mardi, octobre 31, 2006

Ce p'tit truc qui est le tien.

Il est très courant, aujourd’hui, de ressembler à tout le monde. En effet, plusieurs institutions militent en faveur de cette transformation fatale. Tout d’abord, notons que les écoles transmettent les mêmes idées et les mêmes positions tranchées qui seront retenues par des élèves aussi attentifs que passifs. Ceux-ci devront avaler de force tout ce qu’on leur raconte sans qu’ils ne puissent y ajouter un apport personnel quelconque. Les « éléments perturbateurs » ayant pu échapper à cette métamorphose la subiront à l’université. Ensuite, le développement continu des mass media qui font véhiculer les mêmes images idéalisées de la mode, de la musique, du succès, etc., fait que l’on s’identifie aux produits offerts – ou plutôt imposés – et qu’on travaille sans cesse une intégration sociale aux conditions strictes et infondées.
Enfin, dans une société où le regard de l’autre est considéré de plus en plus comme étant le reflet de soi, il est devenu rare de rencontrer une personne rebelle qui ose s’affirmer dans ses différences, ses tendances, ses goûts, ses fantaisies et sa conception personnelle de la vie.
Alors nous devenons tous, au fil des jours, progressivement, sûrement, « M. Tout le monde ». Nous devenons cet autre accepté et bien intégré, cet autre qui nous ressemble, qui ressemble aux autres et à tout le monde en définitive, un autre ennuyant, classique, pathétique, peu courageux, presque parfait, bon citoyen.
Nous devenons cet autre, quand il est possible de briller de différence. Nous devenons cet être que nous redoutons en réalité, un être redoutable car vide.

Nous avons tous une qualité caractéristique, un don, un talent, un domaine dans lequel nous pouvons exceller, une envie, un rêve, une ambition, une obsession que l’on repousse quelquefois, un but, une perception propre de la vie et du succès…
Tu as, toi aussi, un truc qui est le tien et qui te rend si différend des autres. Laisse-le grandir. N’aie pas peur de le montrer. Crie-le. Développe-le. Chante si tu sais chanter puisque ça nous donne envie de le faire aussi, même si nous n’avons pas ta voix. Danse si ça fait balancer les hanches du monde. Peins si tu sais peindre la vie. Ecris si tu as quelque chose à dire. Etudie parce que tu sais que tu vas y arriver. Voyage si tu n’es pas content ici. Ne laisse pas tomber cette qualité qui est la tienne même si elle est si différente. Ne la laisse pas tomber, surtout si elle est différente. Ne laisse pas la société faire de toi un individu « comme les autres ». Refuse l’uniformisation imposée. N’accepte pas de t’y conformer. Garde ce truc qui brille en toi. Cette chose qui se dégage de ton sourire et de tes yeux. Cette chose qui nous rend si jaloux quelques fois. Epanouis ce truc qui est le tien. Transmets ton amour de l’excellence. Excelle dans ton domaine au lieu d’être bon en tout. Refuse la mediocrite. Apprends-moi ce que tu sais faire. Même si je n’y arriverai jamais. Car cette chose est la tienne. Cette chose nous fait tous vivre. Nous vivons pour ces p’tits trucs magiques qui sortent d’un décor devenu trop familier pour créer le leur, un décor unique et splendide. Tu peux faire partie d’un monde qui vit en marge d’une société banale, tu peux intégrer un monde créatif et sincère. Il suffit que tu gardes en toi ce p’tit truc qui est le tien.

samedi, octobre 28, 2006

Entre l’amour et l’amitié, une différence de degré.


J’ai toujours cru qu’une différence de nature distinguait l’amour de l’amitié. Tandis que l’amitié se caractérisait par l’honnêteté, la fidélité, le partage, la complicité, les points communs, les confidences, les secrets, les souvenirs etc., l’amour restait flou et indéfinissable. Cette incapacité à le définir, le préciser, l’imaginer, le situer et en définir les contours et les limites entraîne souvent la conclusion erronée de la nature différente de l’amour. Ses effets et conséquences sont eux-mêmes incertains et variables selon les personnes et les relations et ne peuvent donc être comparés à ceux de l’amitié. Supposer que l’amour est inconnu, différent, difficile, voire complexe l’éloignait ainsi de l’amitié qui, elle, est facile à étudier car universelle, et l’on aboutissait ainsi au résultat rapide mais erroné de la distinction tranchée entre ces deux phénomènes.
En réalité, l’amour et l’amitié sont très proches et de divers points communs les rapprochent. Car une relation amoureuse réussie se base sur les principes généraux directeurs de toute relation amicale (fidélité, honnêteté, dialogue, complicité…) avec une différence légère mais fondamentale caractéristique de l’amour : l’attirance physique qui existe entre les amoureux véritables.
Nous aboutissons ainsi à une différence de degré (et non de nature) entre l’amour et l’amitié, l’amour étant l’amitié à laquelle l’on ajoute un petit plus spécifique né du jeu de la séduction : la « chimie ».

Si tu rencontrais le temps...



Si tu rencontrais le temps aujourd’hui, que lui dirais-tu ? Si tu le voyais courir, essayerais-tu de l’arrêter ? Si tu en avais la possibilité, lui cracherais-tu à la figure ? Si tu voulais comprendre, lui demanderais-tu des explications ?
Si tu rencontrais le temps, pourrais-tu lui demander de ma part pourquoi il est toujours pressé ? Pourrais-tu lui dire que j’ai essayé en vain de le retenir ? Pourrais-tu lui faire comprendre que je ne fais plus partie du jeu désormais, qu’il me laisse tranquille car moi, j’ai envie de rester ? Pourrais-tu lui demander pourquoi il fait payer des rides à ceux qui décident de grandir ? Pourrais-tu lui dire que l’équilibre qu’il essaie d’établir entre ceux qui savent trop et ceux qui sont trop beaux en retirant la beauté aux premiers et la sagesse aux seconds est tout à fait ridicule ? Pourrais-tu lui dire que je suis heureuse aujourd’hui et que j’ai décidé une fois pour toute de l’ignorer ? Que je le déteste et qu’il ne me fait plus peur désormais ?

J’ai tant respecté ses règles rigides. Je me suis souvent entendue dire « il est trop tôt pour t’aimer », « il est trop tard, je dois rentrer », « il n’est pas encore temps de nager », « il fait encore un peu froid en mai », « à 18 ans on est trop jeune en réalité »… J’ai essayé de lutter contre lui, tantôt en écrivant et tantôt en prenant des photos. J’ai voulu immortaliser des souvenirs et bien vivre un instant qui me menaçait sans cesse de disparaître. Je me suis pliée aveuglement à des conditions insensées. J’ai parfois même enfermé mes émotions dans des conditions et des délais. J’ai divisé mes relations en étapes temporelles. J’ai passé mon temps à calculer et à mécaniser mes rencontres.

Pourtant, une conversation qui dure le temps d’une soirée peut parfois être bien plus enrichissante qu’une relation de longue durée. A 18 ans on peut être mature quelquefois. Un seul regard est susceptible de transmettre plus d’émotions que suite à l’écoulement des 4 saisons. Et ce soir, j’ai l’impression de bien te connaître. J’ai le sentiment de t’avoir toujours connu. Un sentiment « qui tend vers la certitude » me dirais-tu. Ce soir, je me moque du temps. Ce soir, je ne sais plus exactement ce qu’il veut dire, à quoi il ressemble et s’il existe vraiment. Ce soir… Puisque je te connais.
Si tu rencontrais le temps ? Dis-lui d’aller faire un tour ailleurs et de revenir… Ou pas. Puisque je sais que je ne vais plus grandir. Je le sais. Car tu m’a promis qu’ensemble, on ne peut pas vieillir. Tu m’as fais cette promesse. Une promesse qui défie le temps. Une promesse courageuse et dangereuse. Une promesse qui sera, j’en suis sure, tenue.

Les routes nouvelles.



Je suis toujours partie du principe qu’il faut être soi et se comporter de la même manière avec toutes les personnes que l’on rencontre. S’adapter aux situations diverses et changer légèrement pour mieux plaire à son interlocuteur - en d’autres termes parler de plantes à l’agriculteur, de dents aux dentistes, de livres à l’écrivain - apparaît comme étant une solution bien plus intelligente et évidemment plus efficace puisqu’elle permet de réussir sa vie sociale. Cette faculté propre à certaines personnes de pouvoir participer à n’importe quelle conversation et de trouver des choses à dire même quand le sujet est ennuyant à mort tout en faisant mine d’être sincèrement intéressé est sans doute respectable et je dirais même impressionnante. Mais celle-ci m’a toujours semblé peu naturelle et cousine de l’hypocrisie. De même, empruntant une route nouvelle, l’idée de prendre plus de précautions que d’habitude ne m’a jamais frôlé l’esprit. Adopter un comportement constant quelque soit le chemin à suivre, refuser tout changement quand le monde change et que les gens sont si différents, marcher à la même vitesse quand certaines routes sont dangereuses, c’est être courageux, certes, mais bien trop irréaliste. Car certaines routes sont glissantes, sinueuses, et imprévisibles. Certaines routes ne mènent nulle part en réalité. Et il faut surtout se méfier des routes nouvelles.

lundi, octobre 23, 2006

Mes plus beaux écrits.


Il parait que pour écrire il faut être triste, désespéré ou en colère. Les chansons confirment ce dire, ainsi que les films réussis et les romans les plus populaires. L’écriture requiert donc un état d’esprit spécifique qui est loin d’être heureux. C’est une humeur noire qui est génératrice de tant de merveilles.
Il parait que les plus grands artistes ont eu une vie très difficile. C’est de leurs aventures personnelles qu’ils puisent leur inspiration.
Pour chanter alors, pour danser, créer et notamment écrire, il faut attendre que surgissent une mauvaise aventure, un accident ou encore une déception amoureuse. Car il est évident que les rares créations heureuses transmettent beaucoup moins l’émotion.
N’est-ce pas là une discrimination naturelle qui vient imposer la tristesse à qui veut réussir sa vie d’artiste ? N’est-ce pas du coup éliminer qui se sent heureux, amoureux, tranquille ? N’est-ce pas également transmettre de ce fait des ondes négatives au lieu de propager, par ses paroles et ses écrits, le bonheur ?
Si ce qui précède est vérifié, tout ce que je pourrais dire à son sujet ne serait jamais assez expressif ni assez profond. Si l’on ne ressent vraiment que le malheur de l’autre et que sa joie est difficile à saisir, alors je ne pourrais pas, par mes mots et mes histoires, raconter ses yeux, son regard, ses paroles et sa compagnie. Puisque je suis heureuse et qu’on n’écrit que quand on l’est moins, vous ne saurez rien à propos de lui. Alors j’attendrai la fin – puisqu’il y en a toujours une – pour tout dire. Et pour le moment, notre histoire reste personnelle car trop parfaite. Cette histoire restera secrète car toute tentative de description ne peut être que de qualité moindre et je ne voudrais qu'elle le soit. Je dirais juste que c’est lui qui dictera désormais, indirectement et sans pour autant faire partie de l’histoire racontée, mes plus beaux écrits.

Concurrence de compétences.

Pour survivre aujourd’hui ainsi que pour réussir sa vie professionnelle et sociale, il faut détenir -au moins- un diplôme. Le cursus universitaire apparaît de plus en plus comme étant le prolongement normal des études scolaires. Le niveau d’études requis ne cesse de s’accroître qu’il est difficile de se considérer de nos jours « trop instruit ». Que nos études aient été longues et pénibles, non recherches tardives et minutieuse, nos examens fatigants et souvent trop injustes, peu importe. On ne peut plus jamais se considérer trop qualifié ; bien sûr, si l’on veut rester réaliste.
Le monde actuel est lui-même cultivant. L’élargissement des mass media et la mondialisation offrent des possibilités multiples à ceux qui désirent développer leur capital culturel.
Il est donc normal, je dirais même naturel, aujourd’hui, d’être médecin, avocat, architecte, économiste ou écrivain.
S’instruire et se cultiver, pour vivre. S’instruire et se cultiver, pour survivre. S’instruire pour le professionnel. Se cultiver, pour le social. Les deux, puisque tout le monde est aussi très qualifié.
Le diplôme ne sert plus désormais à départager les bons et les mauvais, les forts et les faibles, ceux qui ont réussi leur vie et ceux qui ont, au contraire, échoué, ceux qui réussissent leur carrière et ceux qui traînent, puisque ce n’est qu’un simple papier détenu par tous.
Le petit plus qui fait d’un individu spécial ou simplement différent des autres, dans cette concurrence folle de compétences, est la modestie. Seule la modestie est aujourd’hui un indice qui permet d’identifier l’intelligence. Car elle seule ne s’apprend pas dans les livres. Elle seule n’est pas transmissible. La modestie est la lucidité qui permet de reconnaître la beauté et l’intelligence des autres. La modestie est la clé de la réussite puisqu’elle donne à l’individu la faculté exceptionnelle de pouvoir voir en l’autre les qualités qui lui manqueraient afin de transformer tout contact humain en un partage enrichissant d’idées, d’expériences et de connaissances.
Modeste est l’homme parfait. Modeste est celui qui sait que des autres il peut tant apprendre. Modeste est celui qui comprend que l’intelligence, la beauté, la richesse, la gentillesse, l’honnêteté, …, sont des qualités universelles qui dépassent le cadre de son existence fragile. Modeste était Socrate.

