angélique qui la rend… magnifique. Elle danse seule. Elle est sensuelle. Elle bouge ses hanches au rythme de la musique. Elle le fixe. Il la fixe aussi. Il joue. Elle le regarde dans les yeux. Elle n’arrête pas de sourire. Il danse avec une autre. Ils se regardent. Adorent l’interdit. Ils se plaisent dans le vice. Continuent. Intensifient le regard. Augmentent le contact. Transmettent davantage. Elle parait heureuse. On aurait dit qu’elle est aux anges. Mais elle, ne joue pas. Non. Contrairement à lui, elle a des sentiments. Elle rentrera toute seule ce soir. Seule. Seule dans le noir. Et lui, continuera sa vie mensongère, une vie qu’il déteste mais qu’il alimente quand même. Une vie dans laquelle il se perd.

Une autre femme parle de son mari. Elle dit que c’est un homme parfait que toute femme désire. Un homme qui a réussi sa carrière ainsi que sa vie familiale. Elle parle de leurs dernières vacances, de mots qui lui a chuchotés hier soir, du dernier bijou qui lui a offert… Elle en parle pour masquer sa tristesse. Elle en parle pour faire mine d’être heureuse. Elle croit qu’en faisant semblant elle le serait vraiment…

Des pouvoirs bien établis, une loi égalitaire, une administration active, des élections démocratiques, des libertés civiles bien protégées, une constitution moderne, une coexistence pacifique de divergences diverses… Que de choses louables quant à la forme. Un chaos simple quant au fond. Désordre, injustice, retards, usage de la force, haine, mépris, violence… C’est par ces mots que se résume le vrai visage de la société.

La plus grande des distinctions est celle qui sépare l’officiel de l’officieux. En apparence, l’harmonie. En profondeur, le déséquilibre. Cette distinction s’efface et perd sa raison d’être. Elle disparaît en perdant l’une de ses deux catégories. Elle disparaît au profit de la seconde… Aujourd’hui, tout n’est qu’officieux.

jeudi, janvier 04, 2007

Les aéroports

Les adieux, les retrouvailles, l’espoir de changer de vie, la possibilité de vivre autre chose ailleurs, l’imagination d’un là-bas plus accueillant, la peur de s’en aller, l’obligation de partir, l’excitation d’enfin vivre une aventure, la décision de s’éloigner, les projets réalisables à l’étranger, les ruptures douloureuses, les amours à distance, les éternels voyageurs, les pilotes, les familles décomposées, les vacances, le travail en Europe, le désir de découvrir d’autres océans, la poursuite d’un rêve… tant de choses commencent et se terminent dans les aéroports.
Des gens qui pleurent, d’autres qui sourient. Une famille de douze qui pleure un adolescent impatient de partir, un homme solitaire qui les regarde d’un tendre sourire. Des valises, des cernes sous les yeux, des passeports, du bruit, des odeurs, des gens qui se bousculent, des langues différentes, des attentes, des retards, des regards perdus, des regards impatients, des regards tristes, des regards heureux, des regards inquiets… des regards indifférents. En aéroport.
4h du matin… Je l’accompagne. Elle est déjà en retard. Elle se précipite. Elle ne doit pas manquer l’avion. Dans quelques heures, elle devra déjà être au bureau. Je la regarde partir de la fenêtre de ma voiture. Elle court. Elle se retourne une seule fois. Une fois pour faire un signe timide de la main. Je lui sourie. De loin, elle ne verra pas les larmes dans mes yeux. Je me décide à lui faire des gestes ridicules en guise d’au revoir. Mais elle est déjà partie.
Je reste quelques minutes. J’observe le chaos de cet endroit plein d’émotion. Je regarde ceux qui se séparent. Puis ceux qui se retrouvent. Préfère les premiers…
Les aéroports rassemblent et séparent ceux qui s’aiment.

