dimanche, août 07, 2011

Le soldat

Un film à la fin triste. Un clochard dans le froid. Un enfant africain qui a faim à la télé quand je bois mon verre de vin. La Palestine en souffrance. Un tsunami en Asie. Un prisonnier en France. Les dauphins en voie de disparition. Une révolution. Le frère de l'ami du père d'un ami souffrant d'une maladie. La pollution... Les malheurs les plus divers ont toujours trouvé le chemin de mon coeur pour me laisser en pleurs. Et cette compassion involontaire me poussa à m'interroger si je pourrais survivre sur cette Terre.

Je décidai de durcir comme on dit. D'empêcher qu'on me manipule comme une toupie. De rester stoique face aux problèmes des autres. D'arrêter de jouer à l'apotre. De me concentrer sur ma vie... J'avoue... que je n'ai pas réussi.

Et mon échec me fit du souci. Parce que je me demandai alors ce qui adviendra à mon sort si la difficulte faisait partie intégrante de ma vie.

Ce que je ne savais pas ... C'est que quand il s'agit de moi ... Je deviens un guerrier en combat. Un soldat téméraire au sang froid. Ce coeur que je croyais fragile apparemment choisit ses batailles. Et celle-ci je l'aurai, puisque ma détermination est sans faille.

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Beyrouth

Je réponds "Beyrouth". A la question toujours déplacée qui veut savoir où j'ai été.
La réponse échappe mes lèvres mortes avec autant de vie que celles-ci. Je n'aurais pas repondu. Si je n'étais pas obligée. Faire la gueule dans un milieu professionnel m'a été déconseillé.

Pourtant, ma peau bronzée le crie. Que sous mon soleil libanais j'ai brûlé jusqu'à la nuit. Pourtant mes cernes le dévoilent. Que j'ai fait la fête et que j'ai couché avec les étoiles. Pourtant mon humeur le montre bien. Que me réveiller à Londres ne fut pas la joie ce matin.

Oui, j'ai été à Beyrouth. Encore. Exactement. Non. Le reste de la planète ne m'intéresse guere. J'ai chez moi tous les péchés de la terre. Ceux que vous ne connaitrez jamais. Puisque ce n'est pas là bas qu'est né votre père. Le Liban, faut en avoir le sang pour le comprendre vraiment ...

Il est quand même grand temps qu'ils comprennent, que les jours fériés pour moi ne peuvent rien cacher, qu'ils pourront facilement me retrouver, dans un lit au cinquième, ou scotchée avec mon père devant la télé.

Qu'ils comprennent ces maudits anglais. Que si eux ont la malchance de travailler là où ils respirent, moi je travaille chez eux... Et je respire les pieds dans l'eau sur une terre choisie par Dieu.

Et dans un voyage de l'esprit, à partir d'un coin du monde triste et gris, un moment beyrouthin, quoique anodin me revint ... Musique. Volent. Vitesse. Vent. Bonjour au voisin.

Hors competition

Le féminisme, je n'ai rien contre. Mais rien "pour" non plus. J'aime la femme. Mais je n'ai jamais ressenti ou remarqué ses droits aliénés.
Non pas que je vive dans ma bulle. Ou que je sois insensible aux changements fondamentaux qui doivent avoir lieu urgemment, surtout dans ma société libanaise et surtout au niveau du Droit. Que la femme puisse donner la nationalité à ses enfants. Que ses droits soient protégés en cas de divorce. Etc. etc. Bien sûr.

Mais j'ai toujours vu en la femme un pouvoir qui va au-delà. Un pouvoir tellement puissant qu'il ne requiert ni loi ni Parlement.

Les féministes ne m'exacerbent pas. Mais ils m'indiffèrent. Ou plutot... Ils m'intriguent. Peut-être parce que je n'ai jamais vraiment compris pourquoi une femme voudrait être l'égale de l'homme. Quand elle est complètement différente.

Alors pourquoi le rappeler? Pourquoi souligner ce traitement differentiel quand le silence sur l'affaire nous conviendrait parfaitement ?

Et si je me pose la question, c'est que l'idée m'est venue très soudainement aujourd'hui, un samedi autrement banal, sur la terrasse d'un café idiot de mon nouveau quartier rue gloglo.

J'ai rencontré une femme. J'aurais pu la croiser comme on croise un passant anodin. Comme on dit bonjour au voisin. Sans s'y attarder. Et sans s'y intéresser spécialement.

Mais il s'est fait qu'on s'est parlé. Et la conversation a englobé les sujets les plus divers, du travail, à la cuisine, au vin, à la famille, aux enfants, au bel italien d'à coté, au meilleur shampoing, à la révolution d'Egypte, aux profitéroles, à la religion et à nos idoles.

Son attitude completement détendue, qui soupire qu'elle ne craint aucun affront, sa génerosite, physique d'abord de par ses formes généreuses et sentimentale de par la franchise de ses paroles, me toucha et me poussa, naturellement, à m'exposer (presque) autant.

On discuta pendant des heures. Et j'ai vu en elle ce qu'une femme doit être. Traditionnelle. Quoique ouverte d'esprit. Fan de cuisine. Sans que cela ne porte atteinte à son statut de femme moderne. Ambitieuse. Sans que cela ne soit une preuve d'existence. Jolie. Sans efforts. Et sans cette obsession de plaire à son mari.
J'ai vu en elle la femme subtile qui m'ensorcelle.

Et en y pensant, je réalisai, tristement, que ce qu'elle est ne devrait pas tellement me choquer. Ce qu'elle est aurait du être une banalité. Toutes nos mères le furent et le sont. Mais c'est par comparaison aux filles d'aujourd'hui, parfois anorexiques et contre la cuisine, souvent féministes et défensives que j'eus cette envie d'être une femme. Maman ou pas. Célibataire ou la bague au doigt. Carriériste ou femme au foyer. Peu importe. Tant que tout relève du choix. Du choix réfléchi, libre, indépendant.

Ni inférieure, ni supérieure. Et surtout, surtout, pas égale. Juste femme.

Parce qu'une femme, une vraie, est hors compétition.

jeudi, juin 16, 2011

Vino

Pluie, gris et tonnerre. Qu’Il fasse chaud je m’en fous… pour moi c’est l’hiver. J’annule plans et rendez-vous, ce soir je vais lire dans mon lit en pensant à vous.

Le déjeuner du dimanche fait vagabonder mon esprit. Qu’avez-vous pensé en me racontant ces conneries. Que je continuerai ma route comme si de rien n’était… ? Vous vous trompez. Parce que tandis que vous mangiez votre croque monsieur… moi je vous croquais, monsieur.

Oui, ce soir, il pleut. Je veux dormir. Pour bruler le temps. Parce qu’il fait gris et morose à en mourir. Que le temps soit précieux ne me perturbe guère. Pour moi, il ne l’est pas puisque de mon lit j’aperçois l’éclair.

Un verre de vin et un bon livre entre les mains. Un livre du siècle qui devait me voir naitre. Un livre du temps où il était bon d’être. Un livre de l’époque où je n’étais pas. Prière, ne m’en parlez pas. Je ne veux pas vous enviez pour cela.

Je déguste chaque mot. La subtilité des phrases et la légèreté des syllabes m’emportent, aidées par un rouge pourpre que je repose au niveau des hanches. Et mon imagination s’évade traversant mes rideaux moches pour retrouver notre conversation du dimanche.

Je me sens seule parce que j’ai le temps d’y pensez. Vous me manquez parce que je n’ai personne pour m’occuper. Faites gaffe et ne soyez pas dupé. Je ne pense jamais à vous durant la journée.

Messages futiles envoyés par ennui, par lassitude, par envie de jouer. Pardonnez-les. Je vous en prie. Et ne les mentionnez jamais. Ne croyez pas aux mots, ils sont souvent moins vrais que beaux. Et si je les regrettais demain… ce ne sera pas de ma faute. Mais celle du vin.

Judith

Aéroport de New York. Je m'assois au bar. Rien ne presse. Trente minutes à perdre et cela tombe bien. J'aime boire.

Judith travaille au bar. Notre conversation a commence quand elle a demande, afin de pouvoir me servir mon verre de vin, une carte d'identité. Qu'elle doute de mon âge m'a extasiée. Je me hâtai de la remercier. Elle trouva cela drole. Et de la, nos mots se sont précipités.

Elle me raconta sa vie. Ses enfants. Ses petits-enfants. Et elle a a peine quarante ans. Elle me confia qu'elle passait quatre heures de trajet par jour. Mais qu'elle ne se plaignait pas. Parce qu'elle en profitait. Pour ecrire.

Mes yeux s'écarquillèrent aussitôt. Je crois. Je l'avais senti, qu'elle avait quelque chose a raconter. Et que j'aime ecrire aussi devait nous rapprocher.

Tandis que je parlais, lui racontant ma vie à Londres, mon enfance au Liban, et l'entre-deux, elle, me regardait, la lumière aux yeux. De ce regard qui vient troubler, qui traverse la rétine de l'œil et qui s'incruste au tres profond pour lire les secrets.

Je vérifie l'heure et j'accours pour attraper mon vol. Je les rate cinq fois sur six, je devrai me dépêcher. Je dis au revoir et je m'en vais.

De mon voyage je sais ... Que je garderai cette image de ce moment anodin avec cette femme. Je n'oublierai pas Judith, ni sa belle âme. Et j'aurai du mal à expliquer pourquoi. Il y a des choses qui troublent. Et d'autres pas.

dimanche, juin 12, 2011

Il roule

En repensant à mes dernières quelques années, je réalise qu'elles ont été marquées par des péripéties accumulées. Entre le travail à trouver, le linge a ramasser, le premier amour à lâcher, les rats dans la cheminée, l'allergie cruelle qui m'a dévorée et les amitiés brisées.

En analysant chaque événement dans son individualité, je peux affirmer, sans broncher et sans vanité, que j'ai assume.

Ce qui me frappe encore, est le fait que je n'avais pas realise alors, l'atrocité du décor.

J'ai continue. J'ai double d'efforts. J'ai écrit parfois. J'ai pleuré. J'ai bu. J'ai travaillé. J'ai aimé. Mais je n'ai pas voulu laisser tomber.

Si je devais décrire ma vie aujourd'hui, avec une toute petite exagération pour faire plus joli, je dirais que c'est le paradis.

Parce que je dors tranquille sans soucis majeurs et je me réveille en priant égoïstement le Seigneur, qu'il ne me donne rien de plus. Mais qu'il ne touche surtout pas a l'amour abondant que j'ai dans le cœur.

Je repense au chemin jusqu'a ce jour. Et je réalise qu'effectivement... Il y a des jours ou l'on a la fausse impression que le monde s'écroule. Et il y a des jours ou ca roule.

J'aime qu'il roule. Vite

mardi, juin 07, 2011

Les gens bien

Si Londres me doit quelque chose, c'est peut-être d'avoir volé ma confiance innée que longtemps je vantais. Parce qu'aujourd'hui, mes relations londoniennes, et à cause de mauvaises expériences par centaines, commencent toujours par une suspicion qui me gène.
Je doute de tous et je ne puis m'empêcher de me demander, quand on m'approche, quels sont les motifs cachés et comment faire pour d'avance me protéger.
Je l'ai réalisé une fois de plus aujourd'hui au téléphone. Une panne de mon réseau internet m'oblige à appeler le procureur. Malgré ma fatigue, je compose le numéro et je tombe sur un répondeur.
Une voix de robot me propose des numéros. 1, 2 ou 3, il faut presser sur ce qui décrirait au mieux le problème à régler. Ma demande, bien sur, ne correspond à rien. J'ai toujours le problème malin.
Je patiente. De force. On me met de la musique. Horrible en plus. Ce qui, au lieu de diminuer mon angoisse, ne fait que l'amplifier. Bref. Trente minutes plus tard, une voix humaine chaleureuse et souriante (oui, une voix peut être souriante), me guide et résout le problème en une minute trente.
Evènement bête et anodin. Diraient certains. Mais je ne suis plus habituée à ce qu'on me tende la main. Et le sourire fictif et lointain, d'un étranger qui, à m'aider, ne gagnait rien, me poussa a re-réfléchir mes chagrins et me dire que même ici... Il ya des gens bien.

samedi, juin 04, 2011

Les jumelles

Pour observer toute chose, il faut prendre un peu de distance. Pour observer la lune, il faut se procurer un télescope. Il parait. Personnellement, je ne l'ai jamais essayé.

Pour regarder la télé, aussi. Il faut s'asseoir sur un canapé éloigné, avec à la main une tasse de thé (ou un whiskey).

Pour observer les gens, il faut acheter des jumelles. J'adorais faire cela quand j'étais enfant. Mon oncle en avait, des jumelles. Et je ne les lâchais jamais. L'illicité de l'action me plongeait dans les plus hystériques des éclats de rire et ma curiosité sautillait d'un objet a un autre comme dans un cirque.