Paru dans L'Orient Le Jour.

J’ai rêvé de toi.


Non, je ne peux pas te raconter mon rêve. Je peux juste te dire que Platon ne l’aurait pas trouvé absurde.

jeudi, octobre 19, 2006

Les journees vides.



Les journées vides sont des amies hypocrites. Elles donnent l’impression d’être serviables et utiles, calmes et tranquilles, longues et disponibles. Elles nous disent de compter sur elles pour rattraper le travail accumulé, de les laisser faire pour être à jour, de profiter d’elles pour effacer les retards pénibles…
Mais les journées vides sont inutiles en réalité. Elles donnent l’impression d’être interminables mais passent trop vite sans qu’on n’ait avancé d’un pas. Elles nous mettent tellement en confiance qu’il est difficile de travailler. Elles nous disent de reporter travail et études puisque leurs heures sont à notre disposition. Alors on fait la grasse matinée, on regarde un peu la télé, on lit le journal ou une histoire d’amour, on prend un bain chaud et interminable, on va boire un café avec une très bonne amie comme si l’on avait tout le temps du monde… et vite la journée est terminée. Elle se termine avant qu’elle n’ait vraiment commencé puisque le programme qu’on s’était posé n’est même pas achevé…. Parfois même pas commencé.
Alors méfiez-vous des journées vides, des dimanches paresseux et des jours de fête. Travaillons plutôt quand on est pressé et mal organisé, quand les secondes courent et les minutes se bousculent. Car ce n’est que la menace de l’écoulement du temps qui nous rend réellement productif. Quand le temps se fait rare, il acquiert toute sa valeur.

mardi, octobre 17, 2006

Une relation a date d'expiration.


Il n’est pas très rare de rencontrer au Liban des jeunes qui voyagent. Je dirais même qu’il est rare de trouver des jeunes qui décident de rester. Les relations sont de ce fait très instables, les cœurs brisés, les chansons tristes et les factures de téléphone… élevées. Certains s’en vont pour les études, d’autres pour du travail, d’autres encore pour suivre ceux partis étudier et enfin ceux qui partent retrouver ceux qui sont partis travailler. Et il y a surtout ceux qui restent…
Le départ de l’autre est toujours dur, parfois même insupportable à gérer. L’autre s’en va tout à coup, du jour au lendemain, sans préavis. La vie devient vide, insignifiante, accrochée au téléphone.
Mais la situation serait différente si l’on savait à l’avance, dès le premier rendez-vous, que cet autre s’en allait et si l’on connaissait la date exacte de son départ. Les sentiments sont ainsi contrôlés dès le début et étalés dans l’intervalle qui sépare la rencontre du départ.
Le jour du voyage arrive. L’autre s’en va. On l’accompagne peut-être à l’aéroport. Ou pas. Les larmes ne coulent souvent pas. Puisque le scénario était connu et retenu à l’avance. On se dit adieu et bonne chance. On se dit que c’était bien. On se dit que c’est dommage mais que c’est la vie après tout. On n’essaie même pas de se retenir. On sait qu’il s’en ira quand même.
Puis l’on rentre calmement chez soi, pour redormir quelques heures. On s’est réveillé tôt pour les adieux. Les gens qu’on aime bien voyagent souvent le matin. Juste avant de rentrer, on se retourne une dernière fois pour s’assurer que l’avion a bien décollé et qu’il n’est pas resté à l’aéroport. Mais ce n’est pas l’histoire d’amour parfaite. C’est juste une histoire comme tant d’autres… une histoire à date d’expiration.

lundi, octobre 16, 2006

Deux filles sur un bar.


Nous avons tous eu (ou presque), un jour, l’obsession du samedi soir. Nous avons tous essayé un lundi matin, en cours, de trouver un plan pour le samedi soir suivant, afin de réussir une soirée attendue toute la semaine. Nous avons tous passé des jours à programmer, prévoir, anticiper quelques heures seulement, des heures-athlètes qui passeront bien plus vite que les heures habituelles de cours ou de travail. Quelques heures qui passent trop vite, le temps de quelques verres… ou plus. Et une fois passées, l’attente du week-end d’après recommence.
Nous avons tous eu, aussi, des amis du soir, ces amis qu’on ne voit jamais le jour. Ce sont des amis rencontrés un peu partout, et avec qui l’on passe les meilleures soirées. Que font-ils le jour ? Où sont-ils quand ils ne sont pas en boite ? Peu importe.
Je me suis débarrassée de mon obsession du samedi soir il y a quelques années. Et depuis, nombreuses ont été les soirées-télé. Depuis, légère est la différence entre le samedi et les autres jours de la semaine.
Samedi soir dernier, il pleuvait. C’était la première pluie de la saison, insolente, sûre d’elle, imposante et cruelle. Une pluie qui vient mettre un terme définitif et irréversible aux trois mois précédents, trois mois qui ont trouvé le moyen d’être parfaits, malgré l’instabilité politique au Liban. Une pluie qui accepte de coexister avec la chaleur, rien que pour ruiner les esprits encore volatiles, reste agréable de l’été. Rien que pour me dire qu’il faut que j’oublie mes aventures pathétiques et que je redevienne sérieuse et réfléchie, une fois pour toute.
Je décide de sortir quand même, et je vais prendre un verre dans un pub sympa avec une amie d’enfance. Nous parlons de musique, du mec d’à coté, du temps salaud, des mois derniers, des projets futurs, de cette fille qui nous a laissées pour aller à Londres, d’amis infidèles, de déceptions amoureuses et de souvenirs bien drôles. Nous parlons de notre enfance et de nos défauts qui n’ont pas changé. Nous parlons de tout, et vite passe la soirée. La soirée passe et dehors il pleut encore. Nous avons grandi vite, dit-elle. J’acquiesce de l’extérieur pour ne pas la contrarier mais je refuse de l’intérieur. Certaines choses ont changé, mais je ne me sens nullement plus grande pour autant. Tout a changé presque. Mais moi, moins je crois. Je me promets de rester comme ce soir, insouciante et heureuse.
Samedi soir. Une soirée passée avec une copine. Une soirée qui ressemble si peu aux soirées d’autrefois. Une soirée improvisée une heure à l’avance et non pas travaillée un lundi matin, au cours de 8h. Une soirée qui a réuni deux vraies amies. Une soirée qui a résumé une vie. La pluie dehors. Le soleil dedans. Les gens qui bougent. Notre indifférence à leur égard. Etre seules par décision, pour mieux apprécier d’être quelques fois, très entourées.

dimanche, octobre 15, 2006

Pour être lu.


Je crois avoir trouvé la clé du succès dans l’écriture. Je crois savoir ce qu’il faut faire, dans un pays comme le notre, pour être considéré comme un écrivain populaire ou un journaliste talentueux. Rien de plus simple pour avoir son article publié dans un des journaux locaux les plus réputés : parler de politique.
C’est ainsi que j’ai pu, moi qui parle le plus souvent d’amour, de soleil, d’amitié et de ces choses considérées banales et superficielles, avoir mon article publié… et lu.
Pour être lu au Liban, il faut soutenir un parti politique ou au contraire le critiquer énergiquement. Etre neutre n’intéresse point.
Pour être lu ici, il faut avoir un avis politique, une appartenance ou une idéologie. Il faut adorer un leader politique ou le haïr. Ne pas le remarquer c’est du coup ne pas se faire remarquer.
Pour être admis en tant que journaliste, soutenu, respecté et lu, il faut oser s’attaquer à un régime préexistant, s’acharner contre un système préétabli, tenter de bouleverser des normes votées en parlement, insulter des hommes au pouvoir et susciter l’approbation de certains et l’indignation d’autres.
Pour être lu, il faut écrire ce que les autres savent déjà, traduire les pensées d’un peuple qui ne s’intéresse qu’à la politique, faire en sorte qu’il s’identifie aux mots utilisés, aux histoires racontées, aux opinions empruntées.
Pour être lu, il faut être hypocrite. Pour être lu par la majorité de la population, il suffit de trouver l’avis prédominant et se l’approprier.
Car pour être lu, il faut être, comme tous les libanais, révolutionnaire. Il faut se joindre à une révolution qui a trop duré. A-t-elle toujours existé ? Une révolution qui s’étale tellement dans la durée, mérite-t-elle toujours son appellation ? Ne devient-elle pas du coup, l’état normal des choses ?

Ne pas avoir un avis politique, ne point avoir d’appartenance, laisser la politique occuper sa place véritable, à savoir au gouvernement, parler des choses sérieuses comme de la vie, de la beauté, de l’humour, de la santé, du désir, de l’envie de vivre, c’est à mon avis, participer a la plus grande des manifestations.
Ne point avoir d’avis c’est en avoir sans le savoir et sans le vouloir. C’est avoir un avis véritable, contrairement à tous ceux qui adoptent aveuglement l’avis de la foule.
La politique intéresse tout le monde, m’a-t-on dit. Mais la politique ne m’intéresse pas, malheureusement. Et je ne saurais en parler. Je n’ai rien à dire et je n’ai pas d’avis à ce sujet. Alors je parlerai de choses simples, même si je ne serai jamais lue. Je parlerai de ces choses qui concernent directement mon existence. Parce que je ne pense pas que la politique soit l’affaire de tous. Et peut-être que c’est à cause de cette décentralisation poussée à l’extrême que la situation politique va si mal ici.
Laissons la politique à ceux qui font d’elle leur métier. Même s’ils sont nuls et incompétents, laissons-les au moins essayer. Peut-être qu’avec un peu plus de silence, ils pourront un jour travailler. Peut-être que la politique ne fait point partie de nos compétences. Certes, ce pays est le notre. Et les peuples ont le droit de disposer d’eux-mêmes. Mais doivent-ils en faire pour autant un travail permanent et continu ?
Je ne parlerai pas de politique. Je parlerai d’une soirée en boite et d’un très beau passant. Je parlerai d’un fondant au chocolat et d’une trop belle chanson. Je parlerai d’un sourire sincère et d’une très belle promesse.
Mon indifférence, c’est ma façon de voter.


PS: cet article a ete publie dans le journal L'orient le jour.

samedi, octobre 14, 2006

Me revoila.

Me revoilà après plus d’une semaine d’absence. Je n’étais pas partie tout à fait. J’ai fait quelques pas hésitants sur des pages que je n’ai pas su remplir. J’avoue que j’ai essayé. J’ai essayé de raconter ces histoires que je racontais naturellement, spontanément, automatiquement, avant. Mais je n’ai pas su le faire. Ça arrive, dit-on. Ça arrive. Puisque ça m’est arrivé. Ma vie s’est arrêtée, pour quelques jours seulement, sur le site ; ma vraie vie. Mais elle a continué ailleurs. J’écrirai, dans les jours qui suivront, ce qui pourrait vous intéresser. J’écrirai encore ce que nous vivons tous, chacun à sa manière. Alors voilà pour la justification, en réponse à ceux qui voulaient savoir pourquoi je n’écrivais plus.
Un des articles publiés sur ce site, Le peuple ou l’Etat, a été publié dans le journal francophone libanais L’orient le jour le mercredi 11 octobre.
A bientôt.

mercredi, octobre 04, 2006

Primo Vivire.