dimanche, décembre 31, 2006

Si je m'en vais

J’ai décidé de t’offrir mon présent. Pour qu’on partage un jour, peut-être, notre avenir. Je t’ai donné mon présent, pour le plaisir d’un moment libre. J’ai accepté le tien, pour la richesse qu’il comporte. Je l’ai surtout accueilli, pour le bonheur qu’il m’apporte. Je me suis créée une toute petite place dans le désordre de nos vies respectives pour mieux affronter les autres moments de la vie, d’autres moments que j’aime moins, des moments que j’aime moins puisque je suis seule. Seule, sans toi.
Dans cette vision des choses, pas de place ou si peu au passé. Le passé… On en parle pour mieux comprendre le présent. On en parle pour mieux s’aimer. On en parle pour se surpasser. On en parle pour faire de la confiance un très beau cadeau. Et surtout pour plus de complicité. Mais il serait excessif d’en faire un présent. Il serait ridicule d’en faire un débat permanent.
Quand le passé déborde sur le présent, que le présent se transforme en une analyse minutieuse et trop injuste d’une adolescence bien vécue et que l’instant glisse de nos mains, le bonheur que fait naître la possibilité d’un éventuel futur disparaît. Et le passé vante sa résurrection. Une renaissance peu méritée.
Si je m’en vais ce soir ce n’est pas de ta faute. Si je m’en vais déjà c’est que je dois continuer à chercher. Parce que mon passé je l’aime. Et c’est un présent similaire que je cherche. Un présent autonome dirigé vers l’avenir. Un présent ambitieux qui tourne la page du passé. Un présent curieux mais point rancunier. Un présent lucide qui comprend….
Si je m’en vais ce soir c’est que je n’ai pas encore trouvé la personne que je cherche, celle que j’ai cru voir en toi, celle qui lira mon passé rien qu’en me regardant dans les yeux, celle qui posera un doigt sur ma bouche quand je jugerais nécessaire de raconter fautes et bêtises, celle qui me dira que du passé elle s’en fout et qu’elle ferait tout pour envahir mon présent et chaque seconde future de ma vie, une personne qui me dira que seule compte la seconde présente… et surtout celle qui suit.

mercredi, décembre 27, 2006

Les plus beaux discours

Les plus beaux discours, je les connais. Ils m’on souvent été dits la nuit. Les plus beaux discours, je les connais par cœur. Ils ont souvent été accompagnés de grands gestes majestueux, de quelques larmes dans les yeux, d’un air doux et innocent et d'une musique de fond tout aussi hypocrite.
Les plus beaux discours, je les ai souvent rédigés à des amis qui voulaient faire semblant d’aimer. Nous avons pris la précaution de les rendre spontanés et naturels, d’y intégrer quelques hésitations et fautes de vocabulaires, quelques pauses et quelques balbutiements, quelques moments de réflexion et d’autres faussement timides, pour qu’ils sonnent improvisés et dictés par la beauté des yeux d’une destinataire naïve.
Les plus beaux discours sont souvent des discours-type, passe partout et uniformes, qui sont dits et répétés à des filles trahies volontairement…Classiques d’originalité, ils touchent et font mal même quand on sait leur auteur eloquent et beau parleur.
Les plus beaux discours m’ont tout aussi attirée. Bien que très bien avisée, je finissais par croire à chaque fois les mots d’un garçon menteur. Peut-être pour le plaisir d’y croire. Peut-être parce qu’on a, nous les filles, toujours la prétention d’avoir changé le mec en question.
Les plus beaux discours sont ceux d’hier soir, d’avant-hier et du soir d’avant. Les plus beaux discours je les connais tres bien. Je pourrais les répéter si tu veux. Les plus beaux discours t’offrent le moment. Les plus beaux discours t’offrent seulement le moment.
Les plus beaux discours, mon amour, sont les miens désormais. Et en attendant, tu pourrais peut-être passer à l’action. C’est un domaine que je ne connais pas assez. Un domaine dans lequel tu pourrais, peut-être, briller.