Bien plus tard dans mes vingtaines, un ami sage dans ses soixantaines, me conseilla que dans la vie, il faut tenir les jumelles à l’ envers, si l'on veut supporter les gens. Je regrettai tout à coup, en acquiescant, tout le temps perdu quand j'étais enfant.

Les gens, les choses, les insectes, les paysages, les avions qui décollent, les oiseaux, les couchers du soleil, les matchs de foot, les enfants qui courent dans l'herbe, les arc-en-ciel... Tout s'apprend et se comprend quand on se pose un peu à l’ écart et silencieusement.

Mais comment se connaitre soi-même? Prisonnier de son corps quoique contraint à s'auto-apprivoiser... Je trouve la tâche ridicule et insensée.

Car dans ce cas de figure, la distance fait défaut.

Alors vous comprenez maintenant pourquoi tous les jours, dans la rue, dans la vie et dans mes mots, j'adopte un caractère nouveau.

20 ou 20 + 5

Un étranger s'installe a cote de moi. Pour faire la conversation, il me pose ces questions qui ne servent a rien. Mes années d'expérience, mon éducation, mes plans pour le weekend... et mon âge.

Comme toute femme, surtout libanaise, je me révolte d'abord - gentiment, discrètement, intérieurement - de la question indiscrète a laquelle je fais face. Puis je me résous. Et vite. Parce que je me dis que s'il juge approprie de me la poser, c'est qu'il pense que je me situe encore dans la tranche d'âge ou l'on a envie de dire... son âge.

Mais je mens. En souriant. Enfin, presque. Mais y a pas de mal a mentir quand il s'agit de ne pas vouloir vieillir. Je dis que j'ai 24 ans. Et ce n'est pas tout a fait faux. Sauf que mes 25 s'installeront pour de bon dans 5 jours, 5 jours exacts et ronds.

Mes 25 ne sont qu'un quart de siècle. Mais ils constituent, comme beaucoup de choses dans la vie, un croisement qui me pousse à m'asseoir et a réfléchir.

Parce que cet âge-la, symbolique et théorique, a toujours représente une date qui serait historique. Enfant, je voulais me marier a cet âge. Porter une robe énorme en dentelle blanche rosâtre (tant pis pour le ridicule, je serais princesse pour un jour puisque je ne le suis pas de sang).

A dix-huit, je voulais que les 25 viennent clôturer une étape d'instabilité, un bon début de carrière, un emplacement géographique déterminé, signé, choisi, ratifié. Et des amitiés inchangées.

Je voulais aussi me débarrasser de mes mèches blondes pour être plus nature, enfin accepter mes formes et mes courbures, oublier certaines blessures et savoir ce qui se dessine devant moi.

Les 25 ans sont la. Eux seuls et seulement. Parce que la robe de princesse repose patiemment quelque part dans mon inconscient. Le coin de la planète que je choisirai encore une question en suspens. Mes cheveux de plus en plus blonds et presque blancs. Mes amours parfois imprégnées d'arrogance mais très souvent en quête d'une autre chance. Mes amitiés... Ephémères. Et mes projets en perpétuel recommencement.

Et pourtant ... Je ne voudrais pas trop me plaindre pour autant. Parce que des choses, durant ces années, j'en ai fais. Beaucoup. Et j'ai même instaure une nécessaire stabilité. Car même si tout bouge autour de moi, même si je ne sais ce qui adviendra, même si mes idées sont restes a leur état de puissance sans passer a l'action, même si je ne sais pas si ce garçon est le bon... Je commence a me connaitre et ceci d'un angle plus profond... Et je snobe tours les points d'interrogation.

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jeudi, juin 02, 2011

Comme un chat

Il ya des chats domestiques. Gentils. Propres. Jolis. Polis. Bêtes.
Il ya des chats de gouttière. Sauvages. Libres. Sales. Fous. Impulsifs.

Si je devais être un chat… je serais un chat de gouttière. C’est sûr. Parce que je ne supporterais pas avoir les ongles arrachés. Ni la peau vaccinée. Ni le poil coiffé. Ni les fesses collées de force à un canapé. Je ne supporterais pas la nourriture desséchée. Ni les enfants qui cherchent à m’apprivoiser en me balançant de tous les cotés…

Oui, je serais un chat de gouttière. Libre comme l’air. Je poursuivrais les souris. Je dormirais en ayant faim certains soirs quand celles-ci se cachent dans la nuit. Je me ferais des amis. Je marquerais un territoire. Je flirterais avec le danger. Mais je serai maitre de ma destinée.

Enfin… je ne sais plus pourquoi je parle de chats.

Mon idée à la base était de parler de chaussures.

Hier, en regardant une vitrine, je fus attirée par des chaussures qui semblaient promettre effacer un bleu au cœur causé par un garçon menteur.

Bien sûr, je les ai achetées. Sauf que… je ne sais pas si je vais les porter. Elles ont un potentiel, certes. Mais leur efficacité reste à vérifier. Parce qu’elles sont fragiles. Et les choses fragiles, comme les personnes, ne doivent pas être octroyées la liberté de se ballader dans les rues encombrées.

Je les ai quand même emportées. Mes chaussures « peut-être ». Et tout au long du trajet jusqu’à chez moi, me détestant déjà d’avoir acheté cet objet inutile et arrogant (mais pas au point de le rendre…) je trouvai tout à coup une idée pas très bête si j’ose dire d’en faire usage… Usage de ces chaussures qui ne sont pas faites pour marcher.

Oui. Je décidai que je les porterai pour me ballader… De la cuisine jusqu’à la salle à manger. Elles seraient domestiques… et bêtes, mes chaussures. Comme les chats de bonne famille. Je les caresserai. Je les regarderai. Et je les poserai sur le canapé.

Pourquoi pas ? Des chaussures à talon, pour le salon…

La marge droite

J'ai postulé à un certain programme professionnel. Et afin d’être sélectionné, il faut passer quelques examens intenses qui durent toute une journee. Tout allait bien, bien sur. Il fallait parler, de soi, de l'environnement et de l’économie interne. Tout le monde le sait: de l'argumentation, je suis la reine.

Je peux convaincre quiconque de n'importe quoi. Je le dois à mes études de droit. Et peut-être à quelques gènes attrapés ici et la.

Tout allait bien, je l'ai dit déjà. Jusqu'à ce que les examinateurs sortent des cahiers d'exercice qui - apparemment - serviraient à mesurer notre logique. Le tout me révolte. La logique et moi... On fait cent.

J'essayai de jeter un coup d'œil à gauche et puis à droite en espérant récolter quelques bonnes réponses... Mais les logiciens ne sont pas aussi bêtes que ca. Ils cachent. Bien évidemment. Ou dirais-je... Logiquement.

J'aurais bien voulu faire du troc. Une bonne réponse contre une tarte aux pommes faite maison. Ou un déjeuner au bord de la rivière. Ou un bisou. Ou une prière. Ou un verre de vin. Mais les surveillants, eux aussi, sont bien malins.

Alors je me résolus à réfléchir par moi même. Déjà fallait-il localiser l'organe ou la partie du corps qui servirait a comprendre les questions données. En vain. Il fallait -entre autres- deviner, rien qu'en regardant la forme d'un chocolat dessine sur le papier, si ce dernier avait un centre dur ou moelleux.

J'inscrivis en lettres complètes et sans me soucier de la case a cocher, que je n'aime pas le chocolat. Kuching! Une réponse gagnée.

Enfin... C'est ce que je croyais. Parce qu'apparemment, le test, je l'ai raté. Logiquement.

Et ceci me pousse à "penser" (oui... l'organe, je l'ai localisé) que je préfère avoir tout faux... Qu'avoir tout comme tout le monde, gentiment coché, dans des cases prédisposées, sur la marge droite d'un cahier.

Chez soi

Quelque chose me réveille en pleine nuit. Une certaine angoisse que je cherche à identifier. Pourtant, j’ai sommeil. Et de ces heures paisibles, je devrais bien profiter. Je sors sur mon petit balcon espérant que le calme dehors et le noir de la ville m’aideraient à rassembler mes pensées et comprendre ce qui m’empêcher à me reposer.

Je comprends vite que partir de ce chez-moi que j’ai maintenant créé me plonge dans une inquiétude que je peine à maitriser. Parce que les murs, maintenant, me connaissent. Et mon lit, pourtant inconfortable et bavard, j’ai fini par l’aimer. Je m’accroche à toutes ces choses qui ont fait mes dernières années. Y compris les détails que j’ai détestés. C’est clair. Je suis mal faite. Puisque je semble ne pas savoir me détacher.

Si je dois quitter ce bout de vie que je me suis fait, par obligation et non pas par décision illuminée, je ne suis pas encore prête à quitter Richard le portier, le supermarché d’à coté, le coiffeur du coin, le boulanger qui me sourit chaque matin, le parc, ses écureuils et ses chiens, l’épicerie d’où j’achète mon pain, mon voisin bruyant qui rythme mes nuits et dont je devine chaque bruit, ma terrasse minuscule qui me berce quand je ne me sens pas bien et tous les souvenirs accumulés à travers les années qui reposent dans chaque coin… Tranquilles. Comme un volcan éteint. Prêt à ressurgir sans préavis, ces souvenirs qui me pincent parfois mais qui, parce que domptés, me font du bien.

Alors je décide de ne quitter mon espace qu’à moitié. A moitié, puisque je chercherai un autre chez-moi juste à coté.

Je commence à visiter les propriétés disponibles sur le marché. et je décide de fonder ma décision, comme toute celle que je prends dans la vie, sur les battements de mon cœur naïf et facilement épris.

Je réalise vite que mon choix est dénué de toute raison pourtant essentielle à ma décision. Parce que je cherche en observant les pièces diverses, une histoire, une promesse, une chanson.

Les pièces parfaites ne provoquent en moi aucun frisson. La moquette impeccable me laisse indifférente. Et les formes parfaites ne semblent pas suffisantes à mon abandon.

Je commence à désespérer et je décide de ne plus chercher pour la journée. Oui, je veux rentrer. Profiter des derniers instants dans ma chambre qui, elle, me comprend. Mais qui me pousser à avancer, pourtant.

J’accepte de voir, juste avant, un tout dernier appartement. La porte grinçante n’a rien de promettant. Les escaliers qui y mènent me font imaginer des jambes alourdies et des sacs encombrants. Je rentre dans la pièce, et mon cœur veut autrement.

Parce qu’il y a des endroits qui nous charment… sans que l’on sache comment. L’on s’y sent chez soi. Sans savoir pourquoi. La perfection y fait défaut. Et pourtant, je m’y vois déjà. Et j’aime presque les défauts. La cuisine me laisse imaginer du pain chaud et des gâteaux. La sérénité de l’endroit me promet, subtilement, un chapitre nouveau. Les fenêtres, grandes et imposantes, me garantissent une échappatoire nécessaire pour mon vagabondage quotidien et mes mots. Et surtout, une certaine familiarité, comme un déjà-vu que je ne saurais expliquer, me chuchote que j’y suis. Ca y est.

Choisir sa maison n’a rien à voir avec la raison. On aime. Ou l’on n’aime pas. Il ne sert à rien de chercher à savoir le comment, le pourquoi. Surtout quand on aime rêver. Comme moi. Le plus important reste de ne pas immédiatement dévoiler son affinité. Feindre l'indifférence malgré que l'on commence déjà à succomber. Il faut savoir se protéger.

S'il me ment

La diversification est un des principes premiers que l'on apprend quand on devient banquier.

Ne pas tout risquer. La version simplifiee. Parce que c'est en choisissant des produits divers et differents dans lesquels investir son argent que l'on limite le risque de tout perdre suite a un seul accident.

Et en amour, c'est pareil. Mais l'amour est pire encore. Car quoi de plus volatile qu'un etre vivant ?

Aimer, au Liban, n'est pas aussi alarmant. Parce qu'au Liban, je suis chez moi. Et on aime differemment. Sous le plafond de ses parents, dans un lit tiede et entoure de gens aimant, l'amour est diversifie. Le coeur, du coup, protege.

A mille lieux de mon lit douillet, dans un espace qui me reste etranger, dans une ville que je peine a apprivoiser, dans des rues que je n'adopterai jamais, avec lui je risque tous mes deniers.

Et le deficit du coeur est souvent difficile a combler.

Mais il ya deux destins possibles attaches a cette verite. Deux destins opposes. L'un catastrophique. L'autre feerique. Deux seulement. Tant pis s'il me ment

mercredi, mai 25, 2011

Faites gaffe

Quand je me donne a toi, tu finis par me faire mal.
Alors je pars.
Et la, je deviens faible et pale.

Parce que sans toi, je manque de vitamines.

Et j'entends dire que j'ai mauvaise mine.

Et quand longtemps privee de ton souffle sur ma peau je te revois a nouveau, je me jette a toi. Mais a peine reapparu, tu t'en vas deja.

Tu me regardes quand tu veux. Mais tu ne te laisses jamais regarder droit dans les yeux.

Parce que tu mens. Tu caches. Tu t'ennuies vite. Tu ne veux pas que je le sache. Mais je sais. Oui, je sais. Si seulement je ne t'aimais ...