Il est beaucoup plus dur de rire que de pleurer dit-on. Parce qu’il suffit d’observer le monde pour être triste. Il y a tant de choses susceptibles de nous faire des bleus au cœur. Et il est tellement plus rare d’être heureux.
Beaucoup de choses pénibles, fatigantes, effrayantes, décevantes. Beaucoup de situations difficiles. Beaucoup d’accidents imprévus (évidemment !) qui viennent bouleverser une vie elle-même très peu paisible. Beaucoup de malentendus, de travail et d’obstacles. Nous vivons tous à peu près la même chose. Et entre nos vies respectives, des différences d’espace et de temps. Uniquement.
Certains ont la chance de savoir être heureux. Ils savent tirer de chaque instant un sourire, un fou rire, une leçon. Ils voient toujours le coté positif de tout problème. Et au besoin, le créent.
Puisqu’il y a tant de raisons d’être malheureux, et si peu de raison d’être heureux. Puisque souvent nous n’apprécions la vraie valeur des choses qu’après les avoir perdues. Puisque la vie est trop courte. Puisque celle-ci est trop fragile et qu’une bêtise légère peut la mettre en péril. Puisqu’il suffit d’un instant, le temps d’un regard, pour toucher la mort du doigt. Profitons du moment. Profitons d’aujourd’hui. De ce soir.
Parce que tant que la vie continue, tout va bien. Tant que nous pouvons être avec les gens que nous aimons, ceux qui nous aiment, tout va bien. Très bien même. Car les choses n’ont point de valeur. Seules comptent les personnes. Rien d’autre que les personnes.
Je repense à mon passé lointain. A mon passé proche. Au mois dernier, à la semaine dernière, à dimanche soir. Je réalise combien je me suis fais du souci pour rien.
Car je suis là, vivante, heureuse, tranquille. Les gens que j’aime aussi. Je vois la vie. Je la touche. Je la serre. Je lui souris. Je me suis attachée à elle, depuis quelques temps. Depuis dimanche. Je ne l’avais pas vraiment remarquée avant. Une aventure nous a rapprochées. Je la respecte. Je comprends que je ne peux me passer d’elle. Et elle non plus, apparemment. Pas encore. Alors je la remercie.
Tout va très bien. Car Primo vivire.

lundi, octobre 02, 2006

Le peuple ou l'Etat?

C’est parce que nous avons tous le sens critique plus ou moins développé selon les personnes, parce que nous voulons tous améliorer la condition de vie des citoyens, c’est parce que nous aspirons tous à un monde meilleur, c’est parce que nous ne cessons de nous comparer aux pays étrangers dits plus développés comme l’Europe ou les Etats-Unis, que nous refusons le système politique et condamnons des paroles et des écrits les dirigeants de notre pays.
Citoyens du Liban, nous nous plaignons souvent – à raison d’ailleurs – de ne pas connaître la destination exacte des taxes et impôts que nous payons, des cotisations diverses, du manque d’aides sociales et de prestations qui devraient être versées par l’Etat en contrepartie de la participation fiscale. Nous nous plaignons en comparant notre système à un autre où le développement social serait poussé à l’extrême et le droit social en éternelle progression, comme le systeme francais.
L’Etat, cette personne morale qui se doit d’être l’autorité supérieure et suprême dont la fonction essentielle est d’assurer l’ordre, le bien-être, la sécurité, la tranquillite, la salubrite publique et la meilleure organisation possible, est, selon l’avis de la quasi-totalité des libanais, sinon inexistant, du moins inutile.
Supposons que cette thèse soit vérifiée – et il n’y a pas de rumeur sans raison d’être – le Liban fonctionne très bien pour un pays sans véritable dirigeant. Et ceci ne peut s’expliquer que par la grandeur de son peuple.
Si le gouvernement libanais ne sait tenir son rôle en tant qu’agent protecteur, et que le pays soit aussi vivant que le notre – avouons-le- et qu’un Etat est défini par son gouvernement, son territoire et sa population, c’est que le dernier de ses trois éléments, puisque le premier est absent, à savoir la population, est exceptionnel. La population de notre pays est exceptionnelle.
Vous verrez le libanais se distinguer à l’étranger, travailler beaucoup plus et fournir un bien meilleur résultat. Vous le verrez très bien s’adapter aux cultures et langues diverses. Vous le verrez parler de son pays, la lumière aux yeux, le sourire aux lèvres et les souvenirs plein la tête.
Vous verrez le libanais au Liban, toujours prêt à aider les autres, à leur venir en aide au besoin. Vous verrez le libanais qui aime la fête, celui qui n’oublie quand même pas de travailler, celui qui reste attaché à sa terre, malgré la guerre, les menaces constantes et le peu qui lui reste.
Ailleurs, certes, un Etat. Ailleurs, un véritable gouvernement. Mais ailleurs aussi la solitude et l’égoïsme. Ailleurs, l’individu est vraiment seul. Les maisons sont petites. Les familles sont dissoutes. Les regards insignifiants. Les soirées interminables.
Nous avons donc d’un coté un Etat. D’un autre, un peuple. Entre ces deux alternatives, je choisis sans la moindre hésitation la seconde. Car l’Etat, fantôme honnête ou malhonnête est partout invisible. Mais c’est le peuple que je côtoie sans cesse à chaque coin de rue, dans les salles mal chauffées de la fac, sur des chaises longues autour d’une piscine, à 2h du matin sur l’autoroute suite à un accident de voiture, au supermarché, dans les files d’attentes et au travail.
Le peuple libanais, à lui seul, permet de dire que le Liban est un pays magnifique. Parce que si différent des autres. Si différent parce que libanais. Si différent parce que brun, roux et blond à la fois. Parce qu’oriental et occidental à la fois. Parce que superficiel quelques fois et sérieux quand il le faut. Parce que capricieux mais responsable. Parce que jaloux et compétitif. Parce que fort et ambitieux.
Liban, je t’aime. Je t’aime uniquement pour tes libanais. Je t’aime surtout pour ces personnes spéciales avec qui je vis. Je t’aime pour ceux qui te constituent. Et non pas pour un pouvoir utopique dont on pourrait facilement se passer. Alors je décide d’oublier ce tout petit détail. Et de former, avec ce très beau peuple, un nouveau pouvoir, existant et efficace, qui sera, un jour, avec un peu d’effort, beaucoup de volonté, le plus grand des gouvernements.


Article publie dans L'orient le jour.

Un accident.

Je viens de rentrer chez moi. Normalement, j’aurais dû y être il y a une heure ou deux. Mais je viens de vivre la pire soirée de ma vie. Je roulais à toute vitesse, après une très belle soirée entre amis. Je roulais vite, pour arriver vite. Trop vite peut-être. J’ouvris le miroir pour me regarder. Non, je ne suis pas narcissique. Mais c’est un geste que je fais. Un geste imprudent quand on roule à 120 à l’heure. Une seconde plus tard, ou moins, ou plus, je me retrouvai sur un grand bloc de béton, tremblante, saignante, perdue. Les air bags de ma voiture se sont ouvert, comme pour me protéger, leur façon hypocrite de faire. Des gens venus de je ne sais où se précipitent vers moi. Je ne pleure pas. J’essaie de me souvenir du numéro de mon père. J’ai mal. J’ai peur. Je pense au cours de 8h. Au cours que je devais relire avant de dormir. A ma voiture ou plutôt à ce qui constituait, avant, il y a quelques secondes, ma voiture.
Je voulais arriver vite. J’ai fais vite. Je suis arrivée trop tard. Je suis énervée. J’écris. Je me sens un peu chez moi sur mon site. Au moins, ici, c’est rose.
Juste avant, je souriais en pensant que la vie est belle. En réalisant que je n’ai besoin de rien ni de personne pour être heureuse. J’éprouvai, pour la première fois, le sentiment intense de liberté. Au volant d’une voiture qui m’appartient, sur une route que je décide de m’approprier, dans un jeans qui me va, roulant à toute vitesse… Mais ce sentiment trouva la mort à peine né. Et moi… Je ne sais vraiment pas.

samedi, septembre 30, 2006

Un p'tit moment de faiblesse.

Parfois, on décide d’être fort. Difficile à croire, certes, mais la personne douce et fragile qui sommeille en nous décide, pour une fois, de se montrer forte et résistante. Elle décide de ne plus appeler une personne qui l’a tant fait souffrir et de l’ignorer, pour un jour pouvoir, peut-être, pourquoi pas, l’oublier.
On commence par détruire toutes les traces matérielles de l’existence de l’autre : des photos dans lesquelles on parait heureux et amoureux, des cadeaux rouges et pathétiques, des messages romantiques, etc. Mais plus on efface le matériel et plus s’affirme le sentimental. Comme si chaque chose jetée prenait une place dans le cœur. Mais on a décidé d’être fort. Alors on le reste.
Les jours passent. Et on est trop fier d’avoir été à la hauteur du défi. On se dit que demain, ce comportement-là sera naturel et non issu d’une décision d’oublier. On se dit que demain, l’indifférence sera ressentie et non forcée. Que demain, on oubliera vraiment qui il était.
Et puis malheureusement, surgit un p’tit moment de faiblesse qui vient tout gâcher. Un p’tit moment irréfléchi, tout p’tit, mais aux conséquences très graves. On envoie un message d’autrefois, un message qui dit « où es-tu ? », « tu me manques », « j’ai besoin de toi ». Finis l’orgueil et la force. Les bonnes résolutions et le comportement stoïque qui disent faussement « je m’en fous » et « je t’ai déjà oublié ».
Un p’tit moment de faiblesse où le cœur décide de parler, pour faire taire la raison (qui a tant raison) et le travail acharné. Un p’tit moment de faiblesse que je déteste tant mais qui a si bien traduit mes sentiments.
Ce ne fut qu’un bref instant, trop bref, trop court mais trop dangereux. Un instant qui me ramène, d’un sourire trop ironique, à la case zéro. Un p’tit moment de faiblesse... qui vient de te dire « je t’aime ».

jeudi, septembre 28, 2006

La musique.


Je fais un tour en voiture. Je prends une route que je ne connais pas. Il parait que c’est un raccourci. Je suis déjà en retard. J’ai beaucoup dormi. Je prends une route qui m’a l’air rapide et facile. Je me perds. Je suis sur le point de déprimer. Non, pas parce que je suis en retard. C’est un tout. Des choses qui fonctionnent mal, les unes après les autres. Alors je conduis. Je me perds. Je réfléchis à plusieurs trucs à la fois. Donc à rien. Je mets de la musique. Des chansons qui me plaisent. Un cd que tu m’as fait. Des chansons que je comprends. Des chansons qui font semblant de parler de moi. Qui prétendent raconter mon histoire. Qui sont tellement générales qu’elles parlent de tout le monde en fait. Je hausse le volume. Au maximum. Je hausse afin que la musique envahisse mes idées. Je ne peux plus réfléchir tellement c’est fort. J’apprécie la musique, les paroles. Je conduis. J’oublie où je voulais aller. Je suis heureuse.
Je retrouve la route du départ. Je suis doublement en retard. Je m’en fous. J’aime le paysage qui défile. J’aime la musique. J’aime le sentiment d’être à la fois perdue et d’avoir retrouvé mes repères. Je me retrouve dans la musique. Je me perds sur la route. J’arriverai un jour à destination. Pas maintenant. Puisque je suis en retard. Pas maintenant. Puisque je ne voyage que pour la route. Pas maintenant. Puisque je ne voyage que pour la musique.

mardi, septembre 26, 2006

Quand on veut tout le monde.

J’aurais voulu commencer ce texte par une phrase naïve et innocente du genre « Nous cherchons tous l’amour… ». Ou à la limite par une question qui parait à la fois sérieuse et existentielle, mais qui n’est ni sérieuse, ni existentielle, genre « Que cherche-t-on vraiment ? ».
Mon introduction ratée, j’attaque directement le corps du sujet, pour écrire en quelques mots ce que je réalise trop tard, ce que je ne sais vraiment raconter ce soir, mais ce que j’ai peur d’oublier demain.
Pour certaines personnes, il est difficile de préserver une relation sérieuse qui pourrait être considérée comme réussie. Et ceci pour la simple raison que « peut-être », ailleurs, il y a mieux. Mais souvent, ailleurs, il n’y a rien.
Certaines personnes laissent tomber le seul être qui les aime vraiment parce qu’elle veulent tout le monde. Oui, elles veulent tout le monde. Une fille belle qu’on ose à peine regarder peut difficilement rester avec la même personne quand elle a le sentiment bête de pouvoir être avec qui elle veut. Mais que cherche-t-elle de plus que l’amour ? Le sait-elle elle-même ?
Un garçon très populaire se sent étouffé dès que la fille lui parle de l’avenir. Parce qu’il préfère avoir de nouvelles conquêtes et tester constamment son pouvoir de séduction.
Quand on veut tout le monde, on n’a personne en réalité. Quand on aime plaire, on ne plait à personne en définitive. Quand on veut se rapprocher des gens, on reste loin de tous.
Ce sont des choses qu’on réalise trop tard. Et une fois réalisées, jamais appliquées. Car le monde est rempli de tentations diverses et d’illusions qui nous poussent à toujours vouloir plus, à toujours chercher loin, à désirer l’inconnu, le nouveau, l’étranger, l’inaccessible, le faux, le brillant quand on est si bien chez soi… Alors on s’éloigne et on ne trouve rien. Puis on rentre convaincu qu’hier on avait tout… Mais on réalise que cette fois-ci, le décor a changé.

dimanche, septembre 24, 2006

Une vie pour reflechir.