Et toi mon coeur?

« Et toi mon cœur pourquoi bats-tu ? » avait dit Jean D’Ormesson. Son cœur battait. Pour qui ? Pourquoi ? Peu importe. Un cœur qui bat, c’est l’essentiel. Un cœur qui bat est en vie. Un cœur qui bat tend vers un autre qui bat… peut-être. Un cœur qui bat est un cœur véritable. Son cœur existait donc. Son cœur pouvait aimer.
Le problème de D’Ormesson était un problème de compréhension. Il ne comprenait pas la raison qui provoquait un tel phénomène. Mais l’existence de ce sentiment merveilleux était incontestable.

L’amour est souvent douloureux dit-on. Parce que les plus belles histoires d’amour sont souvent soit impossibles soit à sens unique. Je ne sais pas si l’on peut parler d’amour quand on est seul à aimer. Mais c’est ainsi que j’aime appeler tout ce que je vis : de l’Amour. Peut-être pour embellir des histoires complètement tordues… Peut-être pour faire d’un commencement fragile une merveilleuse histoire. Peut-être parce qu’à force de faire semblant... on tombe vraiment amoureux.

Pourquoi le cœur bat-il? Il bat pour un sourire, une caresse, une chanson triste, une photo jaunie trouvée dans un tiroir, une histoire qui rappelle une vie sans histoire, un mec trop bien mais trop pris, un amour d’enfance, un homme parfait. Le cœur bat sans arrêt. Parce que nous cherchons et trouvons toujours quelqu’un à aimer.

J’ai un souvenir vague et agréable de l’accélération du cœur. J’ai en tête une image floue de ce que je croyais à chaque fois et sans cesse être l’amour. Et puis j’ai perdu le goût de ces choses si belles. J’ai perdu l’émerveillement du premier jour, la curiosité du second, la complicité du troisième. J’ai crée une ambiance monotone qui me tue. J’ai apprivoisé le sentiment du non sentiment. Je me suis fait méfiante à l’égard de celui qui me rongeait doucement dans le passé. Et je me demande : « Et toi mon cœur… où es-tu ? ».

mardi, décembre 26, 2006

Un moment ordinaire

Les histoires qui intéressent sont celles qui constituent l’exception. Nous cherchons tous une fin surprenante, un dénouement tragique, une solution choquante, un résultat hors du commun. Nous oublions que les plus belles histoires sont celles qui sont tout simplement… ordinaires. Nous sommes tous tentés, un jour ou l’autre, de modifier légèrement une scène que l’on décrit rien que pour la rendre plus bizarre et de ce fait plus attirante. Nous penchons tous pour l’exceptionnel. Les fins doivent être tristes ou heureuses. Qu’elles soient anodines nous décevrait tellement… Pourtant, les aventures banales et sans lendemain remplissent nos vies. Nous vivons tous pour un moment insignifiant sans véritable fin, un moment bref d’une vie tout à fait normale, un moment qui fait notre joie, mais un moment sans vrai début, sans vraie suite. C’est un moment tout court, volé au temps, un moment qui rend, sinon heureux, du moins vivant. J’ai une histoire à raconter. C’est une histoire désintéressée. Une histoire qui n’en est pas une en réalité. Je marchais d’un pas pressé. J’avais juste envie – ou plutôt besoin – de rentrer. Il me fit un magnifique sourire. Il me souhaita un joyeux noël tout en me fixant d’un regard généreux. Il n’essaya pas de me retenir. Il me dit au revoir d’un signe de la main. Mon histoire aurait été bien plus intéressante si elle comportait une fin, un obstacle, des peripeties. Mais il n’en est rien. Nous n’avons pas échangé nos numéros de téléphone. Je ne sais même pas comment il s’appelle. Je ne sais pas si je vais le revoir. Et je m’en fous. Je vis pour des moments sans importance. Je vis pour ces instants de bonheur. Je vis pour ce mec qui me sourit juste pour le plaisir de le faire. Je vis pour un échange altruiste qui se veut innocent. Je vis pour une solidarité implicite qui se transmet par le regard. Je vis pour un pas de danse avec un inconnu charmeur. Je vis pour une soirée unique et solitaire qui ne sera pas nécessairement le point de départ d’une relation sérieuse et qui sera oubliee aussitot. Je vis pour une seconde égoïste qui songe à sa réussite sans penser à celles qui vont suivre. Je vis pour un moment ordinaire… qui se fout de l’exceptionnel.