Des rumeurs que mardi sera ensoleille. Mais je les ai entendues dans le passe. Je n'y crois pas, je n'y crois guere. Et puis ma peau a garde de chaque mordure une tache brune amere.

Les filles... Faites gaffe au soleil.
Moi, je vais faire pareil.
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Rien

J’aime parler. Ce n’est pas un secret. Pas des gens, mais de pensées, d’impressions, de choses abstraites et d’autres bêtes. Je me suis même souvent trouvée à discuter sans pouvoir m’arrêter avec une description très détaillée de la texture glissante et du gout sucré-amer d’un fruit d’été.

Parfois, c’est trop. Et il faut me le dire. Je m’arrête illico.

Pour une personne qui aime discuter, je n’arrive pas à analyser et à comprendre, dans le but de la surpasser, mon inaptitude à faire la conversation à mes collègues au bureau, à huit heures du matin ou à un étranger.

Et je décidai d’apprendre.

Alors je me fixai comme première étape de mon apprentissage, celle d’écouter ce que font les autres, les professionnels du bavardage. Je crée dans ma tête un bloc note fictif dans lequel je fais la liste des sujets récurrents. Le temps. Les vacances. Le temps. Le weekend. Le temps. Le nouveau projet hit du bureau. Le temps. Le nouveau CEO. Le temps…

Il n’est pas difficile de remarquer que le sourire qui se dessine pour rester tout au long de la conversation est faux. Les émotions font défaut. Et tout le monde le sait. C’est une convention tacite de se sentir obligé.

Alors je décide de laisser tomber. Pour le bavardage inutile, je ne suis pas née. Et quand on me demanda ce qui se passait de nouveau dans ma vie, ce matin, je répondis, sans le moindre sourire, qu’il ne se passait Rien.



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vendredi, mai 20, 2011

Faux mariage

Ce soir, je suis invitée à un mariage. Et rien qu’à y penser, je m’extasie déjà. J’aime les mariages. Les fleurs. Les beaux habits. La musique. Les gâteaux. La competition acharnée pour attraper le bouquet. Le bonheur presque imposé sur les invités. La robe blanche. La dentelle. Le rêve de princesse qu’ils provoquent. L’amour, le vrai. Enfin, c’est ce que j’aime à imaginer… Et surtout les papillons dans mon ventre que je peine à contrôler.

Sauf que le mariage auquel je suis invitée, n’est pas un mariage pour de vrai. C’est plutôt une répétition, une préparation au grand jour, où les invités devront jouer leurs rôles propres et déterminés, lire leurs discours, sourire, boire, danser… Pour enfin, le jour vrai, tout recommencer.

Et l’idée me laisse bouche bée. Parce que si je devais me marier, je le ferais de facon spontanée. J'accepterais qu’on critique le menu. Cela permettrait peut-être à la robe d’échapper. Je permettrais les erreurs. Et les fautes de style. Et l’oncle bavard. Et la chaleur. Et les quelques verres de trop. Et une panne d’ascenseur…

Les mésaventures ont un pouvoir ironique de subsister dans la mémoire et ressurgir du passé. Les accidents anodins et les faux pas forment les fous-rires des déjeuners. Même des années après…

Je n’aimerais pas, ma vie, contrôler. Je n’aimerais pas non plus le conte de fée. Ce qui rend la vie délicieuse, sont les actes manqués… et tout ce qui vient après.

jeudi, mai 19, 2011

Le mec bien

Je le regarde, mi-ennuyée, mi-jalouse. Comment se fait-il qu’un homme soit plus ordonné que moi ? Comment a-t-il appris ? Et d’où vient-il ? Il est beau. Propre. Il sent bon. Un peu trop bon ….

Chez lui, c’est blanc. Tout blanc. Les fleurs datent, au plus, de cette après-midi. Elles sont blanches aussi. Et bien jolies. Le plancher est luisant. De son regard-tonnerre qui fixe mes bottes salies par la pluie, je comprends vite qu’elles doivent rester dehors. Tant pis.

Au menu, des sushis. Et la musique est classique. Il chuchote. Je regarde autour pour vérifier si quelqu’un nous écoute. Mais non… C’est juste sa facon de parler. Ca fait plus poli, il parait.

La table est parfaitement dressée. Et la moquette immaculée. Une bougie brule doucement en arrière plan. Quelques statues ajoutent de la profondeur au silence pesant.

La conversation est formelle. Les mots sont bien choisis. Dans ma tête, je pars. Je rêve du bordel. D’un cri.

Tout ce que je dis le choque. Ma maladresse se marie mal avec l’endroit. Mes commentaires sont tantôt hors sujet, tantôt exagérés. Mon téléphone qui sonne (apparemment) très incrustant. Mes rires bizarres et mon manque de culture indignant.

Chez lui, c’est beau. Il ya ce qu’il faut. Des fleurs, des bougies, des bibelots.

Chez moi, par contre, c’est la vie. Du bruit, des fous rires et un vieux tapis. Dans l’évier, une tasse de café à moitié consommé. Sur le mur, une trace de vin du jour où la bouteille a explosé. Mon lit, toujours défait. Les fleurs, fanées.

Chez moi, on se dispute, on boit, on rit. On salit. On vit.

Chez moi, les objets sont désuets. Et c’est la preuve que j’ai existé. Oui, mon tableau cassé raconte une histoire. Il me parle quand je suis seule le soir. Et me fait sourire des souvenirs qu’il a su tendrement tenir.

Je l’aime bien, le mec bien. Mais je ne le reverrai point. J’aurai trop peur de casser un verre en cristal. Je préfère les fous rires au grand bal.

jeudi, mai 12, 2011

Je crois en Rien

Il y a ceux qui croient. En Dieu, en une vie au-delà, en un renouvellement, en un sens a la vie, a un message.
Il ya d'autres qui ne croient pas. Ou plutôt si. Ils croient. En rien.

Ma mère fait partie des premiers. Et elle a essayé tant bien que mal de nous communiquer sa foi inébranlable. Ses idées incontestables. Et sa croyance en un Dieu suprême, bon, grandiose, véritable.
Mais elle nous a fait non influençable. Et pendant que l'on recherchait par nous-mêmes nos propres vérités, elle priait pour nous tous les dimanches soir, pour que Dieu pardonne nos pêchers.

Mon père, lui, fait partie des seconds. Il ne croit en rien. Mais il croit en l'homme. En ses pouvoirs. En ses capacités. En son devoir. En la société. Il nous recommanda d'êtres honnêtes, fideles, charitables, bons, déterminés. Et je crois que nous l'avons (le plus souvent) été.

Personnellement, je ne suis sure de rien. Croire sans le moindre soupçon ne m'a pas été octroyé. Je questionne la vie. Et ces questions transcendantales qui me dépassent finissent toujours par la même conclusion. Celle de l'impuissance de mon pauvre cerveau de comprendre le fonctionnement du monde, du laid, du beau.

Mais je crois en un sens. Un sens comme direction. Et un sens comme signification. Car il n'est tout simplement pas possible que l'amour, les mères, les mers, le bon, l'amitié, les oiseaux, les couchers du soleil, les fruits, l'amitié soient nés du néant. Et y retournent. Il y a quelque chose. Mais je ne sais pas quoi encore.

Et je pense à ceux qui vénèrent le rien. La logique. La science. Les formules mathématiques. Les calculatrices. L'existence de l'homme ex nihilo. Nada. Nothing. Et ils me rappellent ces autres qui disent fièrement qu'ils ne font confiance a personne. Par peur d'être déçus. Par précaution. Pour éviter les illusions déchues. Et les bleus aux cœurs. Et les trahisons. Et les rancœurs.
Ceux-là, derrière leur bouclier en fleur et leur fausse insensibilité, puisque si inquiets d'être blessés, ne sont-ils pas les plus croyants des croyants?

Personnellement... je préfère payer le prix de mille déceptions. Pour un seul abandon.

samedi, mai 07, 2011

Aimez-vous voyager?

J'aime voyager. Et je n’hésite pas à le faire. Parfois pour de vrai. Et parfois, comme le petit prince je profite pour mon évasion « d’une migration d’oiseaux sauvages ».

Le voyage, depuis ma tendre enfance, je l’ai apprivoisé. Peut-être grâce à – ou à cause de- la relation intime qu’entretient mon père avec les étoiles. Le voyage ne représentait du coup aucun danger. Puisque je savais que mon père pouvait partir en Afrique et revenir quelques jours après.

J’ai du coup perdu le sens des distances. Les pays, je les tutoyais tous. Je pouvais en réciter les capitales. Et je les connaissais déjà de part les trésors que mon père nous ramenaient, et que nous attendions impatiemment à quatre assis sur le sol et que nous accueillions avec des battements de cœur, des soupirs d’exclamations, et des yeux grands et ronds. Le moment de l’ouverture de la valise nous faisait vite oublier la douleur de le voir partir. Et on y trouvait des colliers en perle du Madagascar, des nappes brodées en fil fin du Sri Lanka, du fromage et des livres de la France, du thé de l’Angleterre, des délices de la Turquie et des saucisses d’Allemagne.

Et grâce à (ou à cause de… encore) mon père, j’ai voulu aussi partir. Partout. Découvrir, sentir, voir, toucher, rencontrer, apprendre, partager et revenir… pleine de souvenirs. D’histoires à raconter. Et un peu changée. J’ai eu la chance de pouvoir déjà enfant découvrir beaucoup de pays. Je me souviens d’une ballade sur le dos d’un éléphant, je me souviens de la langue d’une girafe, je me souviens d’une glace géannnnnte à Rome, je me souviens de vitrines en couleur à Milan, je me souviens de beaucoup de parcs d’attraction, je me souviens d’un cerisier, d’une course à vélo, de chevaux… Tu comprends papa que ce n’est pas de ma faute si je suis maintenant avide de changement et un peu… sauvage. Qu’est-ce qui pourrait bien m’effrayer puisque tu as choisi les cieux pour te balader ?

Mais les voyages ne sont pas tout le temps agréables. Parce qu’ils sont parfois gâchés par une allergie au climat exotique, par une soirée un peu trop arrosée qui se termine par un sommeil – comment le dire …. – bouleversé, par un vol à main armée, par une dispute avec notre amoureux/ compagnon de route ou par une pluie inattendue.

Ceci dit… même les plus mauvais voyages font les plus beaux souvenirs. Parce que la soirée arrosée, aujourd’hui, j’en ris. Et croyez-moi, j’en riais pas du tout… alors. La pluie, maintenant, je m’en fiche. Et le vol à main armée ne m’effraie plus. Le souvenir des voyages est toujours agréable. Il est même plus délicieux que le voyage en lui-même. Parce que la mémoire a le pouvoir d’embellir le passé, et de nous faire sourire de tout, même des mauvaises expériences.

Et ceci me fait penser…. Que le voyage est en cela un peu comme l’amour. Non ?

vendredi, mai 06, 2011

Je crois que je l'aime

Il m’est arrivé de la détester. De la détester au point de la refuser. Mais mon refus était voué à l’échec. Parce qu’elle était partout. Et je ne pouvais m’en échapper. Par manque de courage. Par besoin d’appartenance à la société. Par clairvoyance… puisque je savais qu’elle allait toujours gagner. Et qu’il ne servait à rien d’épuiser mes forces dans un combat perdu d’avance. Elle était plus forte que moi.

Il m’arrivait aussi de l’aimer. Même plus. De l’adorer. Parceque je ne ressentais pour elle que des sensations exagérées. Ce qui est typique à toutes les relations passionnées, démesurées, insensées.

Et je lui en voulais. Pour tout. Pour rien. Je lui reprochais de ne pas être à la hauteur de mes expectatives. Que ces dernières soient déraisonnables m’important peu. Je la mettais sur un piédestal. Et tout me décevait.

Je ne la comprenais pas. Elle pouvait me combler d’émoi. Et puis tout effacer par une pluie de larmes qu’elle provoquait et par un plaisir de faire du mal que je lui devinais. Mais elle était belle. Elle pouvait être chaleureuse des fois. Surtout le mois de juin. Et se distingue par un style classique que je lui envie.

Il y eut quelques rumeurs, à plusieurs reprises, qu’elle souffrait de problèmes de santé et qu’elle vivait ses derniers jours. Ces murmures me déchiraient. Même les jours où l’on était pas tout à fait connectée. Mais elle subsistait… Encore. En perpétuel commencement. En éternel renouvellement. Et je me fis à l’idée qu’elle est comme ca, lunatique, exagérée, impulsive, réactive, extrémiste… comme moi. Elle est instable, comédienne, surprenante, ironique, douloureuse parfois, déchirante souvent, mais belle, si belle, pleine de charme, qu’elle soit en fête… ou en larmes.