On se demande souvent quelle serait la meilleure façon d’agir. S’il faut être naturel ou au contraire faire des jeux. Si pour préserver l’amour il faut être joueur et entrer dans le jeu compliqué de la séduction. Si pour préserver l’amitié, il faut parfois être légèrement hypocrite… Ce sont des questions qu’on se pose et qui se résument en un dilemme essentiel : « être naturel ou faire des jeux ? ».
Quand on aime la vie et les gens, il est difficile de jouer la comédie. On essaie d’abord de rester stoïque, distant, froid, méfiant face à cet inconnu charmeur. Mais petit à petit, inconsciemment, on laisse tomber ses armes. Séduit, on oublie de se protéger. On se lance dans l’aventure. On se laisse aller. On se laisse charmer. On veut croire que c’est vrai. Alors l’autre s’en va. Parce que l’autre aime jouer. Et puis l’autre, c’est tout le monde en définitive.
Pour préserver l’amour, ou plutôt ces sentiments bizarres et malhonnêtes qui ressemblent un peu à l’amour, il ne faut jamais être naturel, spontané… Mais plutôt hypocrite et joueur.
Naturelle, je me suis excusée. Mauvais joueur, tu as demandé une nuit pour y penser. Généreuse, je t’accorde toute la vie pour le faire. Toute une vie pour réfléchir. Une vie pour regretter.

La morale, la norme, les principes : j’approuve !

Un enfant se socialise. Il passe nécessairement par ce processus naturel et obligatoire qu’est la socialisation. D’abord, il accepte tout. Il absorbe tout ce qu’on lui propose, comme une éponge. Ensuite, il refuse et rejette tout ce qui lui vient de l’extérieur. Pour enfin ne choisir que ce qui lui plait, ce qu’il jugerait conforme à ses goûts, ses tendances, ses critères personnels.
Un enfant grandit. Il reste un enfant même quand on le dit adulte. Et a toujours besoin de refuser pour ensuite choisir. Alors il refuse la morale, la norme et les principes. Tombe dans l’erreur. Puis adopte la morale, la norme, les principes. Ces mêmes règles qui n’étaient pour lui que.. des bêtises.
La morale, la norme, les principes et les bêtises du genre ? Non. Puisque j’approuve. Puisque je suis jeune et j’ai la vie devant moi. Puisque toute loi a une raison d’être. Puisque l’objectif de toute directive est d’assurer l’ordre et la paix sociale. Puisqu’il y a des choses très claires et très évidentes. Puisque je vois bien aujourd’hui.
Alors laisse moi tranquille… Et vis ta vie ! Tu veux « bien » ?


NB: ce texte devrait etre lu suite a celui ecrit le 5/9/2006 et intitule "la morale, la norme, les principes et des betises du genre."

vendredi, septembre 22, 2006

Hier soir.

On prépare souvent à l’avance les « grandes soirées » de l’année : le dîner de noël, les anniversaires, le réveillon, la st valentin … On prépare quelques semaines avant le grand jour l’endroit, les habits qu’on va porter, la musique et quelques détails qui nous permettent de se dire, sans trop de certitude, avec un peu d’espoir, que ça va être parfait.
On prend tous le temps, du moins nous les filles, de bien s’arranger avant de sortir en boite un samedi soir. On espère en secret une belle ambiance, beaucoup de monde et peut-être… une belle rencontre.
On met beaucoup de pression en organisant et en prévoyant une soirée qui sera souvent comme les autres, sinon tellement moins bien. L’échec de LA soirée est souvent dû aux préparatifs longs, minutieux et pathétiques et à l’idée précoce qu’on s’en fait. Car quand on veut tellement la réussir, on ne peut qu’être déçu. La soirée tellement attendue sera aussi nulle qu’un premier rendez-vous auquel on pense toute la semaine, croyant que cette fois-ci on a trouvé la bonne personne. Le jour venu, on sort. C’est pas mal. Mais ce n’est pas la soirée de rêve qu’on s’était imaginé. Et la comparaison entre ce rêve et la réalité entraîne la grande déception.
On ne s’amuse vraiment que quand on ne s’attend pas à grand-chose. Alors on sort avec des personnes qu’on aime bien et avec qui on est sûr de passer une soirée très agréable sans avoir besoin du monde autour, des gens qui passent ou d’un beau mec.
Hier soir, avec vous, j’étais bien. J’étais bien parce que je ne cherchais rien d’autre que votre compagnie. J’étais bien parce que je ne voulais rien d’autre que ça : une soirée entre filles, calme, normale, sincère.
On est tellement bien quand on est soi, et qu’on n'a besoin de rien, ni de personne pour exister. Alors on passe forcément une très belle soirée. Puisque la réussite de celle-ci ne dépend plus d’un facteur extérieur quelconque. Et tous les facteurs étaient réunis. Elle ne dépend que de nous. De toi. D’elle. De moi.

mercredi, septembre 20, 2006

Les filles comme moi.

Je décide de t’écrire d’abord parce que tu m’as demandé de le faire. Ensuite parce que j’en ai trop envie. Je cherche un titre qui irait avec un texte que j’improviserai au fur et à mesure. Mais je ne sais pas trop encore ce que je vais bien pouvoir te dire. Alors il m’est difficile de l’annoncer par quelques mots. J’écris « les filles comme moi ». Une phrase lâche qui implique, sans qu’elles l’aient voulu spécialement, d’autres filles qui n’existent probablement pas. C’est une façon hypocrite ou modeste, de parler de toi et de moi. Je me sentirais moins seule. Par ‘Les filles comme moi’, tu comprendras donc de qui je parle.
J’essaie d’organiser mes idées. Je me demande ce que je veux, dois, peux te dire. Mais plus j’y pense, et moins je sais. Alors je laisse tomber la réflexion. Un peu pour te dire tout et n’importe quoi. Une façon peu élégante de tout t’avouer. Un texte qui ressemblera peu, je crois, à la ‘lettre d’amour’ que t’attendais. Peut-être parce que je ne sais plus en écrire. Peut-être parce que tu n’as pas su me la faire dire, peut-être parce que, voilà, toi et moi, de toute façon, ça ne pouvait pas marcher.
Les filles comme moi ont trop peur d’être déçues. Elles ont envie de croire les mots doux qu’on leur chuchote mais elles font très attention à elles. Alors, elles fredonnent tout bas, parfois dans la tête et parfois en laissant échapper quelques murmures inintelligibles, la chanson « paroles, paroles » de Dalida. C’est leur sortie de secours. Leur échappatoire. Pour elles, de cette façon-là, elles seraient fortes. Elles essaient de ne plus être naïves. Mais elles le sont tellement. Elles en veulent à ces mecs qui les déçoivent. Mais un mensonge raconté subtilement par ces derniers leur fait oublier aussitôt tous les soucis de la veille et même la chanson de Dalida plus tôt récitée. Les filles comme moi sont attirées par des mecs comme toi. Ces mecs qui savent les bousculer, les faire rêver, leur parler de l’avenir, de demain, d’un voyage ou bout du monde… rien que pour gagner le présent. Un présent qu’ils veulent tout prix. Aujourd’hui sûrement. Demain peut-être. Après-demain sûrement pas.
Les filles comme moi sont heureuses d’avoir vécu de si beaux moments avec des mecs comme toi. Elles ont adoré les bêtises racontées, les journées au soleil, les projets fragiles mais ambitieux qui parlent sans complexe des années à venir, les disputes spontanées qui font trop de mal, les rendez-vous interdits et les ‘je t’aime’ trop rapides et trop lunatiques.
Les filles comme moi sont déçues même si elles croyaient s’être protégées. Elles t’en veulent d’avoir trop parlé, elles se reprochent d’avoir trop cru et décident enfin de s’en aller. Car elles gardent de trop beaux souvenirs mais font tellement peu confiance en l’avenir. Car l’avenir ne peut être commun quand le présent l’est si peu. Car l’été est fini. Et il faisait un peu froid à la piscine aujourd’hui.
Te reconnaîtras-tu ? Oui sûrement… Tu voulais que je te fasse un clin d’œil afin que tu te reconnaisses. Alors le voila mon clin d’œil, littéralement. Puisque je suis si peu inspirée.
Voici mon texte… pour te dire que je t’ai cru. Que tu ne m’as pas menti pour autant. Que c’était beau, court, bizarre. Mais les filles comme moi s’éloignent toujours un petit peu. Merci. Oui, merci surtout. Merci de m’avoir fait rêver et de m’avoir appris quelque chose. Je ne sais pas quoi encore. Mais on apprend toujours. Merci pour chaque soirée, chaque regard, chaque promesse. Merci d’avoir été toi, un mec que j’ai apprécié. Merci pour chaque instant puisque j’étais si bien… Mais parfois, ça ne suffit pas d’aimer « bien ».
Je t’aime bien…

lundi, septembre 18, 2006

Quand la vie redevient presque normale.

Il est difficile d’affirmer, sans avoir un mal de ventre et un nœud à la gorge, que l’été est fini. La température a légèrement baissé récemment. Mais le corps l’ignore, savourant encore quelques jours de plus sous le soleil. Il y a moins de monde autour de la piscine. Mais on ignore cette constatation aussi, et on fait mine de s’éclater. Il est dur d’admettre qu’il faut bientôt se remettre au travail quand il est si agréable de ne rien faire.
Mais il y a un jour où les cours recommencent. Et ceux-ci ne peuvent malheureusement être ignorés. Alors on se réveille à l’heure où, quelques jours plus tôt, on se couchait. On traîne les jambes et les idées pour s’installer dans une classe trop sérieuse et trop peu compatible avec le soleil et le ciel bleu. On repense à ces trucs passés cet été. Il s’en est passe des trucs cet été. On repense, à 8h du matin, sur une chaise froide et grinçante, au week-end dernier, à certaines aventures qu’on ferait mieux de cacher et à certaines personnes qu’on a du mal à quitter. Alors on sourit bêtement, car ces choses font parties de celles qu’on ne pourra jamais partager.
Mais la vie redevient presque normale malgré nos efforts fous. La vie ennuyante recommence malgré notre peau bronzée et notre envie insatiable de s’éclater. Le sérieux emporte la partie, et assis au troisième étage, dans une salle trop snobe et trop complexée, on laisse vagabonder nos pensées du coté de ceux qui dorment encore. On les appelle pour ressentir, ne serait-ce que pour une minute, le temps d’une conversation brève mais réconfortante, les sensations chaudes des dernières semaines. Mais la vie normale recommence. Parce que la vie d’avant est loin de l’être. La vie d’avant est folle. Et c’est elle que je préfère.

dimanche, septembre 17, 2006

Les dernières fois.

Je me souviens des dernières fois. Beaucoup plus que des premières. Des dernières semaines d’école, du dernier jour dans ce pays que j’aime, d’un adieu un peu trop rapide, du dernier bout d’un succès au chocolat, de la dernière page d’un cours interminable, du dernier week-end de l’été… La vie est remplie de ces dernières fois qui peuvent soit nous faire beaucoup de mal soit nous laisser indifférents.
Je me suis souvent demandée si j’aurais vécu différemment mes dernières si j’avais su au moment même que c’est la fin. Est-ce que j’aurais mieux apprécié mon gâteau si j’avais su que c’était le dernier ? Aurais-je serré plus fort mon amoureux si j’avais su que je n’allais plus jamais le revoir ? Aurais-je accordé plus d’attention à ce paysage qui n’allait plus jamais être le même ? Donné plus d’amour à cette personne qui s’en va ? Aurais-je essayé de retenir ses traits et chacune de ses paroles si j’avais su que cette fois-ci mon ami partait vraiment ?
Je viens de vivre une de ces dernières fois. Une dernière fois qui ne laisse pas indifférent. Une dernière fois qui fait mal. Ce fut une dernière fois lucide puisque je savais que c’était la fin. Et j’ai trouvé une réponse à mes questions. Mieux vaut ne jamais savoir que c’est le terminus, l’arrivée, l’adieu, la mort, la séparation, la fin. Car la peine et la peur gâchent l’intensité d’un moment rare qui ne se répètera plus… jamais. Savoir c’est faire l’effort d’en profiter. Et frôler le bonheur de vivre et de saisir l’instant. Savoir c’est avoir mal au cœur et ne penser qu’aux demains trop vides. C’est se demander comment vivre et c’est refuser à l’avance des premières fois qu’on sait déjà trop pathétiques.
Les plus belles dernières fois sont celles qu’on vit spontanément et naturellement sans même savoir qu’un tel moment ne se reproduira plus jamais. On apprécie alors chaque seconde sans que le bonheur ne soit réduit à cause de la tristesse ou de la douleur. On saura plus tard, bien sûr, que ce fut une dernière fois. Et on se félicitera en secret d’un si beau souvenir.

samedi, septembre 16, 2006

Dis-moi que tu t’es amusée.