lundi, décembre 18, 2006

Mon ex-traordinaire

L’ex. E et X. Deux lettres qui prétendent tout résumer. Comme si les relations pouvaient être balayées par une notion temporelle qui déclare comme appartenant au passé une personne, un jour, aimée ou du moins… appréciée.
L’ex. Un mot bref qui se veut réduit pour passer rapidement sur cette page poussiéreuse d’hier qui n’appartient plus au présent.
L’ex. Un préfixe transformé en mot, préfixe qu’on utilise abusivement.

L’ex du p’tit ami est une fille qu’on déteste. Une fille qu’on imagine souvent cruelle, possessive et folle de jalousie. Mais il se trouve que « l’ex » est une fille comme les autres, une fille comme nous, qui laisse couler ses larmes quand elle regarde pour la centième fois Titanic, et qui prétend, comme nous, avoir du sable dans les yeux quand on la surprend en train de pleurer.

Un mec a été blessé par une fille. Il a passé de longues nuits à penser à elle. Il est avec quelqu'un d'autre aujourd’hui. Il sort avec sa nouvelle copine. Il voit celle qui l’a tant marqué dans le passé. Celle avec qui il a passé toute son adolescence, des jours et des nuits à discuter. Celle qui lui a appris le sens de l’amour pour le lui reprendre après. Il la voit, toujours aussi belle, toujours aussi fraîche. Il la salue par un hochement de tête. Un hochement discret qui veut tout dire. Sa compagne lui demande des explications. Il répond d’un ton faussement détaché : « ce n’est personne mon amour, rien qu’une ex, un caprice de jeunesse ». L’ « ex » n’est donc personne. L’ « ex » n’est rien. Alors qu’il aurait pu tout simplement dire que cette jolie fille est l'une de ses amis.

Il y a l’ex du p’tit ami, notre ex à nous, notre futur ex (le mec que nous fréquentons), l’ex de notre meilleure amie qu’on déteste parce qu’il est, selon elle, salaud, l’ex de notre futur ex, la future ex de notre ex (la fille qu’il fréquente) et l’ami de l’ex qui devient ex-ami du même coup.

Ex. Deux lettres qui résument si faussement un passé. Deux lettres très injustes à l’égard du temps consacré. Un mot vulnérable qui traduit si peu nos souvenirs et qui ne souligne que la notion « temps ». Car quand une relation se termine, certains de ses éléments survivent à sa fin. On les emporte avec nous. Ces éléments sont les souvenirs gardés, les leçons tirées, les blessures, les séquelles et les moments les plus intenses de la vie.

L’ex n’est pas un ex. L’ex est d’abord un ami même dans les pires situations qui se clorent par des injures et des cœurs brisés. L’ex est… ex-traordinaire. Qu’il soit mémorable ou au contraire pathétique, le fait d’avoir posé, un jour, un regard insistant sur lui, le fait de lui avoir un jour offert le temps d’une minute d’une journée toujours trop courte le rend exceptionnel. Mon ex est ex-traordinaire. Parce que ma vie l'est. Mon ex est ex-traordinaire car il a un jour constitué une de mes priorités.

Pour le temps donné, les efforts faits, les promesses échangées, les mains croisées, les secrets livrés, les mots chuchotés, les obstacles surmontés et surtout la bonne idée de se quitter, j’ajouterais, à ces deux lettres surestimées, quelques unes en plus… volontiers!