Oui, je l’aime. Même si je l'ai détestée. Je ne puis que l’aimer. Je lui ai écrit, tant de fois. Je l'ai observée. Je l'ai pensée. Et je l’ai trouvée, le plus souvent, tout simplement délicieuse. Parce qu’elle ne cessera de me surprendre. J’aime la vie. Parce que maintenant je la prends comme elle est. Et à ses humeurs, je me suis habituée. Et puis je sais qu’en fin de journée, elle plonge dans un sommeil qui me ramène la sérénité. Après tout, la vie et moi, maintenant, on s'entend plutot bien.




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mercredi, mai 04, 2011

La jeunesse

La jeunesse est un pouvoir. Parce qu’elle octroie la force, l’ambition, le rêve, le sourire malin, le charme, le corps, la soif de vivre, celle d’apprendre, l’amour encore innocent, la découverte et les matins violents, le beau, le pur, le frais, l’énergie, l’optimisme, la persévérance…
Mais la jeunesse porte aussi en elle sa faiblesse. Parce qu’elle est imprégnée d’arrogance. Parce que l’on est jeune, l’on a tendance à croire que l’on peut changer le monde. Mais on finit souvent, alternativement, par changer d’avis, simplement.
A vingt ans, on se trouve plein de défauts. Le corps est un fardeau. On se sent moche, mince et puis tout à coup trop gros. Les ambitions se bousculent. Le choix des études nous inquiète. Celui de la carrière, ensuite, rend nos nuits autrefois sereines toutes blanches. L’amour est un point d’interrogation. Et nos aventures amoureuses s’achèvent souvent en déceptions.
Le premier baiser s’efface en laissant dans la bouche un gout amer. On laisse passer le temps. Mais petit à petit l’étincelle dans nos yeux encore innocents s’éteint. On grandit. Le corps surtout. La peau aussi. Le cœur, pas toujours. Et tant mieux.
Le mariage flirte avec nos pensées. On tente de l’ignorer. Imbu de modernisme, on prétend souvent, surtout nous les femmes, qu’il ne passe pas en premier. On étudie, on travaille. On respire l’indépendance. On paie le loyer. Mais secrètement, en fin de soirée, on rêve de prince charmant et de bébés.
Le matin dans le métro, on se demande ce qu’on fait. Dans ce pays étranger. Dans cette tour qui n’a rien de glamour. Et pourquoi tous les efforts accumulés nous ont menés si loin de notre moteur premier. Et où la passion noble du départ, en chemin, s’est évaporée.
La jeunesse est ponctuée d’incertitudes. D’incertitudes qui semblent vouloir rester. Et plus on essaie d’apporter des réponses à nos questions souvent transcendantales, plus les questions se multiplient. Certains réfléchissent et se retrouvent malheureux. D’autres noient leurs angoisses dans les soirées avec des copains de passage, dans l’alcool et dans les aventures sans lendemain. D’autres refoulent. A demain.
Moi, je pense. A tout. A rien. Tout le temps. Et je crée tantot une profonde tristesse et tantot un bonheur inexplicable selon l’idée qui me traverse. Aujourd’hui, une pensée a fait que tous mes soucis se sont évaporés. Pour de bon je crois… enfin je ne sais pas.
J’ai réalisé ce qui pourrait être pour d’autres l’évidence même. Mais ce qui ne l’était pas pour moi. J’ai réalisé que la jeunesse passe toujours. Elle n’est qu’une étape précaire qui s’évaporera un peu trop vite. Oui. Elle passe toujours. Et autant en profiter.


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mardi, mai 03, 2011

J'appartiens

Il parait que ceux qui font face au choix de partir ou de rester sont mus par deux besoins différents, souvent complémentaires, parfois opposés, parfois confondus, parfois abstraits, le besoin d’appartenance et le besoin de liberté.
Certains veulent appartenir à leur cité. Ils veulent connaitre ses rues, son boulanger. Ses églises. Ses mosquées. Ses écoles. Ils veulent parler la langue dont ils raffolent. Côtoyer les filles du village. Passer les dimanches en famille. Faire des enfants pour qu’ils grandissent comme eux ont grandi. Dans les bois et la prairie. Mettre l’enfant rebelle chez sa grand-mère. Pour qu’elle le gâte et lui raconte la jeunesse de son père. Retrouver leurs amis d’enfance dans le bar d’habitude. Conduire et haïr l’embouteillage et les bouchons. Regarder le journal de vingt heures. Insulter la politique des dictateurs. Se dire qu’ils quitteront ce maudit pays à jamais. Et remettre le projet… à plus tard. A demain. A jamais.
A leur pays. Ils appartiennent.
D’autres préfèrent le sentiment de liberté. Non. Je corrige. Ils ne le choisissent jamais. Car la liberté n’est pas un choix. La liberté n’est même pas un besoin. Elle est là. Elle existe. On veut la chasser parfois. Mais elle subsiste.
Ceux-ci ne sont pas plus chanceux. Ils naissent avec dans le regard comme un éclair malicieux. Ils prennent des risques. Ils respirent le changement. Ils se lassent vite. Ils rêvent d’océans. Souvent, ils veulent être Chateaubriand. Ou rien. Leurs ambitions les dépassent. Ils se foutent des autres. Ils se moquent des lois. Ils souffrent sans cesse de leur médiocrité. Une médiocrité fausse et exagérée qu’ils s’attribuent de façon erronée parce qu’ils sont juges sévères de leur propre destinée.
Ils courent les bois. Se blessent les doigts. Se font des cicatrices aux genoux. Ont souvent la dent de devant cassée à moitié. Réparée de justesse chez le dentiste du quartier. Ils veulent plus. Mieux. Encore. Plus fort. Plus intense… et s’enivre de l’excès.
J’ai toujours fait partie de ces derniers. J’ai voulu m’évader. D’abord dans mes rêves quand le voyage n’était pas encore une possibilité. Ensuite dans les mots quand j’ai découvert le plaisir de matérialiser par le langage des idées insensées. Puis à travers l’amour, l’amour comme idée. L’amour devait exister. Quitte à le créer.
Je devais être libre. Et le voyage m’a enfin été possible. Je me suis alors perdue dans les rues d’une ville qui ne me connaissait pas. Aux églises fermées au public. Aux enfants sans grand-mères. Aux routes parfaites sans embouteillage. A la langue étrangère. Au journal qui m’indiffère. Aux villages citadins. Au peuple anodin.
Le plaisir fut davantage sublimé par le fait que le voyage ne m’a pas fait pour autant perdre mes autres libertés. Les mots. Les robes. Les rêves. L’amour.
Aujourd’hui dans l’avion entre le Liban qui m’habite et Londres que j'habite, à mi-chemin entre l’éveil et la rêverie, je me demandai soudain, comme une question brutale qui ne m’avait encore jamais effleuré l’esprit, si j’avais vraiment été esclave de mon besoin avide de liberté au prix de l’appartenance.
Je vécus quelques secondes de tourment.
Quelques secondes seulement.
Car je réalisai vite que la liberté, la vraie, n’était pas à une frontière liée. Que ma liberté, à moi, je ne l’avais jamais créée. Elle était là. Née le même jour que moi. Du ventre d’une mère aussi audacieuse que moi. Et qu’elle n’avait pas été accrue dans une rue de l’Ouest de Londres.
Et surtout… surtout… que l’appartenance, elle, persistait toujours… et encore… parce que mon appartenance n’est pas à un pays. Elle n’est pas à mon groupe d’amis. Et mon appartenance, j’ose avouer, n’est même pas à ma famille. Même si je la lui dois.
Mon appartenance est à une chose belle et abstraite que j’emporte partout et qui ne pèse presque pas. Elle est à mes principes. A mes valeurs. A l’amour dans mon cœur. A mes rêves grandissant. A mes déceptions que je porte fière comme un tatouage sur la peau sous des soleils brulants. Mon appartenance est à une idée. Un rêve. Une identité. Que nulle mer ne saurait effacer.

dimanche, avril 17, 2011

Je t'interdis

De lui voler ses rêves parce que tu as perdu les tiens.
De lui promettre des choses que tu ne tiendras point.
De partir et de revenir sans cesse, pour t’assurer que son cœur à petits feus s’éteint.
De rire de ses projets quand les tiens ont échoué.
De lui dire que tu es trop jeune alors que mon père à ton âge avait quatre enfants.
De lui permettre de t’oublier mais de ressurgir quand elle rencontre un homme charmant.
De faire en sorte qu’elle te croit à nouveau. Et de repartir quand c’est chaud.
De lui faire dire que ses plans de famille sont exagérés.
Alors qu’il est plus que normal qu’une femme ait envie d’un bébé.
De l’appeler quand tu t’ennuies et de la laisser tomber quand elle a peur dans la nuit.
De bruler ses années, et de lui donner de fausses idées.
De détruire sa jeunesse et de la faire vivre de tes fausses promesses.
De l’embrasser, de la serrer, de la toucher. Puisque tu ne mérites même pas qu’elle t’accorde une pensée.
De la faire douter de ses capacités. Et de lui avancer que tu es à son existence sacré.
De lui faire croire que sans toi, elle ne pourrait pas faire face à ce monde. Quand ton inutilité est immonde.
De la salir par ton regard ingrat et ton complexe d’éternel enfant. Puisque cette fille est un diamant.
De l’emprisonner dans une bulle d’illusions. Puisqu’elle est trop fragile pour émettre un son.
De vouloir la posséder. Alors qu’elle n’a jamais pu te réserver pour une soirée.
De prétendre l’aimer. Quand tu ne lui donnes pas la sécurité.
De la faire frémir, rougir, gémir. Et puis de partir.
Je t’interdis. Parce que tu es un lâche, un échec, une farce.
Et elle se caractérise par sa grâce.
Je t’interdis. Puisque tu n’as pas su l’apprécier. Alors qu’elle t’offrait le monde entier.
Je t’interdis. Alors va-t-en. Choisis ta route. Bon vent.
Laisse-la dans les bras de celui qui, en se réveillant, remercie Dieu de l’avoir acquis.
Même si une femme comme elle, on n’acquiert jamais vraiment.
Mais on sait que son sourire rend vivant.
Je t’interdis de revenir. Même si cette fois-ci ton mot tu voudrais tenir.
Puisque tu l’as rarement fait sourire.
Je t’interdis.
Parce que je la vois heureuse, accomplie.
Et puisqu’elle a réalisé qu’elle n’a jamais eu besoin de toi dans sa vie.
Enfin… je te remercie.
Puisque grâce à toi elle a appris…
Sa vraie valeur. La capacité de son cœur.
Son courage. La possibilité d’un beau voyage.
Et sa liberté jamais par toi aliénée.

Le bateau

C’est un garçon de 5 ans. Beau comme tout. Les yeux chinois. La peau arabe. Né d’une histoire d’amour entre une chinoise et un jordanien. C’est le fils d’un collègue. Il vient souvent au bureau. Quand il est en vacances et que personne n’est à la maison pour le garder.
Il est mignon. Et son imagination me dépasse. Quand il vient, je laisse tout. Et je l’invite à passer la journée à mes cotés. Devant quelques crayons de couleur et une feuille en papier, il peut rester des heures sans parler.
La première fois, il m’a offert un joli dessin. Celui d’un avion qu’il a appelé « Air world ». Parce que son ambition dépasse la frontière d’un Etat, et né d’un mélange qui sort du commun, il a trouvé tout naturel que son avion ne soit incorporé dans aucun pays. Les mélanges font de beaux enfants.
La deuxième fois, c’est un bateau qu’il a voulu dessiner. Un bateau luxueux de cinq étages. Je regardai du coin de l’œil en travaillant la progression d’un dessin exquis qui me marqua par sa précision. Et chacun des étages représentait ce qui touchait ses cinq petites années.
Le premier étage était occupé par une piscine. Une piscine divisée en deux couleurs. Mais il se hata de me corriger. il y avait deux tons de bleu. Et non pas deux couleurs. Le garcon aime les bonnes définitions. Un bleu foncé. Et un bleu clair. Pour illustrer le coté profond, pour les grands, et le moins profond, son océan.
Le deuxième contenait 3 lits. Le sien. Celui de sa mère. Et celui de son père.
Le troisième était meublé d’un canapé « en cuir » ne manqua-t-il pas de souligner, d’une console de jeux vidéo et d’une télé.
Le quatrième étage était fait pour manger. Un restaurant chinois qui offre du riz et du soya. Et un restaurant libanais… pour le houmous.
Le cinquième, bien sûr, était la cabine du capitaine. Et le petit y dessina deux lits. Deux lits, pour deux capitaines. Je trouvai cela etrange mais il m'expliqua, exacerbé par ma compréhension lente, ce qui lui sembla simplicité évidente: au cas où l’un deux aurait sommeil. Décidément... Il pense à tout.
Il me tendit le dessin pour que je l’accroche sur mon panneau à coté du premier. Et je pensai tristement que je ne savais toujours pas un soleil dessiner… il me fit un bisou qui m’attendrit profondément dans cette ville où les affections vraies manquent vraiment.
Mais il revint en courant. Et il retira son dessin avec une agitation et une frayeur que je ne lui reconnaissai pas. Je croyais qu’il allait me le reprendre, son bateau. Alors que je m’appretais déjà à une belle croisière dans le pays des enfants. Mais il me réconforta vite en me disant qu’il avait oublié le plus important… le moteur. Pour que son bateau puisse aller dans les mers et leurs profondeurs. Bien sûr.
Il l’accrocha ensuite. Satisfait que sa mission était maintenant accomplie. Et il s’en alla. J’eus droit à un second calin et j'en profitai pour le serrer dans mes bras.
Il repartit et il me laissa seule avec mes pensées. Si je dessinais un bateau de cinq étages, qu’est-ce que j’y mettrais ? Et pourquoi les priorités de mes vingt et quelques années n’étaient pas aussi claires que celles d’un petit bonhome aux traits singuliers ? Une console ? une télé ?
Mais je me consolai à l’idée que le problème ne pouvait pas se poser. Parce qu’un bateau… je ne saurai jamais dessiner.

vendredi, avril 15, 2011

Le pain s'il vous plait!