On te reproche certaines de tes paroles et quelques gestes qu’on juge inutiles ou de trop. On te reproche du bruit qu’on dit peu nécessaire et même superflu. On te reproche de trop réagir, trop rire, trop bouger. On te reproche, au nom de grandes lignes et de grands principes imposants, de trop vivre. Alors on te fait un grand discours et quelques leçons de morale pour te dire que cette fois-ci tu as exagéré et que eux, les Hommes parfaits, ne peuvent admettre une attitude pareille.
On te reproche d’être belle, jeune et vivante. On te reproche d’avoir les yeux qui brillent, les dents blanches et la démarche dansante. On te reproche de vouloir courir, et on te reproche surtout cet équilibre qui est le tien mais qui est à leurs yeux… déséquilibré. On te reproche d’avoir fait des décisions hâtives et de t’être éclatée en soirée alors qu’il fallait bien se tenir et mieux s’habiller.
On te reproche d’avoir répondu, pour une fois, « je m’en fous ». On te reproche de ne pas avoir cherché d’excuses, ni même de prétextes mais de t’être contentée d’un sourire magnifique en guise de réponse. On te reproche d’avoir eu le courage, pour une fois, d’assumer chacune de tes danses, chacun de ces baisers d’été, chacun de ces cris poussés un peu trop fort. On te reproche ton calme fier, responsable et satisfait.
Moi, je te comprends. Dis-moi que tu t’es amusée. Et ce serait suffisant. Dis-moi que c’était amusant, beau, sincère, vrai et c’est parfait. Ne cherche pas à te justifier. Il suffit que tu te sois amusée.

vendredi, septembre 15, 2006

Le telephone portable.

Pour connaître la vie de quelqu’un, il suffit de se renseigner auprès de son plus fidèle compagnon : le téléphone portable. En effet, celui-ci résume la vie privée, professionnelle et familiale.
Les messages reçus, envoyés, enregistrés, les appels et la liste des contacts en disent long sur une personne. Avec un peu de chance, on peut meme tomber sur quelques photos interessantes. Mais encore faut-il trouver ce précieux objet et en avoir l’accès, en d’autres termes la permission du propriétaire. Aussi, il faut être assez curieux pour le faire.
Cependant, certains pensent – à tort peut-être – pouvoir effacer un bout de vie, une part du passé, rien qu’en appuyant sur quelques-unes des touches de l’appareil. Ils pensent pouvoir oublier cet être qui les a déçus ou cet être aimé rien qu’en effaçant son numéro de la liste. Ils pensent pouvoir recommencer du début, de la case départ, rien qu’en appuyant sur la touche ‘delete’ pour faire disparaître des messages impudiques. Ils pensent pouvoir saisir une seconde chance une fois les preuves effacées.
Mais souvent ce travail s’avère inutile. Parce que les numéros importants, on les connaît par cœur. Parce que les messages ont tellement été lus et relus qu’il est possible de les réécrire à la lettre en quelques secondes et les classer par ordre chronologique. Parce que les appels faits et reçus seront souvent refaits et reçus dans l’avenir.
Nous pouvons certes tout effacer. Mais rien n’efface le passé. Et il faut vivre avec. Ca s’en va de l’écran. Ca reste dans la mémoire. Et sinon, dans le cœur.
Alors on vit et on bouge passivement, on danse d’une façon artificielle, et on parle pour faire du bruit. Mais surtout, on guette un son très particulier, qui annoncera peut-être un appel important ou un message réconfortant. Un message et un appel qui seront peut-être effacés aussitôt. Pour être enregistrés ailleurs.

mercredi, septembre 13, 2006

Te connaitre.

« Méfie toi des apparences », m’a-t-on si souvent répété. Parce que la personnalité ne se marie que rarement avec le look. Si certains regards trahissent le caractère caché d’une personne, son apparence physique en général ne traduit pas nécessairement son for intérieur et encore moins ses idées et ses pensées, son mode de vie ou encore son « être ».
L’attitude est –parait-il- un peu plus fidèle puisque certains prétendent pouvoir interpréter les gestes du corps et en tirer des conclusions souvent aussi bien comiques que pathétiques. En réalité, les deux chemins sont aussi erronés l’un que l’autre. Car il ne faut ni observer l’apparence, ni l’attitude mais patienter pour mieux connaître la personne en question.
Cependant, il est impossible de ne pas se faire une idée à la vue d’une personne. C’est la première impression. Celle-ci ne doit pas se transformer en un jugement définitif et irréversible mais doit rester ce qu’elle est vraiment, une image provisoire qui reste en suspens jusqu’au jour où l’on sait plus et mieux. Elle peut bien sûr se cristalliser. Mais ceci ne se réalise que très rarement.
La phase qui précède le dialogue est la plus belle. On se regarde, on se sourit, on essaie de deviner une vie, un passé, un avenir, des habitudes. On prend du plaisir à observer, interpréter et séduire. On ne se parle pas encore. Mais presque. Car ça se passe dans le regard. Alors on se fait des idées et on s’imagine des histoires. Puis on apprend à se connaître. Et la personne qu’on découvre ressemble peu à celle qu’on regardait intensément un peu plus tôt. On s’amuse à comparer l’ancienne image à la nouvelle à laquelle on ajoute petit à petit des couleurs, des traits et de petits détails, petits certes, mais très très importants.
Alors j’apprends à te connaître. Toi que je regardais de loin. Toi que je respire de trop près ce soir. Je me souviens de l’inconnu que tu étais. J’apprécie celui que je connais maintenant. Je souris en pensant à ces regards qui me suffisaient. Et je souris en t’écoutant aujourd’hui parler.
On regarde d’abord. Puis on sourit. On discute peut-être. On se touche. On se connaît. Et c’est parfait.
Te connaître. Te connaître pour effacer la première impression. Pour effacer l’image d’hier. Pour en dessiner une autre, tellement plus belle. Une autre qui s’effacera peut-être demain, pour être remplacée par une troisième. Ou pas. Mais surtout… continuer à te connaître.

lundi, septembre 11, 2006

L'investisseur.

Toute relation est un projet. Ce projet se prépare et se réalise – peut-être- à deux. Deux personnes se rencontrent, se regardent, se draguent, se sourient et décident parfois de construire un truc en commun. Elles se parlent alors, rêvent, planifient, prévoient et investissent.
Dans tout couple, chacun investit de son coté et se fait une projection fictive et virtuelle d’un avenir éventuel à deux. Mais il y a toujours un des deux qui donne plus, ressent plus, pense plus, offre plus, sacrifie plus. Car l’équilibre dans un projet pareil est quasiment impossible. Et le déséquilibre, bien sur, toxique.
Etant un projet, une relation amoureuse peut aussi bien réussir qu’échouer. Et le plus souvent, elle échoue. Parce qu’il est très difficile de trouver la bonne personne, au bon moment et rechercher exactement la même chose. Un problème se pose : quand une relation prend fin, lequel des deux est-il le perdant ? Qui gagne ? Peuvent-ils tous les deux gagner ? Perdre ?

Certains diraient que c’est celui qui met un terme à la relation qui gagne. Mais cette affirmation est très fausse. Car parfois, et souvent même, celui qui décide de rompre est plus honnête, plus direct et plus triste. Cette personne-là rompt parce qu’elle a trouvé mieux (ce qui est légitime), parce qu’elle a été trahie, parce qu’elle souffre, ou parce que son conjoint est tout simplement… salaud !
D’autres diraient que c’est celui qui subit la rupture qui gagne puisqu’il ne risque pas de la regretter, comme il n’avait pas de choix à faire.
Est-ce un jeu ? Est-ce un rapport de forces où il y a toujours un coupable et une victime ? Si toute relation est effectivement un projet à deux, et que ce projet échoue puisqu’il prend fin, n’est-ce pas la personne qui a plus investi au départ qui perd ?

Voici, à mon avis, la réponse. L’investisseur est le perdant. Mais qui est l’investisseur ? Comment le reconnaître ? Quel est son profil type ?
J’ai quelques idées désordonnées et maladroites à ce sujet. Car, un jour, je l’ai été. Il apparaît souvent comme celui qui s’en fout, qui ne veut pas vraiment un truc sérieux, qui ne ressent rien et qui est stoïque face aux séductions et tentations diverses mais il est souvent en réalité celui qui s’attache au fur et à mesure, lentement mais sûrement, celui qui offre ses sentiments et qui a trop peur d’être blessé, celui qui se sent trop seul, qui tombe aujourd’hui amoureux mais qui a peur de se laisser aller, qui essaie de freiner pour mieux se protéger, qui essaie de penser à autre chose alors que l’autre envahit ses gestes et ses pensées. Alors il met parfois fin à une relation qui s’avère dangereuse. Aux yeux de tous, il a laissé tomber son conjoint. Il aurait pu passer pour le gagnant. Mais il est le perdant par excellence, puisqu’il a tout donné presque sans le vouloir et que son projet a échoué.

Alors on entend l’un des deux parler de l’avenir pour gagner le présent. On l’entend dire « nous » pour parler de demain, promettre un hiver à la montagne, un été à la plage, une île romantique et une journée au soleil, une soirée parfaite et un voyage au bout du monde. On entend l’autre sourire d’un air passif et rêveur, on l’entend parler d’une façon incertaine et méfiante de l’avenir et oser à peine parler du présent. Le premier parait romantique. Le second froid et sévère. Le premier parle pour parler. Le second est… l’investisseur. Et il perd forcément.

dimanche, septembre 10, 2006

Meme les enfants.

On a tous eu un jour l’envie folle de grandir. On a tous un jour espéré ses 16 ans, ses 18 ans, puis ses 21 ans croyant vraiment et sincèrement qu’on sentirait des changements à ses différentes étapes de la vie… Certains ont voulu grandir pour pouvoir conduire, d’autres pour se marier et fonder une famille, d’autres encore pour voyager. Certains ont rêvé de boites de nuit et de concerts tandis que d’autres, plus ambitieux, pensaient fac et boulot. On a tous eu envie, à un moment donné, de bousculer le temps et les secondes, de dormir quelques années afin de grandir plus vite, et de se retrouver libre, léger, indépendant… grand.

On a tous cru que plus grand ce serait plus facile et plus amusant… Mais les années passent, et les 16 ans sont atteints, les 18 suivent et bientôt les 21. Les minutes se sont écoulées, et certaines rides apparaissent sur le front et au coin des yeux. Et plus grand, on ne se sent pas forcément. Si des changements se sont opérés, ils restent timides et discrets. Alors on grandit comme plus tôt voulu. On conduit, on se marie, on voyage, on parcourt le monde, on se rend à la fac et au bureau mais dans nos yeux sommeille toujours l’enfant d’autrefois, et ce petit garçon aujourd’hui un peu plus grand est encore un peu maladroit, hésitant et fragile.

On se réveille un beau matin et on remarque que physiquement on a changé. On se demande si ce n’est qu’une manifestation physique, corporelle, ou si mentalement aussi on a grandi. On a envie de dire à nos parents que ce soir, on ne rentrera pas aussi tôt que d’habitude. On a envie de leur dire qu’on ne rentrera pas tout court. On se découvre des ailes, et on a envie, besoin de s’envoler. Ils nous laissent faire, de peur de nous étouffer. Ils nous observent discrètement ayant du mal à joindre le rôle protecteur au rôle compréhensif. Ils respirent lourdement et se demandent si les enfants grandissent. On leur dit, d’un sourire à la fois cruel et tendre que ce sont surtout eux qui grandissent. Que l’enfance n’est qu’une étape passagère et qu’elle finit toujours par s’épuiser. On leur dit que même les enfants, et même les leurs, finissent par grandir.

On fait de son mieux pour prouver qu’on est mature, responsable, fort et équilibré. On fait de son mieux pour montrer qu’on sait faire face à la vie et que souvent elle nous sourit. Alors on s’éloigne un tout petit peu, on se croit assez fort et assez grand pour vivre seul désormais… On fait des choix, fier de décider seul. Mais on revient toujours. Car les enfants grandissent, mais restent à jamais des enfants. Surtout aux yeux de leurs parents.

mardi, septembre 05, 2006

La morale, la norme, les principes et des bêtises du genre.

On vit dans un monde difficile à étudier. Car il se base sur des règles elles mêmes très compliquées. Ce sont des normes inventées par quelqu’un qu’on ignore, une personne qui devait sans doute être très sévère et très complexée. Il est presque impossible de vivre conformément à la « loi » sociale. Car respecter les exigences stupides d’un monde jaloux serait mettre de coté l’amour, la passion, l’envie, la folie, le désir, le rêve, le risque, l’aventure et le bonheur pur et simple. Bref, toutes ces belles choses qui font d’une vie… une vie.

Pour être accepté et respecté en société, ainsi que pour vivre à l’abri des critiques et des rumeurs mal placées, il faut agir conformément à la raison commune. Une raison qui n’a rien de raisonnable. Car on nous dit tellement de choses. On nous donne des conseils. On nous prévient. On nous protège.

Oui, on nous protège de l’amour. De la beauté. Du fun. De la folie. De la musique. Du bonheur. Et de la vie ! On nous réveille alors qu’on faisait un très beau rêve. On nous endort alors qu’on se réveille pour la première fois. On nous tue alors qu’on vient d’apprendre à vivre, on nous étouffe alors qu’on vient de respirer.

La morale, la norme, les principes… Et puis quoi ? Croyez-moi, ils ne savent rien du tout. Et moi, je viens de les écouter. Je viens d’exécuter des ordres arbitraires, autoritaires et irréfléchis. J’ai voulu leur plaire. Je n’ai pas compris que ça allait tellement me déplaire. Leur plaire serait déplaire aux deux personnes à qui j’aurais voulu plaire: lui et ... moi.

J’ai appris qu’il fallait écouter son cœur et se méfier de la raison car celle-ci est négativement influençable. J’ai compris qu’il fallait que je choisisse le chemin qui m’attire, me séduit, me sourit, m’ouvre les bras, car ma vie n’appartient qu’à moi. J’ai enfin réalisé combien leurs regards étaient pathétiques et curieux. Et je sais qu’à partir d’aujourd’hui, je me montrerais indifférente face à ces yeux qui viennent me juger et que je ne me perdrais que dans ses yeux à lui, car ce ne sont que ses yeux qui me font rêver.

lundi, septembre 04, 2006

Ca se passe dans le regard.


C’est dans le regard que tout passe. A travers un simple regard se fait la première caresse, la première déclaration, une invitation indécente, une proposition, une insulte, une promesse, un secret, une confidence, un appel au secours. C’est dans un regard qu’il m’a tout dit. Ou presque. Et c’est par un regard que je lui ai dit que moi aussi, je suis un peu seule.C’est dans nos regards qu’on se comprend puisqu’ils expriment des sentiments que les mots n’oseraient traduire et que le cerveau essaie toujours de censurer. Ce sont nos regards qui se sont parlés en premier. Car ses yeux sur moi se sont posés.

Elle m’a raconté qu’un regard l’a révoltée. Car ce regard était trop brusque, trop direct et trop peu discret.
Eux, par un simple regard se sont aimés. Et par un autre se sont quittés.
L’intelligence réside dans le regard. Et les idées folles aussi. Car le regard trahit les gestes du corps, et raconte un secret trop longtemps caché. Un regard dit ce qu’on aurait voulu masquer. Il traduit souvent des envies qu’on repousse, des tendances qu’on refoule. Le regard, meilleur ami de l’Inconscient. Le regard, ami et ennemi à la fois. Car il raconte ce qu’on veut dire. Et souvent aussi ce que notre bouche a très bien su garder.

Alors on se regarde pour dire « je t’aime ». On se regarde pour dire que c’est fini. On se regarde pour dire « j’ai envie de toi », « tu m’intéresses », « je m’en fous », « tu es belle ». On se regarde pour dire « ne me crois surtout pas ». Et on regarde pour dire « je joue ». Et les yeux dévoilent des vérités… Car ça s’écrit dans le cœur, et ça se dit avec les yeux.

Des passions qu'on chuchote. Ou pas.

On écrit souvent pour parler de nos passions ou de celles des autres. On écrit pour raconter une passion vécue et une autre rêvée. On parle souvent d’une passion imaginée, un luxe qu’on s’offre et qui ressemble au mensonge. On en a tellement envie qu’on se demande pourquoi se refuser un si beau cadeau. Alors on prend comme point de départ un bout de réalité. Et on s’évade dans nos idées pour finir le reste. Ca donne quelque chose de très beau. Trop beau peut-être. Mais pas très vrai.

Plongé dans sa passion, on n’en parle souvent pas. Car on a peur qu’elle s’envole. On la tient comme un enfant égoïste tiendrait un nouveau jouet. On se l’approprie de peur que les autres veuillent la toucher ou y goûter. On la cache de peur qu’elle se fane au soleil. On la garde pour soi car on n’aimerait pas la partager. C’est un bonheur pur qui se suffit à lui-même. C’est un bonheur trop libre qui se détache du monde et qui n’a besoin de rien ni de personne pour exister. Alors on chuchote sa passion à une personne qui pourrait la comprendre. Mais on ne raconte jamais tout. Car le reste est trop passionné. Le reste est irréfléchi, fou, volatile, naïf et stupide.

Une fois la passion passée, on se réveille comme d’un mauvais rêve. On s’en veut trop d’y avoir cru trop fort et d’avoir été sourd et aveugle. Et c’est à ce moment là que les mots viennent la raconter, la chanter, la crier pour tout avouer. Car ce n’est qu’entre une passion et une autre qu’on trouve les phrases pour le dire. Passionné, on est trop occupé pour écrire.

mercredi, août 30, 2006

Ce qu'on nous dit.

On nous dit beaucoup de trucs. Ces choses réfléchies de grandes personnes : ne bois pas trop, fume moins, rentre tôt, étudie, sois plus sérieux, ne parle pas à autrui qui est égoïste, vicieux, agressif, méchant, malin. On nous donne beaucoup de conseils, qu’on suivra peut-être mais peut-être pas. On ne les suivra souvent pas, on fera mine d’acquiescer rien que pour faire taire gentiment l’auteur de ces directives, on sourira d’une façon hypocrite rien que pour faire croire à la personne en question qu’on est tout à fait d’accord. Alors qu’au fond : on s’en fout !
On s’en fout souvent. Et c’est la vérité. Pourquoi ? Parce qu’on a tous besoin d’essayer, et de tomber dans l’erreur, le faux, le décevant, le choquant. On en a besoin, et on n’apprend que de nos expériences. Parce que les autres ne savent rien. Absolument rien. Ou si peu.
On nous dit tellement de choses sous forme de phrases préfabriquées qui sonnent sérieuses et matures à souhait, belles en théorie, si difficilement applicables en pratique.

J’ai surtout entendu : « ne fais confiance à personne ». Je trouve que c’est tellement dommage. Car ce n’est qu’en donnant à l’autre sa confiance qu’on la mérite en retour et ce n’est qu’ainsi qu’on vit à fond et réellement les relations sociales. Car autrui ne peut nous décevoir quand il vient de recevoir un si beau cadeau : la confiance. C’est bien sur un risque à prendre mais ce n’est qu’en risquant qu’on gagne.
Alors vous entendrez de trop beaux conseils de la bouche de ceux qui savent mieux et plus. Vous pourrez bien sur les écouter. Et vous aurez raison. Ou bien vous pouvez opter pour la seconde des solutions, celle que je préfère. Vous pouvez choisir de VIVRE.

dimanche, août 27, 2006

Trop fragiles.


Je croyais qu’avec l’âge je serais plus forte. Que les expériences et les aventures diverses et successives m’apporteraient, en plus des ennuis bien sur, une certaine force. Cette force consiste à pouvoir gérer une situation devenue presque « normale » car vécue à l’avance, une fois au moins.

Je croyais qu’un homme avait moins besoin d’affection qu’une femme, puisque la femme se montre douce et fragile et que lui, souvent macho, semble être fort et heureux même solitaire.

Je croyais qu’à vingt ans j’étais encore un enfant. Peut-être pour justifier des comportements que je sais et veux immatures. Peut-être pour justifier des bêtises lucides qui se savent irréfléchies et coûteuses.

Je croyais qu’il fallait écouter les autres, qu’il fallait d’abord plaire à sa famille qui ne nous souhaite que le bonheur, à ses amis, compagnons fidèles, à ses voisins, juges curieux et sévères, à la société en général pour pouvoir s’y intégrer.

Je garde ses idées en suspens. En réalité, je n’ai aucune réponse et mes questions ne sont pas claires pour autant. Car j’ai vu un homme fragile, une femme très autonome.

Je croyais tout savoir et plus je cherche moins je trouve. J’attendais avec patience que le temps fasse bien les choses, qu’il m’apprenne à comprendre les autres et à mieux me connaître. Je comptais sur lui pour me le dire. Je voulais savoir si les « grandes personnes » demandent plus, moins ou différent de la vie. Mais le temps m’a donné une réponse provisoire, une réponse qui me plait mais qui me fait peur en même temps. Le temps m’a chuchoté qu’on est tous… trop fragiles.

samedi, août 26, 2006

Du papier.

Je l’avais dit plus tôt, sans savoir l’expliquer. Le fait que tout soit question de papier. Il faut toujours un bout de papier pour avancer : un diplôme, un visa, un permis de conduire, une licence, un billet d’argent.
Nous vivons malheureusement dans un monde dans lequel il est nécessaire de procurer une preuve afin d’être valorisé. Le dire ne suffit pas. Le montrer non plus. Le sentir… encore moins.

Ci-dessus un texte maladroit que j’ai un jour commencé. Je le publie puisque je n’ai pas encore changé d’avis mais sans vraiment savoir le développer. Peut-être qu’un bout de papier lui donnerait plus de valeur. Un diplôme en littérature peut-être ? Un jour.

vendredi, août 25, 2006

Les samedis soir d'autrefois

Je ne saurais vous dire avec certitude, pour parler de cette période passée de ma vie, si j’étais heureuse ou pas. D’abord parce qu’on ne sait jamais bien évaluer ce qu’on ressent au moment même ni apprécier le bonheur de l’instant. D’ailleurs, je ne pense pas m’être arrêtée quelques secondes pour le savoir, dans cette course qui faisait ma vie. Ensuite, parce que les souvenirs sont toujours flous, comme le sont ceux qui me ramènent ce soir quelques années en arrière. On dit que les souvenirs sont toujours heureux, même si la chose dont on se souvient l’est moins. Alors que sais-je si j’étais heureuse… Je ne fais pas confiance aux souvenirs. Puisque je les crée, comme un texte que j’écris ou une histoire que je raconte. Puisque j’en rajoute parfois un petit peu, en finissant par y croire, un peu mythomane. Et puis la mémoire a ses défauts.

Les samedis soirs d’autrefois sont différents de ceux d’aujourd’hui. On passait la journée à programmer la soirée du soir, qui allait être la copie presque conforme du samedi d’avant et de celui d’après probablement. Et puis, dans un chaos total et un bavardage autant inutile qu’assourdissant, on se préparait des heures pour bien vivre « l’évènement » qui se reproduisait chaque semaine, dans un intervalle de 7 jours exactement, comme une habitude, une routine, un rite, une dépendance. Les samedis soirs d’autrefois étaient fous, saouls, drôles et lost. Les autres importaient peu. Perdus dans la foule et la musique, on vivait pleinement un samedi soir.

Aujourd’hui, tout a changé. On a grandi peut-être. Trop vite sûrement. Puisque le samedi ressemble presque aux autres jours de la semaine, et je le passe souvent devant la télé à regarder un film quelconque sans trop de concentration. Alors on sort peut-être, parfois pas, peu importe. On s’appelle pour voir s’il y a quelque chose de prévu pour le soir, chose qui aurait constitué un crime autrefois, car trop évidente.

Si j’étais heureuse ? Sans doute oui… Je viens de croire, une fois de plus, mes souvenirs. Car je n’ai gardé en tête que les moments de bonheur. Mais on a grandi. Et demain je me souviendrai de ce soir, ce soir qui n’est pas moins beau qu’hier, non, pas du tout, mais simplement trop différent.

mercredi, août 16, 2006

La complexite de l'autre.

Il n’y a rien de plus complexe que la tentative de l’interprétation de l’autre dans ses gestes, son regard, ses sourires, sa démarche et ses paroles. Car tout acte est susceptible de plusieurs significations et la preuve de la véracité de l’une impossible.
Alors comment savoir si son sourire est ironique, aimable, invitant ou poli ? Comment savoir si sa démarche dévoile assurance ou arrogance ? Comment deviner ses intentions ? On parle du langage du corps, comme si les mouvements étaient aussi clairs que les mots, alors que ces derniers ne sont même pas de fidèles guides. Car chaque mot peut avoir des sens divers selon qu’il soit employé au sens figuré ou au sens propre, au pluriel ou au singulier. Alors comment déchiffrer le comportement d’autrui quand on ne peut se fier à ses histoires ? Comment le comprendre quand il dit trop mais n’agit pas assez ? Comment gérer la situation inverse qui suppose trop de paroles jolies, des compliments, des rimes et des promesses et peu d’action ? Quelle situation choisir à supposer qu’il y a lieu de décider ? Préférer le beau parleur quand on aime les mots et les gestes à la fois ?