Mon corps et moi, depuis quelques temps, ca va. Je ne sais pas combien je pèse. Je n’ai pas de balance. Mais chaque matin, je sais. J’ai soit le poids A, soit le poids B. C’est-à dire que je me sens soit lourde soit légère et je choisis mes aliments de la journée en fonction de A et B. Il n’existe pas de sous parties, de nuances, de subtilités. Et c’est pour cela que de ma balance je me suis débarrassée. Quand j’arrive à enfiler mon jeans adoré… c’est que rien ne mérite une attention exagérée.

Je l’avoue… Il fut une période de deux ou trois années où je fus obsédée. J’étais même allée jusqu’à compter les calories dans une tranche de pastèque. Et je puisais toute ma confiance dans les kilos perdus même si j’avais du coup fait disparaitre avec mes seins et mon cul.

Maintenant… ca va. Très bien même. Je mange. Je bouge. Et je m’aime. J’ai aussi réalisé que c’est aux hommes que je veux plaire. Non pas à mes copines squelettiques souvent célibataires. Et un homme, un vrai, aime qu’il y ait un peu de… chair.

Hier soir, j’ai diné avec un ami. On se voit de temps en temps pour un catch up en fin d’après-midi. J’ai vite opté pour mon restaurant préféré. Parce qu’on y offre du pain aux raisins chaud et du beurre enroulé dans un papier. Mon ami décide de demander au serveur de ne pas servir le pain. Parce qu’il est au régime et il a supposé qu’une fille mince n’en mange point.

Mais une fille mince en mange mon ami. Et elle choisit son propre destin. Elle aime le pain. Elle respire. Elle transpire. Elle parle. Elle réfléchit. Elle a envie. Ou pas. Et elle est vivante. Elle ne commande pas toujours une salade verte. Non, elle n’est pas très chiante. Elle est même souvent carnivore… Et se priver ne fait pas partie de ses forts.

Elle aime la glace à la vanille, les macarons à la pistache, les hamburgers juteux, le fromage, les frites, la mayonnaise, le coca light, le pain, le beurre, le vin, les hommes mais les vrais, ceux qui reconnaissent une femme (...mais une vraie) et qui lui laissent assez de place pour exister.

Maitre... Le pain, s’il vous plait!

mardi, avril 12, 2011

The tube guy (ou le beau du métro)

La toute première fois que je l’ai vu, j’étais mal habillée. Collants déchirés, cheveux frisés et ballerines par la pluie décollées. Alors… je me suis cachée.

Il m’a plu. Il était beau. Il m’avait l’air arabe. Et j’aime ca. Brun. Ténébreux. Cerné. Les cheveux en arrière. Le costume impeccable. Un peu maladroit. A moitié endormi. Parfait pour moi.

Je remarquai sur son manteau bleu marine une tache de poussière blanche. Et je mis tous mes efforts au travail pour me retenir de ne pas commettre le crime d’essayer par une caresse involontaire de la faire disparaitre.

Il descendit à la même station que moi. Il était banquier. C’était maintenant vérifié. Je le vis s’éclipser et je regardai ma montre pour essayer de faire en sorte de le recroiser. Et très prochainement.

Les quelques jours d’après, je me fis belle. C’est-à dire que je me réveillai un peu à l’avance pour mettre un effort supplémentaire dans le combat journalier entre le séchoir et mes mèches rebelles.

Je le revis un jeudi. Et il me sourit. Enfin. Je crois. C’est difficile à dire quand on est plus de mille collés dans un wagon matinal. Mais j’aime à penser que c’était moi qu’il regardait.

Toute la journée, son sourire ne m’a plus quittée. Je m’amusai à deviner ses origines, son quartier, son prénom, ses secrets.

Je décidai alors de lui parler, la prochaine fois qu’on se reverrait. Parce que cette coïncidence allait se reproduire. Nos horaires étant apparemment synchronisés.

Et je le revis. Je sautai sur l’occasion pour provoquer un échange de paroles anodines. Au moment de la séparation, il demanda mon numéro de téléphone. C’était gagné.

Ce même soir, mes copines ont vite deviné dans mes yeux grands et bêtes qui ne savent rien cacher que j’avais une nouvelle à partager. Après une séance de fous rires sur mes aventures ringardes – qui ne manqua pas de m’exacerber- elles s’amusèrent à deviner la date et l’heure auxquelles il allait appeler. Eliminant du coup la possibilité qu’il ne m’appelât jamais.

Elles étaient toutes d’accord sur le fait qu’il allait faire passer deux jours. Deux jours pour éviter de passer pour un désespéré. Mais pas plus, pour ne pas donner l’impression qu’il aime jouer. Elles me réconfortèrent aussi à l’idée qu’à une fille comme moi…. On ne pouvait résister.

Je rentrai du diner flattée, sûre de moi, confiante et convaincue que le tour était joué. J’avais bien fait. Je pensai aussi a la tenue du premier rendez-vous officiel en dehors du métro. Je mettrai un jeans – une robe ca ferait trop – et des stilletos.

Cette histoire remonte a quelques semaines. Non… il n’a toujours pas appelé. Il a même dû changer de trajet. Merci les filles. Vous êtes gentilles. Et vos théories sont jolies. Mais le mec s’est enfui.

Tant pis !

Le prochain? C'est lui.

Salade de fruits

Je n’aime pas la salade de fruits. Parce que les bananes deviennent rouges. A cause des fraises. Les fraises deviennent plus acides. Les oranges – bizarrement- gardent leur saveur. Les pommes s’assombrissent. Et quand on y met du melon… c’est raté pour de bon. Tout devient melon. Et je déteste le melon.

La salade de fruits me rappelle les travaux en groupe. J’ai toujours été critiquée, au travail comme à l’université, de ne pas savoir travailler en équipe. Parce qu’apparemment, soit je m’impose, soit je disparais… dans mes pensées.

Aussi, je n’ai jamais fait partie de quoi que ce soit. Ni de partis politiques. Qui me repoussent. Ni d’organisations charitables. Qui m’indiffèrent. Ni de réseaux sociaux. Salut.

Attitude fan. Mission troupeau. Union. Collaboration. Discussion. Peut-être. Mais je n’y crois pas. Je préfère travailler tranquille chez moi. L’écriture est une passion solitaire.

Je ne crois pas en la mise en commun. Il ya certains qui travaillent plus. D’autres qui font semblant d’avoir participé. Il ya ceux qui parlent fort. D’autres qui essaient d’exister. Il ya des menteurs. Et des alliés. Il ya un leader, souvent trop con… et il ya des masses qui acquiescent à chacun de ses sons. Il ya des efforts non rémunérés. Et du crédit faussement attribué. Un résultat hétérogène est créé. Et le délai est souvent dépassé.

Égoïste. Individualiste. Introvertie. Peut-être. Merci. Je préfère croquer une pomme verte. Ou déguster une banane à la couleur parfaite. Parce que si je n’aime pas la salade de fruits… c’est que j’aime beaucoup les fruits.



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dimanche, avril 10, 2011

Adriana

Ils se sont rencontrés à Zurich. Elle y travaillait. Et lui, lui était là-bas pour le weekend. Ca s’est vite passé. Le courant d’abord. Puis les mots doux à l’oreille. Un verre de champagne. Des sourires timides. Un rendez-vous le weekend d’après.

Elle n’était pas sûre qu’il reviendrait. Toute la semaine, elle appréhendait le vendredi. Elle le voulait autant qu’elle le craignait. Mais il revint. Comme promis. Le sourire au visage et une fleur à la main. Les weekends comme celui-là se succédèrent. Vite, elle bougea à Londres. Elle se voyait déjà mariée à lui avec deux gosses dans le salon et un dans le ventre.

D’abord c’était génial. Elle trouva un job à canary wharf. Elle s’installa, se fit quelques copines dans le quartier, elle acheta de nouvelles serviettes, un vase pour mettre des fleurs et un livre de cuisine. Elle rencontra ses parents. Sympas, rien de plus. Sa sœur, qui se prend pour une petite princesse, un peu moins. Mais ca va. Le bilan total était plutôt positif.

Elle cuisina de bons petits plats. Il devenait de plus en plus occupé. Et elle de plus en plus triste. Souvent les vendredis soirs, il voulait lire plutôt que la voir. Et elle sortait souvent, parfois avec moi, et parfois avec d’autres que je ne connais pas. Il ne lui demandait jamais où elle a été. Il s’en foutait déjà.

Elle essayait de lui en parler. Souvent. Mais il était toujours occupé. Elle organisait des weekends en amoureux, des diners sur la terrasse, des escapades à deux, elle faisait de la glace.

C’était mort. Elle le savait. Elle décida de bouger. Elle est italienne et ses réactions sont parfois exagérées. Il n’a pas tout de suite remarqué. C’est un homme sérieux … très très occupé.

Un jour, il rentra de bonne heure. Le vase était vide. La cuisine silencieuse. Le séchoir manquait du plancher. Les rideaux étaient bien fermés. Elle était partie. Il voulut la rattraper. Mais il était déjà trop tard. Elle avait déjà payé six mois d’avance pour un nouveau loyer. Il essaya de l’appeler. Mais elle était, à son tour, devenue très occupée…

A faire ses ongles.

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vendredi, avril 08, 2011

Tomato Soup

Tous les jours à midi, et depuis le premier jour de travail il ya un an, j'ai mangé la même salade. Laitue, tomate, poulet, parmesan et pistaches. Jusqu’au jour où, pour une raison qui me reste étrangère, je ne voulus plus en entendre parler. Je me sentis complètement déboussolée et pas encore prête à la laisser tomber. Mais la réalité a fini par s’imposer, je ne l’aimais plus et c’était un fait. Je décidai alors de trouver autre chose à manger.

On me conseilla la soupe tomate. Mais je n’aime pas les soupes. Et les tomates m’indiffèrent. Pourtant j’optai pour ce choix. Puisque rien ne me tenta vraiment. A ma grande surprise… ce fut un délice. D’abord, la chaleur du pot entre les mains. Ensuite, l’odeur des herbes, des épices, du vin. Et la couleur, orange (et pas rouge…) qui indiqua subtilement une touche de crème pour le plaisir de la langue et du palais. Et enfin la texture, parfait juste milieu entre une consistance liquide/ennuyante et une consistance visqueuse/écœurante. C’était juste parfait. Bien meilleur que ma salade vite oubliée/remplacée. Tous mes sens étaient satisfaits.

Ma découverte allait durer. Chaque jour à midi, jusqu’à la fin de mes jours. Parce que je n’ai pas l’amour civilisé. J’aime l’excès. L’overdose. J’irai la chercher et si par malheur on osait m’annoncer qu’elle avait été du menu ôtée, j’arrêterai de travailler.

Puis une idée vint me perturber… mon amour devrait être sauvegardé. Et pour cela, je devrais peut-être modérer la consommation. Pour faire en sorte que je ne m’ennuie jamais. Pour établir une relation stable et à longue durée. Pour ne pas voir l’amour finir. Et éviter de la vomir. Comme je t’ai vomi à toi. Autrefois.

Mais je ne sais pas ...
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jeudi, avril 07, 2011

Ipod

Je déteste perdre des choses. J’attache une importance particulière aux objets de tout genre. A mes sacs, mes chaussures, mes lunettes, ma télécommande, mon vernis, mon téléphone, mon petit carnet, mes stylos, mon miroir, mes bagues. Et ceci pour des raisons diverses.

Parfois pour leur valeur matérielle. Comme une bague qu’on m’a offerte à mon anniversaire, et qui, pendant que je faisais la vaisselle, a décidé de faire un petit tour dans l’évier pour ensuite profiter de la promenade pour glisser dans les tuyaux et me laisser le cœur en morceaux.

Parfois, pour leur valeur morale. Comme mon porte monnaie qu’on m’a volé lors de ma sieste dans le métro. Il contenait un cadeau de ma grand-mère. Un cadeau en papier jauni. Transmis de génération en génération. Et supposé protéger le voyageur. C’était une prière. Le voleur ce jour là n’a pas fait bonne affaire. Parce qu’il n’avait trouvé qu’un porte monnaie bon marché, quelques pièces de livres anglaises, une carte de crédit bloquée… et un message divin en signes codés.