L’autre est en réalité inaccessible. Et quand il est bon acteur, l’autre est redoutable. Tout le monde sait jouer la comédie en réalité. Il y a ceux qui parlent fort pour se faire entendre et couvrir la voix des autres. Ils font peur la première fois qu’on les rencontre mais on remarque vite qu’ils sont très fragiles. Il y a ceux à la voix douce et chantante, aux joues roses et au regard timide. Ils marchent doucement et semblent parfois perdus. Mais ils savent très souvent exactement ce qu’ils recherchent.
Je le regarde avec insistance, intriguée, émerveillée inquiète et je me demande ce que son corps essaie de dire et ce que ses paroles essayent de cacher. Je me demande si sa gentillesse est excessive et si sa méchanceté est préméditée. Je me demande s’il fait des jeux ou si son mouvement n’est que naturel. Alors je marche le regard fier pour cacher ma timidité, je regarde loin pour paraître désintéressée, je souris pour le mettre en confiance et je me demande s’il me trouve complexe et si comme moi, il essaie de m’interpréter.

Quand j’ai l’esprit rêveur et le regard errant, quand je suis trop calme et un peu triste, c’est que j’essaie de comprendre chacune de ses paroles et chacun de ses gestes. Je réfléchis et je repasse certaines scènes dans ma mémoire. Je regrette ne pouvoir lire dans les pensées, et mieux comprendre les gens qui m’entourent. Je regrette ne pas avoir fait de la psycho et ne pas être assez sensible ou lucide pour saisir les messages clairs et ceux qui sont au contraire cachés. Puis je réalise la beauté du mystère et le bonheur de la découverte. Car tant que cet autre est silencieux, tant qu’il cache des secrets qui font briller ses yeux et des histoires qui font sa personnalité, tant qu’il agit sans expliquer et qu’il explique sans agir, tant qu’il me fait réfléchir et essayer de comprendre, il est intéressant. Plus on s’approche et plus on apprend, on remarque qu’il n’est qu’une personne comme tant d’autres, une personne qui nous ressemble, avec ses défauts et ses craintes, avec ses complexes et ses mauvaises intentions, avec ses maladresses et ses sales coups.
Et je suis en quelque sorte soulagée et satisfaite de la distance qui me sépare de l’autre, de mon incapacité à tout le temps le comprendre et de l’impossibilité de le connaître vraiment, complètement. Mon incompréhension fait alors durer le mystère.
Et puis, "l'autre c'est moi", non? (Gad el maleh).

mardi, août 15, 2006

Le bonheur de vivre.


Hier, une personne m’a dit qu’elle aimait la solitude tout en précisant qu’elle appréciait peu ceux qui ressentent le besoin d’être tout le temps entourés. Précision faite, je ne pouvais ajouter que moi, j’ai besoin que l’on m’aime. Parce que je voulais qu’elle m’apprécie et redoutait qu’elle me classe dans une quelconque catégorie qu’elle montrait du doigt. Et lui dire que la solitude est le remède à mes problèmes serait lui mentir. Car voulez-vous bien me dire ce que procurent des heures de solitude ? Je vous entends déjà parler de méditation, d’introspection, de calme, de prière… Et après ? Une seconde me suffit. Je médite, je prie, et je me ressaisis en une seconde seulement. Parce que j’ai besoin de quelqu’un. J’ai besoin des autres. Les autres m’apportent le bonheur de vivre.
On a tous besoin d’être aimé. Mais plus encore, le besoin d’aimer. Ce n’est pas tellement égoïste après tout, puisque c’est un besoin qui offre et pas seulement un besoin qui reçoit ou retire. Mais l’amour ne constitue pas à lui seul le bonheur de vivre. A chacun son bonheur de vivre.
Cette fille que je connais trouve son bonheur quand elle remarque qu’une fois de plus, tous les regards se sont posés sur elle suite à son passage et qui s’énerve si une personne un peu distraite n’a pas remarqué son élégance.
Le bonheur de vivre quand cette femme libanaise parle à son mari en Afrique et qu’elle crie fort au téléphone parce que l’Afrique est loin et qu’il faut bien qu’il l’entende.
Le bonheur quand je me réveille le matin et que je remarque que mon petit frère s’est réveillé avant moi rien que pour me chercher des croissants.
Un bonheur de vivre qui ne dure que quelques secondes, le temps d’un plongeon ridicule dans l’eau froide d’une piscine, une journée très chaude.
Le bonheur quand nos pieds s’enfoncent dans le sable très chaud sur une très belle plage, quand ces mêmes pieds brûlent quelques secondes après, et qu’il faut courir pour atteindre au plus vite l’eau de la mer.
Le bonheur de retrouver quelqu’un qu’on aime.
Le bonheur de vivre en dégustant un énorme chocolat mou qui laisse ses traces sur une bouche gourmande et pulpeuse.
Le bonheur de vivre un soir d’été, dans une boite en plein air, quand deux corps de rapprochent comme instinctivement, perdus dans la nuit et dans une très belle chanson, accusant le noir ou la musique.
Le bonheur d’avoir une bonne note, récompense capricieuse d’efforts fous.
Le bonheur et l’assurance de plaire.
Le bonheur d’aimer. Celui d’être aimé en retour.
Le bonheur d’être seul. Mais seulement pour une seconde. Une seconde : le temps d’une prière, d’une méditation et d’une introspection. Une seconde, rien que pour se rappeler que la vie, quand il y a bonheur de vivre, n’est qu’une éternelle prière.

jeudi, août 10, 2006

Des questions qu'on se pose.


Certaines questions sont considérées unanimement stupides. Mais elles restent des questions, c'est-à-dire des points d’interrogation spontanés ou provoqués qui viennent fatiguer le cerveau et parfois même le cœur. Pour les évacuer, ainsi que pour éliminer leurs effets nocifs, il faut les poser. Mais pour cela, il faut savoir choisir la bonne personne, car interroger n’importe qui risquerait de mettre en péril la réputation de la personne qui s’interroge. Et la réputation est plus ou moins importante, quoique l’on vous dise.

Pour évacuer mes questions bêtes, j’ai choisi ma meilleure amie. Elle ne se moquerait pas de moi… Enfin, je crois. Elle sait déjà que je suis… Comment dire ? Bref, bizarre. Je lui ai demandé si comme ici, partout dans le monde, les gens se sentent parfois seuls, fatigués, tristes, abandonnés, perdus… Je lui ai demandé si comme moi, quelque part d’autre, dans un autre pays, un autre continent peut-être, quelqu’un avait envie de changer sa vie, de respirer loin, un autre air, de chanter un nouveau refrain, de rencontrer de nouvelles personnes et de vivre une nouvelle aventure. Je lui ai demandé si elle ressentait parfois le besoin de tout abandonner et de recommencer les choses à zéro, sans souci du temps, du passé, de l’avenir, des valeurs, des besoins (des autres), des exigences (sociales), des mœurs et des restrictions diverses… Je lui ai demandé pourquoi un jour, un matin, ou un soir en fait, peu importe, la fatigue l’emporte, l’ennui surtout, ou les deux, et on ferme les yeux pour ne pas pleurer, on se jette sur un lit devenu lui-même ennuyant, pour essayer de trouver une sortie de secours, une solution, une réponse à une question elle-même incertaine…

Ce sont des questions que l’on se pose, nous, quand on s’ennuie, quand on est fatigué, désespéré et coincé ici. Les réponses sont elles subjectives je crois… Quant à elle, elle pense, en regardant un concert de Patrick Bruel à la télé, que dans la salle, des personnes se séparent, et d’autres s’embrassent pour la première fois. Elle pense que certains se disputent, et d’autres ferment les yeux pour apprécier les paroles d’une chanson. Elle dit que certains ont chaud, et que d’autres pensent qu’ils auraient dû faire autre chose ce soir, aller au ciné peut-être. Elle dit aussi que certains détestent le chanteur, mais qu’ils sont venus quand même parce qu’ils ont reçu des billets gratuits ou simplement pour faire plaisir à une adolescente capricieuse qui se sent concernée quand il chante « je te mentirais ». Elle parle. Peut-être pour répondre à mes questions. Comme quoi, partout dans le monde, en France ou au Liban, qu’il y ait la paix, ou comme ici la guerre, le soleil ou le froid… on est tous pareil. D’ailleurs, dans son concert, Patrick Bruel l’a bien dit : « C’est La Vie ».

mardi, août 08, 2006

Ceux qui partent


Il y a ceux qui partent pour partir. Ils s’en vont sans savoir ce qui les attend. Ils partent le pas déterminé, le regard sûr, l’esprit prêt à rencontrer, essayer, courir, tomber, pleurer, sourire… Ils partent là-bas s’épanouir. C’est cette destination lointaine et incertaine qu’ils recherchent.

Il y a ceux qui partent pour le voyage. Peu importe le terminus, c’est le chemin qui compte. Ils marcheraient si possible, pourvu qu’ils fassent des rencontres. Tout les intéresse mais rien en même temps, car aucun objet et aucune personne ne saurait les retenir longtemps. Ailleurs, il y a mieux, pensent-ils. Mais à force de rechercher ils ne trouvent rien vraiment. Car ils trouvent tout mais pour un trop court instant. Ils possèdent tout et rien à la fois. Car ils sont attirés par la prochaine station. Une station qui restera prochaine. Voici le profil type du voyageur, qui ressemble beaucoup à celui du dragueur. Quelque part d’autre, ailleurs, là-bas, au loin, à l’étranger, quelqu’un l’attend. On voudrait tant être ce paysage lointain. Mais c’est impossible. Alors on se contente de ses souvenirs, et de ses rêves surtout. Il décrit choses et saveurs une lumière aux yeux. Et il dit ensuite Adieu…

Il y a ceux qui ne partent qu’à moitié. Ils aiment le nouveau décor mais sont envahis par le passé. Ils pensent à leur chambre, à leur lit, à leur belle voisine inaccessible, ils pensent à la rue de la fac, au resto du coin, à l’odeur des crêpes qui se dégage de la cuisine pour envahir la chambre et les réveiller un sourire aux lèvres, ils pensent au bruit de la mer, à ses vagues douces et timides, ils pensent aux discussions tardives sur un balcon discret… Ils pensent à tout. Et ne sont jamais vraiment partis. Ils sont entre un là et un là-bas et vivent difficilement un beau voyage. Il faut les pousser, les regarder sévèrement, les obliger a bien vivre l’aventure. Mais ce sont de mauvais voyageurs.

Ci-dessus une description brève des voyageurs que j’ai connus. J’admire les premiers, j’évite les seconds et je plains les derniers. Qui suis-je vraiment ? Je l’ignore… Ici, le monde que j’aimais. Celui que j’aimerai à nouveau peut-être, une fois guéri. Ailleurs, le monde qui m’attire un peu, celui que j’ignore, qui me tente, me sourit, me séduit.
Partir pour la route ? Partir pour l’arrivée ? Ou partir pour rester ?
Est-ce que nous partons vraiment ? Je ne le pense pas… Car pour partir, il faut d’abord se déplacer, changer d’endroit et de mode de vie, changer d’amis et d’habitudes, d’idées et de visions peut-être. Il faut ensuite que le passé s’éloigne aussi. Mais quand on a un si beau passé, une si belle maison et tellement de souvenirs, ils décident de nous suivre et de partir eux aussi. Alors on part tous ensemble… Oui, là-bas. Pour rester un peu ici.
C’est pour cela qu’on a le regard de l’orient, les gestes de la méditerranée, le sourire libanais, la générosité arabe et l’accent qui chante. C’est pour cela que l’on marche lentement, en balançant les hanches, et en souriant bêtement… C’est au Liban que l’on pense.

Publie dans l'Orient Le Jour le samedi 13 janvier 2007

dimanche, août 06, 2006

Les femmes.


Les femmes veulent parfois être fortes. Elles ont les larmes aux yeux et un nœud à la gorge mais elles s’éclaircissent la voix, prennent un ton sérieux pour dire un truc qu’elles pensent et pas un truc qu’elles ressentent. Parce que parfois, il faut qu’elles le soient. Fortes.

Les femmes s’énervent quelques fois. Elles s’énervent souvent pour un tout petit truc, comme une parole blessante dite par un fils qui ne la pensait pas vraiment. Le fils était énervé, il a dit n’importe quoi. Et n’importe quoi blesse maman. Elle se retourne alors, fait mine de s’en aller. Il prononce la formule magique qui la retient toujours : « j’ai besoin de toi ». Maman revient.

Les femmes sont sensibles, honnêtes, fidèles, sincères. Les femmes sont belles. Et les femmes peuvent êtres fortes. Il suffit de croire en elles. Peut-être qu’elles auraient mieux fait les choses, elles… Mais elles sont souvent en coulisse. Et sur scène, il y a encore ceux qui échouent.
Les femmes ont peut-être la solution. Puisqu’elles « sont » la solution. Elles ont la force et la conscience. Laissez-les faire. Voulez-vous ?

Ecouter les autres parler.


Ecouter les autres parler est sans aucun doute la meilleure façon de déprimer. Par meilleure je veux dire rapide et efficace.
Je vous invite chez moi écouter un con offrir son pronostic sur la durée du voyage. Quel voyage ? Voyons !!
Je vous invite chez moi. Venez, vous écouterez une fille qui ne s’est jamais intéressée à la politique, peut-être parce que comme moi, la politique ne s’est jamais intéressée à elle. Venez l’entendre parler. Elle vous dira que demain, en plus de la rareté de l’essence, on assistera à une coupure permanente d’électricité. Vous la verrez très inquiète aussi. Elle demandera à ses parents, d’un air naïf, à la limite bête, comment ceux-ci ont survécu la précédente guerre sans portable et ordi. Vous ne les entendrez pas répondre que ces objets inutiles n’existaient pas à l’époque. Par manque de patience peut-être. Ou par manque de confiance… en elle.
Je vous invite chez moi, vous verrez quelqu’un qui n’a toujours pas su ce qui se passe. « La guerre ? Ou ça ? ».
Lui, pfff… Lui dit qu’il y aura une guerre civile. Il sirote son thé. Et s’amuse à dire des bêtises. Qu’est-ce qu’il en sait !
Elle… je l’aime bien. Elle me dit d’accélérer à chaque fois qu’on passe sur ou sous un pont. On accélère alors, on hausse un peu la musique… Et on rigole une fois le pont passé.
Si vous etiez venus plus tôt, vous auriez vu 5 personnes, l’une après l’autre, prendre quelques affaires à la hâte, et quitter.
Venez répondre au téléphone. Venez parler aux personnes que j’aime, qui, elles, sont optimistes -heureusement-, mais –malheureusement- très loin aussi.
Venez chez moi. Venez me dire que c’est une question de temps. Venez leur dire d’apprécier la chance qu’ils ont. Venez rire. Venez discuter. Venez puis repartez. Ce ne sont que des paroles. Mais j’en ai marre d’écouter les autres parler.

samedi, août 05, 2006

Un peu partout...

Les gens sont eparpilles ici et la. Dans chaque pays un etre cher. Il suffit de se concentrer, de penser a la personne qu'on aime, pour faire un petit voyage.
Avec lui, je ne reste jamais longtemps au meme endroit. Il ne sait pas ou il va. Mais je lui fais confiance. Alors je pense a lui, et j'entends le son de sa voix. J'entends son rire, et je le vois sourire des yeux. Alors il m'emmene avec lui.
Puis je pense a elle. Mais je ne sais pas exactement ou elle est, et je connais tres peu le decor ou elle se trouve. Alors je l'imagine en me basant sur ses histoires et ses descriptions. Mais elle ne parle pas beaucoup. Alors je reve... Et j'aime bien.
Je pense a lui aussi. Il doit etre plonge dans ses livres. Non, pas pour etudier. Plonge pour y dormir. Il est paresseux. Et ne saisit pas la chance qu'il a, celle d'avoir un truc a faire.
Aujourd'hui je suis avec elle. On evite de parler d'eux. Et on se parle tres peu. Dans notre silence, on se comprend. On respecte le calme de l'autre. Parce que chacune de nous fait, a elle seule, un beau voyage. C'est un voyage intime, un voyage secret, un voyage improvise. C'est un tres beau voyage. Un voyage dans les pensees.

jeudi, août 03, 2006

Quand les jeunes s'en vont.

Que font les vieux quand les jeunes s’en vont ? Que fait un père quand il laisse sa fille s’en aller, quand il la laisse partir et qu’il ne sait pas s’il doit l’en empêcher ? Que fait-il quand il est obligé de la quitter et que ses yeux pleurent et que son cœur ne peut plus supporter ? Que font des parents qui ont enfin pu voir leurs enfants devenir « grands », quand leurs petits-grands décident de vivre là-bas et pas ici ?
Que font des grands parents qui ont retrouvé le sourire depuis la naissance de leur petite fille quand leurs enfants décident de l’emmener dans un endroit plus calme. Que font-ils quand ils ne savent plus sourire puisque cette fille a emmené ce bout de bonheur avec elle, souvenir de son pays, souvenir de ses amis ?
Que fait une mère qui veut envoyer son fils poursuivre ses études à l’étranger, non pas parce qu’elle doute du niveau local mais parce qu’elle a dû voir les portes des écoles se refermer ? Que fait-elle quand elle vit seule et que de lui elle ne peut se séparer ?
Que fait un père qui travaille très loin, qui regarde les nouvelles et voit des avions survoler son toit ? Que fait-il quand des nouvelles de ses enfants, il n’en a pas ?
Que font les vieux quand les jeunes s’en vont ? De quoi vivent-ils quand c’est de leur énergie qu’ils vivaient et dans leurs yeux qu’ils rêvaient ? Qu’espèrent-ils quand ils ne peuvent plus être fiers de la réussite de ces derniers ?
Que fait une sœur qui sait qu’au loin là-bas ses frères pensent à elle ? Que fait-elle quand il lui est impossible désormais de les voir, et difficile de leur parler ?
Que font les moins jeunes? Que font-ils ? Pourquoi sont-ils obliges de se séparer de leurs petits ? Seront-ils fiers en cas de victoire ? Peuvent-ils réellement crier victoire quand dans leur maison, il n’y a plus d’espoir ?
Que compte vraiment ? Le monde ? Un pays ? Une patrie ? Non… d’abord la famille.

mercredi, août 02, 2006

Le Désintérêt.

Le Désintérêt fait partie d’une grande famille. Ses frères et sœurs, comme lui, ont souvent le visage pale, les yeux à moitié endormis et la démarche nonchalante. Vous connaissez sûrement L’Indifférence, l’Ennui, l’Ignorance. Quelque soit le stimulus extérieur, leur réaction est, sinon absente, du moins difficile à remarquer. Leur silence est ennuyant. Leur silence est silencieux. Ou plutôt… désintéressé.

Depuis quelques jours, je fréquente Le Désintérêt. Et j’ai adopté quelques unes de ses mauvaises habitudes. Je me réveille en n’espérant rien de nouveau et en me contentant de la reproduction presque parfaite de la journée précédente. Si quelques élément, eux, varient, l’ensemble reste à peu près le même. Non, pas triste. Indifférent.

Comment reconnaître Les Désintéressés ? Ils regardent passivement la télé et ne remarquent pas quand on change de film. Ils iraient n’importe où, peu importe où on les emmène. Ils ne se mettent pas en colère. Mais leurs yeux ne brillent plus depuis longtemps.
Ils sourient à tout le monde et ne se soucient d’un sourire en contrepartie, ce sourire qui faisait, avant, leur vie. Ils souffrent beaucoup, puisqu’ils ne savent plus souffrir. Ni joie, ni peine, ni peur, ni froid, ni amour, ni haine.
Ils n’espèrent rien. Même pas la seconde qui suit. Mais ils ne détestent pas le présent pour autant.
Le Désintérêt, le sentiment du non sentiment. Le Désintérêt, l’angoisse de l’angoissant. Le Désintérêt, la passion de la non passion. Le desinteret: la mort, l'inertie, le néant.

dimanche, juillet 30, 2006

Un demi sourire

J’entendis une voix. Une voix douce et spontanée. Une voix qui vint me demander si l’amour existe. Je regardai autour de moi, afin de trouver l’auteur de la question. Il était debout à mes cotés. Souriant, drôle… et très petit.
Un enfant m’a posé une question trop difficile. Et j’ai répondu par un demi sourire. Il était trop mignon… Mais je n'ai pas su quoi lui dire… Un demi-sourire. Réponse hypocrite. Réponse qui ne veut dire ni oui, ni non… Réponse qui ne veut même pas dire peut-être. Mais ça a dû le satisfaire. Puisqu’il en a posé une autre aussitôt. Une question encore plus dure : « Qu’est-ce que tu fais ? ».
A cette seconde question, j’ai essayé de donner une réponse un peu plus sincère. Car une réponse sincère ne pouvait- cette fois- le décevoir.
Alors je lui ai dit, doucement, en caressant ses cheveux noirs, que je ne sais vraiment pas ce que je fais. Je lui ai dis que je ne faisais rien… Il m’a demandé surpris « pourquoi tu ne fais rien ? Tu n’as pas d’amis ? »… Et je lui ai souris, d’un demi sourire qui devait beaucoup ressembler au premier…
On a discuté quelques minutes. Puis il est parti jouer…

mercredi, juillet 26, 2006

Les photos.


Pour cristalliser un moment, certaines personnes optent pour les photos. Elles sont toujours armées de leur caméra afin de saisir un sourire, une fête, un gâteau d’anniversaire… Bref, toujours un moment heureux. Bien sur, je ne parle pas des photos prises par les journalistes, mais de ces photos qu'on prend, nous, tous les jours...
Les photos semblent être la reproduction la plus exacte de la vie. Mais de quelle vie ? Comment choisit-on le décor à saisir ? Comment choisit-on un mannequin, un gâteau, une plage, un sourire ?
Prendre une photo c’est éliminer le monde et ne choisir qu’un champ minuscule qu’on aime bien ou qui nous semble conforme au Beau. Prendre une photo c’est garantir le non oubli d’un instant qu’on aimerait à jamais se prolonger. Prendre une photo c’est faire un jugement. C’est flatter une fille un peu timide. C'est etre attentif et sensible. C'est prouver à nos amis qu’on a peur de les perdre. C’est faire en sorte que les vacances ne se terminent pas tout à fait. C’est voler à un bel endroit une de ses pièces essentielles. C’est violer la splendeur d’un château. Prendre une photo c’est reproduire une vérité pure, sans donner un avis, sans jugement de valeur, sans rien demander à son imagination, sans rien vouloir de plus que le paysage qui s’expose à notre vue. Et surtout en profiter.

Mais que voit-on sur les photos ? On voit souvent un enfant qui souffle une bougie. Deux meilleures amies saoules et heureuses en boite levant leurs verres à cet inconnu qui prend la photo. On voit une femme très belle. Une femme aux yeux bleus. On voit un homme qui pêche. On voit mon chat qui dort paisiblement sur le plus beau canapé du salon. On voit une danse qu’on a faite en septième. On voit un pilote en uniforme et kepi, tres beau, dans le cockpit d’un avion. On voit une fille en maillot, lunettes de soleil et chapeau en paille. On voit une photo de classe. Dans les photos, on voit souvent des frères dans le train de la montagne russe. On voit une adolescente faire une belle pause.
On ne voit que les beaux moments.
Les photos ne représentent pas toujours la vie. Il ne faut pas faire confiance aux photos. Parce que souvent, derrière les filles en boites, il y a d’autres personnes qui s’éclatent autant ou plus, et qui lèvent leur verre, cette fois pas pour la photo, mais parce qu’elles passent vraiment et sincèrement un très bon moment.
Parce que souvent, quand le chat se réveille, il n’est plus aussi mignon que tout à l’heure, mais déchire avec ses griffes ce si beau canapé sur lequel il s’était endormi.
Parce que la fille en maillot est belle parce que c’est l’été mais durant l’année elle est tres blanche et porte de grosses lunettes.
Parce que dans les photos, on est beau tout simplement ! C’est le but …

Si j'aime les photos ? Je ne sais pas… J’ai été proche de la caméra un jour… Et puis très loin d’elle. Je n’ai jamais été accro. Peut-être ai-je eu peur de gâcher le moment. Le temps d’aller chercher la caméra, de sourire artificiellement, et de prendre une pause, souvent, le moment est parti. Quand je suis heureuse, je ne pense pas aux photos.
Je ne les aime pas beaucoup en fait. Parce qu’elles sont injustes. Les personnes au premier plan sont immobilisées volontairement pour quelques instants, le temps que le flash se dégage de l’appareil. Alors que les personnes derrière, comme les passants qui ne se soucient de rien, et qui ignorent l’existence d’une caméra, continuent leur vie. Leurs mouvements, pour ceux qui regardent un peu plus loin que le premier plan, sont si vivants qu'une simple photo ne saurait cristalliser. Alors il y a ceux qui sourient bêtement. Et les autres qui vivent. La photo traduit un moment, un seul. Tout etait probablement different avant elle. Et tout change apres.
Et les photos jaunissent...