Parfois, pour leur utilité. Comme mon Ipod que j’emporte partout. Dans le métro, à la gym, au parc et dans l’avion. Qui contient des chansons que j’aurais honte de faire écouter. Ces chansons fleur bleue et bonbon. Mon Ipod a disparu il y a quelques semaines. Je l’ai cherché partout. Partout. En vain. Et pour me punir de ma maladresse, j’ai décidé de vivre sans musique quelques semaines. Dans l’espoir que cela m’apprenne à faire plus attention. De toute facon, nulle en technologie, si j’en achetais un nouveau, je ne saurais même pas y mettre de la musique.

La perte m’a vraiment dévastée. Au-delà de l’ennui éprouvé tous les jours pendant le sport et le trajet, je m’en voulais d’être tellement tête en l’air et si peu concentrée.

Et soudain, en pleine nuit, autour des coups de minuit, je glisse ma main sous le matelas, et je devine du toucher un corps étranger. Rectangulaire. Métallique. Glissant. Solide. Et bien caché. Mes yeux s’écarquillent et mon cœur bat fort. Je prie (à distance et en harmonie avec le papier d’autrefois jauni) que ce soit bien mon Ipod chéri. Et… oui.

Quel bonheur…

Depuis, je ne le lâche plus. Et je ne le perdrai plus… Peut-être faut-il vraiment vivre le manque pour savoir combien l’on attache de l’importance à un objet ou une personne. Peut-être faut-il vivre la douleur de la séparation pour ne plus jamais… non jamais… quitter des yeux l’être adoré.

Heureuse des retrouvailles, je me promène au soleil, des lunettes sur le nez, un cappucino à la main et Barbara aux oreilles. Je passe ma main sur mon cou et je remarque… qu’il est plus dégagé que d’habitude. Merde, il y manque quelque chose. Mon pendant rose !

Décidément… Je ne changerai jamais.



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mardi, avril 05, 2011

Lambada

Quelle chanson vous rappelle votre enfance ? Quelle mélodie vous fait vibrer ? Quel souvenir est à un refrain lié ? Quelles notes de musiques ont le pouvoir de provoquer en vous la nostalgie, l’envie, l’excès ?

Avez-vous déjà aimé une chanson alors que la langue vous était étrangère ? Avez-vous compris chaque mot, chaque lettre, chaque voyelle sans qu’elle ne vous laisse le moindre mystère ?

Moi oui.

Lambada…

Dites le mot. Et j’y suis déjà.

Qui ne connait pas cette chanson ? Qui ne se souvient pas de la mélodie ? De la fille aux cheveux blonds ? Du sable, de la mer, des vagues ? Et du petit garçon ?

Je ne savais pas ce que les paroles signifiaient… Mais je pouvais parfaitement la chanter. Mon cœur dansait. Et je la répétais sans cesse à la télé.

Lambada n’est pas une chanson. Lambada est un frisson. Un voyage dans le passé, dans l’enfance, dans l'innocence. Un voyage dans le rêve. Un voyage des hanches et des fesses. Un voyage dans l’amour. Un voyage au soleil, aux arbres de coco, à la légèreté, aux cheveux bouclés, à la peau bronzée, aux jambes fermes, aux cocktails sucrés, au sable brulant, aux yeux languissants, à la volupté.

Lambada, toute petite, m’a touchée. J’y puisais le bonheur, la tristesse, le manque, la passion. Je ne voulais pas qu’on me la raconte. Non, je ne voulais pas de traduction. Pour laisse libre cours à mon imagination.

Dans un bar, des années et des années plus tard, un lundi soir, j’entends Lambada dans le noir. Je ne comprends toujours pas ses mots. Mais j’y puise ce qu’il faut. Des souvenirs, un parfum d’été et des baisers.

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samedi, avril 02, 2011

Dieu

Est-ce que je crois en Dieu? Ma réponse fut variable au cours des années. Tantôt catégorique. Tantôt nuancée. Parfois hypocrite. Et parfois spontanée.

Parce que enfant, j’ai appris a prier. Et la question de croire en Dieu , ne me venait jamais. Il y avait les amis, la famille, le prof de maths et il y avait Dieu. Que je ne l’ai jamais vu ne remettait pas en cause son existence. Au même titre que ma tante Leila et sa fille Renée , qui habitaient le Canada et que je ne voyais jamais.

Aussi, mon école était catholique. J’ai pris l’habitude de prier tous les soirs avant de dormir. D’abord je remerciais le Seigneur pour sa bonté. Je le remerciais d’abord. L’ordre était important. Parce que toute petite déjà, j’avais la prière stratégique. Ensuite, je lui demandais de protéger mes frères, ma sœur, mes parents, mes oncles, ma tante, mes cousins et mes amis en prenant soin de les citer tous. J’avais alors l’arrogance de croire que sans ma prière un certain malheur risquait de leur arriver. Et ce n’était pas simple. Parce que j’ai beaucoup… beaucoup de cousins.

Oui. J’étais très jeune. Pourtant ma foi était inébranlable. Et je pouvais affirmer sans le moindre doute que j’étais croyante… et pratiquante. Je croyais en Dieu presque autant que je croyais en la force de mon père.

Avec l’adolescence, j’ai perdu la foi en Dieu. Mais je suis restée pratiquante. Drôle de combinaison. Et ceci s’explique tout simplement par le fait qu’a l’église les dimanches soirs, il y avait le garçon que j’avais décidé d’épouser. Alors a l’église… je me rendais.

Jusqu’au jour ou ma relation avec Dieu a réapparu dans sa version la plus compliquée. C’est-à-dire pleine de doute, avec ses hauts et ses bas. J‘ai repris la prière. Cette fois-ci avec l’idée géniale de l’inviter a recourir a la liste de la veille. J’ai prié parfois par précaution… on ne sait jamais. Si ca marchait, ce serait bête de rater l’occasion.

Si Dieu existe… et s’il existe, quelle serait sa religion? La vie après la mort? Le paradis? Les anges? Le diable? Le pécher? La prière? Les miracles? Je n’en sais rien aux détails. Et je m’en passe. Parce que Dieu, maintenant, je l’ai vu. Et il m’a été scientifiquement justifié. Je l’ai vu dans le regard de mon médecin au Liban quand tout calmement il m’a guérit de tous mes maux. Je l’ai vu dans le sourire de mon père et dans ses yeux un peu humides quand il m’a revue. Je l’ai entendu et j’ai aime sa voix chaleureuse hier soir après minuit. J’ai vu Dieu dans l’amour de mon amie. Dans la bonté d’un infirmier. Dans le lien indestructible avec ma sœur. Dans les fleurs dans le jardin. Dans le don d’un artiste. Dans la musique. Dans un refrain. Je l’ai vu dans un verre de vin. Santé. Seigneur. Et enchantée.

mercredi, mars 30, 2011

La philosophie des bactéries

Je connais un garçon très nul. Ne lui dites pas que je pense cela de lui, mais franchement, il n’a pu réussir ni le design, ni la chimie. Ni le sport, ni l’économie. Ni l’architecture, ni l’agronomie. Pas aussi nul que ca au fait, parce que pour planifier des fêtes, il était roi. Et dans son roof top au centre de Londres, on a laissé quelques souvenirs… mes amis et moi.

Ce garcon gaté n’a quand même pas manqué de nous surprendre. Parce que pour choquer, il savait s’y prendre. Et du haut de ses échecs accumulés, ils nous annoncent dans un message facebookain, vite fait, qu’il a décidé d’entreprendre la médecine. Et qu’il s’est inscrit en première année, en Chine.

Gentiment- mais avec une touche de sarcasme- on l’appelle pour le dissuader de perdre, encore une fois, une année. Et de se concentrer sur ce qu’il réussissait… les soirées. Il défie le groupe et le monde que bientôt il sera le médecin le plus reconnu de Londres. Peut-être. Mais en tout cas, même si j’aime bien ce garçon, je n’irai pas le voir la fièvre au front.

Plus tard dans la journée, ennuyée et fatiguée, je décide de lire un passage sur les bactéries. Puisque depuis quelques temps, elles insistent à ce que l’on devienne meilleures amies. Apparemment elles choisissent le moment propice. Un moment de fatigue pour s’installer pleines de vices. Aussi, elles s’installent là où le corps n’a pas de défense. Pour que rien ne les dérangent et pour qu’elles profitent de leur danse.

Ensuite, petit à petit, en groupe et pleines d’énergie, elles se propagent dans le corps sans faire de bruit et attaquent plus fort l’objet affaibli.

La médecine, c’est facile. Et ca me donne quelques idées. Un voyage en Chine ? Ou peut-être tout simplement, une tactique d’attaque contre celui qui me résistait.

Commencer par le point faible bien identifié… et de là-bas, planifier le reste de la randonnée.

Simplicité!

Chut… j’y vais !


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Une lettre

Une lettre jetée sur le parquet. Un parquet usé. Je la laisse par terre. Je la lirai plus tard. Peut-être. Si j’ai le temps.

Mais quelque chose m’attire. Et me pousse à la lire. On dirait qu’elle contient un message important.

En effet. Un message du propriétaire. Qui m’informe que je devrais ranger mes affaires. Et partir dans un mois. Ou deux. Est-il sérieux ?

Je regarde autour de moi. Perdue et choquée. Cet appartement que j’ai longtemps détesté.

Je regarde une tache de vin sur la moquette. Et une égratignure sur la peinture. Causée par un tableau que je n’ai pas su accrocher. Que vais-je faire et ou aller ?

Je regarde mes affaires dans des boites en fer. Je regarde les traces de vie, de soirées après minuit, les débris et les bougies. Je regarde les photos au dessus de mon lit. Je regarde ma vie.

Je sors sur ce balcon que j’ai souvent trouvé trop petit. Et devant moi, la vue que je trouvais jusqu'à aujourd’hui laide et sans vie, me semble tout à coup très jolie.

J’appréciai soudainement cet endroit qui n’a appartenu, durant les trois dernières années, qu’à moi. Et l’immeuble imposant juste en face m’envahit et me détruit.

Parce que je connais chacune de ses fenêtres. J’y connais chacun de ses êtres. Ceux qui y habitent étaient mes amis. Je connaissais leurs manies. Et souvent aussi… je leur disais bonne nuit.

Une belle vue aurait autrefois signifié la mer, les montagnes, un olivier. Parce que j’habitais des maisons agitées. Par mes frères, ma sœur, mes parents et mes voisins de pallier. Le bruit à l’intérieur me poussait à rechercher, dehors, la sérénité.

Mais ici à Londres, dans un studio sombre, alors que le silence dedans était omniprésent, c’est la vie dehors que je voulais. Et de la vie, du bruit, l’immeuble d’en face, moche, sale et gris, m’offrait.

Il y a une femme qui fume souvent en sortant la tête de sa fenêtre. Il ya un couple qui se dispute et que je comprends de ses mouvements et de ses gestes. Il ya un vieux qui lit un journal devant sa télé. Qui passé ses journées sur un canapé. Il ya aussi un beau gosse que je n’ai toujours pas eu l’occasion de rencontrer. Il ya la femme aux jolies plantes. Il ya l’enfant qui souvent la nuit chante. Il ya des étudiantes qui crient en pleine nuit. Et que fatiguée j’ai tellement de fois haï.

Mon cher bout de vie va me manquer. Ma porte grinçante et le vin sur le plancher. Mon lit trop dur et la mauvaise peinture. Mon petit miroir et le désordre dans mon armoire. Et surtout… les gens d’en face que j’ai aimés. Qui ont comblé mes insomnies et mes tristes journées. Sans qu’ils ne sachent qu’une petite libanaise, en face, existait.

Adieu, merci… bonne nuit.

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jeudi, mars 17, 2011

Les impardonnables

Le vernis écaillé. Les cheveux pas lavés. Manger dans le métro. Robe et espadrilles en lieu de stilettos. Les saucisses de bon matin. Le bavardage sans fin. Les mecs avares. Les cafards. L’eau gelée en plein hiver. Les visites imprévues du propriétaire. Les jupes trop courtes quand les cuisses sont trop lourdes. Les bretelles de soutien-gorge qui se veulent transparentes. Au bureau, les minutes lentes. Et les secondes encore pire. Le travail à n’en plus finir. La pluie le weekend. Le beau temps les lundis. Le gris. Le gris. Les files devant les boites de nuit. Le placard vide quand j’ai faim. Pour sortir, devoir prendre le train. Le seul beau mec du bureau marié. Sa femme la bombe qui travaille au premier. Leurs enfants sortis d’un magazine. Et leurs soirées au bord d’une piscine. Ma collègue qui mange des chips et qui se lèche les doigts. Qui, ensuite, tape sur son clavier et moi qui calme mon effroi. Le diner romantique annulé. Et les chaines que j’aime qui disparaissent de ma télé. Mon t-shirt accroché au balcon pour sécher… envolé. Et l’autre dans la machine… décoloré. Le café trop dilué. Le pain brûlé. La mauvaise pizza qui arrive. Le livreur qui sort ses archives. Le placard toujours vide. Et le chat du voisin qui se suicide. Des catastrophes mondiales provoquées. Quand les dégâts naturels sont assez. Et encore... le vernis écaillé. Le taxi qui sent mauvais. Le chewing gum collé sur mes nouvelles chaussures. Parler à un mur. Les anchois. Manquer de choix. Etre seule le soir. Mes racines noires. Porter un petit haut parce qu’il fait beau et se faire surprendre par un vent glacial. A Londres, les visages trop pâles. Ta voix nonchalante souvent enrouée… Et surtout surtout… ton injuste beauté. Toi mon impardonnable pécher.

mercredi, mars 16, 2011

Coup sec

Il ya des choses qu’il vaudrait mieux faire d’un coup sec.

Comme enlever un pansement, puisque l’enlever doucement fait mal plus longtemps.

Sauter sous la douche quand l’eau est gelée. Au lieu d’y glisser les bras… puis les pieds.

Se couper les cheveux, comme je l’ai fait le weekend dernier. Puisque Marco le coiffeur était complètement booké. Et mon impatience a gagné. J’ai pris de la cuisine mes ciseaux de jardinier… et les yeux mi-fermés, j’ai foncé. Le résultat n’est pas si mauvais. Quand on ne regarde pas de trop près.

Comme avaler un shot de tequila. Puisque je déteste le gout mais je le fais… pour l’effet. Et pour ne pas passer pour la lourde qui ne sait pas s’amuser. D’un coup sec. Et c’est fait. Taper de la main sur la table juste après, aide, il s’est avéré.

D’un coup sec aussi, s’épiler… mais là, je me retiens. C’est mal élevé.

D’un seul coup, sec, crier, vider la haine de son corps, et ne laisser place qu’au bonheur, se libérant des remords. Je l’ai fait aussi. Du balcon. Bien sûr, je l’ai nié. Qui pourrait bien vérifier?

D'un coup sec, fermer vite vite la porte de l'ascenseur avant que l'on puisse s'y faufiler. Pour que j'y sois seule et que je puisse applatir mes cheveux par la pluie gonflés. Aussi, pour éviter la conversation matinale qui me dégoute et me fait mal !

D'un coup sec se lever du lit, malgré les paupières alourdies et les jambes affaiblies suite à une nuit d'insomnie.

D'un coup sec, tout lui dire et tout lui avouer. Ce charmant garcon que j'ai rencontré. Au moins, comme ca, il le sait. Et mes sentiments sont partagés ...

vendredi, mars 11, 2011

Parce qu'elle pouvait

La mère de Céline est venue la visiter le weekend dernier. C’était tombé d’avance, je pouvais déjà oublier nos ballades nocturnes et nos cafés. Bien sûr, je comprends. Un weekend sacrifié de temps en temps, pour faire plaisir à sa mère qui vit en nous attendant, et pour se faire plaisir aussi en se ressourçant auprès d’elle, n’est pas uniquement une obligation, mais l’évidence même.

Illico, je fais des plans alternatifs, des plans de rang B, en attendant le weekend d’après, où tout reprendrait le cours normal des choses. Cela s’impose.

Céline est une fille différente. Différente des gens qui m’entourent. Parce qu’elle n’est pas banquière. Et cette trouvaille dans une ville rongée par les banquiers la rend encore plus spéciale qu’elle ne l’est.

Souvent même, j’avance avec un peu d’arrogance, que ma copine, elle, travaille dans le domaine de la musique. Et elle appelle les stars par leurs prénoms. Comme si la connaitre pourrait me donner aussi cet air cool que je lui envie, puisque moi je fais malheureusement ce que tous les autres font ici.

Je l’appelle en fin de weekend, beaucoup plus pour parler de moi que pour l’écouter. Au passage, elle me lance qu’elle a été malade pendant deux jours et qu’elle en a profité pour se reposer.

Je m’arrête tout de suite de parler. Et je la bombarde de questions sur son état de santé. Et sa mère ? Qu’avait-elle fait ? Elle qui pensait venir voir sa fille et s’amuser …

Mon amie me répondit ce qui ne manqua pas de me laisser bouche bée. Elle me dit ce que je trouvai assez significatif. Quand le rythme de la vie fait que fatigué, l’on se sent fautif. Elle m’avoua tout simplement… qu’elle était tombée malade parce que protégée par sa mère, elle a sentie qu’enfin… elle le pouvait.

Une fille

Il y a quelques années d'aujourd'hui, je ne l'aurais pas choisie pour amie. Elle est géniale, la fille. Mais franchement, elle et moi, on se ressemble comme le jour... Et la nuit.

Ironie du sort, elle dort le jour. Et moi, la nuit.

Non, on n'aurait pas eu ces atomes crochus qui nous auraient rapprochées. Ce qui change aujourd'hui, c'est que dans cette ville - oui... Encore une fois cette maudite city - nos atomes crochus sont nos racines. Inutile de préciser qu'au Liban ceci ne représente aucune originalité.

A partir de ce point de départ, nous decouvrimes à notre grande surprise ce que nous n'aurions pas découvert quand nous étions plus près de notre terre.

Et j'appris à la connaitre au delà de la peau jusqu'à son être. J'appris a voir au delà de son rire souvent menteur une fragilité qu'elle se trompe de cacher.

Et elle apprit à me connaitre aussi. Elle qui me croyait, quand ensemble sur les bancs de la fac on étudiait, dure comme de l'acier.

Trouver une heure convenable commune pour se retrouver reste la plus grande difficulté pour alimenter cette amitie.

Mais hormis ce problème de nature technique, je la comprends. Et elle aussi.

Je l'ai appreciée davantage quand elle m'a dit avec un ton non denué d'ironie, "je n'ai rien contre les hommes. Ils sont gentils."

Bien sur, j'en ris. J'en ris autant que permis.

Mais pour comprendre une telle affirmation... Il faut etre une fille

jeudi, mars 10, 2011

Des épices dans un palais... libanais.

Samedi soir… nous décidons de sortir diner à deux. Lui et moi. Pour parler de nos semaines respectives autour d’un bon repas… libanais.

Parce que la nourriture libanaise me manque. Et celle-ci est toujours à partager.

Après des jours entiers passés seule dans ma chambre, je redécouvre le plaisir de redécouvrir la ville. Et de bien m’habiller pour sortir.

Soho… Le quartier de Londres qui ne manque jamais, à chaque fois, de m’inspirer. Par son énergie, son art qui ne prétend pas être artistique mais qui l’est vraiment, sans prétention, sans effort, en tout abandon. Ses passants déguisés sans le savoir. Ses boutiques colorées. Sa musique sourde. Son chaos organisé. Oui, j’aime Soho. Parfois.

A peine sortie du taxi, j’entends mon prénom dans la nuit. Je me retourne pour m’assurer que c’est bien moi qu’on interpelle. Et voilà que l’on tombe sur un groupe d’amis ayant eu parfaitement la même idée. Notre diner à deux se transforme en une sortie à dix. Et c’est bien cela que j’aime dans cette ville. Une ville où l’on croit se perdre dans l’anonymat. Mais qui n’est en réalité, à bien y réfléchir, que similaire à mon petit village libanais.

Autour d’une table allongée, on discute et l’on rit en arabe. Des arabes bien différents venus de la Tunisie, de la Syrie, de la Palestine, de la Jordanie, de l’Irak et… du Liban.

Les plats différents se servent pour le plaisir des yeux, du nez… et du palais. Des épices, des légumes, du citron, des feuilles de vigne, du pain fraichement sorti du four, du thym, du yaourt condensé, du persil, des oignons se mélangent et se marient offrant un spectacle de couleurs et une harmonie de saveurs.

En arrière plan, la voix de Fairuz s’éclipse derrière nos voix qui s’entremêlent et qui se disputent les révolutions arabes et les montagnes de mon pays.

Les assiettes passent d’une main à une autre et les conversations s’entrecoupent par des commentaires admiratifs des délices qui se donnent à nous.

Et à travers cette nourriture libanaise que l’on partage, dans sa texture particulière, dans ses couleurs diverses, dans sa richesse et dans ses assaisonnements, cette idée de comparer l’Orient à l’Occident me frappe et me surprend. Parce que le peuple arabe est généreux, il aime le partage et le chaos, il se sent concerné par le problème du père, de l’ami et du voisin, il donne sans compter et n’hésite pas à le faire mais surtout… il ne peut être réduit à une couleur, une senteur ou une arome. Alors que l’Occident qui nous accueille, est, malgré ses diverses qualités, souvent individualiste, solitaire et égoïste… Sa cuisine est rarement celle du partage, puisque sont offerts dans ses frigos de grande surface, des plats congelés… pour un individu et un seul, souvent en quête d’identité.

Voilà pourquoi souvent, quand la ville nous mène et surmène et que l’on trouve du mal à se retrouver… moi je préfère dormir. Sans manger.

mercredi, mars 09, 2011

Histoire singulière

Coup de fil à 22 heures. Pas de chance. J’avais décidé de me coucher tôt. Mais c’est une copine. Enfin, une très bonne. Parce que la décision de plonger dans un sommeil, un vrai et de bonne heure, m’avait gagnée depuis ce matin. Franchement, il fallait bien que je trouve une solution pour couper court aux siestes sur le siège du bord dans le métro. Et par conséquent, couper court à mon trajet se résumant de plus en plus « à la station de trop ». Bref. Je le répète: PAS de chance.

Si ma copine m’a appelée, c’est pour me raconter un évènement amoureux venu s’ajouter à une suite de péripéties s’étant étalées sur quelques années. Et pour qu’elle prenne son courage entre ses deux mains et partage avec moi ce qu’elle avait juré la veille ne plus laisser se reproduire, c’est que la situation devait être bien grave.

Bien sûr, agacée (mais le cachant bien), je murmurai ce que je savais d’avance voué à l’échec. Ces mots que l’on se force de dire, alors même que l’on sait inutiles et désuets. Je lui dis que ca passera, que tout le monde est passé par là, que le temps apaise les blessures, que dans quelques années elle regardera en arrière et rira de cet amour et de ce mec qui ne méritait pas ce détour...

Mais elle me dit que non… Que je ne pouvais pas comprendre. Que leur histoire à eux, lui et elle, était différente, qu’elle ne pouvait être réduite aux histoires des autres et qu’elle devait être traitée dans son individualité propre. Et bien sûr, j’acquiescai. Non, pas par hypocrisie. Mais parce qu’il y a quelques mois d’aujourd’hui, j’étais elle. Oui, j’étais Juliette, accusant le monde de ma relation impossible et trouvant dans ma rupture une justification extérieure et étrangère au simple fait que lui et moi… nous faisions 2. Et pas 1.

Parce que nous ne voulons jamais croire qu’il ya des siècles et des siècles que le monde fonctionne ainsi. Que tout le monde aime, rompt, se blesse, blesse, pleure et oublie. Parce qu’il ya en nous du romantisme, de l’égocentrisme, de l’arrogance, des rêves de princesse et de paillettes, qui font que nous croyons souvent notre relation singulière et qui font que nous nous enrageons vite quand une copine, un frère, une mère osent – et comment osent-ils ? – affirmer que tout le monde est passé par là. Oui, comment osent-ils? Comment osent-ils quand lui et moi, nous sommes passés par des routes tout à fait différentes, ces routes que personne, personne, n'aurait pu connaître. Puisque nous les avions inventées...

Alors comme ca… je la laisse faire. Je la laisse faire en souvenir de qui j'étais. Je lui dis qu’il est vrai que leur amour à eux aurait dû durer. Qu’à deux, ils faisaient un très beau couple. Et je l’entends pleurer de plus belle… Mais je sais que rien ne sèchera ses larmes. Rien ne la consolera. Et rien au monde ne pourra la convaincre qu’un jour, dans un avenir proche et lointain, elle se réveillera et sans effort quelconque, sans contrôle de soi, sans produits chimiques et sans liquide intoxicant, sans groupe de copines folles servant de support et sans chansons dépressives, sans crise de rebellion et sans sms de colère, sans nuits blanches et sans discours à soi-même, elle se réveillera heureuse et en beauté, elle rougira à nouveau devant un autre mec à laisser tomber et elle se dira que l’autre histoire après tout… ne méritait pas tout ce drame.

Mais que celle-ci par contre… Celle-ci - et il faut bien me croire cette fois-ci - a tout un autre charme !


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dimanche, mars 06, 2011

Vivre de pêche

Je savais que la marche serait longue.
Parce que c’est dimanche soir. Et il n’y a pas de taxis. Je sais, je sais… je l’ai beaucoup dit. Mais ceci est un peu un prétexte. Pour commencer ce texte.
Comme la marche allait être longue, j’ai préparé mon imagination, pour que celle-ci m’emporte vers mes folies les plus profondes, et me laisse rêver en chanson.
Dans ma tête défile des images et des situations, d’endroits où j’aurais voulu être et surtout… de ce que j’aurais voulu faire. Parce que si plus jeune mon ambition suffisait, maintenant, c’est l’audace qui manquait.
Je vole, je nage, je plane… je rêve de cette vie d’écrivain, d’artiste, de poète que j’aurais voulu avoir.
Je marche encore… mais je n’y pense plus. Le froid m’indiffère. Parce que je suis dans ce monde parfait que je visite pour quitter la terre.
Demain, lundi, le weekend sera fini. Et rien qu’à y penser des crampes me viennent à l’estomac. Non, je n’aime pas ce que je fais.
Quelques semaines plus tôt, mon directeur au bureau a fixé l’objectif à atteindre pour cette année. En banque, ca se traduit par un nombre. Il va falloir que je fasse quelques millions. Alors que pour mon bonheur, souvent, il suffit qu’on me prête un crayon.
Les rêves sont donnés à tout le monde. Mais les rêves s’effacent au fur et à mesure que la vie passe.
Moi aussi, j’avais beaucoup de rêves. Certains se sont envolés alors que je croyais les réaliser. Aujourd’hui il m’en reste quelques uns. Et je me souviens qu’il ne relève que de moi de dessiner mon destin.

vendredi, mars 04, 2011

En compagnie de soi... etc.

« Un homme seul est toujours de mauvaise compagnie. » Et ce n’est pas moi qui le dis. C’est Valéry.
J’avais lu cette citation quelque part et elle m’était restée à l’esprit. Parce qu’elle m’avait plu. Mais ce que je n’avais pas réalisé, alors, c’est que je ne l’avais jamais vraiment comprise. Alors comment se fait-il que j’en ai marqué la page, comme si cette affirmation me parlait… alors que je n’y comprenais rien en réalité ?
En y pensant… je me souvins trouver cette phrase tellement bizarre que j’en appréciais une absurdité qu’il me convenait d’inventer. Parce qu’avouer ne rien comprendre à une chose qui pourrait m’intéresser m’aurait longtemps bouleversée et m’aurait surtout volé ce qui restait de ma concentration affaiblie face à la vie.
Alors je me suis joué ce tour que je commence à maitriser, et je m’inventais en cachette – pour qu’on ne vienne débattre mes conclusions – un sens faux – mais convenable – d’une phrase à l’allure simple mais aux vices cachés.
Comment un homme seul pouvait-il être de mauvaise compagnie ? L’hypothèse est pourtant claire. Il est seul. Donc il n’a pas de compagnie. Qu’est-ce qu’il raconte Valery ? C’est sans doute de l’absurde. Déjà, le mot "absurde" me plait. Et voila, j’en restais là.
Jusqu’au jour où il m’a fallu rester seule… mais pas seule une soirée, une journée, un weekend. Non, seule pendant dix jours. Et Valéry alors, réapparut dans ma vie, "de nulle part" comme dirait Barbara, avec un sourire quelque peu vicieux, me dire que voilà, maintenant j’avais compris, qu’absurde n’était pas exactement sa philosophie.
Parce que seul, oui, on a quand même de la compagnie. Puisqu'on laisse la place à l’imagination. A la mémoire. A la conscience. A l’Inconscient parfois. A l’analyse. A l’autocritique. Aux questions transcendantales de la vie, celles que l’on remue par bêtise puisque jamais des réponses en ont découlées. Aux émotions qui ressurgissent mieux et plus fort dans le silence. Aux peurs souvent refoulées. Aux larmes devant un reportage de télé qui vient masquer une vraie raison (pas vraiment) cachée… Et surtout… surtout… on laisse la place à notre seul ennemi. Soi.
Un homme seul n'est jamais vraiment seul du coup. Au contraire... il est souvent - trop - entouré, par ces personnages rarement invités.
Vite, vite… j’appelai Julie. En compagnie de moi-même ? Non, merci.
Maintenant, Valéry, je te comprends. Enfin…. pour le moment.

jeudi, mars 03, 2011

Et il y a le Liban

Nous critiquons tous le Liban. Tous. Nous libanaises, nous critiquons les femmes libanaises. Nous les accusons de superficialité, d’hypocrisie parfois, d’excès. Nous accusons les hommes aussi de machisme, nous accusons les parents de leur attention souvent exagérée, de leur ingérence, de leur sévérité…

Oui, nous regardons le Liban à travers une loupe. Et nous avons le droit. Parce que le Liban est nôtre. Comme les parents ont le droit de critiquer leurs enfants. Comme un frère a le droit de faire des observations parfois dérangeantes à sa sœur. Le droit découlant d’une bonne intention. De la volonté de protection. La légitimité de l’affirmation se trouvant dans l’information. Tout simplement. Parce que qui connaitrait le Liban mieux que nous, libanais.

Mais je défie tout libanais d’accepter qu’un étranger pointe notre cher pays du doigt. Nos femmes. Nos hommes. Nos parents. Parce qu’il s’agit là d’un cas de figure tout à fait différent. Le droit y faisant défaut. Et la légitimité alors devenant questionnable.

Parce que le Liban nous l’aimons tous. Et je peux affirmer que les libanais que je connais, vivant à l’étranger, vivent par procuration et à travers un calendrier. Je peux vous assurer que même si souvent j’ai été tentée de partir plus loin, plus beau et plus exotique, mon cœur, lui, s’oppose à cette envie et fait défiler devant mon regard froid et errant une plage libanaise souvent moche, sale, chaotique mais oh que je l’aime.

Libanaise je resterai dans l’âme, dans la tête, dans l’accent, dans mes fausses mèches blondes et jusqu’au bout des ongles toujours vernis d’une libanaise jamais convertie.

Aujourd’hui un rayon de soleil s’est infiltré dans ma chambre. Et mon bonheur, lui, a trouvé sa source dans le soleil du Liban. J’ai eu recours à la théorie de la proportionnalité pour imaginer chez moi un soleil encore plus fort, plus vrai, plus audacieux.

Et mon imagination n’a pu qu’entendre le bruit du printemps – parce que le printemps fait du bruit - ce bruit délicieux de voitures qui passent à intervalles espacées, d’oiseaux qui commencent doucement à bavarder, de feuilles d’arbre qui se caressent et de ma mère dans la cuisine toujours occupée.

Nous critiquons le Liban. Mais nous le sommes. Nous sommes toutes ces choses qui nous dérangent, nous sommes son charme fou, nous sommes son désordre, son chaos, son embouteillage, ses poubelles, son permanent danger, sa chaleur, son excès, sa structure compliquée, ses éternels pourparlers.

Ce matin, j’aime le Liban un peu plus. Parce qu’il ya des jours comme ca, où l’on aime plus, sans savoir pourquoi.

Et comme il ya des partenaires stables et raisonnés, qui promettent des relations saines et à longues durée, de beaux enfants et de jolis carnets et d’autres amants qui ne promettent rien du tout à part la ferveur du moment, il ya des pays aux gouvernements francs. Et il ya le Liban.

mardi, mars 01, 2011

Tant pis pour Canary Wharf

Ces quelques derniers jours méritent sans doute de figurer dans un des chapitres de ce livre imaginaire que ma mère appelle : « les épreuves de la vie ».

Cadeau de printemps, aliment criminel ou autre, j’ignore la raison qui a fait que mon corps entier réagisse en quelques secondes et me transforme en monstre. Je dis monstre parce qu’en me regardant dans le miroir, je vois Charlize Theron. Non, pas la Charlize glamour et sexy sur le tapis rouge. Mais la Charlize monstre dans Monster. Si vous n’avez pas vu le film, googlez le (non, ce n’est pas une erreur linguistique. Le verbe « to Google » existe maintenant dans le dictionnaire. Si, si… j’en suis sûre).

Bref. A part la catastrophe esthétique qui m’a profondément affectée (je suis un peu superficielle quand même), la véritable douleur s’est située au-delà de la peau et m’a permis de remettre les choses en perspective.

Souvent, dans une grande ville comme Londres, l’organisation s’impose. Parce que les minutes deviennent précieuses. Métro à 7h du matin, salle de gym à 20h, verre entre copines vendredi à 21h et ainsi de suite. Les rendez-vous s’installent dans le calendrier nous volant le plaisir de la spontanéité, des grasses matinées et des envies instantanées. Tout devient programmé comme pour que l'on puisse profiter au maximum de son temps.

Alors que c’est en le domptant tellement, que nous le perdons vraiment. Son temps.

Et dans cette organisation poussée des choses, on passe surtout à coté d’une réalité évidente. Celle d’être, malgré tout, humain. Parce qu’en donnant rendez-vous dans une semaine ou dans deux, on élimine du coup la possibilité qu’un évènement extérieur et imprévisible, « une force majeure » (comme dirait la juriste endormie en moi), viendrait bousculer l’ordre des choses et ajouter quelques péripéties dans sa vie.

Samedi matin, j’enfilai à la hâte un jeans et me dirigeai, encore dans le t-shirt qui me sert de pyjama- dans le premier taxi vers les urgences. Je résistais encore à cet acte de raison, détestant les hôpitaux et étant imprégnée de cette arrogance libanaise que rien ne peut m’arriver. Jusqu’au moment où j’ai détecté dans le regard noir de mon amie qui me fixait une peur presque tangible.

Malgré l'urgence du moment, je pris le soin d'emporter mes lunettes et mon chapeau, le déguisement ce jour-là s'imposant naturellement. Et là, j’aime à m’imaginer, comme pour me consoler de la douleur (et/ou de la laideur), Kate Moss sur les rues d’Angel déguisée pour ne pas se faire reconnaitre et pour éviter d'attirer la curiosité des passants.

(Sauf que j’étais Charlize... Encore).

Je passe le chapitre des médecins incompétents, des seringues qui restent ma seule phobie, de la ballade sous la pluie en pleine maladie pour absence de taxi, de ma mère au téléphone qui se sent impuissante mais qui ne comprends toujours pas que sa voix, seule, est mon unique force, des hôpitaux sales et tellement anglais, de la difficulté de faire les courses nécessaires quand on trouve à peine la force de trainer les pieds…

Je passe. Parce que si j’en parle c’est parce qu’il a fallu que je vive quelques jours difficiles pour que je me souvienne ce que Londres à tenté – en vain – de me faire oublier. J’en parle parce que même si j’ai souffert et que j’en souffre encore, j’ai surtout réalisé que l’on passe souvent à coté d’une bénédiction anodine mais des plus précieuses, celle d’être en bonne santé.

J'en parle parce qu'il a fallu que je vive ces moments pour me rappeler que quelque soit la cadence de sa vie, il faut toujours trouver du temps à accorder à ses amis et à sa famille. Parce que c'est à eux que l'on pense quand on a des bleus aux jambes et au coeur et quand on est heureux.

Et aussi… j’en parle parce que j’avais presque oublié que même fiévreux et lasse, il n’y a rien de plus délicieux que d’être octroyé, comme par le ciel, le cadeau de passer toute une semaine au lit à ne rien faire à part regarder two and half men à la télé.

Ce n’est pas tout. Oui, oui, ca devient encore mieux… Les oréos et toutes les bêtises du genre s’offrent et avec eux le Plaisir, oui le plaisir avec un grand P, celui qui se donne dans son acceptation la plus poussée, c’est-à-dire dénué de tout sentiment de culpabilité.

Tant pis pour Canary Wharf.
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Aubergine

Il ya certains aliments que les enfants n’apprécient pas. L’aliment que je ne pouvais pas avaler, enfant, était l’aubergine. La couleur, la texture et le goût me répugnaient que non seulement je n’y touchais, mais aussi je m’éloignais de tous ceux qui en mangeaient.

Je ne puis me rappeler exactement du moment du revirement soudain et définitif qui a fait de l’aubergine mon aliment favori. Je ne sais plus si cette métamorphose s’était produite par progression naturelle ou par un acte unique et précis. Tout ce que je sais, c’est qu’il suffit qu’il y ait des aubergines dans un plat, avec de la mozzarella, du poulet, une pizza ou des pâtes, pour que j’en mange jusqu’à ne plus pouvoir m’arrêter.

Et cette histoire de l’aubergine me pousse à penser qu’il ya des choses dans la vie qu’il faut apprendre, avec le temps, les années, à apprécier. Et à défaut d’y mettre l’effort nécessaire, ces choses souvent viennent à nous d’elles-mêmes, sans invitation quelconque, avec l’âge et la maturité.

Parce que l’aubergine, enfant, n’était pas ma seule ennemie. Il y avait aussi l’ennui. Je me souviens que je répétais souvent cette phrase, au risque d’agacer ma mère à court d’idées : « je m’ennuie ».

Et aujourd’hui dans ma chambre, un lundi matin très différent car oisif, dans un silence qui normalement m’aurait semblé pesant et difficile, je réalise qu’avec l’âge (même si la maturité n’y est pas encore), comme l’histoire des aubergines, je commence à apprécier le plaisir… de ne rien faire.